
L’artiste et vidéaste zurichoise Pipilotti Rist insuffle une bonne dose de déconnade dans deux domaines qui en ont bien besoin : l’art contemporain et le féminisme. Si vous êtes à Paris cet été et si vous avez besoin de vous rafraîchir un jour de canicule, invitez-vous dans l’appartement qu’elle a aménagé au Musée d’art moderne pour une locataire fictive : Himalaya Goldstein. «
Quand je fais des projections, je veux que les gens puissent y entrer, que ces couleurs, mouvements, images se reflètent sur leur corps », dit Pipilotti, citée par Frédéric Bonnet dans
Mouvement (qui l’a mise en couverture). Dans la cuisine, plongée dans l’ombre, aucun signe de fébrilité domestique : juste, sur une paroi entière, l’image flottante d’une femme nue, recroquevillée dans l’herbe, pour un remake immobile et sensuel de
Microcosmos, tandis que résonne le glouglou continu de la pluie qui ruisselle. Ici, rien de froid, de vide, de conceptuel. Au salon, à chaque détour d’un bazar fantasque et mouvant, le halo d’une vidéo surgit du pied d’un fauteuil, d’une commode, d’une pile de livres. Un tableau posé par terre sert à la fois d’écran et de décor à l’action de l’un de ces petits films oniriques ; l’irréalité liquide de la vidéo met en valeur la texture de la gouache. Sur le dos d’un fauteuil, une petite fille nage vers vous en riant aux éclats. On déambule de surprise en clin d’œil ; en fond sonore, une voix féminine chantonne, douce et entêtante. A l’entrée, l’artiste hilare, en robe légère, dans sa vidéo
Ever is over all, fracasse avec une fleur géante les pare-brise des voitures garées le long du trottoir. Le gardien rigole autant que les visiteurs. Dans la bibliothèque, un livre ringard, mais dont le titre sonne comme un manifeste :
Jede Frau kann schön sein - «
Toutes les femmes peuvent être belles ».
Jusqu’au 19 septembre. Mouvement, en kiosque, 40 francs.
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