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	<title>P&#233;riph&#233;ries</title>
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		<title>D'images et d'eau fra&#238;che - Ode &#224; Pinterest</title>
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		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes sur Facebook ou sur Twitter : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes sur Facebook ou sur Twitter : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse de la pens&#233;e et la richesse du vocabulaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/mona.chollet&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur Facebook&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://twitter.com/monachollet&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur Twitter&lt;/a&gt; : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse de la pens&#233;e et la richesse du vocabulaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son &#233;tude des usagers du t&#233;l&#233;phone portable, le sociologue Francis Jaur&#233;guiberry (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Francis Jaur&#233;guiberry, Les Branch&#233;s du portable. Sociologie des usages, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;) analyse ce que change dans les relations humaines le fait d'avoir &#224; disposition des moyens de communication instantan&#233;e, et de pouvoir atteindre n'importe qui, n'importe quand, par un appel ou un SMS &#8212; mais sa r&#233;flexion vaut aussi pour un statut Facebook ou un tweet. Avec le portable et les r&#233;seaux sociaux, au lieu de laisser d&#233;canter en soi ce qu'on veut dire, au lieu de le ruminer longuement dans son coin, de le laisser m&#251;rir, on s'exprime &#224; flux tendus, par bribes. &#171; La pulsion interdit l'&#233;laboration de l'&#233;lan &#187;, &#233;crit Jaur&#233;guiberry. Certains de ses interlocuteurs disent eux-m&#234;mes que le portable repr&#233;sente &#224; leurs yeux, dans leurs relations avec leurs proches, &#171; un danger pour l'&#233;motion pens&#233;e non plus comme passage &#224; l'acte, mais comme tension cr&#233;atrice. Le risque est de voir l'impulsion chasser l'imagination, et le bavardage remplacer l'&#233;change. Le silence et le diff&#233;r&#233;, condition de retour sur le pass&#233; et de projection dans l'avenir, sont les complices d'un pr&#233;sent cr&#233;ateur. Mais lorsque ce pr&#233;sent n'est plus qu'une succession d'imm&#233;diats &#233;ph&#233;m&#232;res, o&#249; se situe la continuit&#233; ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_793 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:300px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH190/finch2-e023a.jpg' width='300' height='190' alt='JPEG - 59.5 ko' style='height:190px;width:300px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-793 spip_doc_titre' style='width:300px;'&gt;&lt;strong&gt;Denys Finch Hatton en safari&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;L'un des enqu&#234;t&#233;s de Jaur&#233;guiberry s'inqui&#232;te pour les lettres d'amour, en particulier : &#171; Le t&#233;l&#233;phone a un aspect simplificateur de la pens&#233;e que le billet doux ou la lettre n'a pas. Parce que la lettre, on l'&#233;crit, on la r&#233;&#233;crit, on la jette, on la recommence... On prend plus de temps &#224; faire passer le message. Avec le portable, c'est : &#8220;Je t'aime, tu me manques.&#8221; Non seulement c'est brut et peu sophistiqu&#233;, mais &#231;a appauvrit, je crois, la relation. &#187; Forc&#233;ment, &#224; l'&#233;poque o&#249; une lettre devait voyager pendant des jours, voire des semaines, avant d'atteindre son destinataire, il aurait paru l&#233;g&#232;rement incongru de se contenter d'un &#171; Je t'aime mon ch&#233;ri, bisous &#187;. Ou alors, il fallait &#234;tre Denys Finch Hatton (1887-1931), l'amant de l'&#233;crivaine danoise Karen Blixen, dont Robert Redford a interpr&#233;t&#233; le r&#244;le dans &lt;i&gt;Out of Africa&lt;/i&gt; de Sydney Pollack. Alors qu'il &#233;tait parti en safari, son fr&#232;re, qui avait besoin d'un renseignement urgent, avait envoy&#233; des hommes &#224; sa recherche. Les types avaient march&#233; des jours avant de le d&#233;nicher. Et l&#224;, &#224; la question &#171; Connais-tu l'adresse de X ? &#187;, ce farceur de Finch Hatton avait fait r&#233;pondre : &#171; Oui. &#187; Un peu comme s'il croyait qu'il avait les SMS gratuits dans son forfait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai not&#233; quelques subtilit&#233;s r&#233;centes
&lt;br /&gt;de la technologie
&lt;br /&gt;pour nous rendre d&#233;pendants,
&lt;br /&gt;augmenter ind&#233;finiment
&lt;br /&gt;les surfaces d'&#233;changes,
&lt;br /&gt;j'ai not&#233; le recul
&lt;br /&gt;des possibilit&#233;s d'autarcie &#187;
&lt;br /&gt;Emmanuelle Pireyre&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_783 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:250px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH384/Delacroix2-b4f95.jpg' width='250' height='384' alt='JPEG - 78.4 ko' style='height:384px;width:250px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-783 spip_doc_titre' style='width:250px;'&gt;&lt;strong&gt;Lettre d'Eug&#232;ne Delacroix &#224; son marchand de tableaux, 28 octobre 1827&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cet appauvrissement des &#233;changes ne concerne pas forc&#233;ment le mail &#8212; m&#234;me si certains observent que la logique du SMS est en train de le contaminer, et qu'on s'envoie des courriers &#233;lectroniques de plus en plus brefs, &#224; un rythme de plus en plus rapide. On peut penser au contraire que le mail, et le Net en g&#233;n&#233;ral, &#224; travers sites, blogs et forums, ont amen&#233; beaucoup de gens &#224; d&#233;velopper une pratique de l'&#233;criture qu'ils n'auraient pas eue autrement. Ce qui dispara&#238;t, en revanche, c'est la lettre, c'est-&#224;-dire un support de communication physique, que l'on peut d&#233;corer, enluminer, parfumer, tacher, cacher, d&#233;chirer, et qui, &#224; travers l'&#233;criture manuelle, conserve l'empreinte du corps de l'autre. Les lettres ne se comptent plus qu'en millions chaque ann&#233;e en France, alors qu'il y a quinze ans c'&#233;tait par milliards. Mais &#171; la d&#233;crue date des ann&#233;es 1970 &#187;, quand tous les foyers de France ont finalement &#233;t&#233; &#233;quip&#233;s d'un t&#233;l&#233;phone. S&#233;bastien Richez, charg&#233; de recherche au Comit&#233; pour l'histoire de La Poste, indique que les lettres repr&#233;sentent aujourd'hui moins de 3% des &#233;changes postaux, et pr&#233;dit qu'en 2030 il n'y aura plus du tout de courrier : &#171; J'ai fait un jour une petite pr&#233;sentation sur le th&#232;me : 1830-2030, vie et mort du courrier ! &#187; (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La passion des lettres &#187;, L'Express, 20 mars 2013.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_792 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH200/imiss-63658.jpg' width='200' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Bref. Reste le probl&#232;me des r&#233;seaux sociaux, et de la fa&#231;on dont ils &#244;tent toute profondeur au temps, mais aussi dont ils nous privent de nos capacit&#233;s de retrait et de concentration. &#171; &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/medias/internet-modifie-t-il-mon-cerveau,93189.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mon cerveau d'avant Internet me manque&lt;/a&gt; &#187;, dit une illustration de Douglas Coupland qui a beaucoup circul&#233;... sur Internet. Dans mon cas, il y a effectivement de quoi rester perplexe en comparant la personne tranquille et pos&#233;e que j'&#233;tais avant &#8212; pas exactement &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; Internet, mais disons aux d&#233;buts du Net, avant la grande acc&#233;l&#233;ration du web 2.0 &#8212;, lorsque je pouvais rester de tr&#232;s longs moments seule dans ma bulle, avec la cr&#233;ature f&#233;brile et fr&#233;n&#233;tique que je suis devenue : une z&#233;bulonne en surchauffe perp&#233;tuelle, incapable de ne faire qu'une chose &#224; la fois, qui consulte &#224; tout bout de champ ses multiples comptes (mail, RSS, Facebook, Twitter), qui abandonne les livres au bout de cinquante pages et qui ne sait plus o&#249; donner de la t&#234;te entre tous les objets dignes de son attention. Mon cerveau est devenu une passoire. J'envisage d'essayer la &lt;a href=&quot;http://www.pomodorotechnique.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;technique Pomodoro&lt;/a&gt;, qui consiste &#224; installer un minuteur pour s'obliger &#224; se consacrer &#224; une seule t&#226;che pendant vingt-cinq minutes : gros challenge en perspective. Dans &lt;i&gt;F&#233;erie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (&#233;ditions de l'Olivier, lisez-&#231;a-c'est-super), Emmanuelle Pireyre &#233;crit : &#171; J'ai not&#233; quelques subtilit&#233;s r&#233;centes de la technologie pour nous rendre d&#233;pendants, augmenter ind&#233;finiment les surfaces d'&#233;changes, j'ai not&#233; le recul des possibilit&#233;s d'autarcie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_778 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH395/itkeepsme-9a1ee.jpg' width='465' height='395' alt='JPEG - 47.4 ko' style='height:395px;width:465px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-778 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Dans le &#171; New Yorker &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tant consciente de ces enjeux, pourquoi ne pas me d&#233;connecter, alors, ou au moins lever le pied ? Parce que je suis accro. La curiosit&#233; de voir ce que postent les autres et la pulsion de partage sont les plus fortes. Je fais partie de ces internautes qui ont des id&#233;es politiques affirm&#233;es, et qui sont contrari&#233;s des d&#233;calages qu'ils peuvent constater entre ces id&#233;es et leur mode de vie, mais qui, quand il s'agit des r&#233;seaux sociaux, &lt;a href=&quot;http://www.acontrario.net/2013/03/27/facebook-la-stasi-qui-exploite-un-milliard-de-mouchards/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;bien qu'avertis&lt;/a&gt; de leurs multiples pi&#232;ges, se retrouvent face &#224; une force d'attraction irr&#233;sistible. Ce qui conforte encore ma conviction que la gauche, en g&#233;n&#233;ral, compte trop sur le sens moral des gens, n&#233;glige leur part d'irrationnel, et sous-estime la facilit&#233; avec laquelle leurs rep&#232;res moraux et politiques peuvent &#234;tre balay&#233;s par des &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article315.html&quot; class='spip_in'&gt;strat&#233;gies de s&#233;duction&lt;/a&gt; efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus affolant, c'est que l'un des moyens r&#233;cents que j'ai trouv&#233;s pour me reposer l'esprit est encore... un r&#233;seau social : &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Pinterest&lt;/a&gt; (AU SECOURS, SAUVEZ-MOI). C'est plus fort que moi : toute cette richesse &#224; disposition, c'est comme si une main g&#233;ante sortait de l'&#233;cran pour m'empoigner et m'entra&#238;ner dans les m&#233;andres des Internets. Etant avant tout port&#233;e, par go&#251;t personnel et par n&#233;cessit&#233; professionnelle, sur le texte et sur l'information, j'ai mis longtemps &#224; r&#233;aliser qu'il y avait un autre domaine dans lequel Internet avait mis fin au r&#233;gime de la raret&#233;, pour rassembler et syst&#233;matiser une quantit&#233; vertigineuse de ressources : les images &#8212; photos et reproductions d'art. Je guettais avec avidit&#233; celles qui surgissaient de temps en temps sur Facebook (et je me perdais surtout dans le splendide &lt;a href=&quot;http://www.desordre.net/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;sordre&lt;/a&gt; de Philippe De Jonckheere), j'aimais la beaut&#233; et la respiration qu'elles apportaient dans le flot de l'actualit&#233;, mais sans avoir l'id&#233;e d'aller voir &#224; la source, sur les sites sp&#233;cialement d&#233;di&#233;s &#224; leur partage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_779 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH325/steal_copie-c2e7c.png' width='250' height='325' alt=&quot;&quot; style='height:325px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Sur Pinterest, pour ceux qui ne connaissent pas, on se cr&#233;e un compte personnel avec des tableaux th&#233;matiques sur lesquels on &#233;pingle les images qui nous plaisent. On peut les t&#233;l&#233;charger depuis son disque dur, ou repiquer celles des autres et s'abonner &#224; leurs tableaux quand ils nous int&#233;ressent. On peut aussi installer sur son navigateur un bouton &#171; Epingler &#187; totalement jouissif, qui permet de rafler en quelques secondes une image sur n'importe quel site qu'on visite pour l'ajouter &#224; sa collection. L'ensemble est une vaste boucherie de droits d'auteur, mais beaucoup d'utilisateurs demandent express&#233;ment &#224; ceux qui reprennent leurs images de ne pas enlever les cr&#233;dits. Le droit commercial passe &#224; la trappe, mais pas le droit moral &#8212; ou pas toujours...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant, pour se faire une collection personnelle, pour d&#233;corer son agenda de l'ann&#233;e ou les murs de son appartement, il fallait se contenter d'inspecter les tourniquets de cartes postales dans les mus&#233;es ou les librairies, de d&#233;couper les journaux et les magazines, de r&#233;cup&#233;rer des programmes de spectacles ou des prospectus d'expositions. Maintenant, il suffit de taper le nom d'un artiste dans Google, ou de plonger dans l'univers vertigineux de &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/medias/plus-de-100-millions-de-tumblr-crees-en-6-ans,95368.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tumblr&lt;/a&gt;, de Flickr et de Pinterest, pour en recevoir une avalanche continue sur la t&#234;te. C'est sans fin : un compte ou un site m&#232;ne &#224; un autre, tout aussi all&#233;chant, voire encore plus. Comme pour l'information et les id&#233;es, on plonge l&#224;-dedans avec &#233;merveillement, mais en ayant aussi une conscience aigu&#235; du caract&#232;re forc&#233;ment d&#233;risoire de ses explorations, ce qui procure une d&#233;mangeaison de frustration, et le sentiment d'une d&#233;mesure, d'une disproportion effrayante avec les capacit&#233;s de l'esprit humain. On peut, &#224; certains moments, nager avec aisance dans un flot d'informations et de productions passionnantes, et, &#224; d'autres, avoir l'impression de ventiler des fils RSS comme un for&#231;at casse des cailloux. Il y a presque de quoi paniquer, surtout que pendant ce temps-l&#224; le monde physique ne cesse pas d'exister pour autant, il continue &#224; vous solliciter lui aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_780 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH297/prehistoric-d9659.jpg' width='250' height='297' alt=&quot;&quot; style='height:297px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;C'est curieux : pourquoi on ne panique pas de la m&#234;me fa&#231;on quand on se trouve dans une biblioth&#232;que, alors qu'on sait tr&#232;s bien, l&#224; aussi, qu'on ne pourra jamais lire tout ce qu'elle contient, et qu'on passera forc&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de livres qui, si &#231;a se trouve, auraient chang&#233; notre vie ? Sans doute parce que la biblioth&#232;que, on en voit les limites, on peut en faire le tour. Le livre, lui aussi, est un objet bien distinct : il est s&#233;par&#233; des autres, m&#234;me s'il contient une bibliographie qui y renvoie. Ce qui est flippant avec le web, c'est ce contenu &#224; la fois d&#233;mat&#233;rialis&#233; et enchev&#234;tr&#233; par le jeu des liens hypertextes, qui ne vous autorise jamais &#224; le l&#226;cher &#8212; il faut s'y arracher &#8212;, qui vous offre une image tr&#232;s proche de ce qu'est votre cerveau &#8212; m&#234;me si les diff&#233;rences sont aussi nombreuses &#8212; et semble par l&#224; vous lancer un d&#233;fi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_781 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH250/typical2-b10a7.jpg' width='250' height='250' alt=&quot;&quot; style='height:250px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;L'image de la &#171; toile &#187; est pertinente y compris dans sa dimension de pi&#232;ge collant dont il est impossible de se d&#233;p&#234;trer. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'on soit engloutis, d&#233;pass&#233;s. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'on soit absorb&#233;s au point de n&#233;gliger au moins un peu notre environnement mat&#233;riel, comme l'illustre assez bien ce dessin d'une utilisatrice typique de Pinterest (&#171; The typical pinner &#187;, &#171; l'&#233;pingleuse typique &#187;). Peut-&#234;tre qu'au bout de quelques ann&#233;es on sera d&#233;gris&#233;s, on aura gagn&#233; en ma&#238;trise, on aura pris un minimum de recul et r&#233;&#233;quilibr&#233; nos vies ? Ou peut-&#234;tre que c'est seulement ce que je me raconte pour me rassurer ? Plus le temps passe, plus le titre du premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Mani&#232;re de voir&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; Internet, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/mav/HS1/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'extase et l'effroi&lt;/a&gt; &#187;, en 1996, me semble un titre parfait (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais bien s&#251;r, en toute objectivit&#233;, le dernier est le meilleur.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Bovarysme 2.0&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sinon, autant le dire tout de suite : Pinterest, c'est la honte. J'aurais mieux fait de choisir Tumblr. Pour l'essentiel, Tumblr est branch&#233;, second degr&#233;, plein de gifs anim&#233;s, de chats aux yeux rouges qui volent, de d&#233;rision et de parodies, ou alors de collections d'art pointues et d&#233;rangeantes. Alors que Pinterest est r&#233;solument premier degr&#233;, &#224; la limite de la niaiserie. Chacun y met ce qui le fait r&#234;ver, de sorte qu'il offre une vue en coupe des fantasmes et des id&#233;aux contemporains. On comprendra que &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article15.html&quot; class='spip_in'&gt;&#231;a m'int&#233;resse&lt;/a&gt;... C'est sans doute pour cette raison qu'il a la r&#233;putation d'un r&#233;seau &#171; f&#233;minin &#187; : il d&#233;borde de robes de mari&#233;e, d'images romantiques et vaporeuses, de listes de shopping, de cupcakes, de cocktails, de fringues et de sacs, de mamans et de b&#233;b&#233;s, de photos de d&#233;coration int&#233;rieure, de produits de beaut&#233;, de mannequins filiformes et de recettes de cuisine. C'est la version 2.0 du bovarysme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_782 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH347/killing-741ee.jpg' width='250' height='347' alt=&quot;&quot; style='height:347px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;En fait, Pinterest refl&#232;te bien cette &#171; culture f&#233;minine &#187; que j'ai essay&#233; de d&#233;crire dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; une culture que les femmes se sont constitu&#233;e au fil du temps autour des occupations et des pr&#233;occupations dans lesquelles la soci&#233;t&#233; les enfermait : le quotidien, l'univers domestique, le soin des enfants, le corps, la mode, la sensualit&#233;, ou encore le go&#251;t des choses &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/bird_museum/secret-things-hidden-things-collapsibles/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;petites, secr&#232;tes, cach&#233;es&lt;/a&gt;. Il s'agit d'une culture &#224; laquelle beaucoup d'entre elles adh&#232;rent encore, et qui est m&#233;pris&#233;e par la culture l&#233;gitime, mais habilement r&#233;cup&#233;r&#233;e et exploit&#233;e par la soci&#233;t&#233; de consommation et les m&#233;dias de masse. Elle m&#234;le des &#233;l&#233;ments &#224; mes yeux tout &#224; fait d&#233;fendables, et d'autres franchement ali&#233;nants. La pr&#233;sence massive des seconds sur Pinterest a d'ailleurs amen&#233; certaines &#224; estimer que ce r&#233;seau social &#171; tuait le f&#233;minisme &#187; (Amy Odell, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.buzzfeed.com/amyodell/how-pinterest-is-killing-feminism&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;How Pinterest is killing feminism&lt;/a&gt; &#187;, Buzzfeed, 1er octobre 2012).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas ce qu'Internet &#233;tait cens&#233; nous apporter &#187;, proteste Amy Odell dans cet article. Sauf que, l&#224; encore, Internet a deux visages : d'un c&#244;t&#233;, in&#233;vitablement, il est une vaste r&#233;gurgitation de la vision du monde, de l'esth&#233;tique, des aspirations et des pr&#233;occupations que nous ont fait bouffer pendant des d&#233;cennies, et que continuent &#224; nous faire bouffer, les m&#233;dias traditionnels, t&#233;l&#233; et magazines. Mais, de l'autre, il est aussi un lieu o&#249; les contester, et o&#249; faire mieux que les contester : les concurrencer, leur proposer des alternatives. Dans le domaine des images comme dans les autres, pour qui veut bien aller fouiller, il r&#233;introduit une diversit&#233; inimaginable, alors qu'autrefois les m&#233;dias traditionnels &#233;taient seuls, ou presque, &#224; fa&#231;onner notre environnement culturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, Pinterest est accablant au premier abord ; et, sur Tumblr, on trouve des flop&#233;es de comptes intoxiqu&#233;s par l'univers de la mode et de la publicit&#233;, d'un &#233;rotisme glacial et gla&#231;ant, satur&#233;s de corps minces, lisses et aseptis&#233;s qui semblent en plastique, de logos de marques de luxe. Mais il suffit de creuser un peu pour d&#233;couvrir des comptes qui vous emm&#232;nent radicalement ailleurs. On dirait que le monde entier (ou du moins une partie non n&#233;gligeable du monde) a d&#233;vers&#233; en ligne tout ce qui dormait dans ses greniers. Et la circulation des images est fascinante &#224; suivre, ou plut&#244;t &#224; deviner : une photo appara&#238;t sur un Tumblr, elle est aussit&#244;t repost&#233;e sur d'autres, et, quelques jours plus tard, vous la voyez ressurgir comme une fleur sur la page Facebook d'un de vos amis, apr&#232;s avoir probablement d&#233;j&#224; fait plusieurs fois le tour de la Terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'usage que j'en fais, Pinterest est un antidote &#224; Twitter. &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2011/10/CHOLLET/21103&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Twitter&lt;/a&gt; me sert &#224; &#233;changer des informations et des commentaires sur la politique nationale et internationale, sur la crise financi&#232;re, sur la situation des femmes, sur le racisme, sur l'environnement... Autant dire tout ce qui va mal sur la plan&#232;te. Certains font aussi un usage militant de Pinterest, mais ce n'est pas mon cas &#8212; m&#234;me si la politique a tendance &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/arab-world-middle-east/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; revenir par la fen&#234;tre&lt;/a&gt;. Le partage d'images est un moyen que j'ai trouv&#233; de restaurer la vision du monde plut&#244;t sombre que je retire de Twitter, qui, sinon, finirait par &#234;tre minante. Un moyen parmi d'autres, mais assez fabuleux. Il me rappelle l'existence des trains qui arrivent &#224; l'heure, sur lesquels il n'y a rien &#224; &#233;crire (encore que...), mais qui peuvent &#234;tre rass&#233;r&#233;nants &#224; contempler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_784 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://pinterest.com/pin/541487555167312025/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH311/chat-b813c.jpg' width='250' height='311' alt=&quot;&quot; style='height:311px;width:250px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Pour &#231;a, il faut accepter de se laisser aller &#224; admirer b&#233;atement, sans se sentir stupide, en faisant taire son rabat-joie int&#233;rieur. Il faut accepter aussi, le cas &#233;ch&#233;ant, d'avoir des go&#251;ts banals, ne pas vouloir jouer toujours &#224; la plus maligne, ne pas chercher &#224; se distinguer &#224; tout prix ; un r&#233;flexe dont je constate qu'il est bien plus ancr&#233; que je ne le croyais. Mon amour-propre a r&#233;sist&#233; plusieurs semaines avant de me laisser cr&#233;er un tableau &#171; &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/cats/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Chats&lt;/a&gt; &#187;, comme j'en mourais d'envie : tu ne peux pas ! Tu es journaliste au &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; ! Ignacio Ramonet et Serge Halimi ne collectionnent pas les photos de chats, &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt; ! (Pour Alain Gresh, je ne jurerais de rien.) J'ai fini par craquer. Mais je me contr&#244;le : pour le moment, du moins, je fais un casting impitoyable, je ne s&#233;lectionne que des chats artistiques et distingu&#233;s. Enfin, presque. Il faut que je pense &#224; me cr&#233;er un &lt;a href=&quot;https://help.pinterest.com/entries/22277603&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;tableau secret&lt;/a&gt; plein de chatons &#233;bouriff&#233;s et trop mignons qui jouent avec des pelotes de laine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute fa&#231;on, en syst&#233;matisant l'acc&#232;s aux ressources documentaires, le web est une &#233;cole d'humilit&#233; : on a tr&#232;s peu de chances d'&#234;tre seul &#224; d&#233;tenir une image. Et, si on a la na&#239;vet&#233; de le croire, un minimum de navigation dans les collections des autres nous d&#233;trompera vite. Il est d'ailleurs &#233;tonnant d'observer qu'on en retrouve certaines de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re, insistante, au fil de ses d&#233;ambulations, chez les gens les plus diff&#233;rents : des images qui ont visiblement tap&#233; dans l'&#339;il de tout le monde, pour des raisons souvent myst&#233;rieuses. Et, &#224; l'inverse, je suis aussi parfois perplexe, presque choqu&#233;e, en constatant que d'autres r&#233;cup&#232;rent une de &#171; mes &#187; images pour l'inscrire dans des univers tout &#224; fait &#233;trangers au mien. Chacun se sert chez les autres de fa&#231;on un peu cynique, sans forc&#233;ment adh&#233;rer &#224; tous leurs choix. Ou alors, quelqu'un publie une image en l'accompagnant de commentaires extatiques, et vous la scrutez en essayant en vain de comprendre ce qu'il lui trouve, au juste. Sur Pinterest, chacun est &#224; la fois tr&#232;s commun, tr&#232;s pr&#233;visible, tr&#232;s semblable aux autres, et absolument seul dans son monde. Ce qui am&#232;ne &#224; se poser des questions &#224; peu pr&#232;s insolubles sur la formation du go&#251;t et les voies myst&#233;rieuses qu'elle emprunte : pourquoi est-ce que telle image me pla&#238;t autant, pourquoi est-ce qu'elle suscite ma convoitise, pourquoi est-ce qu'elle d&#233;clenche imm&#233;diatement un r&#233;flexe d'appropriation, alors que telle autre, pourtant tr&#232;s semblable, avec le m&#234;me sujet, le m&#234;me auteur, le m&#234;me style, me laisse de marbre ? Ou comment s'offrir une psychanalyse sauvage par les images.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Toi aussi,
&lt;br /&gt;succombe au porno des escaliers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je ne reviens pas, en tout cas, apr&#232;s trois mois, c'est le plaisir que j'y prends. Les images agissent comme des cataplasmes, comme une th&#233;rapie. Elles ont un pouvoir nourrissant, apaisant. On dirait qu'elles produisent des effets au niveau physiologique. C'est d'ailleurs ce que dit bien l'appellation &#171; porn &#187;, si souvent accol&#233;e par les blogueurs &#224; la cat&#233;gorie particuli&#232;re qui les passionne : &lt;a href=&quot;http://treeporn.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tree Porn&lt;/a&gt; pour les arbres, &lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Cabin Porn&lt;/a&gt; pour les cabanes, &lt;a href=&quot;http://bookshelfporn.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Bookshelf Porn&lt;/a&gt; pour les biblioth&#232;ques, &lt;a href=&quot;http://interiorsporn.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Interiors Porn&lt;/a&gt; pour la d&#233;coration int&#233;rieure... Le terme traduit l'id&#233;e d'orgie, d'abondance (&#171; binge &#187; est &#233;galement un suffixe tr&#232;s pris&#233;), mais il sugg&#232;re aussi que ces images vous comblent, qu'elles r&#233;pondent &#224; un d&#233;sir profond, qu'elles vous font un effet qui d&#233;borde la simple appr&#233;ciation esth&#233;tique. S'y ajoute le plaisir de la collection : accumuler des variations sur un m&#234;me th&#232;me permet de l'explorer de plus en plus finement, sous tous les angles, en conjuguant le bonheur de la r&#233;p&#233;tition, de l'obsession, de l'ent&#234;tement, et celui de la nouveaut&#233;, de la variation, de l'&#233;largissement progressif du champ. On vise une exhaustivit&#233; qu'on n'atteindra jamais, mais au moins, on balise le terrain, on pose des jalons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_795 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://pinterest.com/pin/541487555167306552/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH369/escalier2-0d390.jpg' width='300' height='369' alt=&quot;&quot; style='height:369px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;On h&#233;site cependant &#224; faire ce constat, comme si ce plaisir procur&#233; par les images n'&#233;tait pas un ph&#233;nom&#232;ne homologu&#233;, comme si on n'&#233;tait pas pr&#234;t &#224; admettre qu'un objet visuel serve &#224; autre chose qu'&#224; nous communiquer une information ou &#224; enrichir notre culture. &#171; &lt;a href=&quot;http://alwaysinstudio.tumblr.com/post/14503036113/i-love-stairs-is-that-weird-just-me&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;J'ADORE LES ESCALIERS&lt;/a&gt;. Est-ce que c'est bizarre ? Est-ce que c'est seulement moi ? &#187; s'alarme par exemple le titulaire d'un Tumblr consacr&#233; au design. Alors que non, &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/search/?q=stairs&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;pas du tout&lt;/a&gt;. Vous commencez par vous surprendre et vous inqui&#233;ter vous-m&#234;me en cr&#233;ant un tableau &#171; &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/stairs/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Escaliers&lt;/a&gt; &#187;, et vous finissez par passer des heures &#224; fouiller dans les images de cette cat&#233;gorie, la langue pendante. D'ailleurs, bien s&#251;r, il y a un &lt;a href=&quot;http://www.stairporn.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;porno des escaliers&lt;/a&gt; (&#224; ne pas confondre avec le porno &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; les escaliers, qui existe aussi). C'est fantastique, un escalier, quand on y pense. Sa fa&#231;on de sculpter l'espace, de rappeler les cabanes et les escalades de l'enfance, de faire virevolter le corps et le regard, de sugg&#233;rer une &#233;chapp&#233;e, un ailleurs myst&#233;rieux qu'on ne fait qu'entrevoir et qu'on est libre d'imaginer... (D'accord, j'arr&#234;te.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une estampe est un objet
&lt;br /&gt;qui permet de p&#233;n&#233;trer
&lt;br /&gt;&#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_786 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:220px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L220xH328/Hiroshige_par_Kunisada-596f6.jpg' width='220' height='328' alt='JPEG - 29.6 ko' style='height:328px;width:220px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-786 spip_doc_titre' style='width:220px;'&gt;&lt;strong&gt;Portrait posthume &#224; la m&#233;moire d'Hiroshige peint par Kunisada Utagawa. (Source : Wikip&#233;dia)&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Dans son introduction &#224; &lt;a href=&quot;http://www.pinacotheque.com/?id=804&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'exposition de l'artiste japonais Hiroshige&lt;/a&gt; (1797-1858), cet hiver, le directeur de la Pinacoth&#232;que de Paris, Marc Restellini, &#233;crivait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce &#224; Hiroshige, il nous est permis, &#224; nous, public occidental, de comprendre comment une &#339;uvre d'art est per&#231;ue au Japon et plus largement en Asie. Notre mani&#232;re de voir une &#339;uvre en Europe et en Occident est finalement tr&#232;s superficielle, purement esth&#233;tique ou simplement intellectuelle et s'attache &#224; appr&#233;cier la forme, les couleurs, la composition ou la signification. (...). Le Japonais s'attache moins &#224; l'apparence, mais vit la vision de l'&#339;uvre comme un support de m&#233;ditation. Une &#339;uvre est avant tout un pr&#233;texte &#224; un voyage int&#233;rieur. Ainsi, une estampe est un objet qui lui permet de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre. C'est la raison pour laquelle la perspective dans les gravures japonaises est si &#233;vidente et si profonde. Elle aide &#224; accompagner l'&#339;il dans son voyage &#224; l'int&#233;rieur de l'estampe. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_787 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/post/37846024839/from-our-library-the-poetics-of-space-by-gaston&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH300/bachelard2-f201b.jpg' width='300' height='300' alt=&quot;&quot; style='height:300px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;C'est int&#233;ressant, mais on peut se demander si le rapport d&#233;crit ici comme &#171; japonais &#187; n'est pas en r&#233;alit&#233; universel, et si la diff&#233;rence ne tient pas simplement au fait que, en Occident, on r&#233;pugne &#224; le reconna&#238;tre. Parce que, d'apr&#232;s ma modeste exp&#233;rience, sur Pinterest, tout le monde, ou quasiment, est japonais. On y recherche des images qu'on peut habiter, dans lesquelles on peut se projeter, devant lesquelles on peut r&#234;vasser. Les photos d'int&#233;rieurs, d'architecture, de maisons, de cabanes dans les arbres et &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/shelters/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;d'abris en tout genre&lt;/a&gt; remportent un grand succ&#232;s : les tableaux consacr&#233;s &#224; ces th&#232;mes font partie de ceux qu'on retrouve chez pratiquement tout le monde ; mais la plupart des images, quel que soit le sujet repr&#233;sent&#233;, semblent choisies parce qu'elles offrent un abri, m&#234;me si ce n'est pas au sens litt&#233;ral. Je r&#234;ve des textes qu'une exploration de l'Internet des images aurait pu inspirer &lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/post/37846024839/from-our-library-the-poetics-of-space-by-gaston&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; Gaston Bachelard&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, il y a le mode de relation qu'induit Pinterest, lui aussi tr&#232;s reposant. Twitter, en permettant &#224; tout le monde de parler &#224; tout le monde, a un c&#244;t&#233; autos tamponneuses, mais sans la dimension enivrante et joyeuse : &#231;a va &#224; toute allure, c'est violent, &#231;a s'accroche, &#231;a s'engueule, &#231;a s'insulte &#224; l'occasion. Sur Pinterest, on se contente de communier dans les &#171; oh ! &#187; et les &#171; ah ! &#187; d'admiration. On ne cultive pas son r&#233;seau et son influence &#8212; m&#234;me si on a aussi vu &#233;merger quelques reines du life-style qui font exploser le compteur d'abonn&#233;s. Ici, il est pratiquement impossible de sortir une &#233;norme connerie qui ruinera instantan&#233;ment votre r&#233;putation aupr&#232;s de centaines ou de milliers de gens. Tr&#232;s difficile aussi de frimer ou de c&#233;der au narcissisme : on ne court pas le risque de voir ses petits ou grands acc&#232;s de vanit&#233; &#233;pingl&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; sur &lt;a href=&quot;http://personalbranling.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Personal Branling&lt;/a&gt;. On est dans une activit&#233; gratuite, ce qui fait un bien fou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_789 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH226/schtroumpfs2-f7413.jpg' width='200' height='226' alt=&quot;&quot; style='height:226px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Ce que je pr&#233;f&#232;re, c'est les moments o&#249; vous explorez un compte qui vous pla&#238;t, vous le passez en revue minutieusement, pendant que son propri&#233;taire fait de m&#234;me avec le v&#244;tre, chacun gratifiant l'autre d'un r&#233;&#233;pinglage, d'un &#171; j'aime &#187;, d'un abonnement &#224; l'un de ses tableaux. J'adore l'id&#233;e d'&#234;tre en train d'&#233;changer des objets d'admiration &#8212; un plaisir auquel m'avaient d&#233;j&#224; fait go&#251;ter les &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Panini_%28maison_d%27%C3%A9dition%29&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;albums Panini&lt;/a&gt; de mon enfance &#8212; avec une personne totalement inconnue, dont je ne sais parfois m&#234;me pas si elle est un homme ou une femme, si elle habite &#224; deux rues de chez moi ou &#224; l'autre bout de la plan&#232;te. M&#234;me l'&#226;ge n'a plus d'importance : je me retrouve &#224; suivre les publications d'un &lt;a href=&quot;http://praeliator.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Am&#233;ricain de 16 ans&lt;/a&gt; d'origine pakistanaise, et de pas mal d'autres gamins qui, entre deux envois d'images, soupirent sur leur Tumblr qu'ils sont d&#233;prim&#233;s de devoir retourner &#224; l'&#233;cole demain, ou postent des photos de leurs orgies au MacDo. Il se cr&#233;e des entit&#233;s d&#233;concertantes, &#224; la fois compl&#232;tement opaques et tr&#232;s famili&#232;res : &#171; Bon, &lt;a href=&quot;http://thorsteinulf.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Thorstein Ulf&lt;/a&gt; est &#224; fond dans les peintres chinois, ces temps-ci... Il vient encore d'en balancer quinze d'un coup, franchement, il est p&#233;nible... Mais patience, &#231;a lui passera... &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Expansion du &#171; fantomatique
&lt;br /&gt;entre les hommes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certains diront que c'est triste d'&#233;changer avec de parfaits inconnus qu'on ne rencontrera jamais, alors qu'on n'adresse m&#234;me pas la parole &#224; son voisin de palier. Je ne suis pas s&#251;re qu'on puisse voir les choses de cette fa&#231;on. Il y a effectivement une grande pauvret&#233; relationnelle dans nos soci&#233;t&#233;s, mais il n'est pas certain qu'Internet y soit pour grand-chose. Ce qui change, c'est que le type de rapport qu'on n'entretenait autrefois qu'avec des artistes &#8212; compositeurs, peintres, &#233;crivains &#8212; &#224; travers leurs &#339;uvres, on l'entretient aujourd'hui avec une foule d'inconnus. &lt;a href=&quot;http://scinfolex.wordpress.com/2013/03/21/dune-societe-ouvriere-a-une-societe-oeuvriere-profusion-des-auteurs-et-economie-de-labondance/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Chacun devient auteur&lt;/a&gt;, &#224; un degr&#233; plus ou moins grand : chacun met &#224; disposition ses textes, ses r&#233;flexions, ses photos, ses compositions, ou, plus modestement, ses s&#233;lections d'images, de musiques ou d'articles, et se cr&#233;e un public plus ou moins important qui y trouve de l'int&#233;r&#234;t. Est-ce qu'on aurait l'id&#233;e de conseiller &#224; quelqu'un qui lit un roman ou qui &#233;coute un disque de sortir plut&#244;t parler &#224; ses voisins ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_790 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH359/longlegs2-3a1ff.jpg' width='250' height='359' alt=&quot;&quot; style='height:359px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Pour autant, difficile de pr&#233;tendre que tout va bien avec cette nouvelle configuration. Ce type de communication fantomatique, avec ses richesses et ses limites, devient beaucoup plus pr&#233;sent, voire envahissant, qu'il ne l'&#233;tait quand il concernait seulement les artistes. Avant Internet, on communiquait tr&#232;s rarement de fa&#231;on virtuelle avec des inconnus non artistes, m&#234;me si cela pouvait arriver : ces accidents &#8212; car c'en &#233;tait &#8212; ont par exemple inspir&#233; la trame de romans comme &lt;i&gt;Papa Longues Jambes (Daddy Long Legs),&lt;/i&gt; de Jean Webster, en 1912 (adapt&#233; au cin&#233;ma avec Fred Astaire et Leslie Caron), dans lequel une jeune fille entretient une correspondance avec le myst&#233;rieux homme riche qui paie ses &#233;tudes, et dont elle n'a fait qu'entrapercevoir l'ombre &#8212; aux jambes interminables &#8212; au d&#233;tour d'un couloir. Ou comme &lt;i&gt;Les deux moiti&#233;s de l'amiti&#233;,&lt;/i&gt; le roman jeunesse de Susie Morgenstern : un gar&#231;on solitaire appelle un num&#233;ro pris au hasard dans l'annuaire et tombe sur une fille de son &#226;ge, juive alors que lui-m&#234;me est arabe, et une amiti&#233; na&#238;t entre eux. Aujourd'hui, ce sc&#233;nario &#8212; qui &#233;tait aussi celui du film de Nora Ephron &lt;i&gt;You've got mail,&lt;/i&gt; en 1998, avec Meg Ryan et Tom Hanks &#8212; est devenu banal : on entretient des relations virtuelles avec une foule de gens qu'on peut finir par rencontrer un jour... ou pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas forc&#233;ment trop grave, pourvu qu'on conserve par ailleurs assez de rapports directs avec des &#234;tres humains en chair et en os. Ce qui est peut-&#234;tre plus troublant, c'est que les relations s'hybrident. Avant, on cloisonnait : il y avait d'un c&#244;t&#233; les gens avec qui on &#233;tait en interaction directe, physique, multilat&#233;rale &#8212; amis, famille, coll&#232;gues, voisins... &#8212; et de l'autre ceux qu'on connaissait de loin, artistes, &#233;crivains, peintres, acteurs, qui communiquaient de fa&#231;on unilat&#233;rale avec la masse de leur public. Aujourd'hui, on peut &#224; la fois voir ses amis de fa&#231;on plus ou moins r&#233;guli&#232;re et, entre deux rendez-vous, les lire sur leur blog, ou simplement sur leur compte Facebook, o&#249; ils s'adressent &#224; une audience plus large. C'est une mani&#232;re de rester en contact avec des proches que de toute fa&#231;on, par la force des choses, on voit rarement, parce qu'on n'habite pas ou plus dans la m&#234;me ville ou le m&#234;me pays ; mais cela peut aussi cr&#233;er des trous d'air &#233;tranges dans la relation, favoriser la parano&#239;a, les malentendus, les illusions, et laisser chacun enferm&#233; dans son monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une &lt;a href=&quot;http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/021212/quest-ce-quun-monde-sans-recit&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;intervention au Th&#233;&#226;tre du Rond-Point&lt;/a&gt;, en novembre dernier, &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article244.html&quot; class='spip_in'&gt;Christian Salmon&lt;/a&gt; citait l'expression de Kafka parlant de la &#171; crise mondiale de son &#226;me &#187;. Par &#171; &#226;me &#187;, il faut entendre &#171; la possibilit&#233; humaine de faire et d'&#233;changer des exp&#233;riences &#187;. A son &#233;poque d&#233;j&#224;, Kafka estimait cette possibilit&#233; menac&#233;e. Il distinguait, r&#233;sume Salmon, &#171; deux sortes d'inventions techniques : celles qui permettent de rapprocher les hommes entre eux, d'&#233;tablir des relations r&#233;elles, naturelles : le chemin de fer, l'auto, l'a&#233;roplane ; et celles qui contribuent &#224; rendre ces relations irr&#233;elles ou fantomatiques : la poste, le t&#233;l&#233;graphe, le t&#233;l&#233;phone, la t&#233;l&#233;graphie sans fil &#187;. Alors Internet, on n'en parle m&#234;me pas...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_794 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH291/anxiety2-47725.jpg' width='200' height='291' alt=&quot;&quot; style='height:291px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;J'assume toujours ma vision enthousiaste d'Internet : il a modifi&#233; de fa&#231;on spectaculaire les rapports de force dans la soci&#233;t&#233;, permis une &#233;closion d'expression fabuleuse. Ma g&#233;n&#233;ration ne serait nulle part sans Internet. En vingt ans, elle a d&#233;j&#224; &#233;crit &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=BUmVuxX0ulk&amp;feature=youtu.be&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;une &#233;pop&#233;e&lt;/a&gt;. Je suis tr&#232;s consciente de la fa&#231;on dont, loin de m'isoler, Internet a enrichi, tr&#232;s concr&#232;tement, ma vie r&#233;elle et relationnelle. Mais en m&#234;me temps, je suis sensible &#224; ces discours sur le trop-plein, la routine, le fantomatique. Est-ce que je serais en train de c&#233;der &#224; un catastrophisme de Cassandre r&#233;ac fa&#231;on Finkielkraut ? A partir de quand le &#171; fantomatique entre les hommes &#187; cesse-t-il d'&#234;tre, comme l'art, un bienfait, une forme de communication profonde et indispensable, compl&#233;mentaire des autres, pour enfermer chacun dans une d&#233;rive solitaire et impuissante ? Est-ce que ce n'est pas aussi la vieille peur, la vieille r&#233;probation sociale de l'imaginaire qui se manifeste dans les discours technophobes ? Entra&#238;n&#233;s dans des usages qui s'emparent de nous bien avant qu'on ait eu une chance de les penser, on peut seulement s'arr&#234;ter de temps en temps pour essayer de comprendre &lt;i&gt;ce qu'on fout, au juste&lt;/i&gt;. Mais sans esp&#233;rer apporter &#224; cette question une r&#233;ponse d&#233;finitive.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Aur&#233;lia Aurita&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;pour l'expo Hiroshige,
&lt;br /&gt;et &#224; &lt;strong&gt;Katia Berger&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Constance Frei&lt;/strong&gt;,
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Magdalena Frei-Holzer&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Franz-Josef Holzer&lt;/strong&gt;,
&lt;br /&gt;dont la conversation toujours si agr&#233;able a nourri cet article...&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; : une remarque de Jo&#235;lle Marelli (via Facebook) : &#171; Sur les billets doux, les SMS, la communication instantan&#233;e, on a oubli&#233; l'usage &#8220;mondain&#8221; des t&#233;l&#233;grammes (les &#8220;petits bleus&#8221;) et des &#8220;pneumatiques&#8221;, notamment par Proust, qui &#233;crit un mot &#224; telle marquise pour lui dire qu'il a oubli&#233; ses gants chez elle puis avant de faire partir le message ajoute : &#8220;Ce message est sans objet puisque je viens de les retrouver.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Francis Jaur&#233;guiberry, &lt;i&gt;Les Branch&#233;s du portable. Sociologie des usages,&lt;/i&gt; PUF, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.lexpress.fr/styles/psycho/la-passion-des-lettres_1233381.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La passion des lettres&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'Express,&lt;/i&gt; 20 mars 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Mais bien s&#251;r, en toute objectivit&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/mav/109/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le dernier est le meilleur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Des paradis vraiment bizarres &#187;</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article331.html</link>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En octobre 2010, S&#233;verine Auffret et Nancy Huston avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, premi&#232;re et deuxi&#232;me partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article5.html&quot; class='spip_in'&gt;S&#233;verine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article171.html&quot; class='spip_in'&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;premi&#232;re&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;deuxi&#232;me&lt;/a&gt; partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait d&#233;cid&#233;e &#224; me lancer dans l'&#233;criture de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolong&#233; sa r&#233;flexion dans un livre qui para&#238;t le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article5.html&quot; class='spip_in'&gt;S&#233;verine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article171.html&quot; class='spip_in'&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;premi&#232;re&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;deuxi&#232;me&lt;/a&gt; partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait d&#233;cid&#233;e &#224; me lancer dans l'&#233;criture de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolong&#233; sa r&#233;flexion dans un livre qui para&#238;t le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Malheureusement, &#224; la lecture, la perplexit&#233; qu'on avait ressentie en l'&#233;coutant ce jour-l&#224; se change en consternation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_774 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH302/reflets-cdf6f.jpg' width='160' height='302' alt=&quot;&quot; style='height:302px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Au soin obsessionnel apport&#233; par les femmes &#224; leur apparence, elle fournit une explication : la nature. Le livre se pr&#233;sente comme une charge contre la th&#233;orie du genre, accus&#233;e de nier la part de d&#233;terminisme biologique qui fa&#231;onne les comportements sexuels respectifs des hommes et des femmes : &#171; Grossi&#232;rement exprim&#233;, les jeunes femelles humaines tout comme les guenons tiennent &#224; s&#233;duire les m&#226;les, car elles veulent devenir m&#232;res. Pour atteindre cet objectif, elles se font belles. Aveugl&#233;s par nos id&#233;es modernes sur l'&#233;galit&#233; entre les sexes, que nous refusons de concevoir autrement que comme &lt;i&gt;l'identit&#233;&lt;/i&gt; entre les sexes, nous pouvons faire abstraction un temps de cette r&#233;alit&#233; &#233;norme, mais, si l'on n'est pas totalement barricad&#233; derri&#232;re nos certitudes th&#233;oriques, il y aura toujours un &#233;lectrochoc pour nous le rappeler. &#187; Ou : &#171; Les hommes ont une pr&#233;disposition inn&#233;e &#224; d&#233;sirer les femmes par le regard, et les femmes se sont toujours complu dans ce regard parce qu'il pr&#233;parait leur f&#233;condation. &#187; Ou encore : &#171; Homo sapiens demeure une esp&#232;ce animale programm&#233;e comme toutes les autres pour se reproduire et, que cela nous plaise et nous flatte ou non, nos comportements sont infl&#233;chis par cette programmation. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'ici, on avait toujours suivi Nancy Huston avec enthousiasme lorsqu'elle pointait la tendance de la civilisation occidentale &#224; s'ab&#238;mer dans des fantasmes de toute-puissance et &#224; cultiver l'id&#233;e d'un individu capable de s'affranchir de toute limite naturelle ou biologique, de se recr&#233;er ex nihilo ; de s'autoengendrer. Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article254.html&quot; class='spip_in'&gt;Journal de la cr&#233;ation&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; comme dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article213.html&quot; class='spip_in'&gt;Professeurs de d&#233;sespoir&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; elle a magistralement analys&#233; la r&#233;pulsion manifest&#233;e par beaucoup d'&#233;crivains et d'intellectuels envers le corps &#8212; r&#233;pulsion intimement li&#233;e &#224; la haine des femmes et des m&#232;res &#8212;, mais aussi envers tout ce qui rappelle la faiblesse et la d&#233;pendance de l'&#234;tre humain, contrariant leur vision glorieuse d'un d&#233;miurge solitaire et souverain.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons une dimension animale,
&lt;br /&gt;mais les exp&#233;riences que nous en faisons
&lt;br /&gt;sont toujours filtr&#233;es par la culture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du genre a-t-elle pu alimenter parfois le rejet de la chair, la n&#233;gation des limites, le fantasme de l'autoengendrement ? Oui, sans aucun doute. Judith Butler elle-m&#234;me, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsamsterdam.fr/articles.php?idArt=61&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ces corps qui comptent&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, en 1993, a mis en garde contre cette tentation : elle a voulu &#171; r&#233;pondre aux interpr&#232;tes de son pr&#233;c&#233;dent livre [&lt;i&gt;Trouble dans le genre,&lt;/i&gt; 1990], qui y voyaient l'expression d'un volontarisme (on pourrait &#8220;performer&#8221; son genre comme on joue un r&#244;le au th&#233;&#226;tre, on pourrait en changer comme de chemise) et d'un id&#233;alisme (le genre ne serait qu'une pure construction culturelle ou discursive, il n'y aurait pas de r&#233;alit&#233; ou de substrat corporel derri&#232;re le genre) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour autant, reconna&#238;tre qu'il y a bien une r&#233;alit&#233; biologique derri&#232;re le genre n'implique pas d'en d&#233;duire, comme le fait Huston, que la biologie d&#233;termine nos comportements. Pour Butler, &#171; la prise en compte de la mat&#233;rialit&#233; des corps n'implique pas la saisie effective d'une r&#233;alit&#233; pure, naturelle, derri&#232;re le genre : le sexe est un pr&#233;suppos&#233; n&#233;cessaire du genre, mais nous n'avons et n'aurons jamais acc&#232;s au r&#233;el du sexe que m&#233;diatement, &#224; travers nos sch&#232;mes culturels &#187;. Incontestablement, nous avons donc une dimension animale ; mais les exp&#233;riences que nous en faisons sont toujours filtr&#233;es par la culture. Pour exp&#233;rimenter une nature &#224; l'&#233;tat pur, il faudrait &#234;tre hors de la culture, ce qui n'est le cas de personne. Tous, nous y baignons non pas d&#232;s notre enfance, mais d&#232;s notre conception, comme le montrait en 1974 Elena Gianini Belotti en &#233;tudiant, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/essais/essais/belloti_dcpf.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Du c&#244;t&#233; des petites filles&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; les croyances sur les diverses manifestations cens&#233;es permettre de deviner, pendant la grossesse, le sexe du b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le hareng est-il &#171; un tigre pour le hareng &#187; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les tenants de la th&#233;orie du genre, pr&#233;tend Nancy Huston, sont antidarwiniens, au m&#234;me titre que les cr&#233;ationnistes, car ils refusent &#171; de placer l'humain dans une continuit&#233; biologique avec le monde animal &#187;. Elle souligne que nous partageons &#171; 98% de nos g&#232;nes &#187; avec les chimpanz&#233;s. Le probl&#232;me, c'est que, par l&#224;, elle escamote le fait que nous n'appartenons pas &#224; la m&#234;me esp&#232;ce. Cet escamotage est syst&#233;matique dans les discours qui expliquent nos comportements par ceux de nos cousins du r&#232;gne animal. Colette Guillaumin, dans &lt;i&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir&lt;/i&gt; (C&#244;t&#233;-femmes, 1992), avait fait remarquer que l'esp&#232;ce humaine &#233;tait bien la seule sur laquelle on osait tirer des conclusions &#224; l'emporte-pi&#232;ce &#224; partir de l'observation d'autres esp&#232;ces : &#171; La socialit&#233; des babouins et la socialit&#233; des termites ne se superposent pas. Les formes de leur rapport &#224; leur milieu ne sont pas les m&#234;mes puisque leur &#233;quipement n'est pas analogue ; les relations entre individus de ces groupes ne peuvent donc &#234;tre identiques. De cela, tout le monde convient pour autant qu'on parle de babouins et de termites, malgr&#233; leur commune appartenance au vivant. Tout se complique lorsqu'on pr&#233;tend qu'il en est exactement de m&#234;me de la socialit&#233; des hommes compar&#233;e &#224; celle des grouses d'Ecosse ; il est fort mal vu de dire que chacune d'entre elles est sp&#233;cifique. Chose &#233;trange, si la commune nature animale permet de faire de l'homme, tour &#224; tour et selon les besoins, un chimpanz&#233;, un loup, ou une grouse d'Ecosse, on ne se pr&#233;occupe nullement d'expliquer le loup par la grouse ni le chimpanz&#233; par le loup. (...) Si &#8220;l'homme est un loup pour l'homme&#8221;, le hareng pour autant n'est pas &#8220;un tigre pour le hareng&#8221;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'occurrence, les th&#232;ses de la psychologie &#233;volutionniste auxquelles souscrit Nancy Huston n&#233;gligent le fait que, comme le rappelle Ir&#232;ne Jonas dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_62_iprod_520-Moi-Tarzan-toi-Jane.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Moi Tarzan, toi Jane&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; &#171; au cours de l'&#233;volution la sexualit&#233; humaine a acquis des caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques qui la distinguent de celle des autres primates. Du fait de la disjonction au sein de l'esp&#232;ce humaine entre les deux sexualit&#233;s, celle du d&#233;sir et celle de la reproduction, la sexualit&#233; humaine &#8220;c&#233;r&#233;bralis&#233;e&#8221; envahit tout le corps et ne se confine pas dans les limites du g&#233;nital. La sexualit&#233; humaine a ainsi pouss&#233; encore plus loin le polymorphisme de la sexualit&#233; chez les primates &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'offensive de la psychologie &#233;volutionniste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre cette sp&#233;cificit&#233; ne m&#232;ne en rien &#224; alimenter une forme de m&#233;galomanie civilisationnelle ; cela &#233;vite simplement de cautionner des th&#232;ses r&#233;actionnaires et indigentes qui ont fait un retour en force ces derni&#232;res ann&#233;es, notamment &#224; travers des best-sellers comme &lt;i&gt;Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de V&#233;nus&lt;/i&gt; de John Gray (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Ir&#232;ne Jonas : &#171; (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;). Ces th&#233;ories connaissent un vif succ&#232;s pour des raisons qu'analyse Odile Fillod sur son blog Allodoxia, sous le titre &#171; &lt;a href=&quot;http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/04/25/psychologie-evolutionniste-et-biologie/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les faux nez biologistes de la psychologie &#233;volutionniste&lt;/a&gt; &#187; (25 avril 2012) : &#171; Fonder en nature certaines diff&#233;rences entre les sexes dans les comportements sexuels conforte le sens commun, est conforme aux mythes savants (dont ceux produits par la psychanalyse), rassure quant &#224; la certitude d'un fondement biologique solide des identit&#233;s sexu&#233;es, et est susceptible d'attirer l'attention d'un public peu curieux de sciences mais toujours int&#233;ress&#233; par la sexualit&#233;, celle-ci constituant justement l'un des derniers refuges des identifications de sexe mises &#224; mal par les &#233;volutions sociales. &#187; La psychologie &#233;volutionniste se fonde en particulier sur une vision st&#233;r&#233;otyp&#233;e et fantasmatique de la pr&#233;histoire (l'homme chasseur, la femme cueilleuse charg&#233;e de marmaille, etc.), que perp&#233;tue &#224; son tour joyeusement Nancy Huston. Elle cite par exemple un homme de son entourage : &#171; J'aime bien cette th&#233;orie : que l'homme ait d&#251; exercer son &#339;il, pour la chasse. L'homme est &#224; l'ext&#233;rieur, c'est le pr&#233;dateur, etc. On est programm&#233; pour &#231;a, et c'est encore le cas. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_775 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH264/tarzan-b4898.jpg' width='160' height='264' alt=&quot;&quot; style='height:264px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Au XIXe si&#232;cle, on mesurait la taille du cr&#226;ne ou du cerveau ; la m&#233;thode &#233;tait moins sophistiqu&#233;e, mais l'obsession &#233;tait la m&#234;me, remarque Ir&#232;ne Jonas : &#171; trouver une trace mat&#233;rielle de la diff&#233;rence entre hommes et femmes &#187;. Avatar moderne de cette qu&#234;te, la psychologie &#233;volutionniste, en pr&#233;tendant expliquer cette diff&#233;rence par l'&#233;volution biologique, l&#233;gitime l'ordre social &#8212; cens&#233; refl&#233;ter un ordre naturel &#8212; en usant de l'argument indiscutable de la science. Elle profite &#224; la fois de la disgr&#226;ce dont souffrent actuellement les sciences sociales par rapport aux sciences &#171; dures &#187; et de l'essor du d&#233;veloppement personnel, comme de l'invasion plus g&#233;n&#233;rale de la culture populaire par la psychologie (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Analys&#233;e par Eva Illouz dans Les Sentiments du capitalisme, Seuil, 2006. (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;). Elle se pr&#233;sente, remarque Odile Fillod, comme &#171; suffisamment autonome du social &#8212; gage de scientificit&#233; &#8212; pour oser braver le &#8220;politiquement correct&#8221; &#187;. Ce qui est exactement l'argument de Nancy Huston : &#171; La nature n'est pas politiquement correcte ; seuls les humains peuvent l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Ir&#232;ne Jonas :
&lt;br /&gt;&#171; L'apprentissage modifie la structure
&lt;br /&gt;et le fonctionnement du cerveau humain,
&lt;br /&gt;non seulement pendant l'enfance,
&lt;br /&gt;mais aussi &#224; l'&#226;ge adulte &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'argument impressionne peu Ir&#232;ne Jonas, qui invoque le &#171; mythe de la science pure &#187; d&#233;nonc&#233; par le philosophe Pierre Thuillier : celui-ci ne croyait pas que l'on puisse isoler une science neutre, objective, distincte de ses utilisations. Le principal reproche qu'on peut faire &#224; la psychologie &#233;volutionniste, insiste &#233;galement Odile Fillod, ce n'est pas qu'elle autorise des r&#233;cup&#233;rations douteuses : c'est surtout qu'elle travestit de simples hypoth&#232;ses en certitudes scientifiques. En outre, s'il faut vraiment parler de science, l'imagerie par r&#233;sonance magn&#233;tique (IRM) a permis ces derni&#232;res ann&#233;es de mettre en &#233;vidence &#171; l'importance des variations individuelles dans le fonctionnement du cerveau et la plasticit&#233; de celui-ci &#187;, rappelle Ir&#232;ne Jonas. Nos comportements sont donc loin d'&#234;tre grav&#233;s dans notre cerveau comme dans du marbre. Ces d&#233;couvertes &#171; rendent obsol&#232;tes nombre de sp&#233;culations sur les diff&#233;rences de fonctionnement entre les sexes et plaident en faveur d'un r&#244;le majeur des facteurs socioculturels dans les diff&#233;rences d'aptitudes et de comportement entre les sexes &#187;. &#171; Les connexions se r&#233;organisent en permanence dans le temps et dans l'espace, qu'il s'agisse de l'acquisition d'apprentissages ou de compensation des d&#233;faillances, &#233;crit-elle. L'apprentissage modifie la structure et le fonctionnement du cerveau humain, non seulement pendant l'enfance, mais aussi &#224; l'&#226;ge adulte. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous ne sommes pas toujours conscients du fait que nos comportements sont dict&#233;s par les besoins de la reproduction, ce serait, affirme Nancy Huston, parce que notre &#171; orgueil humain &#187; nous en emp&#234;che : &#171; Na&#239;vement, et avec la meilleure foi du monde, nous sommes persuad&#233;s de savoir ce que nous faisons et de faire ce que nous voulons. &#187; En revanche, on est pri&#233; de croire sur parole l'un de ses amis peintres lorsqu'il se dit &#171; compl&#232;tement convaincu &#187; que &#171; ce qui se passe entre les yeux d'un homme et le corps d'une femme &#187; rel&#232;ve de &#171; quelque chose d'atavique &#187;. N'y aurait-il pas tout lieu de se m&#233;fier, au contraire, de l'illusion puissante qui nous fait constamment sous-estimer la force de la culture et conclure que ce que nous voyons &#224; l'&#339;uvre, en nous-m&#234;mes ou chez les autres, ce sont les g&#232;nes, la biologie ou l'&#171; atavisme &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a la nette impression que la na&#239;vet&#233; est plut&#244;t du c&#244;t&#233; de la croyance dans le d&#233;terminisme biologique. Et les bras nous en tombent lorsque Huston, dans ce livre, pr&#233;tend d&#233;celer la preuve de l'irr&#233;ductible diff&#233;rence des sexes dans le fait que les hommes repr&#233;sentent &#171; 90% de la population carc&#233;rale &#187;, que les femmes sont rarement vues &#171; en train de tripoter le moteur d'une voiture &#187;, que filles et gar&#231;ons continuent d'avoir des jeux bien distincts dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, ou encore dans le destin tragique de Camille Claudel. &#171; Si le f&#233;minin ne diff&#232;re pas du tout du masculin, interroge-t-elle, comment explique-t-on que les seuls hommes poss&#232;dent l'argent, commandent des tableaux, dirigent les entreprises, et ainsi de suite ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Clich&#233;s en pagaille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, avec de tels postulats de d&#233;part, on patauge dans les pires clich&#233;s. Ainsi, les hommes cherchent &#224; r&#233;pandre leur semence le plus largement possible, tandis que les femmes veulent un compagnon fiable, capable de les soutenir durant leur grossesse et l'&#233;levage des petits, ce qui expliquerait que les premiers soient surtout int&#233;ress&#233;s par &#171; la baise &#187; et les secondes par &#171; l'amour &#187;. Ils convoiteraient des partenaires &#171; aussi jeunes et belles que possible &#187;, tandis qu'elles d&#233;sireraient des compagnons &#171; aussi riches, forts et fiables que possible &#187;. Ils &#171; fantasment beaucoup, se masturbent beaucoup &#187;, &#171; vont voir ailleurs &#187;, tandis qu'elles &#171; supportent relativement bien l'abstinence sexuelle &#187; et, selon un sondage, valorisent plus que tout dans leur couple &#171; le moment o&#249; on s'endort l'un contre l'autre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'embl&#233;e, une objection s'impose : que faire des exceptions ? Que faire des hommes qui sont fid&#232;les par go&#251;t ? Des femmes qui ne le sont pas ? De celles qui s'int&#233;ressent au sexe et pas seulement &#224; l'amour et &#224; l'intimit&#233;, qui fantasment et se masturbent beaucoup ? De celles qui tombent amoureuses d'un pauvre, ou d'un mauvais gar&#231;on peu susceptible de faire un compagnon fiable ? De ceux qui tombent amoureux d'une femme plus toute jeune, ou pas tr&#232;s belle ? De celles qui se fichent de la fa&#231;on dont elles sont habill&#233;es et de ceux qui sont coquets ? Que faire des homosexuels, dont les strat&#233;gies amoureuses ne peuvent pas &#234;tre soup&#231;onn&#233;es d'&#234;tre sous-tendues par le souci de la reproduction ? Si l'on adh&#232;re &#224; la th&#233;orie du d&#233;terminisme biologique, alors, de deux choses l'une : soit les comportements que celui-ci nous dicte sont immuables, et tous les individus sus-cit&#233;s sont des erreurs de la nature, des cas pathologiques, des d&#233;viants au sens strict du terme, qu'il faut traiter en cons&#233;quence ; soit ces comportements sont mall&#233;ables, modifiables, et on peut donc choisir de conserver ceux qui nous conviennent et d'abandonner ceux qui ne nous conviennent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais alors, s'il est possible d'ignorer ces injonctions suppos&#233;ment venues du fond de nos cellules, si elles ne sont pas contraignantes, pourquoi insister autant dessus ? O&#249; veut-elle en venir, se demande-t-on ? Quelles conclusions faut-il tirer, d'apr&#232;s elle, de cette soumission aux imp&#233;ratifs biologiques qu'elle th&#233;orise ? Elle-m&#234;me ne semble pas tr&#232;s bien le savoir. A cet &#233;gard, &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse surtout une impression de confusion. En &#233;pousant ces th&#232;ses, alors que, par beaucoup d'aspects, elle est elle-m&#234;me tout sauf r&#233;actionnaire, Huston se condamne &#224; des embard&#233;es d&#233;routantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre tentation r&#233;actionnaire
&lt;br /&gt;et attachement &#224; un minimum de f&#233;minisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Elle a des propos qui font bondir, par exemple lorsqu'elle &#233;voque le cas de V&#233;ronique Courjault, jug&#233;e en 2009 pour avoir tu&#233; trois de ses nouveaux-n&#233;s. Le probl&#232;me de cette femme, explique-t-elle, est qu'elle n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e &#224; la maternit&#233;. Puis elle fait un parall&#232;le avec les m&#233;thodes d'&#233;ducation &#233;galitaires appliqu&#233;es dans les &#233;coles su&#233;doises, qu'apparemment elle r&#233;prouve. Et elle conclut : &#171; A ce rythme-l&#224;, on risque de d&#233;couvrir sous peu, en France comme en Su&#232;de, beaucoup de b&#233;b&#233;s congel&#233;s. On ne peut pas &#224; la fois se scandaliser de ce qu'on pr&#233;pare les petites filles &#224; un avenir incluant la maternit&#233; et s'&#233;tonner de ce que, devenues m&#232;res sans y avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es, elles fourrent leurs f&#339;tus au frigo. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrement dit, en &#233;duquant les filles de fa&#231;on &#224; leur laisser le plus grand &#233;ventail de possibilit&#233;s ouvert pour leur avenir, on les condamnerait &#224; devenir des m&#232;res &#171; d&#233;natur&#233;es &#187;, et potentiellement infanticides ?! Ironie du sort, au moment o&#249; on lisait ces lignes, en Norv&#232;ge d&#233;butait le proc&#232;s d'Anders Behring Breivik, qui &lt;a href=&quot;https://twitter.com/#!/VisionsCarto/status/193243123600736256&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;se scandalisait &#224; la barre&lt;/a&gt; de ce qu'&#171; en Norv&#232;ge soudain &#224; l'&#233;cole, les gar&#231;ons apprennent &#224; tricoter et &#224; faire la cuisine, les filles &#224; travailler le bois et le m&#233;tal ! &#187;. Et le propos de Huston n'est pas tr&#232;s &#233;loign&#233; de celui d'Eric Zemmour, qui &#233;crivait par exemple dans &lt;i&gt;Le Premier sexe&lt;/i&gt; : &#171; Tant que les femmes ne feront qu'un b&#233;b&#233; par an, elles chercheront le m&#226;le qui prot&#233;gera le mieux leur enfant. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le plus d&#233;concertant, c'est que le livre r&#233;serve par ailleurs quelques analyses critiques incisives et tr&#232;s justes de l'ali&#233;nation des femmes &#224; leur apparence, ou encore des oppressions justifi&#233;es par un pr&#233;tendu ordre naturel &#8212; des pages tr&#232;s fortes sur la prostitution ou la pornographie, notamment. Si elle invite &#224; &#171; ne pas nier ce qui est &#187;, Huston pr&#233;cise aussi qu'&#171; &#233;noncer un &#233;tat de fait n'est pas l'approuver &#187; et que &#171; ce n'est pas parce qu'un comportement est inn&#233; qu'il doit &#234;tre tenu pour sacr&#233;, admirable ou intouchable &#187;. &#171; Dire que les comportements machistes sont en partie biologiquement d&#233;termin&#233;s n'est pas dire qu'il faille baisser les bras devant le machisme &#187;, affirme-t-elle en conclusion. &#171; Les r&#244;les que nous jouons dans le th&#233;&#226;tre sexuel ont pu &#234;tre assouplis gr&#226;ce au mouvement des femmes &#187;, observe-t-elle pour s'en f&#233;liciter, car elle estime que &#171; plus il y a de jeu dans cette affaire, mieux cela vaudra &#187;. Mais comment est-on cens&#233; lutter contre la biologie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette posture ambigu&#235;, entre tentation r&#233;actionnaire et attachement &#224; un minimum de f&#233;minisme, nous rappelle celle de Delphine et Muriel Coulin, les r&#233;alisatrices de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article329.html&quot; class='spip_in'&gt;17 filles&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Comme elles, en endossant le r&#244;le d'intellectuelle et de cr&#233;atrice de tout temps r&#233;serv&#233; aux hommes, Nancy Huston s'est rendue coupable d'une transgression ; comme elles, elle semble &#233;prouver en retour le besoin de manifester avec v&#233;h&#233;mence son adh&#233;sion &#224; la f&#233;minit&#233; traditionnelle. De fa&#231;on significative, elle parle de sa red&#233;couverte de la bonne vieille v&#233;rit&#233; selon laquelle les femmes &#171; se font belles &#187; &lt;i&gt;parce que c'est comme &#231;a,&lt;/i&gt; point, comme d'une victoire remport&#233;e sur la &#171; penseuse &#187; en elle : &#171; Je le savais, bien s&#251;r. L'&#233;crivain en moi le savait ; la femme, l'adolescente et la petite fille le savaient ; seule la &#8220;penseuse&#8221; en moi refusait encore, par moments, de le savoir, en raison du dogme dominant de notre temps, aussi absurde qu'inamovible, dogme selon lequel toutes les diff&#233;rences entre les sexes sont socialement construites. &#187; Autant que sur le prestige de la science, la psychologie &#233;volutionniste mise sur le &#171; bon sens &#187; ; c'est du c&#244;t&#233; de ce &#171; bon sens &#187; que Huston semble vouloir se ranger, loin de l'&#233;litisme d&#233;cadent et fallacieux que repr&#233;senterait le monde intellectuel. On pense &#224; ce rappel &#224; l'ordre du critique Jacques Siclier &#233;crivant au sujet du premier film d'Agn&#232;s Varda, en 1954 : &#171; Tant de c&#233;r&#233;bralit&#233; chez une jeune femme a quelque chose d'affligeant. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une d&#233;fense passionn&#233;e de la norme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nancy Huston a racont&#233;, dans ses essais, le parcours qui l'a fait passer au cours de sa vie d'une posture d'intellectuelle radicale &#8212; volont&#233; de se concevoir comme un pur esprit, rejet de la procr&#233;ation &#8212; &#224; une attitude plus apais&#233;e : acceptation du corps, exp&#233;rience de la maternit&#233;. Cette trajectoire lui a inspir&#233; des r&#233;flexions superbes. Ici, cependant, la finesse de sa pens&#233;e c&#232;de la place &#224; quelque chose de beaucoup moins int&#233;ressant et r&#233;jouissant : une d&#233;fense passionn&#233;e de la norme. Elle semble oublier que si, pour elle, les apanages f&#233;minins traditionnels, comme la maternit&#233;, la coquetterie, ont &#233;t&#233; une conqu&#234;te difficile, un aboutissement, une r&#233;v&#233;lation, pour la grande majorit&#233; des femmes, ils sont plut&#244;t ce &#224; quoi on les assigne, et ce dont elles doivent parvenir &#224; sortir pour &#233;tendre la palette de leur identit&#233;. De sorte que les c&#233;l&#233;brer sans nuance ni retenue revient &#224; tenir un discours banalement conservateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, ce passage de &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse une impression d&#233;sagr&#233;able : &#171; Bien plus qu'ils ne se l'imaginent, les libertins et les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; ressemblent aux moines et aux bonnes s&#339;urs : tous ces &lt;i&gt;anti-breeders&lt;/i&gt; (opposants de l'engendrement) s'&#233;vertuent &#224; contrer la biologie, &#224; faire un pied de nez &#224; la programmation g&#233;n&#233;tique. Pas de probl&#232;me. Ils peuvent s'amuser comme ils veulent, que ce soit par l'abstinence ou le fist-fucking ; l'esp&#232;ce s'en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace. &#187; On a du mal &#224; ne pas percevoir un jugement de valeur dans le ton d&#233;daigneux de ces quelques lignes. Et c'est un cr&#232;ve-c&#339;ur de voir une r&#233;flexion aussi riche que la sienne s'appauvrir au point de se r&#233;sumer &#224; une satisfaction presque arrogante &#224; l'id&#233;e d'&#234;tre du c&#244;t&#233; de la biologie et de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Donner sa b&#233;n&#233;diction
&lt;br /&gt;&#224; l'ordre des choses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;P&#233;nible aussi de voir son f&#233;minisme r&#233;duit &#224; une erreur de jeunesse due &#224; l'inexp&#233;rience et &#224; la sombre radicalit&#233; de cette p&#233;riode de sa vie. Il y a quelques ann&#233;es, elle remarquait avec amusement qu'on lui disait souvent : &#171; Vous qui avez &#233;t&#233; f&#233;ministe... &#187;, comme si, pour ses interlocuteurs, cet engagement ne pouvait appartenir qu'au pass&#233;. Apparemment, l'&#233;poque o&#249; elle assumait cette &#233;tiquette est r&#233;volue : &#171; J'aurais du mal &#224; me pr&#233;senter aujourd'hui comme f&#233;ministe &#187;, confie-t-elle &#224; l'AFP &#224; l'occasion de la sortie de &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; (25 avril 2012). Elle semble ainsi se laisser s&#233;duire par &#171; ce chant des sir&#232;nes qui invite &#224; l'interpr&#233;tation binaire et r&#233;ductrice des rapports entre les hommes et les femmes &#187;, pour reprendre l'expression de Djaouida S&#233;hili dans sa pr&#233;face au livre d'Ir&#232;ne Jonas. On croit aussi d&#233;celer dans ce revirement une forme de d&#233;ception, de d&#233;pit : puisque &#231;a n'a pas march&#233;, puisque, quarante ans apr&#232;s le mouvement des femmes, les in&#233;galit&#233;s persistent, alors, autant penser qu'il y a de bonnes raisons &#224; cela, et donner sa b&#233;n&#233;diction &#224; l'ordre des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus d&#233;cevant encore : &#224; ce f&#233;minisme qu'elle renie, elle fait dans ce livre un proc&#232;s aussi injuste qu'approximatif, en en donnant une image caricaturale et largement fantaisiste. Le plus souvent, &#233;crit-elle ainsi, le f&#233;minisme aurait &#171; pr&#233;serv&#233; l'id&#233;e chr&#233;tienne d'une diff&#233;rence radicale entre corps et esprit, et la sur&#233;valuation de celui-ci par rapport &#224; celui-l&#224;. Il a raisonn&#233; comme si la beaut&#233; physique &#233;tait une valeur ali&#233;nante, plaqu&#233;e sur les femmes par le machisme mill&#233;naire, exacerb&#233;e &#224; l'&#232;re capitaliste par les industries de la cosm&#233;tique et de la mode. Dans cette optique, la coquetterie &#233;tait quasiment un &#8220;p&#233;ch&#233;&#8221;. Fais gaffe, ma fille, disaient les m&#232;res f&#233;ministes tout comme les m&#232;res catholiques : quand un gar&#231;on te fait la cour, demande-lui toujours : &#8220;Tu t'int&#233;resses &#224; moi ou seulement &#224; mon corps ?&#8221; Comme si le soi pouvait se passer d'un corps ! Comme si l'esprit &#233;tait plus authentiquement &#8220;soi&#8221; que le corps ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a de quoi &#234;tre atterr&#233;e de retrouver sous sa plume, sous une forme &#224; peine voil&#233;e, l'accusation de puritanisme qui est un classique de l'argumentaire antif&#233;ministe. Surtout, on aimerait bien savoir chez qui, au juste, elle a entendu un tel discours... Attribuer aux f&#233;ministes des propos qu'elles n'ont jamais tenus pour ensuite les d&#233;noncer, c'est un proc&#233;d&#233; qu'on avait plus l'habitude de trouver chez Elisabeth Badinter que chez Nancy Huston. Pour autant qu'on sache, elles n'ont jamais contest&#233; le fait que les femmes soient &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; un corps, mais le fait qu'elles soient &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; un corps &#8212; et un corps qui leur appartenait si peu : corset&#233;, surveill&#233;, corrig&#233;, r&#233;prim&#233;, parfois violent&#233;, par le pouvoir familial, marital, m&#233;dical, m&#233;diatique. De m&#234;me, si l'industrie de la mode et des cosm&#233;tiques est critiquable, ce n'est pas parce qu'elle encouragerait la coquetterie et valoriserait le corps des femmes &#8212; &#224; moins de gober sans recul le discours publicitaire &#8212;, mais parce que, en le standardisant, en le banalisant, elle le rend impuissant &#224; exprimer une personnalit&#233;, justement. C'est parce que, en prosp&#233;rant sur la haine de soi qu'elle entretient chez les femmes &#8212; jamais assez belles, jamais assez minces, jamais assez propres, jamais assez &#233;l&#233;gantes &#8212;, en tuant chez elles la spontan&#233;it&#233;, en les inhibant, en bridant leurs &#233;lans, en les rendant &#233;gocentriques &#224; force de complexes, et en inculquant aussi &#224; leurs partenaires, &#224; force de les bombarder d'images artificielles, des exigences irr&#233;alistes, elle empoisonne leurs relations amoureuses. Il suffit d'un coup d'&#339;il aux images n&#233;vrotiquement aseptis&#233;es que produit cette industrie pour savoir de quel c&#244;t&#233; se trouve le puritanisme. C'est elle qui fait la guerre au corps, et non le f&#233;minisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citant, dans &lt;i&gt;Reflets d'un &#339;il d'homme,&lt;/i&gt; l'anthropologue f&#233;ministe Fran&#231;oise H&#233;ritier, qui essayait d'imaginer ce que serait une sym&#233;trie totale entre hommes et femmes dans l'usage de prostitu&#233;es et de prostitu&#233;s, Nancy Huston commente : &#171; A force de vouloir imposer &#224; tout prix l'id&#233;e de l'identit&#233; des sexes, on en arrive &#224; imaginer des paradis vraiment bizarres. &#187; Il n'est pas s&#251;r que Fran&#231;oise H&#233;ritier, dans ce passage, ait voulu &#233;baucher une r&#233;alit&#233; d&#233;sirable : la d&#233;marche visait plut&#244;t &#224; faire prendre conscience d'une in&#233;galit&#233; en renversant les r&#244;les. Mais l'expression est frappante. Ces &#171; paradis vraiment bizarres &#187; qu'ont de tout temps voulu explorer les f&#233;ministes, et qui ne sont bizarres que parce qu'ils sont si peu fr&#233;quent&#233;s, seront toujours &#224; mes yeux bien plus attirants que ces paradis normaux et normatifs qui peuvent si facilement tourner &#224; l'enfer ordinaire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Benjamin Calle&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[05/05/2012]&lt;/strong&gt; A voir : sexe et cerveau : la neurobiologiste Catherine Vidal tire &#224; boulets rouges sur les id&#233;es re&#231;ues ; &lt;a href=&quot;http://www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&lt;/a&gt;. A &#233;couter : &#171; &lt;a href=&quot;http://www.radiorageuses.net/spip.php?article198&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;faire les mythes sur la pr&#233;histoire : que sait-on de nos anc&#234;tres ?&lt;/a&gt; &#187; (Radiorageuses)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Ir&#232;ne Jonas : &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-ouvrages-psy-sur-le-couple&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les ouvrages &#8220;psy&#8221; sur le couple&lt;/a&gt; &#187;, 12 avril 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Analys&#233;e par Eva Illouz dans &lt;i&gt;Les Sentiments du capitalisme,&lt;/i&gt; Seuil, 2006. Lire aussi, par exemple, &#171; &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/m6-pour-vivre-heureux-vivons-coaches,80133.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;M6 : pour vivre heureux, vivons coach&#233;s !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama,&lt;/i&gt; 11 avril 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prosp&#233;rit&#233; de la potiche</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article330.html</link>
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		<dc:date>2012-02-16T07:27:01Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En librairie aujourd'hui, Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans Le Monde diplomatique. Nous vous en proposons l'introduction. En librairie aujourd'hui, Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine&lt;/i&gt; (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine&lt;/i&gt; (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction ci-dessous. Le &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;texte int&#233;gral&lt;/a&gt; est en libre acc&#232;s sur le site de l'&#233;diteur. Un &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/people/beautefatale&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;compte Seenthis&lt;/a&gt; permet &#233;galement de suivre l'actualit&#233; des th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s dans le livre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_772 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH355/BeauteFatale-c5630.jpg' width='250' height='355' alt=&quot;&quot; style='height:355px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Ecrire un livre pour critiquer le d&#233;sir de beaut&#233; ? &#171; Il n'y a pas de mal &#224; vouloir &#234;tre belle ! &#187; m'a-t-on parfois object&#233; lorsque j'&#233;voquais autour de moi le projet de cet essai. Non, en effet : ce d&#233;sir, je souhaite m&#234;me le d&#233;fendre (&lt;strong&gt;voir chapitre 2&lt;/strong&gt;). Le probl&#232;me, c'est que dire cela &#224; une femme aujourd'hui revient un peu &#224; dire &#224; un alcoolique au bord du coma &#233;thylique qu'un petit verre de temps en temps n'a jamais fait de mal &#224; personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant l'admettre : dans une soci&#233;t&#233; o&#249; compte avant tout l'&#233;coulement des produits, o&#249; la logique consum&#233;riste s'&#233;tend &#224; tous les domaines de la vie, o&#249; l'&#233;vanouissement des id&#233;aux laisse le champ libre &#224; toutes les n&#233;vroses, o&#249; r&#232;gnent &#224; la fois les fantasmes de toute-puissance et une tr&#232;s vieille haine du corps, surtout lorsqu'il est f&#233;minin, nous n'avons quasiment aucune chance de vivre les soins de beaut&#233; dans le climat de s&#233;r&#233;nit&#233; idyllique que nous vend l'illusion publicitaire. Pourtant, m&#234;me si l'on soupire de temps &#224; autre contre des normes tyranniques, la r&#233;alit&#233; de ce que recouvrent les pr&#233;occupations esth&#233;tiques chez les femmes fait l'objet d'un d&#233;ni stup&#233;fiant. L'image de la femme &#233;quilibr&#233;e, &#233;panouie, &#224; la fois active et s&#233;ductrice, se d&#233;menant pour ne rater aucune des opportunit&#233;s que lui offre notre monde moderne et &#233;galitaire, constitue une sorte de v&#233;rit&#233; officielle &#224; laquelle personne ne semble vouloir renoncer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, sans qu'on y prenne garde, notre vision de la f&#233;minit&#233; se r&#233;duit de plus en plus &#224; une poign&#233;e de clich&#233;s mi&#232;vres et conformistes. La duret&#233; de l'&#233;poque aidant, la tentation est grande de se replier sur ses vocations traditionnelles : se faire belle et materner (&lt;strong&gt;chapitre 1&lt;/strong&gt;). Le cin&#233;ma est gangren&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; &#233;g&#233;ries &#187;, ces actrices sous contrat avec un parfumeur, un maroquinier ou une marque de cosm&#233;tiques, et plus pr&#233;occup&#233;es de soigner leur image de porte-manteau maigrichon tir&#233; &#224; quatre &#233;pingles que d'&#233;tendre la palette de leur jeu. Le succ&#232;s des blogs mode ou beaut&#233; t&#233;moigne lui aussi d'un horizon mental satur&#233; par les cr&#232;mes et les chiffons (&lt;strong&gt;chapitre 3&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; des belles images, l'omnipr&#233;sence de mod&#232;les inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d'elles-m&#234;mes, dans des spirales ruineuses et destructrices o&#249; elles laissent une quantit&#233; d'&#233;nergie exorbitante. L'obsession de la minceur trahit une condamnation persistante du f&#233;minin, un sentiment de culpabilit&#233; obscur et ravageur (&lt;strong&gt;chapitre 4&lt;/strong&gt;). La crainte d'&#234;tre laiss&#233;e pour compte fait na&#238;tre le projet de refa&#231;onner par la chirurgie un corps per&#231;u comme une mati&#232;re inerte, d&#233;senchant&#233;e, mall&#233;able &#224; merci, un objet ext&#233;rieur avec lequel le soi ne s'identifie en aucune mani&#232;re (&lt;strong&gt;chapitre 5&lt;/strong&gt;). Enfin, la mondialisation des industries cosm&#233;tiques et des groupes de m&#233;dias aboutit &#224; r&#233;pandre sur toute la plan&#232;te le mod&#232;le unique de la blancheur, r&#233;activant parfois des hi&#233;rarchies locales d&#233;l&#233;t&#232;res (&lt;strong&gt;chapitre 6&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette ali&#233;nation sont loin de se limiter &#224; une perte de temps, d'argent et d'&#233;nergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements ext&#233;rieurs, la certitude de ne jamais &#234;tre assez bien pour m&#233;riter l'amour et l'attention des autres, traduisent et amplifient tout &#224; la fois une ins&#233;curit&#233; psychique et une autod&#233;valorisation qui &#233;tendent leurs effets &#224; tous les domaines de la vie des femmes. Elles les am&#232;nent &#224; tout accepter de leur entourage ; &#224; faire passer leur propre bien-&#234;tre, leurs int&#233;r&#234;ts, leur ressenti, apr&#232;s ceux des autres ; &#224; toujours se sentir coupables de quelque chose ; &#224; s'adapter &#224; tout prix, au lieu de fixer leurs propres r&#232;gles ; &#224; ne pas savoir exister autrement que par la s&#233;duction, se condamnant ainsi &#224; un &#233;tat de subordination permanente ; &#224; se mettre au service de figures masculines admir&#233;es, au lieu de poursuivre leurs propres buts. Ainsi, la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la cl&#233; d'une avanc&#233;e des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales &#224; celle contre les in&#233;galit&#233;s au travail en passant par la d&#233;fense des droits reproductifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, cependant, cette question est toujours rest&#233;e dans l'angle mort ; elle suscite plut&#244;t l'indiff&#233;rence. Les f&#233;ministes, contrairement &#224; leurs homologues am&#233;ricaines, ne s'en sont jamais vraiment empar&#233;es, y voyant, au mieux, un enjeu secondaire (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, La presse (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;). A leur relatif d&#233;sint&#233;r&#234;t s'ajoute l'absence d'une tradition fran&#231;aise d'&#233;tude de la culture de masse, consid&#233;r&#233;e comme un objet scientifique indigne, anodin ou vulgaire &#8212; ou les deux. Or les films, les feuilletons, les &#233;missions de t&#233;l&#233;vision, les jeux, les magazines, parce qu'ils impliquent une relation affective, ludique, aux repr&#233;sentations qu'ils proposent, parce qu'ils mettent en branle les pouvoirs de la fiction et de l'imaginaire, informent en profondeur la mentalit&#233; de leur public, jeune et moins jeune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, un magazine comme &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; peut se proclamer f&#233;ministe sans (toujours) susciter l'hilarit&#233;, et une Elisabeth Badinter juger les repr&#233;sentations publicitaires inoffensives sans voir son cr&#233;dit entam&#233;. Il a fallu attendre la parution de son livre sur les d&#233;rives suppos&#233;es de l'&#233;cologie, en 2010, pour que sa qualit&#233; d'actionnaire principale de Publicis, troisi&#232;me groupe mondial de publicit&#233;, soit mise en avant, apr&#232;s avoir longtemps &#233;t&#233; &#233;clips&#233;e par le prestige du nom de son mari (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire Marie B&#233;nilde, &#171; Publicis, un pouvoir &#187;, Le Monde diplomatique, juin (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;). De m&#234;me, en 2011, les commentaires suscit&#233;s par les soutiens-gorge ampliformes pour fillettes ou les mini-spas se contentaient souvent d'accuser le &#171; marketing &#187;. Cette explication nous fait penser aux blagues racistes ou misogynes dont l'auteur lance, lorsqu'il constate que son interlocuteur n'est pas vraiment pli&#233; en deux : &#171; Oh, mais c'est de l'humouuur ! &#187; Or il n'est pas innocent de pr&#233;tendre faire vendre pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;avec &#231;a,&lt;/i&gt; comme il n'est pas innocent de pr&#233;tendre faire rire &lt;i&gt;avec &#231;a&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La calamit&#233; du &#171; f&#233;minisme &#224; la fran&#231;aise &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais faut-il parler d'indiff&#233;rence ou d'acquiescement ? Amorcer une critique de l'ali&#233;nation f&#233;minine &#224; l'obsession des apparences fait imm&#233;diatement surgir dans les esprits le pire cauchemar des essayistes germanopratins : la &lt;i&gt;f&#233;ministe am&#233;ricaine,&lt;/i&gt; char d'assaut mont&#233; sur des baskets &#8212; pointure 44 &#8212; qui exhibe ses poils aux jambes, passe son temps &#224; se couvrir la t&#234;te de cendres en d&#233;vidant d'une voix caverneuse sa litanie &#171; victimaire &#187; et vous intente un proc&#232;s pour viol d&#232;s que vous la regardez dans les yeux sans son consentement explicite. Pas de &#231;a chez nous ! De toute fa&#231;on, nous explique-t-on pour mieux conjurer ce spectre funeste, on n'en a pas besoin, car la France, elle, a su &#339;uvrer pour l'&#233;galit&#233; des sexes tout en pr&#233;servant le d&#233;licieux frisson des rapports de s&#233;duction &#8212; c'est &#224; se demander comment font les Am&#233;ricains pour continuer &#224; se reproduire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le d&#233;montrer, Pascal Bruckner, dans &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt; paru en 1995, convoque p&#234;le-m&#234;le Louise Lab&#233;, les Pr&#233;cieuses, les libertins et les troubadours (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Pascal Bruckner, La Tentation de l'innocence,Grasset, Paris, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;). Dans &lt;i&gt;Les Mots des femmes,&lt;/i&gt; la m&#234;me ann&#233;e, Mona Ozouf tente elle aussi d'expliquer pourquoi le &#171; discours du f&#233;minisme extr&#233;miste &#187; trouve, par bonheur, si peu d'&#233;cho en France (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Mona Ozouf, Les Mots des femmes. Essai sur la singularit&#233; fran&#231;aise, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;). En 2006, Claude Habib, une sp&#233;cialiste de la litt&#233;rature du XVIIIe si&#232;cle, lui embo&#238;te le pas avec un hommage &#8212; qu'elle lui d&#233;die &#8212; &#224; la &#171; galanterie fran&#231;aise &#187; (&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Claude Habib, Galanterie fran&#231;aise, Gallimard, Paris, 2006. De m&#234;me pour (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;). &#171; Bien des f&#233;ministes n'ont pas recul&#233; devant le r&#244;le de rabat-joie, y d&#233;plore-t-elle, ignorant apparemment combien c'est classique avec ces garces. Elles ont attaqu&#233; l'hypoth&#232;se galante en brandissant le fait des crimes sexuels qui se commettent en France : si des violences contre les femmes se produisent ici comme ailleurs, c'est que la pr&#233;tendue entente des sexes est une duperie. &#187; Et pourtant, argue-t-elle, &#171; il n'est pas impensable qu'une m&#234;me soci&#233;t&#233; abrite, sur un m&#234;me sujet, la d&#233;licatesse et la brutalit&#233;. Ainsi, depuis la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, le souci des animaux domestiques et la maltraitance des animaux d'&#233;levage se sont d&#233;velopp&#233;s parall&#232;lement &#187;. De l'art de choisir ses comparaisons...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De surcro&#238;t, on sous-estime les vertus quasi thaumaturgiques exerc&#233;es par la galanterie &#8212; v&#233;ritable poudre de perlimpinpin &#8212; sur les aspects contrariants que pourrait pr&#233;senter la condition des femmes fran&#231;aises : &#171; Au sein de leurs foyers, m&#234;me si les Fran&#231;aises travaillent, elles ne servent pas. Elles font ce qu'il leur pla&#238;t de faire. Sans nous en rendre compte, nous sommes habitu&#233;es &#224; un r&#233;gime d'&#233;gards. Il est exclu qu'un mari parle &#224; sa femme comme &#224; une servante. &#187; Monsieur est trop bon. Au moins, les partis pris sont clairs, et l'homophobie s'affiche tranquillement (&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir aussi le floril&#232;ge &#233;tabli par Act Up Paris : &#171; Claude Habib et Ir&#232;ne (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;) : &#171; Au malaise qui touche le caract&#232;re national dans son ensemble s'ajoute, dans le cas de la galanterie, un second facteur de fragilit&#233; : le grave &#233;branlement des identit&#233;s sexuelles qu'ont produit la contestation f&#233;ministe puis l'affirmation des homosexualit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#171; exception fran&#231;aise &#187; suit toujours le m&#234;me sch&#233;ma discursif : on commence par conc&#233;der qu'il reste des progr&#232;s &#224; faire, sans trop se fouler non plus pour dissimuler que &#231;a ne nous emp&#234;che pas vraiment de dormir, puis on encha&#238;ne tr&#232;s vite en soulignant les progr&#232;s inou&#239;s qui ont quand m&#234;me &#233;t&#233; accomplis. On en conclut que, dans ce contexte &#233;minemment satisfaisant, celles qui continuent le combat ne peuvent &#234;tre que des m&#233;g&#232;res enrag&#233;es et hyst&#233;riques que seul le ressentiment fait jouir, et qui cherchent &#224; obtenir un traitement de faveur plut&#244;t que l'&#233;galit&#233; (puisqu'elles l'ont d&#233;j&#224; !) ; mais, heureusement, elles vivent tr&#232;s loin, l&#224;-bas, de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Quelques citations apocalyptiques o&#249; certaines d'entre elles comparent la violence contre les femmes &#224; un g&#233;nocide, qu'on assortira de flots de protestations indign&#233;es, permettront de noyer d&#233;finitivement le poisson. Elles ach&#232;veront de vacciner les mignonnes petites Fran&#231;aises qui seraient tent&#233;es d'imiter ces sorci&#232;res. Il n'y aura plus qu'&#224; persuader les gourdes qu'elles sont des femmes lib&#233;r&#233;es, qu'elles ont bien de la chance, et qu'elles feraient mieux d'aller d&#233;valiser les boutiques tout en versant une larme sur le sort des pauvres Afghanes. Et qu'elles ne viennent pas nous emmerder pour un mannequin nu &#224; quatre pattes sur un panneau de quatre fois trois m&#232;tres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre th&#232;se sera ici que la c&#233;l&#233;bration des &#171; rapports de s&#233;duction &#224; la fran&#231;aise &#187;, que l'on a vue ressurgir, en m&#234;me temps que la condamnation du &#171; puritanisme am&#233;ricain &#187;, lors des affaires Polanski et Strauss-Kahn, en 2009 et en 2011, traduit le d&#233;sir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne ; elle est, pour ceux qui la d&#233;fendent, une mani&#232;re de nier la subjectivit&#233; f&#233;minine et de prot&#233;ger leur monopole de la p&#233;roraison (&lt;strong&gt;chapitre 7&lt;/strong&gt;). On a affaire avec ces discours &#224; une banale r&#233;action antif&#233;ministe, qui fait semblant de confondre remise en cause d'un ordre social et hostilit&#233; envers les hommes. Alors que ses pr&#233;d&#233;cesseurs avaient simplement travesti ce postulat en chauvinisme, Badinter, en 2003, r&#233;ussira la prouesse de le travestir en f&#233;minisme ; elle se r&#233;f&#233;rera d'ailleurs &#224; &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence&lt;/i&gt; de Bruckner d&#232;s les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;Fausse route&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Elisabeth Badinter, Fausse route, Odile Jacob, Paris, 2003.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;). Dans son attitude, le r&#233;flexe de classe et la mise &#224; distance d&#233;daigneuse de la masse des femmes prennent clairement le pas sur la d&#233;marche f&#233;ministe. La journaliste Sylvie Barbier nous livre le r&#233;sultat de cette op&#233;ration id&#233;ologique, tel qu'on le retrouve dans la bouche du directeur d'un magazine f&#233;minin s'adressant &#224; sa nouvelle r&#233;dactrice en chef : &#171; La guerre des sexes c'est fini, les psychos qui se moquent des hommes aussi, on r&#234;ve de r&#233;conciliation, non ? Fran&#231;oise, excuse, Evelyne [sic] Badinter elle-m&#234;me l'affirme : le vrai f&#233;minisme, c'est un combat qui doit se mener avec les hommes, pas contre eux. La lutte pour l'autonomie est &#233;galement termin&#233;e, nous allons tourner la page et projeter une vision r&#233;concili&#233;e de la f&#233;minit&#233; (&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Sylvie Barbier, La bimbo est l'avenir de la femme, Deno&#235;l, coll. &#171; (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;). &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A ce conservatisme visc&#233;ral s'ajoute le fait que la femme fran&#231;aise est un tr&#233;sor national, quasiment une marque d&#233;pos&#233;e. Elle a pour noble mission de perp&#233;tuer l'image d'&#233;l&#233;gance associ&#233;e au pays, ne serait-ce que pour servir le rayonnement international des deux g&#233;ants fran&#231;ais du luxe, Mo&#235;t Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de Bernard Arnault, et Pinault Printemps Redoute (PPR), celui de Fran&#231;ois Pinault (propri&#233;taire notamment de Gucci et d'Yves Saint Laurent). En a encore t&#233;moign&#233;, en 2005, le succ&#232;s mondial du livre de Mireille Guiliano &lt;i&gt;French Women Don't Get Fat&lt;/i&gt; (&#171; Les femmes fran&#231;aises ne grossissent pas &#187;) (&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Mireille Guiliano, French Women Don't Get Fat. The Secret of Eating (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;). L'ancienne PDG des champagnes Veuve Clicquot (groupe LVMH) aux Etats-Unis y recommande &#171; le pain, le champagne, le chocolat et l'amour comme les ingr&#233;dients cl&#233;s d'une vie et d'un r&#233;gime &#233;quilibr&#233;s &#187;. Id&#233;e g&#233;niale : exploiter &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; la fascination des Am&#233;ricains pour les clich&#233;s sur l'art de vivre &#224; la fran&#231;aise, l'obsession des femmes pour les r&#233;gimes et leur go&#251;t des &#171; secrets &#187; partag&#233;s (elles en ont bien besoin, les pauvres). Quant &#224; la figure mythique de la Parisienne, elle est incarn&#233;e par In&#232;s de la Fressange, mannequin vedette de Chanel dans les ann&#233;es 1980 et mod&#232;le pour le buste de Marianne en 1989. En 2011, son guide &lt;i&gt;La Parisienne&lt;/i&gt; &#8212; cosign&#233; avec une journaliste de &lt;i&gt;Elle &#8212;,&lt;/i&gt; m&#233;lange de conseils vestimentaires et de bonnes adresses, grand succ&#232;s de librairie, s'est export&#233; en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. On y apprend par exemple qu'il ne faut pas porter un collier en diamants &#171; sur une robe noire le soir &#187;, mais &#171; sur une chemise en jean le jour (&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='In&#232;s de la Fressange (avec Sophie Gachet), La Parisienne, Flammarion, (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;) &#187;. Ce qui, personnellement, m'a &#233;vit&#233; de commettre un terrible impair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, il faut bien l'avouer : une fois qu'on a lu Susan Bordo, Eve Ensler, Laurie Essig, Susan Faludi ou Naomi Wolf (&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg The Body Project : An (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;), la Parisienne appara&#238;t pour ce qu'elle est, c'est-&#224;-dire une sorte de Nadine de Rothschild en moins joufflue et en plus chic. M&#234;me celle qui pr&#234;te le plus le flanc &#224; la caricature, Naomi Wolf, auteure en 1990 du best-seller &lt;i&gt;The Beauty Myth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Mythe de la beaut&#233;&lt;/i&gt;), multiplie les intuitions et les analyses brillantes. On regrette, en refermant les livres de toutes ces essayistes remarquables, qu'elles n'aient jamais &#233;t&#233; traduites en fran&#231;ais &#8212; &#224; l'exception d'Ensler, gr&#226;ce au succ&#232;s mondial des &lt;i&gt;Monologues du vagin&lt;/i&gt;. Il est vrai que si elles l'&#233;taient, les Fran&#231;aises pourraient bien s'inspirer de leur intelligence flamboyante, de leur clairvoyance, de leur humour, du m&#233;lange de rigueur et de passion avec lequel elles prennent &#224; bras-le-corps la r&#233;alit&#233; dans laquelle elles sont plong&#233;es, transformant des pr&#233;occupations intimes en souci du bien commun, forgeant de puissants outils de compr&#233;hension et de lib&#233;ration pour toutes. Elles pourraient commencer &#224; raisonner, &#224; contester ; elles pourraient se mettre en t&#234;te de devenir des &lt;i&gt;personnes,&lt;/i&gt; les insolentes. Puisse le ciel nous &#233;pargner encore longtemps une pareille catastrophe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Et les vaches seront bien gard&#233;es. L'injonction &#224; la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour des femmes en jupe et des hommes qui en ont
&lt;br /&gt;Le charme retrouv&#233; des territoires f&#233;minins
&lt;br /&gt;&#171; N'exister que par la beaut&#233; &#187;
&lt;br /&gt;Backlash et marketing
&lt;br /&gt;Fermer des portes pour l'avenir&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Un h&#233;ritage embarrassant. Interlude sur l'ambivalence&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#171; Avec quoi elle vient ! &#187;
&lt;br /&gt;Sagesse de la parure
&lt;br /&gt;L'univers en mod&#232;le r&#233;duit
&lt;br /&gt;Derri&#232;re la fascination du &lt;i&gt;it bag&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Cong&#233;dier le monde&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le triomphe des otaries. Les pr&#233;tentions culturelles du complexe mode-beaut&#233;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#171; Il faut faire un effort, Jenn' ! &#187;
&lt;br /&gt;Actrices ou communicantes ?
&lt;br /&gt;Le paradigme &#171; Gossip Girl &#187;
&lt;br /&gt;L'aristocratie du showbiz
&lt;br /&gt;Les marques en terrain conquis
&lt;br /&gt;Patauger dans son ali&#233;nation
&lt;br /&gt;Les femmes et la culture de masse
&lt;br /&gt;Une &#171; fin de l'Histoire &#187; au f&#233;minin ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Une femmes dispara&#238;t. L'obsession de la minceur, un &#171; d&#233;sordre culturel &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exister sans corps
&lt;br /&gt;Femmes et nourriture, un rendez-vous toujours manqu&#233;
&lt;br /&gt;L'anorexique : anormale ou trop normale ?
&lt;br /&gt;Un mod&#232;le impossible
&lt;br /&gt;Hypocrisie et perversit&#233;
&lt;br /&gt;Couper les ponts
&lt;br /&gt;Une question de sant&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La fianc&#233;e de Frankenstein. Culte du corps ou haine du corps ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nier la douleur
&lt;br /&gt;Un couteau sans lame...
&lt;br /&gt;Un &#233;clairage impitoyable
&lt;br /&gt;L'aura confisqu&#233;e
&lt;br /&gt;&#171; Ce qui me fait chanter &#187;
&lt;br /&gt;Le pi&#232;ge de l'homologation
&lt;br /&gt;Une merveilleuse &#171; libert&#233; de choix &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Comment peut-on ne pas &#234;tre blanche ? Derri&#232;re les odes &#224; la &#171; diversit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;S'afficher dans le camp des gagnants
&lt;br /&gt;Soigner les corps &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s &#187;
&lt;br /&gt;&#171; Illuminer les recoins sombres de la Terre &#187;
&lt;br /&gt;&#171; Supr&#233;matie blanche &#187; dans la mode
&lt;br /&gt;Une cr&#233;ativit&#233; &#233;touff&#233;e
&lt;br /&gt;La lumi&#232;re, encore&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Le soliloque du dominant. La f&#233;minit&#233; comme subordination&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Yohji Yamamoto contre le &#171; style recherche d'emploi &#187;
&lt;br /&gt;Les femmes sont-elles des objets ?
&lt;br /&gt;Grands hommes et petites p&#233;p&#233;es
&lt;br /&gt;Banalit&#233; du Pygmalion lubrique
&lt;br /&gt;Un &#233;rotisme de ventriloques
&lt;br /&gt;L'horreur : une femme qui pense&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, &lt;i&gt;La presse &#8220;f&#233;minine&#8221;. Fonction id&#233;ologique,&lt;/i&gt; Petite collection Maspero, Paris, 1978 ; Ilana L&#246;wy, &lt;i&gt;L'Emprise du genre. Masculinit&#233;, f&#233;minit&#233;, in&#233;galit&#233;,&lt;/i&gt; La Dispute, Paris, 2006 ; et l'ouvrage en deux volumes du collectif Ma col&#232;re, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/CHOLLET/18274&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mon corps est un champ de bataille&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; Ma col&#232;re, Lyon, 2004 et 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Lire Marie B&#233;nilde, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/BENILDE/11267&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Publicis, un pouvoir&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; juin 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Pascal Bruckner, &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt;Grasset, Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Mona Ozouf, &lt;i&gt;Les Mots des femmes. Essai sur la singularit&#233; fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Gallimard, &#171; Tel &#187;, Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Claude Habib, &lt;i&gt;Galanterie fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Gallimard, Paris, 2006. De m&#234;me pour les citations suivantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Voir aussi le floril&#232;ge &#233;tabli par Act Up Paris : &#171; &lt;a href=&quot;http://www.actupparis.org/spip.php?article2739&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Claude Habib et Ir&#232;ne Th&#233;ry, les pauvres filles de l'ANRS&lt;/a&gt; &#187;, Actupparis.org, mars 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;) Elisabeth Badinter, &lt;i&gt;Fausse route,&lt;/i&gt; Odile Jacob, Paris, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;) Sylvie Barbier, &lt;i&gt;La bimbo est l'avenir de la femme,&lt;/i&gt; Deno&#235;l, coll. &#171; Indigne &#187;, Paris, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;) Mireille Guiliano, &lt;i&gt;French Women Don't Get Fat. The Secret of Eating for Pleasure,&lt;/i&gt; Vintage, New York, 2007 [2005]. &lt;a href=&quot;http://www.frenchwomendontgetfat.com/&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.frenchwomendontgetfat.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;) In&#232;s de la Fressange (avec Sophie Gachet), &lt;i&gt;La Parisienne,&lt;/i&gt; Flammarion, Paris, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;) Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg &lt;i&gt;The Body Project : An Intimate History of American Girls,&lt;/i&gt; Random House, New York, 1997, ainsi que le travail de la photographe Lauren Greenfield : &lt;i&gt;Girl Culture&lt;/i&gt; (2002) et &lt;i&gt;Thin&lt;/i&gt; (2006) ; &lt;a href=&quot;http://www.laurengreenfield.com/&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.laurengreenfield.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; 17 filles &#187; et pas mal d'objections</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article329.html</link>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>Incontestablement, 17 filles est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre. (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Incontestablement, &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Incontestablement, &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre. Elles concluent un pacte : apr&#232;s avoir accouch&#233;, elles habiteront toutes ensemble, s'entraideront, seront enfin adultes et ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_761 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH333/17-FILLES-5f377.jpg' width='250' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;La mise en sc&#232;ne, tr&#232;s r&#233;ussie, explore toutes les possibilit&#233;s cin&#233;matographiques offertes &#224; la fois par la d&#233;cadence industrielle de la r&#233;gion, par la proximit&#233; de la mer, par l'omnipr&#233;sence des &#233;l&#233;ments, et par la transformation physique spectaculaire de cette grappe d'adolescentes, par le contraste entre leur ventre qui s'arrondit et leur quotidien de gamines tournant en rond dans la cour de r&#233;cr&#233;ation ou s'ennuyant dans leur chambre au milieu de leurs peluches. La plupart d'entre elles sont minces et belles, &#224; commencer par Camille, la meneuse (Louise Grinberg, d&#233;j&#224; vue dans &lt;i&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; de Laurent Cantet) : la cam&#233;ra semble aimant&#233;e par leur fra&#238;cheur de jeunes filles en fleur. &#171; Le casting a exclu les disgracieuses &#187;, note &#224; raison le critique &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/12/13/17-filles-les-filles-meres-qu-on-voit-danser_1617980_3476.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On peut d&#233;j&#224; tenter de rep&#233;rer celles qu'on retrouvera dans des pubs pour des parfums ou des marques de pr&#234;t-&#224;-porter. Les protagonistes du fait divers am&#233;ricain, elles, incarnent une version nettement moins glamour de la &lt;i&gt;teen mom&lt;/i&gt;, comme on peut le voir dans un documentaire qui leur est consacr&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.gloucester18.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;The Gloucester 18&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On dira que rien n'obligeait les deux cin&#233;astes fran&#231;aises au r&#233;alisme. &#171; Il s'agit uniquement de notre regard sur ce fait divers &#187;, insiste Muriel Coulin (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, 30 d&#233;cembre). Sauf qu'il y a des films dont la libert&#233; par rapport aux faits, la qualit&#233; de r&#233;alisation, la stylisation, renforcent encore le regard qu'ils proposent sur la soci&#233;t&#233; et sur la vie ; or ici, on a plut&#244;t l'impression d'un hiatus entre les deux, entre la forme et le fond, comme si le talent des s&#339;urs Coulin leur permettait de biaiser avec leur sujet, de camoufler les failles et les ambigu&#239;t&#233;s de leur film et du discours dont elles l'entourent dans leurs interviews.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles y pr&#233;sentent leurs h&#233;ro&#239;nes comme rebelles et subversives : &#171; Nos filles me font penser aux Indign&#233;s &#187;, dit par exemple Delphine Coulin (&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tribunedelyon.fr/index.php?agenda/culture/cinema/30707-cinema-:-entretien-avec-delphine---muriel-coulin----on-n-a-pas-choisi-la-facilite-&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tribune de Lyon&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 21 d&#233;cembre) ; ou encore : &#171; Dans cette &#232;re du post-f&#233;minisme, les filles inventent une nouvelle utopie collective pour se r&#233;volter et changer le monde. &#187; (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;) Le film ne se prive pas de tourner en ridicule les adultes, profs et parents - notamment le proviseur du lyc&#233;e, interpr&#233;t&#233; par &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article207.html&quot; class='spip_in'&gt;Carlo Brandt&lt;/a&gt; -, tous d&#233;cevants, m&#233;diocres et gris&#226;tres, d&#233;pass&#233;s par les &#233;v&#233;nements, multipliant les consid&#233;rations sociologiques et les tentatives d'explication maladroites auxquelles les filles opposent leur mutisme plein de d&#233;fi et leurs corps triomphants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Escamoter la fascination
&lt;br /&gt;pour la maternit&#233;
&lt;br /&gt;dans la culture populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On reste n&#233;anmoins perplexe : subversive, la maternit&#233; ? Si &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; peut d&#233;fendre cette th&#232;se, c'est que, en tant que film fran&#231;ais de bon go&#251;t, il &#233;vacue r&#233;solument toute la culture populaire dont notre monde est baign&#233; ; c'est-&#224;-dire la culture o&#249; appara&#238;t de fa&#231;on flagrante la survalorisation de la maternit&#233;, pour ne pas dire sa valorisation exclusive, qui reste aujourd'hui dominante dans de larges pans de la soci&#233;t&#233;. Sauf erreur de notre part, les chambres film&#233;es ici sont enti&#232;rement d&#233;pourvues des affiches de chanteurs et de chanteuses, d'acteurs et d'actrices, qui, en France comme aux Etats-Unis, tapissent celles de l'&#233;crasante majorit&#233; des adolescentes. Dans celle de Camille, l'h&#233;ro&#239;ne, on aper&#231;oit un portrait de Rimbaud (&#171; On n'est pas s&#233;rieux... &#187;, tout &#231;a, tout &#231;a). Auteure d'un roman &#233;galement inspir&#233; par l'affaire de Gloucester (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Vanessa Schneider, Le Pacte des vierges, Stock, 2011.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;), la journaliste Vanessa Schneider prend en compte cette dimension : ses h&#233;ro&#239;nes, auxquelles elle a conserv&#233; leurs pr&#233;noms et leur ville d'origine, parlent sans complexes de Kylie Minogue, Jennifer Lopez ou George Clooney. Mais les petites Fran&#231;aises, m&#234;me d'extraction prolote, sont sans doute trop distingu&#233;es pour manger de ce pain-l&#224;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_771 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH209/lifestyle-2f9a3.jpg' width='160' height='209' alt=&quot;&quot; style='height:209px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Aux Etats-Unis, de nombreux commentateurs ont fait le rapport entre l'attirance croissante des adolescentes pour la maternit&#233; et la fascination d&#233;lirante pour la f&#233;condit&#233; des femmes c&#233;l&#232;bres, dont le ventre est scrut&#233; avec tant d'acuit&#233; que la moindre digestion difficile les expose &#224; des rumeurs qui s'&#233;taleront en Une des tablo&#239;ds du monde entier. Une chroniqueuse du &lt;a href=&quot;http://www.plannedparenthood.org/about-us/newsroom/local-press-releases/americas-pregnancy-infatuation-dangerous-23227.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Detroit News&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; constatait que le &lt;i&gt;baby bump&lt;/i&gt; (le ventre de femme enceinte) &#233;tait d&#233;sormais pr&#233;sent&#233; dans les m&#233;dias comme un accessoire d&#233;sirable de plus, au m&#234;me titre qu'un sac : &#171; Quand vous &#234;tes Angelina Jolie, attendre des jumeaux implique de choisir une nouvelle robe pour le Festival de Cannes et d'engager une nounou suppl&#233;mentaire. C'est aussi un ticket pour la couverture de &lt;i&gt;People&lt;/i&gt;. Pour une jeune m&#232;re isol&#233;e, en revanche, cela a toutes les chances d'&#234;tre un ticket pour la pauvret&#233;. &#187; En 2009, une Am&#233;ricaine, &lt;strong&gt;Nadya Suleman&lt;/strong&gt;, d&#233;j&#224; m&#232;re de quatre enfants, avait acc&#233;d&#233; &#224; une c&#233;l&#233;brit&#233; mondiale en donnant naissance &#224; des octupl&#233;s, con&#231;us comme les premiers par f&#233;condation artificielle. Obs&#233;d&#233;e par Angelina Jolie - la star est m&#232;re de six enfants, adopt&#233;s ou biologiques -, elle avait aussi eu recours &#224; la chirurgie esth&#233;tique pour essayer de lui ressembler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'avenir d'une fille est de faire des &#233;tudes, se marier et avoir des enfants. Et il est interdit de le faire dans un autre ordre &#187;, pr&#233;cise Delphine Coulin dans &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;. D'accord : la subversion des h&#233;ro&#239;nes de &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; ne r&#233;siderait donc pas tant dans la maternit&#233; en elle-m&#234;me que dans le fait de bousculer cet &#171; ordre &#187;. Sauf que lorsque tout votre environnement culturel vous mart&#232;le que le r&#244;le de m&#232;re est &#171; le plus beau &#187; qu'une femme puisse endosser - non pas &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; beau r&#244;le parmi d'autres, mais &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; plus beau -, il y a une certaine logique &#224; vouloir zapper les autres &#233;tapes. Autant acc&#233;der tout de suite &#224; ce statut cens&#233; vous apporter toute la consid&#233;ration que vous pouvez esp&#233;rer et mettre un peu de sel et d'action dans votre existence, en vous dispensant de les chercher ailleurs - ou &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; ailleurs. La culture m&#233;diatique encourage &#224; prendre ce raccourci, comme en t&#233;moignent les &#233;missions de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; consacr&#233;es aux grossesses adolescentes (&#171; Teen Mom &#187;, &#171; 16 ans et enceinte &#187;, sur MTV). De tr&#232;s jeunes femmes c&#233;l&#232;bres montrent la voie : la petite s&#339;ur de Britney Spears, Jamie Lynn Spears, alors &#226;g&#233;e de 17 ans, a accouch&#233; la semaine o&#249; &#233;clatait l'affaire de Gloucester, et le &lt;i&gt;Teen Vogue&lt;/i&gt; am&#233;ricain a suscit&#233; la controverse pour avoir affich&#233; en couverture &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/media/2009/oct/28/teen-vogue-jourdan-dunn-pregnant&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le mannequin Jourdan Dunn&lt;/a&gt;, enceinte &#224; 19 ans. En France, en 2011, le clip de la chanson de Colonel Reyel &lt;i&gt;Aur&#233;lie&lt;/i&gt; a totalis&#233; &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/rue89-culture/2011/12/21/colonel-reyel-le-carton-2011-sur-youtube-227753&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;23 millions de vues sur Youtube&lt;/a&gt;, au grand ravissement des anti-IVG : &#171; Aur&#233;lie n'a que 16 ans et elle attend un enfant / Ses amies et ses parents lui conseillent l'avortement / Elle n'est pas d'accord, elle voit les choses autrement / Elle dit qu'elle se sent pr&#234;te pour qu'on l'appelle &#8220;maman&#8221;... &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Id&#233;alisation et condescendance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; aurait &#233;t&#233; bien plus audacieux et int&#233;ressant si, au lieu de se contenter d'explorer les potentialit&#233;s cin&#233;g&#233;niques de ces corps de jeunes madones enceintes, il avait laiss&#233; ses h&#233;ro&#239;nes mettre en &#339;uvre leur utopie communautaire. A la fin du film (attention spoiler), l'une des voix off pr&#233;cise que, &#171; bien s&#251;r &#187;, les h&#233;ro&#239;nes n'ont pas &#233;lev&#233; leurs enfants ensemble, qu'elles n'en ont m&#234;me &#171; jamais reparl&#233; &#187;. Certes, il s'est produit un &#233;v&#233;nement dramatique qui peut justifier ce renoncement ; mais quand m&#234;me... Delphine Coulin dit que &#171; le plus beau et le plus poignant dans toute utopie, c'est de r&#234;ver en sachant que tout va bient&#244;t s'&#233;crouler &#187;, ce qui est &#233;minemment discutable. C'est peut-&#234;tre &#171; beau et poignant &#187; pour qui reste simple spectateur - et encore -, mais s&#251;rement pas pour les protagonistes de l'utopie, qui ne trouvent l'&#233;nergie de s'y lancer que s'ils y croient totalement et sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'au bout. Muriel Coulin envisage cette grossesse collective &#171; comme la possibilit&#233; d'un projet politique &#187;, avant d'ajouter aussit&#244;t : &#171; Mais nous savons qu'&#224; 16 ou 17 ans, la conscience politique est assez limit&#233;e. &#187; Au final, il reste quinze gamines englu&#233;es, comme avant, dans leur vie de lyc&#233;ennes, sauf qu'elles ont un enfant qu'elles &#233;l&#232;vent avec leurs parents. Mais ce n'est pas grave, puisque, avant cela, elles auront permis aux spectateurs de se repa&#238;tre d'une jeunesse et d'une vitalit&#233; qui, pour beaucoup, ne sont plus qu'un souvenir plus ou moins lointain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette projection &#224; la fois id&#233;alisante et condescendante op&#233;r&#233;e par les r&#233;alisatrices laisse une dr&#244;le d'impression. En tournant dans leur ville d'origine, Delphine et Muriel Coulin disent avoir mis dans leur film &#171; tout notre univers, ce qui &#233;tait proche de nous : les frustrations et le d&#233;s&#339;uvrement de l'adolescence, quand nous n'avions face &#224; nous que l'oc&#233;an et l'envie de tout faire &#233;clater. D'ailleurs, quand nous en avons eu l'occasion, &#224; 17 ans, nous sommes parties &#187; (&lt;i&gt;Tribune de Lyon&lt;/i&gt;). Elles aussi, donc, ont cherch&#233; un moyen de s'&#233;vader. En faisant un b&#233;b&#233; ? Non : en s'inscrivant respectivement &#224; Sciences Po et &#224; l'Ecole Louis-Lumi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En France, les grossesses adolescentes augmentent chaque ann&#233;e. Ce n'est pas un hasard. C'est un moyen de bousculer un train de vie trop fig&#233; &#187;, affirme Delphine Coulin. N'est-il pas curieux d'accr&#233;diter l'id&#233;e que la maternit&#233; repr&#233;sente pour les jeunes filles la seule mani&#232;re de se construire une vie, alors que soi-m&#234;me, on n'a pas renonc&#233; &#224; accro&#238;tre ses connaissances, &#224; d&#233;velopper son talent et ses capacit&#233;s ? Dans les interviews, les deux r&#233;alisatrices sugg&#232;rent parfois que c'est l'&#233;poque qui a chang&#233; : aujourd'hui, l'horizon &#233;tant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment bouch&#233;, un parcours comme le leur ne serait plus possible. &#171; Quels r&#234;ves proposons-nous actuellement &#224; nos enfants ?, interroge Delphine Coulin (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;). Pas grand-chose. Il est difficile d'avoir 17 ans. &#187; Sauf que, dans le portrait consacr&#233; aux deux s&#339;urs par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; la sortie du film (&#171; &lt;a href=&quot;http://next.liberation.fr/societe/01012377223-s-urs-en-ch-ur&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;S&#339;urs en ch&#339;ur&lt;/a&gt; &#187;, 13 d&#233;cembre), elle admet que lorsqu'elle-m&#234;me &#233;tait jeune, c'&#233;tait d&#233;j&#224; tout aussi dur : &#171; Quand j'&#233;tais lyc&#233;enne, dans les ann&#233;es 1980, c'&#233;tait la crise, tout le monde ne parlait que de &#8220;d&#233;bouch&#233;s&#8221;, mais moi, je voulais &#233;crire des livres [elle est aussi romanci&#232;re]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre complexe de sup&#233;riorit&#233;
&lt;br /&gt;et complexe tout court :
&lt;br /&gt;des cr&#233;atrices
&lt;br /&gt;face au mod&#232;le f&#233;minin traditionnel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, dans ce cas, ne pas mettre en sc&#232;ne l'&#233;nergie et l'ambition qui l'habitaient alors ? C'est un &#233;litisme sid&#233;rant qui affleure ici. &#171; Aujourd'hui, comment [les adolescentes] pourraient-elles fondamentalement changer leur quotidien ?, interroge Muriel Coulin. En participant &#224; un programme de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; ? C'est tr&#232;s triste. &#187; En somme, une petite minorit&#233; de femmes, dont les s&#339;urs Coulin ont la chance de faire partie, aurait la capacit&#233; de faire carri&#232;re dans une profession cr&#233;ative ; mais la grande majorit&#233; serait condamn&#233;e &#224; n'exister que par la maternit&#233; - ou alors, en passant chez Delarue. Entre les deux : rien. Non seulement il est un peu rapide de disqualifier, au lieu de les encourager, les passions et les ambitions que peuvent aussi nourrir les jeunes filles d'aujourd'hui, mais ce raisonnement binaire est tr&#232;s probl&#233;matique. Est-ce qu'on imaginerait tenir le m&#234;me discours au sujet des gar&#231;ons, en pr&#233;tendant qu'ils auraient le choix, pour donner un sens &#224; leur vie, entre une brillante carri&#232;re artistique et la paternit&#233;, et rien d'autre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, on peut se demander s'il n'y a pas un sujet cach&#233; &#224; &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; : celui du rapport qu'entretiennent avec la f&#233;minit&#233; traditionnelle celles qui s'en &#233;cartent en devenant artistes, &#233;crivaines ou cin&#233;astes. Conscientes de d&#233;roger &#224; une norme sociale, elles peuvent &#233;prouver le besoin de r&#233;parer cette transgression en reniant, dans leur production savante, litt&#233;raire ou cin&#233;matographique, leurs choix et leur mode de vie, et en en rajoutant au contraire dans la c&#233;l&#233;bration du mod&#232;le traditionnel, au risque d'alimenter les pires st&#233;r&#233;otypes. Dans &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt;, le spectateur est incit&#233; &#224; penser que la r&#233;action n&#233;gative de l'infirmi&#232;re scolaire, interpr&#233;t&#233;e par No&#233;mie Lvovsky, s'explique par le fait qu'elle-m&#234;me n'a pas d'enfants. Pourquoi les r&#233;alisatrices sacrifient-elles &#224; ce clich&#233; de la femme sans enfants aigrie, alors qu'elles-m&#234;mes n'en ont pas et semblent tout &#224; fait heureuses et &#233;panouies ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette dissociation peut avoir plusieurs explications : l'&#233;litisme, comme on l'a vu - &#171; moi j'&#233;chappe &#224; ce destin f&#233;minin traditionnel, mais c'est parce que je suis exceptionnelle, pour les autres &#231;a suffira bien &#187; - ; ou encore le d&#233;sir de donner des gages, de montrer patte blanche, en esp&#233;rant ainsi &#234;tre admise malgr&#233; tout dans la grande communaut&#233; des femmes dont on se sent exclue parce qu'on est du c&#244;t&#233; des cr&#233;atrices, et non des procr&#233;atrices. Elle peut aussi relever du d&#233;sir sinc&#232;re de compenser ce que l'on per&#231;oit comme la trop grande c&#233;r&#233;bralit&#233; de sa vie, d'apprivoiser la dimension physique et charnelle de l'existence, quand on a spontan&#233;ment commenc&#233; par d&#233;velopper son intellect dans une mesure sup&#233;rieure &#224; la moyenne de ses petits camarades. Ainsi, parmi leurs th&#232;mes de pr&#233;dilection, les s&#339;urs Coulin citent &#171; la f&#233;minit&#233;, le corps &#187;. Ce qui est tr&#232;s bien, &#224; condition de ne pas perdre de vue le fait que, dans leur &#233;crasante majorit&#233;, les femmes sont plut&#244;t confront&#233;es au d&#233;fi inverse : elles doivent conqu&#233;rir le droit de ne pas &#234;tre r&#233;duites &#224; la dimension maternelle et/ou d&#233;corative dans laquelle des pr&#233;jug&#233;s archa&#239;ques et tenaces tendent &#224; les confiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se souvenant de sa propre jeunesse, Muriel Coulin avance ce raisonnement remarquablement bancal et emberlificot&#233; : &#171; A l'&#233;poque aussi, des copines autour de moi voulaient faire du cin&#233;ma. Elles ont d&#251; renoncer. Mais si nous avions &#233;t&#233; dix-sept, nous aurions certainement pu nous lancer ensemble. &#187; Non seulement l'hypoth&#232;se para&#238;t assez improbable, et traduit peut-&#234;tre surtout la g&#234;ne d'&#234;tre celle qui a r&#233;ussi - elle a fait ses armes aupr&#232;s de Louis Malle, Krzysztof Kieslowski ou Aki Kaurism&#228;ki, avant de r&#233;aliser des documentaires -, mais il y a quelque chose d'un peu forc&#233; et hypocrite dans le fait de nier ainsi la diff&#233;rence qui existe entre un projet de grossesse et un projet de carri&#232;re cin&#233;matographique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce aussi pour tenter de camoufler ce qu'elles doivent pressentir de leur propre &#233;litisme - la r&#233;ussite artistique, sinon rien - que les deux s&#339;urs en font des tonnes sur les beaut&#233;s de la maternit&#233;. Le probl&#232;me, c'est que, par l&#224;, elles contribuent &#224; escamoter et &#224; &#233;touffer cet espace, toujours menac&#233; de r&#233;tr&#233;cissement ou de disparition, que les femmes ont toutes les peines du monde &#224; se m&#233;nager : un espace o&#249; exister aussi en tant qu'individu, en tant que personne autonome, en dehors des liens amoureux et familiaux qu'elles ont pu tisser, et qui leur est tout aussi vital qu'eux. Un espace qu'elles peuvent faire vivre de mille mani&#232;res diff&#233;rentes, &#233;clatante ou discr&#232;te : pas besoin, pour l&#233;gitimer son existence, d'obtenir l'avance sur recettes ou de publier un roman - m&#234;me si rien n'interdit d'essayer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Permettre aux femmes
&lt;br /&gt;de se d&#233;gager des fantasmes
&lt;br /&gt;et des attentes que l'ordre social
&lt;br /&gt;leur colle sur le dos&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, les utopies f&#233;ministes des ann&#233;es 1970 ont disparu &#187;, dit Delphine Coulin. Mais le f&#233;minisme n'est pas une utopie : il est un combat toujours &#224; recommencer pour permettre aux femmes de se d&#233;gager des innombrables fantasmes et attentes que l'ordre social leur colle sur le dos, et qui les emp&#234;chent d'exister pleinement en tant que personnes. La fascination actuelle pour les grossesses adolescentes, &#224; laquelle participe &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt;, et dont la premi&#232;re manifestation fut le film am&#233;ricain &lt;i&gt;Juno&lt;/i&gt;, sur un sc&#233;nario de Diablo Cody, en 2007, tend &#224; indiquer que ces attentes et ces fantasmes sont aujourd'hui bien pr&#233;sents et agissants - en fait, ils le sont dans toutes les p&#233;riodes o&#249; il n'existe pas de mouvement f&#233;ministe assez fort pour les tenir en respect. Le cin&#233;ma et le people ne lancent &#233;videmment pas des mouvements qu'une jeunesse influen&#231;able se contente de suivre ; mais ils refl&#232;tent et amplifient consid&#233;rablement une tendance profonde &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_766 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH332/the-feminine-mystique-00166.jpg' width='200' height='332' alt=&quot;&quot; style='height:332px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;On a l'impression de voir revenir, sous une forme contemporaine, cette &#171; mystique f&#233;minine &#187; qui, en 1963, avait donn&#233; son titre au c&#233;l&#232;bre livre de la journaliste am&#233;ricaine Betty Friedan (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='The Feminine Mystique, bizarrement traduit en fran&#231;ais par Yvette Roudy (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;). Tr&#232;s dat&#233; par certains aspects (&#224; commencer par son discours apocalyptique sur l'homosexualit&#233; !), &lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; reste n&#233;anmoins int&#233;ressant, car il d&#233;crit un cas d'&#233;cole : le conditionnement forcen&#233;, proche de l'abrutissement, subi par les femmes am&#233;ricaines durant les quinze ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre pour les persuader que le mariage, les enfants et l'univers domestique devaient suffire &#224; leur bonheur. Les traumatismes de la Grande d&#233;pression, puis de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide, conjugu&#233;s &#224; l'essor des banlieues r&#233;sidentielles et de l'id&#233;al du bonheur par la consommation, poussaient alors &#224; un repli sur le foyer. Tout d&#233;sir de faire usage de l'instruction que beaucoup avaient re&#231;ue, de travailler &#224; l'ext&#233;rieur, d'&#234;tre partie prenante de la soci&#233;t&#233;, &#233;tait condamn&#233; comme &#171; non f&#233;minin &#187; et ne pouvant produire que des &#171; m&#233;g&#232;res asexu&#233;es &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aucun jeune homme ne voudra de toi
&lt;br /&gt;tant que tu contreras les revers &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses femmes embrass&#232;rent avec enthousiasme le r&#244;le qu'on leur proposait. Beaucoup devinrent m&#232;res tr&#232;s jeunes, ce qui amenait Betty Friedan &#224; interroger : &#171; Quels fils, quelles filles &#233;l&#232;veront ces m&#232;res adolescentes, qui sont devenues m&#232;res avant m&#234;me d'avoir affront&#233; cette r&#233;alit&#233;, qui se sont servies de leur maternit&#233; m&#234;me pour rompre le contact avec le r&#233;el ? &#187; Ils &#233;taient loin, les enthousiasmes et les audaces du d&#233;but du si&#232;cle, ceux du f&#233;minisme de la &#171; premi&#232;re vague &#187;. Le combat pour le droit de vote (les Anglaises l'obtinrent en 1918, les Am&#233;ricaines en 1919) avait en effet consid&#233;rablement am&#233;lior&#233; l'estime d'elles-m&#234;mes des femmes, ne serait-ce qu'en leur d&#233;montrant, comme l'&#233;crivit la suffragette Ida Alexa Ross Wylie - cit&#233;e par Friedan -, que ces jambes qu'il &#233;tait m&#234;me mals&#233;ant de nommer dans la bonne soci&#233;t&#233; &#171; pouvaient courir beaucoup plus vite qu'un flic anglais &#187;. D&#233;sormais, les magazines am&#233;ricains publiaient des nouvelles dans lesquelles des jeunes filles &#171; prenaient des cours pour apprendre &#224; battre des cils et &#224; perdre au tennis &#187;. Et leur m&#232;re les avertissait : &#171; Un jeune homme imberbe t'enl&#232;vera et t'emm&#232;nera vivre avec lui quelque part dans un appartement d'une pi&#232;ce et demie tandis qu'il s'initiera aux finesses et aux tracasseries de la Bourse. Mais aucun jeune homme ne voudra de toi tant que tu contreras les revers. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_763 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH258/friedan-c0bf1.jpg' width='200' height='258' alt=&quot;&quot; style='height:258px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Betty Friedan&lt;/strong&gt; rend manifeste quelque chose dont devraient se souvenir ceux qui pestent contre les &#171; exc&#232;s du f&#233;minisme &#187; : quand les femmes ne font pas de vagues, mais restent cantonn&#233;es dans des r&#244;les &#233;triqu&#233;s ou d&#233;bilitants, elles le payent toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre. &lt;i&gt;Il y a des cons&#233;quences&lt;/i&gt; - et celles-ci valent largement le &#171; malaise des hommes &#187; cens&#233; survenir quand leurs compagnes ont l'outrecuidance de vouloir vivre comme des &#234;tres humains. Ainsi, au d&#233;but des ann&#233;es 1960, beaucoup de ces Am&#233;ricaines de la classe moyenne blanche &#233;taient &#224; moiti&#233; folles d'ali&#233;nation. Dans ce contexte, &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; fut une bombe. En leur disant qu'il &#233;tait normal d'aspirer &#224; quelque chose de plus qu'&#224; une vie domestique heureuse, que ce n'&#233;tait pas elles qui avaient un probl&#232;me, mais la soci&#233;t&#233;, il transforma litt&#233;ralement leur existence.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous &#233;tions une g&#233;n&#233;ration
&lt;br /&gt;de femmes intelligentes,
&lt;br /&gt;&#233;cart&#233;es du monde &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 2011, sous le titre &lt;i&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt; (&#171; Une sensation &#233;trange. &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt; et les femmes am&#233;ricaines &#224; l'aube des ann&#233;es 1960 &#187;) (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Stephanie Coontz, A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;), l'historienne Stephanie Coontz a reconstitu&#233; l'impact exceptionnel qu'a eu le livre de Betty Friedan sur ses lectrices et sur la soci&#233;t&#233;. Tout en lui rendant hommage, elle le remet en contexte, en analyse aussi les points aveugles et les faiblesses. Avec l'aide de ses &#233;tudiants, elle a d&#233;pouill&#233; l'abondant courrier re&#231;u par Friedan &#224; l'&#233;poque et interrog&#233; des dizaines de femmes sur leurs souvenirs du livre. &#171; Nous &#233;tions une g&#233;n&#233;ration de femmes intelligentes, &#233;cart&#233;es du monde &#187;, lui dit l'une d'elles. Une autre raconte comment elle envoya le livre, accompagn&#233; d'un petit mot acerbe, au psychanalyste qui essayait de lui faire &#171; accepter son r&#244;le d'&#233;pouse &#187;. Une autre, encore, le lut en pleurant sans pouvoir s'arr&#234;ter, et n'interrompit sa lecture que pour aller balancer dans les toilettes sa plaquette d'antid&#233;presseurs. Certains maris interdirent le livre dans leur maison ; d'autres &#233;crivirent &#224; Betty Friedan pour la remercier, lui disant qu'elle leur avait permis de mieux comprendre leur femme et qu'ils &#233;taient maintenant r&#233;solus &#224; la soutenir dans ses aspirations. Un jeune homme encore c&#233;libataire se promit de choisir pour compagne une fille qui ne &#171; serait pas pr&#234;te &#224; renoncer &#224; ses r&#234;ves &#187;. Des femmes des g&#233;n&#233;rations suivantes t&#233;moignent &#233;galement. L'une d&#233;clare : &#171; Je n'ai compris ma m&#232;re que deux fois dans ma vie : quand j'ai lu &lt;i&gt;Le Livre de Job&lt;/i&gt;, et quand j'ai lu &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les lectrices de Friedan, plusieurs coururent s'inscrire ou se r&#233;inscrire &#224; l'universit&#233;. Certaines se prirent au jeu et firent de belles carri&#232;res de chercheuses. D'autres s'investirent dans la vie militante, ou trouv&#232;rent des petits boulots ; d'autres divorc&#232;rent. Toutes r&#233;am&#233;nag&#232;rent leur vie d'une mani&#232;re qui respectait davantage leurs besoins, conciliant au mieux leurs dimensions de m&#232;re, de compagne et d'individu. Pour certaines, cependant, il &#233;tait trop tard : Coontz rapporte l'histoire d'Anne Parsons, fille d'un c&#233;l&#232;bre sociologue de Harvard qui promouvait activement le mod&#232;le de la femme au foyer. La jeune fille &#233;crivit une lettre de huit pages &#224; Betty Friedan, racontant comment, tourment&#233;e par ce mod&#232;le, elle avait renonc&#233; &#224; ses &#233;tudes, puis les avait reprises. Mais son sentiment d'inad&#233;quation &#233;tait tel qu'elle finit par se faire interner. A l'asile, elle remplissait des pages enti&#232;res avec les mots : &#171; Tu n'es pas capable d'accepter tes instincts f&#233;minins basiques. &#187; Elle finit par s'y suicider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_765 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH308/AStrangeStirring-dfecf.jpg' width='200' height='308' alt=&quot;&quot; style='height:308px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Sur la question de l'&#233;litisme, Stephanie Coontz apporte un &#233;clairage particuli&#232;rement int&#233;ressant. A la parution de &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, explique-t-elle, l'une des critiques adress&#233;es &#224; Betty Friedan lui reprochait de &#171; survendre &#187; les b&#233;n&#233;fices du salariat, en ignorant le fait que beaucoup des postes ouverts aux femmes comportaient bien peu de travail cr&#233;atif ou satisfaisant. Mais, pour sa part, elle avoue qu'elle lui ferait plut&#244;t le reproche inverse : il lui semble que Friedan, en pr&#233;conisant &#224; ses lectrices de ne prendre que des emplois &#233;panouissants et &#171; de qualit&#233; &#187; - quitte &#224; pr&#233;f&#233;rer le b&#233;n&#233;volat si elles n'en trouvent pas -, sous-estime le sentiment de confiance en soi et d'ind&#233;pendance que peut apporter n'importe quel travail, m&#234;me ceux qu'elle regarde de haut. L'une des femmes qu'elle a interview&#233;es pour &lt;i&gt;A Strange Stirring&lt;/i&gt; lui raconte ainsi que, apr&#232;s son dipl&#244;me, en 1959, et son mariage deux ans plus tard, elle avait continu&#233; &#224; travailler, malgr&#233; la d&#233;sapprobation de sa famille et de sa belle-famille : &#171; Il n'y avait aucune perspective d'avancement, &#224; part celle de quitter le pool des secr&#233;taires pour devenir l'assistante particuli&#232;re de quelqu'un - ou d'&#233;pouser le patron, je suppose. &#199;a va peut-&#234;tre vous sembler dr&#244;le, &#224; vous, la grande professionnelle, mais j'aimais vraiment mon boulot. Il me donnait le sentiment d'&#234;tre quelqu'un, au-del&#224; de mon statut d'&#233;pouse. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, c'est peut-&#234;tre bien ce fragile sentiment d'&#171; &#234;tre quelqu'un &#187; qu'il est difficile et essentiel de d&#233;fendre, plus que le &#171; droit &#187; d'&#234;tre m&#232;re &#224; 16 ans.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Vanessa Schneider, &lt;i&gt;Le Pacte des vierges&lt;/i&gt;, Stock, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, bizarrement traduit en fran&#231;ais par Yvette Roudy sous le titre &lt;i&gt;La femme mystifi&#233;e&lt;/i&gt;, Gonthier, Paris, 1964.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Stephanie Coontz, &lt;i&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt;, Basic Books, New York, 2011. &#171; Une &#233;trange sensation &#187; fait r&#233;f&#233;rence aux premi&#232;res lignes de &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt; : &#171; Pendant des ann&#233;es, le malaise resta enfoui, inavou&#233;, dans l'esprit des femmes am&#233;ricaines. C'&#233;tait une sensation &#233;trange, un sentiment d'insatisfaction, une aspiration &#224; autre chose que les femmes ressentirent au milieu du XXe si&#232;cle aux Etats-Unis. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Grande d'Espagne</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article328.html</link>
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		<dc:date>2011-07-23T11:40:25Z</dc:date>
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		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Belle et sombre, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de Rosa Montero, journaliste &#224; El Pa&#237;s et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de Instructions pour sauver le monde (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique5.html" rel="directory"&gt;Gens de bien&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH111/arton328-44944.jpg&quot; width='140' height='111' style='height:111px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de &lt;strong&gt;Rosa Montero&lt;/strong&gt;, journaliste &#224; &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de &lt;i&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero r&#233;alis&#233; en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i&gt;Femina&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de la parution en fran&#231;ais de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_756 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH216/Belle-2f083.gif' width='140' height='216' alt=&quot;&quot; style='height:216px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de Rosa Montero, journaliste &#224; &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de &lt;i&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero r&#233;alis&#233; en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i&gt;Femina&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de la parution en fran&#231;ais de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rosa Montero m&#233;ditait depuis vingt ans un essai sur la fiction, &#171; exercice oblig&#233; de tous les auteurs qui ne meurent pas jeunes &#187;. Elle s'y est enfin attel&#233;e, et cela donne&lt;i&gt; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article68.html&quot; class='spip_in'&gt;La Folle du logis&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, un livre captivant et plein d'humour sur les sortil&#232;ges de l'imagination, cette facult&#233; propre non seulement aux &#233;crivains, mais &#224; tous les &#234;tres humains : &#171; Nous sommes des cr&#233;atures affabulatrices, affirme cette Madril&#232;ne &#224; la fois grave et fantasque. Nous avons tous besoin de l'imagination pour survivre. M&#234;me ceux qui pr&#233;tendent ne pas en avoir seraient surpris de d&#233;couvrir &#224; quel point ils en d&#233;pendent ! Si elle n'&#233;tait pas l&#224; pour la compl&#233;ter, pour lui apporter un semblant d'ordre, notre existence ne serait que bruit et fureur, un chaos insupportable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_751 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH237/Montero-d6dd8.jpg' width='300' height='237' alt=&quot;&quot; style='height:237px;width:300px;' /&gt;&lt;/span&gt;Lorsqu'elle est tomb&#233;e sur cette phrase de Sainte Th&#233;r&#232;se d'Avila, &#171; l'imagination est la folle du logis &#187;, le titre du livre, dit-elle, &#171; s'est mis &#224; clignoter dans sa t&#234;te, comme &#233;crit au n&#233;on &#187;. &#171; Folle &#187; est d'ailleurs &#224; prendre au pied de la lettre. La folie repr&#233;sente le &#171; versant sauvage &#187; de l'imagination, et en est parfois difficilement s&#233;parable : &#171; La folie nous fait peur, parce que nous savons bien qu'elle est en nous. C'est pour cela que j'ai aussi voulu parler de la passion amoureuse, qui me semble &#234;tre la seule forme de folie socialement admise. L'amour est sans doute le plus grand mirage, la plus grande invention de toute notre vie invent&#233;e ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lire Rosa Montero, c'est s'aventurer sur un terrain mouvant, incertain et fascinant. Dans &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;, le lecteur se rend compte en cours de route qu'il a eu tort de prendre pour argent comptant les &#233;l&#233;ments autobiographiques qu'elle lui a fournis jusque-l&#224;, et qu'il s'est fait mener en bateau. Elle commente : &#171; Un grand po&#232;te chilien, Vicente Huidobro, a &#233;crit : &#8243;Pourquoi chanter la rose, &#244; po&#232;te ? / Fais-la fleurir dans le po&#232;me.&#8243; De m&#234;me, moi, plut&#244;t que de me contenter d'&#233;crire sur la fiction, je voulais inviter le lecteur &#224; jouer le jeu de l'imagination. Je fais en sorte qu'&#224; un moment, il se dise : &#8243;La vache ! Elle m'a menti !&#8243; Et, en effet, je dois reconna&#238;tre que je mens beaucoup - m&#234;me si je le signale toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre. La Rosa Montero qui s'exprime, c'est un peu moi, et un peu pas moi. Mais ce n'est pas grave, parce que ce que dit le livre, justement, c'est que la vie imaginaire est aussi r&#233;elle que la vie r&#233;elle, et que, dans notre vie r&#233;elle, il y a beaucoup d'imaginaire. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_760 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH216/territoire-69e32.png' width='140' height='216' alt=&quot;&quot; style='height:216px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;A la fin du &lt;i&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt; - qui raconte la fuite haletante d'une jeune femme rattrap&#233;e, un matin, par un pass&#233; qu'elle avait voulu oublier -, elle laisse &#233;galement son lecteur dans l'incertitude sur plusieurs &#233;l&#233;ments de l'histoire. Et quand vous lui dites combien le r&#233;sum&#233; &#233;poustouflant qu'elle fait, dans ce roman, du &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt; de Chr&#233;tien de Troyes vous a donn&#233; envie de lire le texte original, elle vous apprend avec un sourire aimable qu'il n'y a pas de texte original, que Chr&#233;tien de Troyes n'a jamais &#233;crit de &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt;, et que ce grand r&#233;cit m&#233;di&#233;val, elle l'a invent&#233; de A &#224; Z...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le r&#233;el est le premier mensonge &#187;, &#233;crit-elle. Et elle a des arguments : &#171; Le XXe si&#232;cle a compl&#232;tement d&#233;truit l'id&#233;e que la r&#233;alit&#233; &#233;tait quelque chose de s&#251;r et de stable, fait-elle remarquer. Il a commenc&#233; avec Einstein, qui a r&#233;v&#233;l&#233; qu'on ne pouvait m&#234;me pas se fier &#224; l'espace et au temps ; avec Freud, qui, en d&#233;couvrant l'inconscient, nous a appris que m&#234;me notre propre identit&#233; nous &#233;tait en partie inconnue ; avec le physicien Niels Bohr, qui dit que la r&#233;alit&#233; nous &#233;chappe, qu'elle est alt&#233;r&#233;e par la perception m&#234;me que nous en avons... &#187; Les &#233;crivains et les lecteurs acharn&#233;s - les &#171; lecteurs furieux &#187;, comme elle dit joliment dans son &#171; horrible fran&#231;ais &#187; - lui semblent &#234;tre ceux qui ont la vision la plus claire de cette difficult&#233; &#224; cerner une r&#233;alit&#233; objective : &#171; Nous sommes de la m&#234;me race : m&#234;me si nous sommes sympathiques, si nous avons du succ&#232;s, nous dissimulons tous un certain mal-&#234;tre, une incapacit&#233; &#224; nous int&#233;grer &#224; notre entourage. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_753 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH210/folle-b4df0.jpg' width='140' height='210' alt=&quot;&quot; style='height:210px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;Si un jour un biographe inconscient veut s'attaquer &#224; la vie de Rosa Montero, on lui souhaite bien du plaisir. Il semble quand m&#234;me &#224; peu pr&#232;s &#233;tabli qu'entre cinq et neuf ans, elle a eu la tuberculose, ce qui l'a oblig&#233;e &#224; rester enferm&#233;e &#224; la maison, et a marqu&#233; le d&#233;but de sa boulimie de lecture et d'&#233;criture. A dix-neuf ans, elle est devenue journaliste ind&#233;pendante, avant de rejoindre en 1976, lors du r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie apr&#232;s la mort de Franco, l'&#233;quipe fondatrice du quotidien &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, dont elle est &lt;a href=&quot;http://www.elpais.com/todo-sobre/persona/Rosa/Montero/53/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'une des grandes signatures&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais sa conception pour le moins large de la r&#233;alit&#233; ne lui pose-t-elle pas probl&#232;me dans son m&#233;tier de journaliste, o&#249; l'on requiert en g&#233;n&#233;ral une certaine rigueur ? &#171; Je suis une journaliste tr&#232;s scrupuleuse, tr&#232;s m&#233;ticuleuse, assure-t-elle. Mais je suis bien consciente que, dans ce cadre, j'en reste forc&#233;ment &#224; la surface des choses, &#224; ce que j'appelle la &#8243;r&#233;alit&#233; notariale&#8243;. Le roman, lui, permet de parler de ces v&#233;rit&#233;s si profondes qu'on ne peut pas les atteindre autrement qu'en passant par le mensonge litt&#233;raire, ou par le mythe. Par exemple, le souvenir d'enfance que je raconte dans l'un des chapitres de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt; est un mensonge int&#233;gral ; et pourtant, il m'a appris beaucoup plus de choses sur mon enfance que mes souvenirs r&#233;els... Je dis souvent que, en tant que journaliste, je parle de ce que je sais, et que, en tant que romanci&#232;re, je parle de ce que je ne sais pas que je sais. C'est quelque chose qui vient du subconscient - du subconscient personnel, mais aussi du subconscient collectif. Si on descend tr&#232;s profond&#233;ment dans son subconscient, on touche quelque chose de la mentalit&#233; de son &#233;poque. Parce que, au fond de nous-m&#234;mes, nous sommes tous les m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_754 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH219/Roi-84ea2.gif' width='140' height='219' alt=&quot;&quot; style='height:219px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;Illustrant ce r&#244;le vital jou&#233; par les mythes, l'h&#233;ro&#239;ne du &lt;i&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt;, Zarza, trouve un &#233;cho salvateur &#224; sa propre histoire dans la lecture du &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le Territoire des Barbares&lt;/i&gt; raconte que la vie peut &#234;tre un enfer, mais que, de l'enfer, on peut sortir. Il c&#233;l&#232;bre la capacit&#233; de survie de l'&#234;tre humain. Seulement, &#224; un moment, pendant que je l'&#233;crivais, je me suis retrouv&#233;e bloqu&#233;e : j'&#233;tais perdue en enfer, je ne voyais pas d'issue. Alors je l'ai abandonn&#233;, jusqu'&#224; ce que le Moyen Age, cadre d'un autre roman en cours [&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le Roi transparent&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; paru en 2008 ; voir la &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/CHOLLET/15691&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;critique dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de mars 2008], s'y invite par surprise. Cette l&#233;gende m&#233;di&#233;vale que j'ai invent&#233;e nous a donc permis &#224; toutes les deux de nous en sortir, &#224; mon h&#233;ro&#239;ne et &#224; moi... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis huit ou neuf ans, le succ&#232;s de ses livres lui a permis de r&#233;duire son activit&#233; de journaliste : elle est devenue une collaboratrice ext&#233;rieure d'&lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, y publiant surtout, d&#233;sormais, des chroniques, de grands entretiens... Mais elle n'a jamais voulu abandonner compl&#232;tement son travail salari&#233; : &#171; Vouloir vivre de sa plume me semble une grave erreur. Je suis persuad&#233;e que les livres sont des cr&#233;atures dot&#233;es d'une volont&#233; propre : ce sont eux qui nous choisissent, et non l'inverse. On &#233;crit le livre qu'on a besoin d'&#233;crire, celui qui pousse pour &#234;tre &#233;crit. Le roman doit &#234;tre le territoire de la libert&#233;. Et il y a d&#233;j&#224; tellement de pressions exerc&#233;es sur l'&#233;crivain : celle du march&#233;, celle de l'entourage, celle de sa propre vanit&#233;... Si, en plus de tout &#231;a, on demande &#224; ses romans de payer les traites de sa maison, la libert&#233; est quasiment r&#233;duite &#224; n&#233;ant. Il me faut trois ou quatre ans pour &#233;crire un livre : si j'avais besoin de l'argent, peut-&#234;tre que je le publierais apr&#232;s un an et demi ! Je devrais aussi tenir compte des attentes des lecteurs, me demander s'il va leur plaire, parce que j'aurais besoin qu'il se vende... Alors, je crois qu'il faut trouver un moyen de gagner sa vie, et, par ailleurs, s'investir de tout son c&#339;ur dans l'&#233;criture. Apr&#232;s tout, comme je le r&#233;p&#232;te souvent, l'histoire de la litt&#233;rature est pleine de romanciers qui ont &#233;crit sur la table de la cuisine, entre quatre et sept heures du matin... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;Propos recueillis par
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le fant&#244;me de l'amiral Nelson sur la place Tahrir</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article327.html</link>
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		<dc:date>2011-02-05T00:46:22Z</dc:date>
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		<dc:subject>Alt&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Rationalisme</dc:subject>

		<description>&#171; Je d&#233;teste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-&#226;geux. On a besoin d'une meilleure &#233;thique pour le 21 si&#232;cle. &#187; Cette r&#233;flexion est pass&#233;e, jeudi 3 f&#233;vrier, sur le Twitter de Slim Amamou, le blogueur entr&#233; au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les r&#233;ponses qu'elle a suscit&#233;es, celle-ci : &#171; Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donn&#233; le poste de secr&#233;taire d'Etat au minist&#232;re de la jeunesse et des sports. &#187; &#171; Je d&#233;teste le mot martyr. (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot4.html" rel="tag"&gt;Alt&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je d&#233;teste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-&#226;geux. On a besoin d'une meilleure &#233;thique pour le 21 si&#232;cle. &#187; Cette r&#233;flexion est pass&#233;e, jeudi 3 f&#233;vrier, sur le Twitter de Slim Amamou, le blogueur entr&#233; au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les r&#233;ponses qu'elle a suscit&#233;es, celle-ci : &#171; Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donn&#233; le poste de secr&#233;taire d'Etat au minist&#232;re de la jeunesse et des sports. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je d&#233;teste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-&#226;geux. On a besoin d'une meilleure &#233;thique pour le 21 si&#232;cle. &#187; Cette r&#233;flexion est pass&#233;e, jeudi 3 f&#233;vrier, sur le Twitter de &lt;a href=&quot;http://twitter.com/slim404&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Slim Amamou&lt;/a&gt;, le blogueur entr&#233; au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les r&#233;ponses qu'elle a suscit&#233;es, celle-ci : &#171; Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donn&#233; le poste de secr&#233;taire d'Etat au minist&#232;re de la jeunesse et des sports. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le tweet d'Amamou ne fait que relayer un lieu commun que l'on rencontre fr&#233;quemment : la vie est le bien supr&#234;me, et seuls des fanatiques ob&#233;issant &#224; une pulsion morbide peuvent vouloir la sacrifier - ou des idiots : qu'on pense &#224; &lt;i&gt;Mourir pour des id&#233;es&lt;/i&gt;, la chanson de Georges Brassens. L'affirmation, a priori &#233;vidente et consensuelle (vive la vie, &#224; bas la mort), m&#233;rite pourtant un second examen. Car le mot &#171; martyre &#187; peut d&#233;signer des actes tr&#232;s diff&#233;rents. On l'entend surtout dans son sens le plus sinistre : des hommes et des femmes endoctrin&#233;s se faisant sauter dans des attentats-suicides en entra&#238;nant des civils avec eux dans la mort. Mais les manifestants tunisiens et &#233;gyptiens l'ont &#233;galement employ&#233;, ces derni&#232;res semaines, pour rendre hommage aux victimes de la r&#233;pression dans leurs rangs. &#171; Martyr &#187;, dans ce contexte, d&#233;signe donc des individus pacifiques qui, sans nourrir de fascination particuli&#232;re pour la mort ou le sacrifice, assument le risque qu'implique le fait de descendre dans la rue, parce qu'ils placent plus haut que tout leur exigence de dignit&#233; et de libert&#233;. Une telle attitude, &#224; l'inverse de la premi&#232;re, ne m&#233;rite-t-elle pas le respect et l'admiration ? M&#234;me le geste d&#233;lib&#233;r&#233;ment autodestructeur de Mohammed Bouazizi, et de tous ceux qui l'ont imit&#233;, a de quoi impressionner, si terrifiant soit-il. Parfois, c'est justement l'amour de la vie qui peut amener, au nom de la haute id&#233;e que l'on s'en fait, &#224; sacrifier sa propre existence. Ne pas voir cela, c'est vraiment n'avoir rien compris &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, l'adh&#233;sion &#224; cette vision &#233;troite est d'autant plus surprenante que le pays a ses martyrs, lui aussi. Sur les murs de Paris figurent de nombreuses plaques, &#224; c&#244;t&#233; desquelles est souvent accroch&#233; un bouquet de fleurs, rappelant le nom d'un r&#233;sistant tomb&#233; &#224; cet endroit au cours des journ&#233;es de la Lib&#233;ration. Et lorsque Nicolas Sarkozy a d&#233;cr&#233;t&#233;, apr&#232;s son &#233;lection en 2007, que la lettre d'adieu de Guy M&#244;quet, r&#233;sistant communiste fusill&#233; &#224; l'&#226;ge de 17 ans, serait lue chaque ann&#233;e dans les lyc&#233;es, la pol&#233;mique qui s'en est suivie a port&#233; sur la r&#233;cup&#233;ration politique ; mais personne, &#224; ma connaissance, n'a eu l'id&#233;e de remettre en cause le choix du jeune homme de s'engager dans la r&#233;sistance, ou de pointer du doigt ces communistes manipulateurs qui auraient profit&#233; de son immaturit&#233; pour l'endoctriner et l'envoyer &#224; la mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;H&#233;ro&#239;sme chez nous, fanatisme chez les autres ? Ind&#233;niablement, le facteur culturel compte dans la fa&#231;on dont on per&#231;oit la mise en jeu par un individu de sa propre vie. On sera d'autant plus enclin &#224; parler de fanatisme que le pouvoir qui est contest&#233;, ha&#239;, combattu (celui de Moubarak, celui d'Isra&#235;l ou des Etats-Unis), appara&#238;t &#224; nos yeux comme &#171; ami &#187;, respectable, voire comme une figure du Bien et de la civilisation. On refusera alors d'admettre que certaines populations ont des raisons &#233;minemment concr&#232;tes et l&#233;gitimes de voir en lui un agresseur, un oppresseur, un ennemi cruel et implacable ; on pr&#233;f&#233;rera les criminaliser ou les diaboliser pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cette grille de lecture s'ajoute parfois la rh&#233;torique hypocrite qui pr&#233;tend se pr&#233;occuper du sort des opprim&#233;s, en formulant le souhait qu'ils restent au moins en vie, les pauvres. Dans un &#233;ditorial de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, au d&#233;but de la seconde Intifada, Philippe Val disait ainsi que, contrairement aux pro-palestiniens, il &#171; pr&#233;f&#233;rait les Palestiniens vivants que morts (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Charlie Hebdo, 13 d&#233;cembre 2000.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;) &#187;. Derri&#232;re cet argument, il y a l'aveu implicite d'un m&#233;pris sid&#233;rant, comme si ces peuples &#233;taient naturellement vou&#233;s &#224; se contenter d'une vie animale, r&#233;duite &#224; sa dimension biologique. Ils sont des ombres vagues, des st&#233;r&#233;otypes priv&#233;s d'identit&#233; individuelle, d'histoire familiale et personnelle, de sentiments, d'aspirations. Alors, la dignit&#233;... Comme on l'avait &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article321.html&quot; class='spip_in'&gt;d&#233;j&#224; relev&#233; ici&lt;/a&gt;, une telle revendication de leur part appara&#238;t comme un caprice extravagant que l'on attribuera &#224; une virilit&#233; un rien rugueuse. Personne ne semble r&#233;ellement prendre la mesure de ce que signifie un quotidien fait d'humiliations, d'arbitraire, de brimades, de brutalit&#233;s. La dignit&#233;, c'est une denr&#233;e de luxe, &#224; laquelle les pouilleux ne devraient pas avoir l'outrecuidance de pr&#233;tendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_749 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH262/dewitte-80c6e.gif' width='160' height='262' alt=&quot;&quot; style='height:262px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Mais il y a peut-&#234;tre encore une autre raison, plus profonde, qui explique la d&#233;sapprobation entourant une t&#233;m&#233;rit&#233; excessive. Dans un livre captivant, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707164469&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La manifestation de soi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, publi&#233; au printemps dernier dans la Biblioth&#232;que du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (Mauss) &#224; la D&#233;couverte, Jacques Dewitte r&#233;fute l'id&#233;e commun&#233;ment admise selon laquelle les actions humaines seraient motiv&#233;es avant tout par le souci de l'autoconservation - celle de l'individu comme celle de l'esp&#232;ce. Pour sa d&#233;monstration, il prend des exemples dans de nombreux domaines, et notamment dans le domaine militaire. Il s'appuie pour cela sur un manuscrit inachev&#233; de l'&#233;crivain Herman Melville, retrouv&#233; &#224; sa mort en 1891, et qui comporte une longue digression sur le comportement de l'amiral Nelson au cours de la bataille de Trafalgar, en 1805. L'amiral &#233;tait mont&#233; sur le pont de son navire, v&#234;tu de son uniforme d'apparat, arborant toutes ses d&#233;corations de guerre, et avait &#233;t&#233; mortellement touch&#233; par une balle ennemie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Melville constatait qu'au moment o&#249; il &#233;crivait - autour de 1890 -, la fa&#231;on dont &#233;tait per&#231;ue l'attitude pleine de panache de l'amiral avait &#233;volu&#233; : ceux qu'il appelait les &#171; utilitaristes martiaux &#187; multipliaient d&#233;sormais les arguties d&#233;sapprobatrices, jugeant irresponsable, de la part de ce meneur d'hommes, de ne pas avoir davantage veill&#233; &#224; sa propre s&#233;curit&#233;. Si Nelson &#233;tait rest&#233; en vie, faisaient-ils valoir, il aurait pu diriger le navire pendant la temp&#234;te qui avait suivi la bataille, et peut-&#234;tre ainsi &#233;pargner la vie de certains des marins qui y avaient p&#233;ri - une hypoth&#232;se pourtant hasardeuse. Ce que Melville avait compris, &#233;crit Jacques Dewitte, c'est la &#171; rupture anthropologique &#187; qui s'est produite au cours du XIXe si&#232;cle : &#224; partir de ce moment, la seule valeur admissible devient &#171; l'id&#233;al d'une survie pour la survie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dewitte se dit en d&#233;saccord avec Melville sur un point : l'auteur de &lt;i&gt;Moby Dick&lt;/i&gt;, observe-t-il, attribue &#224; Nelson une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de sacrifice. En cela, il &#171; effectue un d&#233;placement imperceptible et m&#234;me une confusion entre le fait de &lt;i&gt;s'exposer&lt;/i&gt; et celui de &lt;i&gt;s'offrir&lt;/i&gt; &#224; la mort &#187;. Il explique : &#171; Certes, en s'exposant comme il l'a fait sur le pont du &lt;i&gt;Victory&lt;/i&gt; en tenue d'apparat, Nelson s'est expos&#233; &#224; un grand p&#233;ril ; il a risqu&#233; sciemment d'&#234;tre pris sous le feu de l'ennemi, il a mis sa vie en jeu. Ceci implique donc qu'il a &lt;i&gt;assum&#233; le risque de sa propre mort&lt;/i&gt;, mais je ne crois pas que l'on puisse dire, pour autant, qu'il ait d&#233;lib&#233;r&#233;ment &lt;i&gt;recherch&#233; la mort&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il note au passage le double sens du verbe &lt;i&gt;s'exposer&lt;/i&gt;, qui, ici, signifie &#224; la fois &#171; manifester son &#234;tre avec &#233;clat &#187; et &#171; se risquer &#224; d&#233;couvert &#187;. On aurait tort, pr&#233;vient-il, de ne voir dans cette &#171; exposition &#187; qu'un signe de vanit&#233;, ou une intr&#233;pidit&#233; gratuite, inconsid&#233;r&#233;e : &#171; En paraissant tel ou tel, en se montrant &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; ceci ou cela, on le &lt;i&gt;devient&lt;/i&gt; aussi quelque peu. A supposer qu'existe un &#8220;&#234;tre&#8221; qui puisse &#234;tre isol&#233; et envisag&#233; pour lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire s&#233;par&#233; de tout &#8220;para&#238;tre&#8221; impur (hypoth&#232;se purement sp&#233;culative), il faut bien admettre que l'on n'&#8220;est&#8221; plus exactement le m&#234;me selon l'image de soi que l'on donne - que l'on adresse aux autres, et, tout autant, &#224; soi-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_750 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH330/trafalgar-8eb0e.jpg' width='450' height='330' alt=&quot;&quot; style='height:330px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'une prise de risque comme celle du h&#233;ros de Trafalgar, depuis le changement de paradigme qu'il a relev&#233;, soit disqualifi&#233;e et r&#233;prouv&#233;e socialement, Dewitte remarque que de tels actes de bravoure continuent, malgr&#233; tout, &#224; nous faire vibrer. Et il s'interroge : &#171; Cette &#233;motion ne serait-elle pas l'indice de la pr&#233;sence toujours vive en nous, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; globalement mise en veilleuse, d'une attitude universellement humaine, existant dans toutes les soci&#233;t&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les sentiments de m&#233;fiance et d'admiration m&#234;l&#233;es que nous inspirent les r&#233;volutionnaires tunisiens et &#233;gyptiens, c'est peut-&#234;tre bien cette ambivalence que l'on retrouve. Eux aussi se sont &#171; expos&#233;s &#187;, au double sens du terme, en faisant &#233;clater aux yeux du monde entier leur courage et leur dignit&#233; - on pense notamment &#224; cette sc&#232;ne saisissante de manifestants &#233;gyptiens priant, imperturbables, sous le jet d'un canon &#224; eau -, mais aussi leur soif de justice et de libert&#233;, ou encore leur humour. Un correspondant d'Al-Jazeera English sur la place Tahrir au Caire se disait frapp&#233;, dans l'apr&#232;s-midi du 4 f&#233;vrier, par l'extraordinaire lib&#233;ration de la parole &#224; laquelle il assistait ; il regrettait d'ailleurs que la traduction en anglais soit impuissante &#224; rendre la richesse de la langue de ses interlocuteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu'ils ont r&#233;ussi &#224; faire, au moins en partie, au moins pour un temps, c'est &#224; renverser le paradigme de la &#171; survie pour la survie &#187;, &#224; nous remettre en m&#233;moire cette dimension sup&#233;rieure sans laquelle il n'y a pas de vie digne de ce nom, et m&#234;me &#224; nous l'imposer comme une &#233;vidence. Recevant Dominique de Villepin dans la matinale de France Inter, le 3 f&#233;vrier, Patrick Cohen lui demandait d'un ton comminatoire s'il avait approuv&#233; la phrase de Jacques Chirac, prononc&#233;e &#224; Tunis en 2003 - alors que Villepin &#233;tait ministre des affaires &#233;trang&#232;res : &#171; Le premier des droits de l'homme, c'est de manger. &#187; &lt;i&gt;Enfin&lt;/i&gt;, cette phrase est devenue scandaleuse... Au cours des derni&#232;res semaines, on a aussi vu changer de sens la notion de &#171; miracle tunisien &#187; : soudain, elle ne d&#233;signe plus la vitrine de r&#233;ussite &#233;conomique derri&#232;re laquelle s'abritait la dictature, mais l'irruption du peuple tunisien sur la sc&#232;ne de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'agissant du monde arabe, on ne peut s'emp&#234;cher de constater pour finir que le lieu commun de la &#171; survie pour la survie &#187; cohabite assez bien avec un autre, tout aussi r&#233;pandu, alors qu'il para&#238;t pour le moins contradictoire : celui qui veut que l'islamisme repr&#233;sente un danger assez grand pour que l'on justifie la r&#233;pression la plus sanglante - voire pour qu'on l'appelle de ses v&#339;ux -, si elle permet de contenir son influence. Ainsi, dans le &lt;i&gt;Guide du Routard 2010&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; la Jordanie et &#224; la Syrie, on lit, &#224; propos de la ville syrienne de Hama, bastion religieux dont un tiers fut d&#233;truit en 1982 apr&#232;s une tentative de coup d'Etat des Fr&#232;res musulmans contre Hafez El-Assad : &#171; Un d&#233;luge de fer et de feu s'abattit sur la ville et fit de 20 000 &#224; 30 000 morts. Hama fut isol&#233;e du pays durant un mois. &#8220;Le probl&#232;me int&#233;griste fut alors radicalement r&#233;gl&#233;&#8221;, avouent pas mal de gens aujourd'hui, et, &#224; la limite, on a &#233;vit&#233; une situation &#224; l'alg&#233;rienne ! La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si l'on a d&#233;finitivement &#233;cart&#233; la menace ou si on l'a seulement repouss&#233;e... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volte contre les dictatures de Ben Ali et de Moubarak a fait vaciller ces monstrueuses &#233;vidences, en rendant patent le prix exorbitant que le spectre islamiste fait payer aux populations. L&#224; encore, il est difficile de savoir si cet &#233;branlement des certitudes sera durable. Mais au moins, l'&#233;pop&#233;e tunisienne aura oblig&#233; chacun &#224; clarifier ses positions, comme en a t&#233;moign&#233; ce dialogue entre deux &#233;ditorialistes fran&#231;ais, Christophe Barbier et Jean-Michel Aphatie, le 14 janvier sur Canal +. Ben Ali venait de tomber, mais les deux hommes l'ignoraient, l'&#233;mission ayant &#233;t&#233; enregistr&#233;e (lire Julien Salingue et Ugo Palheta, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article3518.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tunisie : mots et maux de l'information en continu&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, 17 janvier 2011) :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; - Christophe Barbier : &#171; Tout faire pour que l'islamisme n'arrive pas au pouvoir dans ces pays-l&#224;, c'est pas rendre service &#224; nous, c'est rendre service &#224; nous, et &#224; eux, et aux peuples concern&#233;s... Tout plut&#244;t que de les voir tomber dans ce qu'est devenu l'Iran ou l'Afghanistan. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Jean-Michel Aphatie : &#171; Dans votre tout, il y a des choses horribles. Dans votre tout, il y a des choses horribles, Christophe. Il faut que vous vous d&#233;brouilliez avec des choses horribles. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Christophe Barbier : &#171; Y a la raison d'Etat et y a du cynisme, je suis d'accord, mais j'assume cette phrase : &#8220;Plut&#244;t Ben Ali que les barbus&#8221;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De quoi nous remettre en m&#233;moire cet adage d&#233;cid&#233;ment tr&#232;s vrai : &#171; Pire que le loup : la peur du loup &#187;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Thomas Deltombe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, 13 d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Et vous, quel travail feriez-vous si votre revenu &#233;tait assur&#233; ?</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article326.html</link>
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		<dc:subject>Travail / Ch&#244;mage</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
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		<dc:subject>Paradis</dc:subject>

		<description>En d&#233;cembre 2008, usant d'un droit accord&#233; &#224; tout citoyen allemand, Susanne Wiest lan&#231;ait une p&#233;tition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du revenu minimum garanti. Il lui fallait 50 000 signatures ; elle en a obtenu 120 000. Son audition par les d&#233;put&#233;s s'est d&#233;roul&#233;e le 8 novembre dernier. Travaillant comme maman de jour, et peinant &#224; joindre les deux bouts, elle-m&#234;me a &#233;t&#233; ralli&#233;e &#224; l'id&#233;e par sa rencontre avec Enno Schmidt et Daniel H&#228;ni, (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique7.html" rel="directory"&gt;Incursions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot8.html" rel="tag"&gt;Travail / Ch&#244;mage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot21.html" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot27.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot30.html" rel="tag"&gt;Paradis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton326-27954.jpg&quot; width='150' height='101' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2008, usant d'un droit accord&#233; &#224; tout citoyen allemand, Susanne Wiest lan&#231;ait une p&#233;tition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du &lt;strong&gt;revenu minimum garanti&lt;/strong&gt;. Il lui fallait 50 000 signatures ; elle en a obtenu 120 000. Son audition par les d&#233;put&#233;s s'est d&#233;roul&#233;e le 8 novembre dernier. Travaillant comme maman de jour, et peinant &#224; joindre les deux bouts, elle-m&#234;me a &#233;t&#233; ralli&#233;e &#224; l'id&#233;e par sa rencontre avec Enno Schmidt et Daniel H&#228;ni, auteurs d'un film intitul&#233; &lt;i&gt;Le revenu de base - Une impulsion culturelle&lt;/i&gt;, qui, apr&#232;s avoir connu un succ&#232;s fulgurant sur l'Internet germanophone, vient d'&#234;tre traduit en fran&#231;ais. Si le th&#232;me a &#233;t&#233; popularis&#233; en Allemagne et en Suisse, ce n'est pas le cas en France. Dommage, car le revenu de base, pochette surprise plut&#244;t que mod&#232;le de soci&#233;t&#233; cl&#233;s en main, ouvre des perspectives passionnantes : il imbrique &#233;troitement aspirations personnelles et collectives, et bouleverse nos id&#233;es sur le travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_737 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH300/3couronnes-63988.jpg' width='450' height='300' alt=&quot;&quot; style='height:300px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;strong&gt;Susanne Wiest&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Enno Schmidt&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Daniel H&#228;ni&lt;/strong&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir v&#233;cu douze ans dans une roulotte de cirque, pour &#234;tre libre et pour &#233;conomiser un loyer, Susanne Wiest s'est install&#233;e &#224; Greifswald, dans le nord de l'Allemagne. Elle travaille comme maman de jour, sans gagner suffisamment pour joindre les deux bouts : elle doit accepter l'aide de ses parents. Une r&#233;forme fiscale, qui l'appauvrit en int&#233;grant les allocations de ses enfants &#224; son revenu imposable, augmente encore son exasp&#233;ration et son sentiment d'absurdit&#233;. Et puis, un jour, elle tombe sur une carte postale. Une carte postale dor&#233;e, avec, en lettres blanches, cette simple question : &#171; Quel travail feriez-vous si votre revenu &#233;tait assur&#233; ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re la carte - et la question -, il y a Enno Schmidt, un artiste allemand &#233;tabli en Suisse al&#233;manique, et Daniel H&#228;ni, qui dirige &#224; B&#226;le &lt;a href=&quot;http://www.mitte.ch/unternehmen/?PHPSESSID=7218118b2adde234762d2d4ce47b1186&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Unternehmen Mitte&lt;/a&gt;, une ancienne banque reconvertie en centre social et culturel (une exception notable &#224; la r&#232;gle qui veut que seules les usines d&#233;saffect&#233;es connaissent ce destin). Ils militent pour un revenu inconditionnel qui serait vers&#233; &#224; chaque citoyen afin de lui permettre d'assurer sa subsistance - lui laissant donc le choix d'occuper ou non, en plus, un emploi r&#233;mun&#233;r&#233;. L'id&#233;e s&#233;duit Susanne Wiest, qui joint ses forces &#224; celles des deux hommes, multipliant avec eux d&#233;bats, tribunes et happenings.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_747 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH258/wiestbundestag-442ed.jpg' width='450' height='258' alt=&quot;&quot; style='height:258px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L'&lt;strong&gt;audition&lt;/strong&gt; de Susanne Wiest au &lt;strong&gt;Bundestag&lt;/strong&gt;, le 8 novembre 2010&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;cembre 2008, usant d'un droit accord&#233; depuis 2005 &#224; tout citoyen allemand, elle lance une p&#233;tition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du revenu de base. Pour que les parlementaires acc&#232;dent &#224; une telle demande, 50 000 signatures sont requises ; la p&#233;tition en recueille 120 000. Ce succ&#232;s inattendu entra&#238;ne celui du film r&#233;alis&#233; par H&#228;ni et Schmidt, et diffus&#233; sur Internet : &lt;a href=&quot;http://www.kultkino.ch/kultkino/besonderes/grundeinkommen&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Grundeinkommen - Ein Kulturimpuls&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&#171; Le revenu de base - Une impulsion culturelle &#187;, film adoss&#233; &#224; un &lt;a href=&quot;http://www.initiative-grundeinkommen.ch/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;site&lt;/a&gt;) : entre sa mise en ligne et le mois de novembre 2010, il a &#233;t&#233; t&#233;l&#233;charg&#233; 350 000 fois, l'essentiel des connexions venant d'Allemagne. L'&lt;a href=&quot;http://grundeinkommen-news.blogspot.com/2010/11/sternstunde-in-berlin.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;audition de Susanne Wiest au Bundestag&lt;/a&gt; a eu lieu le 8 novembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre-temps, Enno Schmidt et Daniel H&#228;ni ont re&#231;u un renfort suppl&#233;mentaire : celui de Marie-Paule Perrin et Oliver Seeger, un couple franco-suisse qui, apr&#232;s avoir longtemps v&#233;cu dans le sud de la France, s'est install&#233; pr&#232;s de Zurich. Anciens de Longo Ma&#239;, une coop&#233;rative agricole communautaire &#233;tablie apr&#232;s 1968 dans les Alpes de Haute-Provence, ils sont aux prises, comme tous ceux qui gardent le c&#339;ur &#224; gauche, avec le d&#233;clin des id&#233;ologies progressistes. Le film les frappe au point qu'ils d&#233;cident d'en produire une &lt;a href=&quot;http://le-revenu-de-base.blogspot.com/2010/10/film-launch-of-le-revenu-de-base.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;version fran&#231;aise&lt;/a&gt;, disponible en ligne depuis octobre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_743 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:175px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=18&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L175xH250/non-motivation-6ee1b.jpg' width='175' height='250' alt=&quot;&quot; style='height:250px;width:175px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;L'Allemagne nous avait d&#233;j&#224; offert le &#171; &lt;a href=&quot;http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article402&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Manifeste des ch&#244;meurs heureux&lt;/a&gt; &#187;, traduit en fran&#231;ais en 2004 par le mensuel de critique sociale marseillais &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir aussi l'entretien avec leur meneur, le Fran&#231;ais Guillaume Paoli, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;). Au niveau mondial, le revenu garanti est promu par le r&#233;seau Basic Income Earth Network (&lt;a href=&quot;http://www.basicincome.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;BIEN&lt;/a&gt;). En France aussi, l'id&#233;e fait son chemin (voir l'&lt;a href=&quot;http://appelpourlerevenudevie.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;appel pour le revenu de vie&lt;/a&gt;, lanc&#233; en mai 2009). C'est sans doute le philosophe Andr&#233; Gorz, disparu en 2007, qui a le plus contribu&#233; &#224; l'&#233;tayer et &#224; la diffuser. En 2000, ici m&#234;me (voir &#171; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article158.html&quot; class='spip_in'&gt;Feignants et bons &#224; rien&lt;/a&gt; &#187;), on s'&#233;tait fait l'&#233;cho des revendications du Collectif d'agitation pour un revenu garanti optimal (CARGO), fond&#233; au sein d'Agir ensemble contre le ch&#244;mage (AC !) et auteur d'un CD &#224; l'insolence rafra&#238;chissante (&#171; Monsieur Jospin, est-ce qu'il ne resterait pas un chou&#239;a de soci&#233;t&#233; d'assistanat pour moi ? &#187; (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Quelques sons rescap&#233;s &#224; &#233;couter ici, d'autres archives (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;), dans une veine reprise depuis par Julien Pr&#233;vieux avec ses hilarantes &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=18&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lettres de non-motivation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Contrairement &#224; ce qu'on pourrait croire,
&lt;br /&gt;la &#8220;valeur travail&#8221; est bien plus ancr&#233;e en France
&lt;br /&gt;qu'en Allemagne ou en Suisse &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il faut bien constater que l'hypoth&#232;se du revenu de base rencontre un &#233;cho bien moins large en France qu'en Allemagne ou en Suisse. &#171; Contrairement aux clich&#233;s qui pr&#233;tendent que les peuples germaniques disciplin&#233;s ont la religion du travail, tandis que les Fran&#231;ais latins sont d'ind&#233;crottables paresseux r&#233;put&#233;s dans le monde entier pour faire gr&#232;ve pour un oui ou pour un non, on se rend compte que la &#8220;valeur travail&#8221; est bien plus ancr&#233;e en France, observe Marie-Paule Perrin. La gauche radicale y est plus id&#233;ologique qu'ailleurs, et elle reste largement ouvri&#233;riste. Dans les pays nordiques, les gens sont plus pragmatiques, plus ouverts, et ils ont davantage l'habitude d'examiner les choses par eux-m&#234;mes, sans se pr&#233;occuper de ce qu'en dit tel ou tel grand penseur. Et, apr&#232;s tout, pourquoi devrions-nous rester prisonniers des th&#233;ories politiques dont nous avons h&#233;rit&#233;, si nous estimons qu'elles ne sont plus adapt&#233;es &#224; la situation dans laquelle nous sommes ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_745 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH234/utopia-revenu-04d51.jpg' width='160' height='234' alt=&quot;&quot; style='height:234px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;En France, le &lt;a href=&quot;http://www.mouvementutopia.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;mouvement Utopia&lt;/a&gt;, transversal au Parti socialiste, aux Verts et au Parti de gauche, qui porte la revendication du revenu garanti, a &#233;dit&#233; cette ann&#233;e un petit livre de synth&#232;se sur le sujet : &lt;i&gt;Un revenu pour tous - Pr&#233;cis d'utopie r&#233;aliste&lt;/i&gt;. L'auteur, Baptiste Mylondo (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='29/12/2010 : Baptise Mylondo est &#233;galement l'auteur d'un autre (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;), invite d'abord &#224; se m&#233;fier des contrefa&#231;ons. Dans le sillage de Milton Friedman, en effet, certains lib&#233;raux se prononcent pour le versement &#224; chacun d'un &#171; mis&#233;rable subside &#187; qui ne permettrait pas de vivre, mais fonctionnerait plut&#244;t comme une subvention d&#233;guis&#233;e aux entreprises : celles-ci disposeraient d'une r&#233;serve de main-d'&#339;uvre qu'elles pourraient embaucher &#224; vil prix, tandis que le d&#233;mant&#232;lement des droits sociaux se poursuivrait de plus belle. Mylondo d&#233;finit dix crit&#232;res indispensables pour permettre au revenu garanti de jouer son r&#244;le lib&#233;rateur. Les voici, histoire de savoir tout de suite de quoi l'on parle :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Revenu en esp&#232;ces (et non en nature)
&lt;br /&gt;2. Vers&#233; &#224; chaque citoyen
&lt;br /&gt;3. Vers&#233; sans condition (de ressources, d'activit&#233;, d'inactivit&#233;, etc.)
&lt;br /&gt;4. Vers&#233; sans contrepartie (recherche d'emploi, travail d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, etc.)
&lt;br /&gt;5. Cumulable avec d'autres revenus
&lt;br /&gt;6. Vers&#233; &#224; titre individuel (et non &#224; l'ensemble du foyer)
&lt;br /&gt;7. Vers&#233; tout au long de la vie
&lt;br /&gt;8. Montant forfaitaire (avec toutefois une distinction entre personnes majeures et mineures)
&lt;br /&gt;9. Montant suffisant (permettant de se passer d'emploi)
&lt;br /&gt;10. Versement mensuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au premier abord, l'id&#233;e para&#238;t extravagante, irr&#233;aliste, tant chacun reste persuad&#233; de devoir produire la richesse qu'il consomme - une croyance pourtant totalement irrationnelle. Loin d'&#234;tre une vue de l'esprit, le revenu de base constitue plut&#244;t une utopie &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, en filigrane dans la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. Le film de Daniel H&#228;ni et Enno Schmidt souligne qu'en Allemagne, aujourd'hui, seul 41% de la population tire son revenu de son emploi : tous les autres vivent de revenus dits &#171; de transfert &#187;. &#171; Il faut savoir exploiter les br&#232;ches qui s'ouvrent dans la logique du syst&#232;me pour les &#233;largir &#187;, &#233;crivait Andr&#233; Gorz, qui citait en exemples &#171; le revenu parental d'&#233;ducation (un an avec 80% du salaire pour chaque enfant en Su&#232;de, le partage de cette ann&#233;e entre la m&#232;re et le p&#232;re &#233;tant sur le point d'&#234;tre exig&#233;) et, d'autre part, la forme du droit au cong&#233; formation (un an au Danemark) (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Richesse, travail et revenu garanti &#187;, sur le site d'AC (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;) &#187;. De m&#234;me, la r&#233;cente contestation du projet Fillon de r&#233;forme des retraites a &#233;t&#233; l'occasion pour le sociologue Bernard Friot de pr&#244;ner, &#224; partir de la logique de la retraite par r&#233;partition, une forme de revenu garanti ; son raisonnement a suscit&#233; beaucoup d'int&#233;r&#234;t, en particulier lors de son passage chez Daniel Mermet dans &#171; &lt;a href=&quot;http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1979&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L&#224;-bas si j'y suis&lt;/a&gt; &#187;, sur France Inter (&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir aussi Bernard Friot, &#171; Retraites, un tr&#233;sor impens&#233; &#187;, Le Monde (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il peut toutefois sembler d&#233;lirant de disserter sur le revenu de base alors que, depuis trente ans, dans les pays occidentaux, la tendance consiste &#224; refermer les br&#232;ches bien plus qu'&#224; les &#233;largir. La m&#234;me id&#233;ologie punitive, dissimulant l'exploitation et la domination la plus crue sous les traits d'un moralisme archa&#239;que, s&#233;vit partout. Les gouvernements de tous bords ont renforc&#233; les conditionnalit&#233;s de l'aide sociale et adopt&#233; des politiques dites d'&#171; activation &#187;, visant &#224; &#171; remettre au travail &#187; des ch&#244;meurs pr&#233;sent&#233;s comme de dangereux parasites (&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire Anne Daguerre, &#171; Emplois forc&#233;s pour les b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;). Du droit, on est pass&#233; &#224; l'aum&#244;ne. Sous le gouvernement de Gerhard Schr&#246;der, l'Allemagne a adopt&#233; la r&#233;forme Hartz, qui a r&#233;duit le montant et la dur&#233;e des allocations ch&#244;mage tout en renfor&#231;ant le contr&#244;le et la culpabilisation de leurs b&#233;n&#233;ficiaires. En France, le face-&#224;-face orchestr&#233; par l'Etat entre les agents de P&#244;le Emploi et les ch&#244;meurs, deux populations qu'il am&#232;ne &#224; se maltraiter mutuellement, illustre assez bien le cauchemar que repr&#233;sente, comme l'avait pr&#233;dit Hannah Arendt, une &#171; soci&#233;t&#233; du travail sans travail &#187;. Et encore : tout cela, avant que la crise ne d&#233;ferle et que le fl&#233;au de l'aust&#233;rit&#233;, avec ses coupes sauvages dans les finances publiques, ne s'abatte sur les Etats...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Notre probl&#232;me n'est pas
&lt;br /&gt;que l'on consacre trop d'argent au social,
&lt;br /&gt;mais que nos politiques de l'emploi
&lt;br /&gt;sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_742 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH338/mppos-6f82f.jpg' width='450' height='338' alt=&quot;&quot; style='height:338px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;strong&gt;Marie-Paule Perrin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Oliver Seeger&lt;/strong&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on croyait impressionner Marie-Paule Perrin par ce tableau apocalyptique, c'est rat&#233;. Il ne lui tire gu&#232;re plus qu'un haussement d'&#233;paules. &#171; Cela ne change rien au fait que les emplois qui ont &#233;t&#233; d&#233;truits, ou qui sont partis dans les pays du Sud, ne reviendront pas, r&#233;plique-t-elle. La solution, ce n'est pas de rogner sur les budgets sociaux : c'est de donner de l'air. C'est de lib&#233;rer les &#233;nergies, les id&#233;es, de d&#233;mocratiser la capacit&#233; de r&#233;flexion et d'action, au lieu de s'en remettre &#224; des &#8220;&#233;lites&#8221; d&#233;pass&#233;es. Notre probl&#232;me n'est pas que l'on consacre trop d'argent au social, mais que nos politiques de l'emploi sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Et puis, si les gens ont compris une chose avec la crise, c'est bien que de l'argent, il y en a... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oliver Seeger abonde : &#171; En r&#233;alit&#233;, le plein-emploi n'a jamais exist&#233; ! Nous courons apr&#232;s une chim&#232;re depuis des d&#233;cennies. S'en d&#233;barrasser enfin serait d'autant plus b&#233;n&#233;fique que c'est aussi lui qu'on invoque pour justifier la recherche de la croissance, alors m&#234;me qu'une croissance &#233;ternelle, on le sait, n'est ni possible, ni souhaitable. &#187; En somme, il faut, comme le dit dans le film Peter Ulrich, de l'universit&#233; de Saint-Gall, &#171; prendre acte du fait que le march&#233; du travail ne pourra plus assurer l'int&#233;gration sociale de toute la population &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le &#171; droit au travail &#187;,
&lt;br /&gt;un non-sens :
&lt;br /&gt;&#171; Il n'existe pas de droit &#224; &#234;tre oblig&#233;
&lt;br /&gt;de faire quelque chose &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;volte contre la r&#233;forme des retraites, cet automne, a d'ailleurs mis en lumi&#232;re avec une force in&#233;dite la perte de sens et la souffrance qui sont le lot des salari&#233;s aujourd'hui : dans ce qu'exprimaient gr&#233;vistes et manifestants, les deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires impos&#233;es pour la retraite &#224; taux plein n'&#233;taient que la goutte d'eau qui faisait d&#233;border le vase. &#171; Alors que les nouvelles technologies informatiques sont cens&#233;es all&#233;ger les peines physiques, que plus des deux tiers des salari&#233;s appartiennent au secteur tertiaire et que la dur&#233;e l&#233;gale du travail n'est que de trente-cinq heures, voil&#224; qu'appara&#238;t une image lugubre de l'activit&#233; professionnelle, associ&#233;e &#224; la mort ou &#224; la privation de vie &#187;, &#233;crit la sociologue Dani&#232;le Linhart (&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; M&#233;tro, boulot, tombeau &#187;, Le Monde diplomatique, novembre (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;). De quoi retenir l'attention d'Oliver Seeger, qui, comme Paul Lafargue dans son c&#233;l&#232;bre &lt;a href=&quot;http://sami.is.free.fr/Oeuvres/lafargue_droit_paresse.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, n'est jamais parvenu &#224; comprendre que le prol&#233;tariat &#171; manifeste pour r&#233;clamer le droit de se faire exploiter &#187;. Dans le film, on entend ces mots frappants au sujet du &#171; droit au travail &#187; : &#171; Il n'existe pas de droit &#224; &#234;tre oblig&#233; de faire quelque chose, de m&#234;me qu'il n'existe pas de droit &#224; &#234;tre achet&#233;. Le droit au travail ne peut &#234;tre que le droit &#224; exercer une activit&#233; choisie, que personne ne peut nous acheter ou nous enlever. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Souvent st&#233;rile, quand il n'est pas nuisible, rendu infernal par les in&#233;puisables ressources de perversit&#233; du management, l'emploi salari&#233; contraint est peut-&#234;tre bien devenu un cadre intenable pour l'activit&#233; humaine. &#171; Il faut rompre avec les vieux sch&#233;mas de pens&#233;e, en finir avec l'id&#233;e fausse que seul le travail r&#233;mun&#233;r&#233; constitue une contribution m&#233;ritoire &#224; la soci&#233;t&#233;. En r&#233;alit&#233;, c'est souvent exactement l'inverse &#187;, lance dans le film la d&#233;put&#233;e allemande Katja Kipping (Die Linke).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Renoncer &#224; l'horizon illusoire du plein-emploi, ce serait aussi supprimer tous les dispositifs d'un co&#251;t exorbitant mis au service de cet objectif, comme les subventions englouties dans l'aide aux entreprises, et cens&#233;es les inciter &#224; embaucher - en pure perte. La question du mode de financement du revenu de base n'en serait que plus facile &#224; r&#233;soudre. &lt;i&gt;Encore plus&lt;/i&gt; facile, faudrait-il dire : on trouve chez ses partisans de nombreuses propositions concurrentes, des conceptions diff&#233;rentes des imp&#244;ts ou des transferts sociaux qu'il faudrait cr&#233;er, conserver ou supprimer, et toutes - certaines &#233;tant combinables entre elles - ont leur pertinence. Daniel H&#228;ni et Enno Schmidt plaident pour une suppression de tous les imp&#244;ts &#224; l'exception de la taxe sur la valeur ajout&#233;e (TVA), dont le caract&#232;re in&#233;galitaire serait annul&#233;, comme leur film l'explique tr&#232;s bien, par l'instauration m&#234;me du revenu de base. Cette solution n'a cependant pas les faveurs de Baptiste Mylondo, plus int&#233;ress&#233;, dans le contexte fran&#231;ais, par une hausse de la cotisation sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e (CSG). BIEN-Suisse vient de publier un livre faisant le point sur les diff&#233;rentes th&#232;ses circulant dans le pays quant aux modes de financement (&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire, dans Le Courrier du 9 novembre 2010, &#171; Un revenu de base pour tous ? (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Penser qu'au-del&#224; de la grille,
&lt;br /&gt;il n'y aurait que vacances et loisirs,
&lt;br /&gt;c'est le point de vue de la d&#233;pendance &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas vertigineux de r&#233;aliser que l'aspect comptable du revenu de base ne pose aucune difficult&#233; ? On touche alors du doigt &#224; la fois la puissance et la fragilit&#233; des croyances, des repr&#233;sentations sur lesquelles repose le syst&#232;me dans lequel nous vivons. Le d&#233;bat &#224; mener n'est donc pas prioritairement d'ordre financier : il est avant tout culturel. Il suffit en effet d'&#233;voquer le revenu garanti pour qu'aussit&#244;t surgissent dans l'esprit de vos interlocuteurs des visions bachiques d'une soci&#233;t&#233; livr&#233;e au chaos et &#224; l'anarchie. Un sondage mentionn&#233; dans le film pointe l'ironie de cette r&#233;action : parmi les personnes interrog&#233;es, 60% disent qu'elles ne changeraient rien &#224; leur mode de vie si elles touchaient le revenu de base ; 30% travailleraient moins, ou feraient autre chose ; et 10% r&#233;pondent : &#171; D'abord dormir, ensuite on verra. &#187; En revanche, 80% se disent persuad&#233;es que les autres n'en foutront plus une rame... &#171; Jusqu'ici, personne n'a encore dit : &#8220;Je me mets en jogging, je m'installe sur le canap&#233; et j'ouvre une canette&#8221; &#187;, constate Oliver Seeger, qui serait presque d&#233;&#231;u. Le film le fait remarquer tr&#232;s justement : &#171; Se lib&#233;rer &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; travail signifie aussi se lib&#233;rer &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le travail. Penser qu'au-del&#224; de la grille, il n'y aurait que vacances et loisirs, c'est le point de vue de la d&#233;pendance. &#187; Les exp&#233;riences qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tent&#233;es ici et l&#224; montrent d'ailleurs une r&#233;alit&#233; beaucoup plus sage que ces fantasmes d&#233;brid&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_738 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH154/BIG-Nanibie-A-667b6.jpg' width='250' height='154' alt=&quot;&quot; style='height:154px;width:250px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il est plausible d'imaginer que dans les pays riches, le revenu de base aboutisse &#224; une forme de d&#233;croissance, tandis que ce serait l'inverse dans les pays pauvres. &#187; C'est en tout cas ce qui s'est produit &#224; Otjivero, le village de Namibie o&#249; a &#233;t&#233; instaur&#233; pour deux ans, d&#233;but 2008, un revenu garanti de 100 dollars namibiens par mois pour tous les habitants de moins de 60 ans, &#171; &#224; l'initiative d'un pasteur qui n'en pouvait plus du d&#233;veloppement &#187;, r&#233;sume Oliver Seeger (&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Le rapport d&#233;taill&#233; sur ce projet pilote au niveau mondial est consultable (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;). &#171; Contrairement aux microcr&#233;dits et &#224; beaucoup de programmes d'aide au d&#233;veloppement classiques, le revenu minimum a un impact non seulement sur la production, mais aussi sur la demande, expliquait le chercheur Herbert Jauch, membre de la Basic Income Grant Coalition (BIG) de Namibie, &#224; la &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt;. En Afrique, le pouvoir d'achat se concentre en g&#233;n&#233;ral dans quelques centres, ce qui force les gens &#224; quitter les campagnes pour les villes, o&#249; les bidonvilles finissent par s'&#233;tendre. Le revenu minimum garanti permet &#224; des r&#233;gions rurales de se d&#233;velopper, il cr&#233;e des march&#233;s locaux et permet aux gens d'&#234;tre autosuffisants (&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Namibie : les miracles du revenu garanti &#187;, Courrier international, 29 (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;). &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Baverez :
&lt;br /&gt;&#171; Autant la r&#233;duction du temps de travail
&lt;br /&gt;est appr&#233;ciable pour aller dans le Lub&#233;ron,
&lt;br /&gt;autant, pour les couches les plus modestes,
&lt;br /&gt;le temps libre, c'est l'alcoolisme,
&lt;br /&gt;le d&#233;veloppement de la violence,
&lt;br /&gt;la d&#233;linquance &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si les soci&#233;t&#233;s occidentales doivent aller vers la d&#233;croissance, il estime que le revenu de base en serait le meilleur moyen : &#171; Il pourrait enclencher une &#233;volution des mentalit&#233;s. La d&#233;croissance implique un changement de valeurs ; or un changement de valeurs ne se d&#233;cr&#232;te pas ! Aujourd'hui, une large part de la consommation tient au fait que l'on compense les frustrations engendr&#233;es par l'obligation d'avoir un emploi souvent peu &#233;panouissant en tant que tel. &#187; En somme, cette consommation &#171; de d&#233;dommagement &#187; pourrait dispara&#238;tre d'elle-m&#234;me si les gens n'&#233;taient plus d&#233;poss&#233;d&#233;s de &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article320.html&quot; class='spip_in'&gt;leur bien le plus pr&#233;cieux : leur temps&lt;/a&gt;. &#171; Sinon, glisse Marie-Paule Perrin, on en est r&#233;duit &#224; pr&#244;ner la d&#233;croissance en leur donnant mauvaise conscience. Et &#231;a, c'est insupportable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En allemand, H&#228;ni et Schmidt ont cette formule : &#171; Freiheit statt Freizeit &#187; - &#171; la libert&#233; au lieu du temps libre &#187;. Et c'est bien cela qui fait peur : la libert&#233;. Marie-Paule Perrin se rappelle avoir entendu parler pour la premi&#232;re fois du revenu garanti autour de 1997, avant le vote de la loi Aubry sur les 35 heures, en France : &#171; On se demandait ce que les gens allaient faire du temps que la loi allait lib&#233;rer, on r&#233;fl&#233;chissait au partage entre travail et loisirs, et, de fil en aiguille, au sens de la vie. Beaucoup ressortaient &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse.&lt;/i&gt; &#187; A droite, la psychose des 35 heures &#233;tait en marche. En 2003, l'essayiste lib&#233;ral Nicolas Baverez estimait sans complexes que, autant la r&#233;duction du temps de travail est &#171; appr&#233;ciable pour aller dans le Lub&#233;ron, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c'est l'alcoolisme, le d&#233;veloppement de la violence, la d&#233;linquance &#187; (&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#171; Les 35 heures ? Violence conjugale et alcoolisme ! &#187;, Acrimed, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une utopie &#233;litiste ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A gauche aussi, cette peur existe. Un reproche r&#233;current adress&#233; au revenu de base le qualifie d'utopie &#233;litiste, imagin&#233;e par des bobos et des intellos ne tenant pas compte du fait que certaines classes sociales seraient moins bien arm&#233;es pour faire face &#224; cette libert&#233; nouvelle. &#171; Moi, c'est cette objection qui me semble extraordinairement &#233;litiste, au contraire &#187;, ass&#232;ne Oliver Seeger. Il invoque l'exemple de la lutte des ouvriers de Lucas Aerospace, qui, dans les ann&#233;es 1970, au Royaume-Uni, avaient &#233;labor&#233;, au terme de deux ans de r&#233;flexion collective, un Plan alternatif pour leur entreprise. &#171; Refusant la logique des licenciements au nom de la pr&#233;tendue rentabilit&#233; de la production, le Plan &#233;voque la n&#233;cessit&#233; de s'appuyer sur d'autres besoins que ceux du capitalisme, &#233;crit &#224; ce sujet le site &lt;a href=&quot;http://www.solidarites.ch/geneve/index.php/ecosocialisme/83-ecologie/237-reconversion-industrielle-lexemple-de-lucas-aerospace&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Solidarit&#233;s.ch&lt;/a&gt;. Dans le combat pour d&#233;terminer &#224; quoi doit &#234;tre utilis&#233;e la force de travail, les travailleurs d&#233;veloppent une premi&#232;re exp&#233;rience d'un r&#233;el contr&#244;le ouvrier. Ils ne se contentent pas en effet de g&#233;rer la structure capitaliste. Ils veulent travailler et utiliser les forces productives existantes pour r&#233;pondre aux r&#233;els besoins de la soci&#233;t&#233; et pour &#339;uvrer de telle sorte que le travailleur puisse d&#233;velopper toute sa capacit&#233; productive. &#187; Et les id&#233;es ne manquaient pas : technologies permettant des &#233;conomies d'&#233;nergie ou recourant &#224; l'&#233;olien et au solaire, mat&#233;riel hospitalier, appareils de dialyse portatifs ou v&#233;hicules pour handicap&#233;s... On pourrait ajouter &#224; cet exemple celui, plus g&#233;n&#233;ral, de la &lt;a href=&quot;http://www.vacarme.org/article1854.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;perruque&lt;/a&gt;, pratique par laquelle un ouvrier d&#233;tourne une machine pour son propre usage.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_739 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH320/carte-98b64.jpg' width='450' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; A Longo Ma&#239;, se souvient Oliver Seeger, il y avait toujours ce pr&#233;suppos&#233; selon lequel nous &#233;tions une avant-garde r&#233;volutionnaire, une petite &#233;lite qui se pr&#233;parait pour le jour J - on ne l'exprimait peut-&#234;tre pas de fa&#231;on aussi caricaturale, mais on n'en pensait pas moins. Aujourd'hui, c'est justement cela qui me s&#233;duit dans le revenu de base : la perspective de laisser les gens libres, pour une fois. De ne pas penser &#224; leur place, de ne pas leur pr&#233;m&#226;cher une id&#233;ologie qu'ils seraient condamn&#233;s &#224; suivre - puisqu'elle ne viendrait pas d'eux. L&#224;, tout part de l'individu, de sa r&#233;flexion personnelle. &#187; Comme le dit dans le film Wolf Lotter, journaliste &#233;conomique &#224; Hambourg : &#171; Le grand d&#233;fi, c'est que chacun doit r&#233;apprendre &#224; vivre. &#187; Et l'on peut parier que toutes les classes sociales seraient &#233;galement paum&#233;es, au d&#233;but, devant cette libert&#233; nouvelle : &#171; Le revenu de base implique de se mettre en jeu, de se donner du mal. J'esp&#232;re bien que les gens auraient mal &#224; la t&#234;te, et au c&#339;ur, et au ventre, que tout leur m&#233;tabolisme serait d&#233;rang&#233;, s'ils devaient r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'ils ont r&#233;ellement envie de faire ! poursuit Oliver Seeger. Comment pourrait-il en &#234;tre autrement quand, pendant des ann&#233;es, on est all&#233; au turbin sans se poser de questions ? Mais moi, j'aimerais vraiment avoir une chance de voir ce que cela pourrait donner. Cela me rend tr&#232;s curieux. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &#171; Le revenu de base d&#233;montre &lt;br /&gt;que l'&#233;galit&#233;, loin d'&#234;tre l'ennemie de la libert&#233;,
&lt;br /&gt;en est la condition &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sans cette libert&#233;, ajoute-t-il, il ne saurait y avoir de d&#233;mocratie r&#233;elle : &#171; Un citoyen ne peut pas d&#233;cider librement s'il est exploit&#233; dans un processus de production. Pour &#234;tre membre d'une d&#233;mocratie, il faut &#234;tre ind&#233;pendant. C'est bien pour cela que, chez les Grecs, les esclaves ne votaient pas ! &#187; Marie-Paule Perrin a encore une autre raison d'&#234;tre s&#233;duite par cette perspective : &#171; Ce serait une mani&#232;re de mettre fin au d&#233;bat qui agite r&#233;guli&#232;rement les &#233;ditorialistes fran&#231;ais, et qui me casse les pieds, sur la pr&#233;tendue opposition entre &#233;galit&#233; et libert&#233; : ils arguent qu'on ne peut pas vouloir l'&#233;galit&#233; sans renoncer &#224; la libert&#233; - sans que cela nous ram&#232;ne au goulag, en somme. Or, avec le revenu de base, l'&#233;galit&#233; devient la condition de la libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre objection immanquablement suscit&#233;e par le revenu de base, &#171; Mais qui fera les sales boulots ? &#187;, constitue &#224; elle seule un aveu terrible, fait-elle remarquer : &#171; La poser, c'est admettre qu'il nous faut une cat&#233;gorie de population suffisamment vuln&#233;rable pour ne pas pouvoir refuser les boulots dont nous ne voulons pas. &#187; Les solutions possibles donn&#233;es par les partisans du revenu garanti varient assez peu. Il y en a trois : les faire soi-m&#234;me, les automatiser et les rationaliser, ou enfin reconna&#238;tre leur utilit&#233; sociale et les payer en cons&#233;quence, de fa&#231;on &#224; les rendre attractifs sur le plan financier (&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire &#224; ce sujet Pierre Rimbert, &#171; De la valeur ignor&#233;e des m&#233;tiers &#187;, Le (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;). On pourrait aussi imaginer que la disparition d'une main-d'&#339;uvre captive provoque une prise de conscience qui conduirait, par exemple, &#224; r&#233;duire le volume des d&#233;chets produits, ou &#224; abandonner des comportements n&#233;gligents et m&#233;prisants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Transformer les individus
&lt;br /&gt;en personnes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Se pose aussi la question de savoir comment d&#233;finir les &#171; membres d'une communaut&#233; politique &#187; qui auraient droit au revenu de base : le crit&#232;re serait-il le domicile ? La nationalit&#233; ? &#171; Cette question n'est pas tranch&#233;e. Elle suscite une certaine &#233;pouvante &#224; l'id&#233;e que, si on accordait ce droit &#224; tout le monde, les &#233;trangers d&#233;barqueraient en masse. Mais il faut avoir en t&#234;te que si chacun &#233;tait assur&#233; d'un revenu, la d&#233;fiance envers les immigr&#233;s serait d&#233;j&#224; bien moindre... &#187; L'un des m&#233;rites du revenu de base serait son &#171; effet sur l'escalade des tensions sociales &#187;, comme l'observe dans le film le journaliste Wolf Lotter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre critique que l'on entend formuler : le fait que le revenu de base soit un droit individuel ne risque-t-il pas d'aggraver encore les ravages de l'individualisme, d'acc&#233;l&#233;rer la disparition de toute logique collective ? &#171; Dans ce cas, plut&#244;t que de dire &#8220;l'individu&#8221;, on peut dire &#8220;la personne&#8221; &#187;, r&#233;pond Marie-Paule Perrin, famili&#232;re de la pens&#233;e de &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article186.html&quot; class='spip_in'&gt;Miguel Benasayag&lt;/a&gt;. A l'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt;, figure de la s&#233;paration, de l'ali&#233;nation, de l'impuissance, celui-ci oppose en effet la &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt;, &#171; au sens o&#249; chacun de nous est intimement li&#233; au destin des autres : ma libert&#233; ne finit pas o&#249; commence la v&#244;tre, mais existe sous condition de la v&#244;tre &#187;, nous expliquait-il. De fait, le revenu de base peut m&#234;me appara&#238;tre comme un moyen de (re)faire des individus des personnes. Dans &lt;i&gt;Un revenu pour tous&lt;/i&gt;, Baptiste Mylondo cite les travaux de deux chercheurs de l'universit&#233; catholique de Louvain qui ont tent&#233; en 2004 de deviner les effets produits par le revenu de base en s'int&#233;ressant aux gagnants du jeu &#171; Win for life &#187;, &#233;quivalent belge de ce qui s'appelle en France &#171; Tac o Tac TV, gagnant &#224; vie &#187;, garantissant le versement d'un revenu mensuel &#224; vie. Parmi les diff&#233;rences importantes entre les deux situations, qui obligent &#224; relativiser leurs conclusions, Mylondo en rel&#232;ve une qu'ils ont n&#233;glig&#233;e : &#171; Tandis que le b&#233;n&#233;ficiaire du revenu inconditionnel est entour&#233; d'autres b&#233;n&#233;ficiaires, le gagnant du loto est totalement isol&#233;. Or la valeur du temps libre cro&#238;t avec le nombre de personnes avec qui il est possible de le partager. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Plut&#244;t que de rechercher l'autosuffisance,
&lt;br /&gt;assumer l'interd&#233;pendance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque &#234;tre humain porte en lui ses propres objectifs et son travail, et il les abandonne parce qu'il ne peut pas les convertir en argent. &#187; Dans leur film, Daniel H&#228;ni et Enno Schmidt insistent sur l'&#233;panouissement personnel que permettrait le revenu de base - un &#171; &#233;panouissement &#187; r&#233;el, cette fois, c'est-&#224;-dire d&#233;barrass&#233; de sa dimension &lt;i&gt;bullshit&lt;/i&gt; qui, aujourd'hui, aggrave l'ali&#233;nation en pr&#233;tendant la soulager, puisque l'on &#233;jecterait de l'&#233;quation le couple infernal management-consommation. Ils proposent de &#171; prendre l'individu au s&#233;rieux &#187;. Une tr&#232;s belle s&#233;quence les montre, &#224; la gare de B&#226;le, distribuant aux passants de tous &#226;ges les couronnes en carton dor&#233; dont ils ont fait le symbole de leur combat. &#171; Le plus int&#233;ressant dans ce syst&#232;me, c'est que je ne pourrai plus dire &#224; la fin de ma vie que je n'ai pas pu faire ce que je voulais &#187;, &#233;nonce la com&#233;dienne b&#226;loise Bettina Dieterle.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_740 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L450xH338/couronnesthomastack-5809a.jpg' width='450' height='338' alt=&quot;&quot; style='height:338px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et, en m&#234;me temps, le revenu de base implique de reconna&#238;tre les liens de profonde interd&#233;pendance qui unissent les membres d'une soci&#233;t&#233;, et qui conditionnent cet &#233;panouissement. C'est m&#234;me l'un de ses traits les plus frappants : il invite &#224; prendre conscience du fait qu'on travaille toujours pour les autres, m&#234;me si on a l'illusion de travailler pour soi parce qu'on en retire un salaire. On est loin de l'utopie de beaucoup de d&#233;croissants, qui se montrent obs&#233;d&#233;s par l'autosuffisance et semblent se donner pour but d'&#234;tre capables de produire tout ce dont ils pourraient avoir besoin. &#171; Au-del&#224; d'une certaine limite, l'autosuffisance ne peut pas &#234;tre un projet politique, estime Marie-Paule Perrin. En Suisse, par exemple, la densit&#233; de population est telle qu'il serait inenvisageable de nourrir tous les habitants avec la production agricole du pays. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je n'ai ni le besoin ni le d&#233;sir
&lt;br /&gt;de recevoir une aide de la soci&#233;t&#233;.
&lt;br /&gt;Je ne veux compter que sur mes propres forces. &#187;
&lt;br /&gt;Un jeune homme oppos&#233; au revenu de base
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_746 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:200px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH218/wiest-7dc25.jpg' width='200' height='218' alt=&quot;&quot; style='height:218px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Dans une tribune intitul&#233;e &#171; &lt;a href=&quot;http://www.initiative-grundeinkommen.ch/content/blog/info3-grundeinkommen-0410.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La politique sociale et le paradis&lt;/a&gt; &#187; (PDF, en allemand), Susanne Wiest relate sa rencontre, lors d'un d&#233;bat sur le revenu de base organis&#233; dans sa ville, avec un jeune homme qui lui signifie d'embl&#233;e son opposition &#224; cette id&#233;e : &#171; D&#232;s que j'aurai termin&#233; mes &#233;tudes, je veux voler de mes propres ailes, lui dit-il. Je n'ai ni le besoin ni le d&#233;sir de recevoir une aide de la soci&#233;t&#233;. Je ne veux compter que sur mes propres forces. &#187; Elle raconte : &#171; Je lui ai alors demand&#233; s'il avait aussi construit l'universit&#233; de Greifswald de ses propres mains, et les rues de la ville, ou encore s'il &#233;tait responsable de ces bancs si agr&#233;ables sur les remparts ? Le revenu de base n'est pas une prestation sociale pour les n&#233;cessiteux. Comme son nom l'indique, c'est une &lt;i&gt;base&lt;/i&gt;. Et une base, il y en a toujours une : l'universit&#233; qui ouvre ses portes, le pommier en fleur dans le jardin, le train dans lequel je peux monter. Quelle base sociale avons-nous aujourd'hui ? L'avons-nous choisie, ou a-t-elle simplement pouss&#233; l&#224;, mille fois rafistol&#233;e et adapt&#233;e ? Est-elle pour nous un jardin fertile, dans lequel je peux faire pousser une rang&#233;e de pommes de terre quand d'autres sources de revenus se tarissent, ou quand j'en ai envie ? Que puis-je faire aujourd'hui pour m'aider moi-m&#234;me, pour me r&#233;aliser et construire ma vie ? Est-ce que la base Hartz IV [derni&#232;re des quatre r&#233;formes de l'assurance ch&#244;mage allemande] nous rend service ? Avons-nous eu notre mot &#224; dire &#224; son sujet ? (...) Le revenu de base n'est pas un organisme de bienfaisance : c'est un jardin. C'est une base et une opportunit&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_744 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:129px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article257.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L129xH271/paradis-2-bf7f4.jpg' width='129' height='271' alt=&quot;&quot; style='height:271px;width:129px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Un jardin ? Son interlocuteur commente : &#171; &#199;a sonne bien ; on dirait presque le paradis. Mais l'&#234;tre humain est paresseux : quand il lui manque la motivation, l'aiguillon, il ne fait plus rien. Le paradis, on sait bien que &#231;a ne marche pas. &#187; Comme quoi certaines conceptions ont la vie dure... Mais Susanne Wiest saisit la balle au bond : &#171; Moi, j'aimerais bien r&#233;cup&#233;rer &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article257.html&quot; class='spip_in'&gt;le paradis&lt;/a&gt;. Pas le paradis o&#249; nous aurions &#233;t&#233; sans le savoir, mais celui que nous b&#226;tissons nous-m&#234;mes. Ce projet, c'est mon but ultime, mon aiguillon &#224; moi. &#187; Elle conclut, r&#234;veuse : &#171; &#8220;Revenu de base - Pr&#233;sentation d'une id&#233;e&#8221; : &#231;a s'annon&#231;ait comme un d&#233;bat inoffensif sur une question de politique sociale pr&#233;cise. Et puis nous nous sommes assis, et nous avons parl&#233; du paradis, et de nos d&#233;sirs les plus secrets, de nos attitudes face &#224; la vie. Nous nous sommes r&#233;v&#233;l&#233;s. J'ai appris de nouvelles choses sur moi-m&#234;me et sur les autres, j'ai exp&#233;riment&#233; et approch&#233; de plus pr&#232;s mes motivations les plus intimes. C'&#233;tait une claire et belle soir&#233;e, et une merveilleuse discussion. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le savoir, la formation,
&lt;br /&gt;toute l'ing&#233;nierie accumul&#233;e,
&lt;br /&gt;tout &#231;a, c'est &#224; nous tous &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de l'interd&#233;pendance humaine est aux fondements philosophiques du revenu de base, que l'&#233;crivain &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article247.html&quot; class='spip_in'&gt;Yves Pag&#232;s&lt;/a&gt;, proche du CARGO, nous r&#233;sumait dans un entretien : &#171; L'argument, c'est que le salariat est en train de s'abolir de lui-m&#234;me. Il n'y a plus de possibilit&#233; r&#233;elle de comptabiliser, d'individualiser un salaire d'une fa&#231;on non arbitraire. Le savoir, la formation, toute l'ing&#233;nierie accumul&#233;e, tout &#231;a, c'est &#224; nous tous. Ne serait-ce que le langage : la possibilit&#233; m&#234;me que nous parlions, cela fait d&#233;j&#224; &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; du travail. Les autonomes italiens, et notamment Paolo Virno, sont all&#233;s d&#233;nicher une id&#233;e de Marx : le &lt;i&gt;general intellect&lt;/i&gt;. &#187; C'est ce que le film de Daniel H&#228;ni et Enno Schmidt dit aussi &#224; sa mani&#232;re : &#171; Le travail que chacun ex&#233;cute n'a pas de prix, mais le revenu de base le rend possible. &#187; Et, &#224; c&#244;t&#233; de cela, il faut affirmer &#171; le droit de chaque personne &#224; profiter du bien-&#234;tre de la nation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce parce qu'il imbrique aussi &#233;troitement le personnel et le collectif que le revenu de base suscite une adh&#233;sion aussi enthousiaste chez ceux qui se laissent s&#233;duire ? Quoi qu'il en soit, Marie-Paule Perrin en constate les effets positifs sur elle : &#171; Avant qu'Oliver ne me montre le film de Daniel et Enno, j'&#233;tais d&#233;sesp&#233;r&#233;e par l'&#233;tat du monde, au point que je n'avais plus ni la force ni l'envie de me confronter aux probl&#232;mes sociaux ou politiques. J'&#233;tais comme paralys&#233;e, parce que je n'entrevoyais aucun d&#233;but de solution. La perspective &#233;bauch&#233;e par le revenu de base, en jetant un autre &#233;clairage sur les choses, en me les faisant voir sous un autre angle, a suscit&#233; un red&#233;marrage de la r&#233;flexion. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il est toujours possible
&lt;br /&gt;de transformer un aquarium en bouillabaisse &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'un projet r&#233;volutionnaire. M&#234;me si ses partisans ont leurs propres r&#234;ves et attentes quant &#224; ce qu'il pourrait produire, le revenu de base ne pr&#233;tend pas d&#233;finir un mod&#232;le de la &#171; bonne vie &#187;, mais seulement cr&#233;er les conditions pour lib&#233;rer les ressources de chacun et de tous - &#171; donner de l'air &#187;, comme dit Marie-Paule Perrin. En ce sens, il est davantage une pochette surprise qu'une utopie au sens strict. Et on ne peut exclure le cas de figure o&#249; il serait d&#233;voy&#233;. Un mod&#232;le immunis&#233; contre un tel risque ne saurait exister - et d'ailleurs, il vaut sans doute mieux ne pas le souhaiter. Pour reprendre une expression qu'affectionne particuli&#232;rement Oliver Seeger, &#171; il est toujours possible de transformer un aquarium en bouillabaisse &#187;. Il raconte : &#171; Une amie qui est militante communiste, ici en Suisse al&#233;manique, m'a dit avec le plus grand s&#233;rieux : &#8220;Le revenu de base, voil&#224; typiquement une id&#233;e qui pourrait tr&#232;s mal tourner.&#8221; J'ai trouv&#233; que c'&#233;tait un comble ! Je lui ai r&#233;pondu : &#8220;Ah oui, c'est s&#251;r que vous, les communistes, vous &#234;tes bien plac&#233;s pour parler !&#8221; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas non plus de r&#233;soudre tous les probl&#232;mes. &#171; Le propos n'est pas de s'attaquer aux in&#233;galit&#233;s de patrimoine, ou &#224; la sp&#233;culation, m&#234;me si rien n'emp&#234;che de lutter contre elles par ailleurs : c'est d'assurer &#224; chacun la possibilit&#233; mat&#233;rielle de mener sa vie comme il le souhaite. &#187; A cet &#233;gard, le film de H&#228;ni et Schmidt risque de s'av&#233;rer tr&#232;s d&#233;routant, voire choquant, pour quiconque est habitu&#233; au registre lexical de la gauche radicale fran&#231;aise. Aucune logique d'affrontement ici ; ce qui est peut-&#234;tre la faiblesse, mais aussi la force de la d&#233;marche. Comme l'illustre la discussion avec l'&#233;tudiant rapport&#233;e par Susanne Wiest, le th&#232;me du revenu de base fonctionne comme un laboratoire. Il am&#232;ne &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que l'on veut vraiment, aux conceptions dont on est impr&#233;gn&#233; ; une exp&#233;rience dont chacun ne peut que sortir renforc&#233;, mieux arm&#233; pour faire face aux in&#233;galit&#233;s et aux injustices. Ce qui, admettons-le, ne serait pas un luxe...&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Avec &lt;strong&gt;Thomas Lemahieu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt; &lt;span class='spip_document_748 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:120px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://atheles.org/editionsducroquant/horscollection/nepasperdresaviealagagner/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.peripheries.net/IMG/jpg/nepas.jpg' width=&quot;120&quot; height=&quot;176&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Voir aussi l'entretien avec leur meneur, le Fran&#231;ais Guillaume Paoli, en 2003 sur le webzine lillois &lt;i&gt;L'Interdit&lt;/i&gt; : &#171; &lt;a href=&quot;http://interdits.net/interdits/index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=58&amp;Itemid=64&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Du bonheur d'&#234;tre ch&#244;meur&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Quelques sons rescap&#233;s &lt;a href=&quot;http://lexomaniaque.blogspot.com/2010/11/nos-amies-les-miettes.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; &#233;couter ici&lt;/a&gt;, d'autres &lt;a href=&quot;http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5374&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;archives l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) &lt;strong&gt;29/12/2010&lt;/strong&gt; : Baptise Mylondo est &#233;galement l'auteur d'un autre livre sur le sujet, &lt;a href=&quot;http://atheles.org/editionsducroquant/horscollection/nepasperdresaviealagagner/index.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Ne pas perdre sa vie &#224; la gagner - Pour un revenu de citoyennet&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions Homnisph&#232;res, qui vient de repara&#238;tre dans une version actualis&#233;e aux &#233;ditions du Croquant. On y trouve davantage de d&#233;tails sur les cons&#233;quences pr&#233;visibles de l'instauration d'un revenu garanti, sur ses modalit&#233;s et sur les mesures d'accompagnement qu'elle n&#233;cessiterait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.ac.eu.org/spip.php?article1777&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Richesse, travail et revenu garanti&lt;/a&gt; &#187;, sur le site d'AC !.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Voir aussi Bernard Friot, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/09/FRIOT/19637&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Retraites, un tr&#233;sor impens&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Lire Anne Daguerre, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/DAGUERRE/12554&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Emplois forc&#233;s pour les b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale&lt;/a&gt; &#187;, et Laurent Cordonnier, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/12/CORDONNIER/14220&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Economistes en guerre contre les ch&#244;meurs&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juin 2005 et d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/LINHART/19835&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;M&#233;tro, boulot, tombeau&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, novembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;) Lire, dans &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt; du 9 novembre 2010, &#171; &lt;a href=&quot;http://lecourrier.ch/index.php?name=News&amp;file=article&amp;sid=447334&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Un revenu de base pour tous ? Pas si utopique que cela !&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;) Le &lt;a href=&quot;http://www.bignam.org/Publications/BIG_Assessment_report_08a.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;rapport d&#233;taill&#233;&lt;/a&gt; sur ce projet pilote au niveau mondial est consultable ici - PDF, en anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Namibie : les miracles du revenu garanti&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, 29 avril 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;) Voir &#171; &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article1297.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les 35 heures ? Violence conjugale et alcoolisme !&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, octobre 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;) Lire &#224; ce sujet Pierre Rimbert, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/RIMBERT/18923&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;De la valeur ignor&#233;e des m&#233;tiers&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mars 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revenudebase.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;www.revenudebase.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Polanski, Mitterrand : le soliloque du dominant</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article324.html</link>
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		<dc:date>2009-10-10T20:18:17Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>L'arrestation de Roman Polanski &#224; Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice am&#233;ricaine, auront &#233;t&#233; l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de d&#233;montrer une fois de plus &#224; quel point leur vision de l'&#233;rotisme se passe ais&#233;ment de cette broutille que repr&#233;sente, &#224; leurs yeux, la r&#233;ciprocit&#233; du d&#233;sir f&#233;minin (on se contente en g&#233;n&#233;ral de parler de &#171; consentement (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'arrestation de Roman Polanski &#224; Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice am&#233;ricaine, auront &#233;t&#233; l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de d&#233;montrer une fois de plus &#224; quel point leur vision de l'&#233;rotisme se passe ais&#233;ment de cette broutille que repr&#233;sente, &#224; leurs yeux, la r&#233;ciprocit&#233; du d&#233;sir f&#233;minin (on se contente en g&#233;n&#233;ral de parler de &#171; consentement &#187;, mais pla&#231;ons la barre un peu plus haut, pour une fois).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'arrestation de Roman Polanski &#224; Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice am&#233;ricaine, auront &#233;t&#233; l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de d&#233;montrer une fois de plus &#224; quel point leur vision de l'&#233;rotisme se passe ais&#233;ment de cette broutille que repr&#233;sente, &#224; leurs yeux, la r&#233;ciprocit&#233; du d&#233;sir f&#233;minin (on se contente en g&#233;n&#233;ral de parler de &#171; consentement &#187;, mais pla&#231;ons la barre un peu plus haut, pour une fois). En t&#233;moigne l'expression &#171; &lt;i&gt;vieille affaire de m&#339;urs&lt;/i&gt; &#187;, utilis&#233;e dans les premi&#232;res d&#233;p&#234;ches ayant suivi l'arrestation, ainsi que dans la &lt;a href=&quot;http://www.sacd.fr/Le-cinema-soutient-Roman-Polanski-Petition-for-Roman-Polanski.1340.0.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;p&#233;tition&lt;/a&gt; du gratin du cin&#233;ma mondial lanc&#233;e en faveur du r&#233;alisateur franco-polonais : de nombreuses voix se sont &#233;lev&#233;es pour faire remarquer &#224; juste titre que, s'agissant de la p&#233;n&#233;tration et de la sodomie d'une adolescente de 13 ans pr&#233;alablement so&#251;l&#233;e au champagne et shoot&#233;e au Quaalude, c'&#233;tait un peu l&#233;ger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Partout, les d&#233;fenseurs du cin&#233;aste soulignent, comme s'il s'agissait de l'argument d&#233;finitif en sa faveur, que la justice &#171; s'acharne &#187; alors que la victime elle-m&#234;me, Samantha Geimer, demande le classement de l'affaire : or, elle le demande parce qu'elle ne supporte plus l'exposition m&#233;diatique, et peut-&#234;tre aussi parce qu'elle a &#233;t&#233; indemnis&#233;e ; pas parce que, avec le recul, elle admet que ce n'&#233;tait pas si grave, ou qu'elle a bien aim&#233; l'exp&#233;rience, comme on semble le fantasmer...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dire oui &#224; un homme, &lt;br /&gt;c'est dire oui &#224; tous les hommes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De ses archives, &lt;i&gt;Paris-Match&lt;/i&gt; a ressorti un article publi&#233; &#224; l'&#233;poque, intitul&#233; &#171; &lt;a href=&quot;http://www.parismatch.com/People-Match/Cinema/Actu/Roman-Polanski.-Une-Lolita-de-13-ans-a-fait-de-lui-un-maudit-131594/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Roman Polanski : une lolita de 13 ans a fait de lui un maudit&lt;/a&gt; &#187; (la salope !). &#171; &lt;i&gt;La jeune &#8220;victime&#8221; pervertie n'&#233;tait pas si innocente&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;v&#232;le un intertitre. Et la journaliste de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Samantha G. est une Lolita en T-shirt, &#224; qui des formes bronz&#233;es donnent nettement plus que son &#226;ge, d'ailleurs plus pr&#232;s de 14 ans que de 13. Elle a reconnu avoir eu, avant sa rencontre avec le metteur en sc&#232;ne, et au moins &#224; deux reprises, des rapports sexuels avec un boy-friend de 17 ans.&lt;/i&gt; &#187; Le fait que les relations sexuelles avec un(e) mineur(e) soient prohib&#233;es par la loi dans tous les cas devient ici un pr&#233;texte pour occulter la diff&#233;rence qui peut exister entre un rapport consenti et un rapport forc&#233;. En r&#233;sum&#233; : sa non-virginit&#233;, &#224; laquelle s'ajoutent ses &#171; &lt;i&gt;formes bronz&#233;es&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt; &#187; - elle n'avait qu'&#224; ne pas &#234;tre aussi bonne ! -, fait d'elle un objet appropriable par qui le souhaite ; dire oui &#224; un homme, c'est dire oui &#224; tous les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait penser que, trente-deux ans plus tard, on en a fini avec un mode de pens&#233;e aussi archa&#239;que. Mais &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (1er octobre 2009) publie un article d'anthologie, dont le titre - &#171; &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2343/articles/a409975-.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Une affaire vieille de trente ans - Qui en veut &#224; Roman Polanski ?&lt;/a&gt; &#187; - est un po&#232;me &#224; lui seul. &#171; &lt;i&gt;La m&#232;re, une actrice en mal de r&#244;les, a laiss&#233; volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une s&#233;rie de photos&lt;/i&gt;, y lit-on. &lt;i&gt;Le cin&#233;aste, qui a la r&#233;putation d'aimer les jeunes filles, ne r&#233;siste pas.&lt;/i&gt; &#187; Comme dans le titre de &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt;, les responsabilit&#233;s sont invers&#233;es : ce n'est pas Samantha Gailey (son nom de jeune fille) qui a &#233;t&#233; pi&#233;g&#233;e, mais Polanski, dont la &#171; Lolita perverse &#187; et/ou sa m&#232;re machiav&#233;lique auraient exploit&#233; sans piti&#233; les faiblesses bien humaines - d&#233;cid&#233;ment, le pauvre homme va de &#171; traquenard &#187; en &#171; traquenard &#187;. Au mieux, si la jeune fille s'estime l&#233;s&#233;e, elle n'a qu'&#224; s'en prendre &#224; sa m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le grand retour
&lt;br /&gt;du &#171; puritanisme am&#233;ricain &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me Bernard Langlois, &lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/Crocodiles,8257.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;dans &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (8 octobre), valide cet argument : &#171; &lt;i&gt;On peut aussi se poser quelques questions&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;au sujet de cette Lolita dont les charmes firent d&#233;raper le cin&#233;aste, et que personne n'obligeait &#224; se rendre en sa seule compagnie en un appartement d&#233;sert pour y poser seins nus (c'est elle qui raconte) devant son objectif : l'ing&#233;nuit&#233; aussi a des limites.&lt;/i&gt; &#187; Sans doute ; mais o&#249; se situent-elles pr&#233;cis&#233;ment, ces &#171; limites &#187; de l'&#171; ing&#233;nuit&#233; &#187; ? Est-ce faire preuve d'&#171; &lt;i&gt;ing&#233;nuit&#233;&lt;/i&gt; &#187; de porter une minijupe ? De se balader seule dans les rues apr&#232;s minuit ?... Au nom de quoi une jeune fille ou une femme qui poserait pour un photographe, m&#234;me seins nus, est-elle cens&#233;e avoir sign&#233; aussi pour passer &#224; la casserole si elle n'en a pas envie ? Le probl&#232;me, avec le refus de la loi du plus fort, c'est qu'il exige des positions un peu tranch&#233;es : soit il est affirm&#233;, et il interdit les demi-mesures, soit on lui tol&#232;re des exceptions, et on voit alors immanquablement des d&#233;cennies d'acquis f&#233;ministes, voire simplement progressistes, se barrer en sucette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Escamoter la question de la r&#233;ciprocit&#233; du d&#233;sir, c'est aussi ce qui permet de brandir la vieille accusation de &#171; puritanisme &#187; &#224; l'&#233;gard de ces coinc&#233;s du cul d'Am&#233;ricains (&#171; &lt;i&gt;l'Am&#233;rique qui fait peur&lt;/i&gt; &#187;, dit Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand). Que l'Am&#233;rique puritaine veuille la peau de Polanski, c'est bien possible ; mais, dans le cas pr&#233;cis de l'affaire Samantha Gailey, l'argument est hors-sujet. Ce raisonnement nous rappelle celui de la penseuse antif&#233;ministe Marcela Iacub et de son coll&#232;gue Patrice Maniglier lorsqu'ils affirment que, si on p&#233;nalise le harc&#232;lement sexuel, c'est parce qu'on n'est &#171; &lt;i&gt;pas &#224; l'aise avec la chose sexuelle&lt;/i&gt; &#187; (voir sur ce site &#171; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article9.html&quot; class='spip_in'&gt;La femme est une personne&lt;/a&gt; &#187;, 18 octobre 2005).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On s'est focalis&#233;, depuis le d&#233;but de cette affaire, sur ceux de ses aspects qui tombent sous le coup de la loi : est-ce un viol ? Est-ce de la p&#233;dophilie ?... (R&#233;futer l'accusation de p&#233;dophilie semble d'ailleurs suffire, dans l'esprit de ceux qui le font, comme &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091009.OBS4087/finkielkraut_defend_polanski__a_treize_ans_ce_netait_pa.html?idfx=RSS_notr&amp;xtor=RSS-17&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Alain Finkielkraut&lt;/a&gt;, &#224; disculper Polanski, comme si le viol n'&#233;tait pas une chose bien grave tant qu'il ne concerne pas un enfant.) Or, il se pourrait bien qu'il vaille la peine d'&#233;largir le cadre, en s'int&#233;ressant &#224; la mentalit&#233; qui peut, incidemment, conduire &#224; &#171; forcer la main &#187; &#224; une gamine de 13 ans ; une mentalit&#233; qui est loin d'&#234;tre l'apanage d'un Polanski, et qui r&#233;v&#232;le la persistance des rapports de domination dans toute leur crudit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Comme si les filles sortaient
&lt;br /&gt;du ventre de leur m&#232;re
&lt;br /&gt;en r&#234;vant de devenir mannequins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien que la comp&#233;tition soit serr&#233;e, c'est indiscutablement Costa-Gavras qui peut revendiquer la palme de la beaufitude dans les r&#233;actions indign&#233;es &#224; l'arrestation de son coll&#232;gue cin&#233;aste. &#171; &lt;i&gt;Cessez de parler de viol, il n'y a pas de viol dans cette histoire&lt;/i&gt;, ass&#233;nait-il le 28 septembre sur Europe 1. &lt;i&gt;Vous savez, &#224; Hollywood, les metteurs en sc&#232;ne, les producteurs sont entour&#233;s de tr&#232;s beaux jeunes hommes, de tr&#232;s belles jeunes femmes, qui sont grands, blonds, bien bronz&#233;s, et pr&#234;ts &#224; tout.&lt;/i&gt; &#187; (A Marc-Olivier Fogiel qui lui objecte qu'on parle ici d'une adolescente de 13 ans, il r&#233;plique : &#171; &lt;i&gt;Oui, mais enfin, vous avez vu les photos : elle en fait 25 !&lt;/i&gt; &#187; Commentaire perfide de &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/09/29/Quelques-mots-sur-l-affaire-Polanski&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ma&#238;tre Eolas&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il est vrai que 13 minutes d'un de ses films en paraissent 25, mais je doute de la pertinence juridique de l'argument.&lt;/i&gt; &#187;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_734 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH135/pictureme5-b79bb.jpg' width='250' height='135' alt=&quot;&quot; style='height:135px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Pr&#234;ts &#224; tout.&lt;/i&gt; &#187; Il est &#233;trange que la soci&#233;t&#233; ne s'interroge pas davantage sur les m&#233;canismes culturels qui font que bien des adolescents, et surtout des adolescentes, sont, en effet, &#171; pr&#234;ts &#224; tout &#187; pour une carri&#232;re dans le show-biz - comme si les filles sortaient du ventre de leur m&#232;re en r&#234;vant de devenir mannequins. Dans sa d&#233;position, Samantha Gailey racontait : &#171; &lt;i&gt;Il m'a montr&#233; la couverture de&lt;/i&gt; Vogue Magazine&lt;i&gt; et demand&#233; : &lt;/i&gt;&#8220;Voudrais-tu que je te fasse une telle photo ?&#8221; &lt;i&gt;J'ai dit :&lt;/i&gt; &#8220;Oui.&#8221; &#187; On pense alors au bruit fait r&#233;cemment par &lt;a href=&quot;http://www.myspace.com/picturemefilm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Picture Me&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le documentaire r&#233;alis&#233; par l'ancien top model am&#233;ricain &lt;strong&gt;Sara Ziff&lt;/strong&gt; et son ex-petit ami, Ole Schell, sur son exp&#233;rience dans le milieu de la mode ; un milieu que la jeune femme d&#233;crit comme &#171; &lt;i&gt;un environnement pr&#233;dateur&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;plein d'hommes d'&#226;ge m&#251;r tournant comme des requins autour de filles jeunes et vuln&#233;rables&lt;/i&gt; &#187; (voir &#171; &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-model-picture-me&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Top model exposes sordid side of fashion&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Observer&lt;/i&gt;, 7 juin 2009).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant la cam&#233;ra, un jeune mod&#232;le du nom de Sena Cech raconte un casting avec l'un des plus grands photographes de mode. &#171; &lt;i&gt;Ch&#233;rie, peux-tu faire quelque chose de plus sexy ?&lt;/i&gt; &#187; lui demande-t-il ; puis son assistant lui dit : &#171; &lt;i&gt;Sena, peux-tu attraper sa queue et la tordre tr&#232;s fort ? Il aime quand on la lui serre vraiment tr&#232;s fort.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait horrible, mais je l'ai fait&lt;/i&gt;, commente-t-elle. &lt;i&gt;Et j'ai eu le job. Mais le lendemain, je me sentais mal.&lt;/i&gt; &#187; (Voir l'&lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-teen-modelling-fashion&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;entretien&lt;/a&gt; avec Sara Ziff dans &lt;i&gt;The Observer&lt;/i&gt;.) Une autre, qui a finalement refus&#233; que son t&#233;moignage figure dans le film, raconte comment, &#224; ses d&#233;buts, alors qu'elle avait 16 ans et n'avait &#171; &lt;i&gt;encore jamais embrass&#233; personne&lt;/i&gt; &#187;, un autre grand photographe (&#171; &lt;i&gt;probablement l'un des plus c&#233;l&#232;bres&lt;/i&gt; &#187;) l'a coinc&#233;e dans un couloir et lui a introduit ses doigts dans le vagin. &#171; &lt;i&gt;A peu pr&#232;s toutes les filles &#224; qui j'ai parl&#233; ont une histoire comme &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, affirme Sara Ziff.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Des poup&#233;es vivantes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_733 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:120px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L120xH164/mulder-30174.jpg' width='120' height='164' alt=&quot;&quot; style='height:164px;width:120px;' /&gt;&lt;/span&gt;Cette violence s'ajoute &#224; celle qui consiste, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; traiter des jeunes filles comme de simples carcasses - &#171; &lt;i&gt;des poup&#233;es vivantes&lt;/i&gt; &#187;, dit Sara Ziff -, r&#233;duites &#224; leur plastique, soumises &#224; des exigences esth&#233;tiques tyranniques. Sur son blog, &#224; la sortie de &lt;i&gt;Picture Me&lt;/i&gt;, &#171; Tatiana The Anonymous Model &#187; faisait le lien, sous le titre &#171; &lt;a href=&quot;http://jezebel.com/5304706/modeling-and-the-tragedy-of-karen-mulder?skyline=true&amp;s=x&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Modelling and the tragedy of Karen Mulder&lt;/a&gt; &#187;, entre le film et ce qui arrivait au m&#234;me moment &#224; l'ancien top model n&#233;erlandais. Celle-ci venait d'&#234;tre plac&#233;e en garde &#224; vue &#224; Paris pour avoir menac&#233; de mort sa chirurgienne esth&#233;tique, &#224; qui elle r&#233;clamait en vain une nouvelle intervention afin de corriger la pr&#233;c&#233;dente, dont elle n'aimait pas le r&#233;sultat. L'&#233;pisode s'ajoutait &#224; une histoire d&#233;j&#224; charg&#233;e, marqu&#233;e notamment par une tentative de suicide et un p&#233;tage de plombs sur le plateau de Thierry Ardisson. La blogueuse rapporte ces propos plut&#244;t troublants tenus par Mulder dans un entretien, peu apr&#232;s sa tentative de suicide : &#171; &lt;i&gt;J'ai toujours d&#233;test&#233; &#234;tre photographi&#233;e. Pour moi, c'&#233;tait juste un r&#244;le, et &#224; la fin, je ne savais plus qui j'&#233;tais vraiment en tant que personne. Tout le monde me disait &#8220;Hey, tu es formidable&#8221; ; mais &#224; l'int&#233;rieur, c'&#233;tait de pire en pire chaque jour.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; de la condition de mannequin, le prix exorbitant auquel ces filles paient le culte que l'on orchestre autour d'elles et les millions de dollars dont on les couvre (et encore : pour les plus en vue d'entre elles, soit une infime minorit&#233;), fait l'objet d'un d&#233;ni g&#233;n&#233;ral. Les frasques d'une Kate Moss, malgr&#233; ses cures de d&#233;sintoxication &#224; r&#233;p&#233;tition (elle expliquait sa d&#233;pendance &#224; l'alcool par le fait que sur les d&#233;fil&#233;s, &#224; 10 heures du matin, il n'y avait rien d'autre &#224; boire que du champagne), restent pr&#233;sent&#233;es comme un style de vie rock'n'roll et &#171; rebelle &#187; - rien d'autre. Comme le rappelle &#171; Tatiana The Anonymous Model &#187;, l'un des dirigeants de l'agence Elite, G&#233;rald Marie, ancien mari du top model Linda Evangelista, film&#233; en cam&#233;ra cach&#233;e par un reporter de la BBC, en 1999, &#171; &lt;i&gt;en train d'offrir 300 livres pour du sexe &#224; un mannequin de 15 ans et de sp&#233;culer sur le nombre de participantes au concours organis&#233; par son agence avec qui il allait coucher cette ann&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, est toujours en fonction. (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; avait publi&#233;, sous le titre &#171; &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p1833/articles/a31461-elite_les_coulisses_d%25E2%2580%2599un_vraifaux_reportage.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#8220;On est comme &#231;a, nous les mecs !&#8221;&lt;/a&gt; &#187; - un vrai cri du c&#339;ur -, un article &#233;tonnamment s&#233;v&#232;re envers le reportage de la BBC et cl&#233;ment envers son objet.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Un &#233;rotisme de ventriloques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Devant les remous suscit&#233;s par le film de Sara Ziff et Ole Schell, les magazines f&#233;minins s'en sont fait l'&#233;cho - mais sans &#233;tablir un lien avec la publicit&#233; constante qu'ils assurent &#224; la condition de mannequin, en la pr&#233;sentant comme la plus enviable du monde, &#224; grands renforts de &lt;i&gt;success stories&lt;/i&gt; et de photos flatteuses. Pas une seule de leurs livraisons, en effet, qui ne relate le &#171; conte de f&#233;es &#187; v&#233;cu par tel ou tel mod&#232;le : comment j'ai &#233;t&#233; d&#233;couverte dans la rue, comment un photographe m'a remarqu&#233;e, comment j'ai encha&#238;n&#233; les couvertures et les d&#233;fil&#233;s, comment je suis devenue riche et c&#233;l&#232;bre, comment j'ai rencontr&#233; l'amour, comment - apoth&#233;ose - je suis devenue maman... Mais en passant plut&#244;t rapidement, en g&#233;n&#233;ral, sur l'&#233;tape &#171; Comment j'ai d&#251; empoigner la queue du Grand Photographe &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sara Ziff, qui a commenc&#233; sa carri&#232;re &#224; 14 ans, rel&#232;ve combien il est probl&#233;matique de demander &#224; des filles de prendre des poses sexy, de jouer de leur sexualit&#233;, alors que celle-ci est encore balbutiante. On notera d'ailleurs l'ironie qu'il peut y avoir &#224; hypersexualiser des filles &#224; peine pub&#232;res, pour ensuite les accuser d'avoir provoqu&#233; les abus dont elles sont victimes, en les qualifiant de &#171; Lolitas perverses &#187; ! Ce qui frappe, c'est la pr&#233;dominance d'un &#233;rotisme de ventriloques, qui balaie la subjectivit&#233; des domin&#233;s. Par rapport &#224; Samantha Gailey, Polanski &#233;tait &#224; tous points de vue en position de dominant : un r&#233;alisateur c&#233;l&#232;bre de 43 ans, face &#224; une gamine anonyme de 13 ans, qu'il recevait dans la villa de Jack Nicholson... Interrog&#233; sur son go&#251;t pour les jeunes filles, dans une s&#233;quence rediffus&#233;e le 2 octobre dans l'&#233;mission d'&#171; &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2381&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Arr&#234;t sur images&lt;/a&gt; &#187; (sur abonnement) consacr&#233;e &#224; l'affaire, il r&#233;fl&#233;chissait un instant, avant de r&#233;pondre un brin tautologiquement : &#171; &lt;i&gt;J'aime les jeunes filles, disons-le comme &#231;a...&lt;/i&gt; &#187; Il ajoutait qu'il y avait diff&#233;rentes mani&#232;res de r&#233;agir &#224; la souffrance : &#171; &lt;i&gt;Certains s'enferment dans un monast&#232;re, et d'autres se mettent &#224; fr&#233;quenter les bordels.&lt;/i&gt; &#187; (A ceux qui font valoir que cet homme a beaucoup souffert, il faudra rappeler leurs prises de positions, la prochaine fois qu'ils fustigeront la &#171; culture de l'excuse &#187; si caract&#233;ristique de la gauche ang&#233;liste.) Il en va de m&#234;me pour le ministre de la culture Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand, qui souligne que la fr&#233;quentation des prostitu&#233;s tha&#239;landais lui a servi &#224; apaiser ses tourments d'homosexuel mal assum&#233; (lire &#224; ce sujet les r&#233;flexions de &lt;a href=&quot;http://didierlestrade.blogspot.com/2009/10/le-chapitre-11.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Didier Lestrade&lt;/a&gt; sur son blog).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La vieille mythomanie
&lt;br /&gt;du client de la prostitution&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'abriter derri&#232;re son statut d'artiste pour justifier cet usage consolatoire de plus faible que soi ne va pas sans poser quelques probl&#232;mes. &#171; &lt;i&gt;La litt&#233;rature&lt;/i&gt;, ironise &lt;a href=&quot;http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/10/09/1066-eloge-de-la-litterature&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Andr&#233; Gunthert&lt;/a&gt; sur Recherche en histoire visuelle, &lt;i&gt;c'est comme la baguette magique de la f&#233;e Clochette : &#231;a transforme tout ce qui est vil et laid en quelque chose de beau et de nimb&#233;, avec un peu de poudre d'or, de musique et de grappes de raisin tout autour. Pour les po&#232;tes, la prostitution n'est plus la mis&#232;re, le sordide et la honte. Elle devient l'archet de la sensibilit&#233;, l'&#233;cho des voix c&#233;lestes, la transfiguration des &#226;mes souffrantes. La litt&#233;rature, &#231;a existe aussi au cin&#233;ma. Talisman de classe, elle prot&#232;ge celui qui la porte de l'adversit&#233;. Que vaut une fillette de 13 ans face &#224; une Palme d'or ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Erotisme de ventriloques, et production artistique de ventriloques, aussi, en effet. Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand se trouve en position de dominant non seulement parce qu'il paie un jeune Tha&#239;landais pour que celui-ci se mette au service de son d&#233;sir (&#171; &lt;i&gt;I want you happy&lt;/i&gt; &#187; : comme c'est touchant), mais aussi parce qu'il en fait ensuite un livre, dont la puissance litt&#233;raire n'a pas &#233;chapp&#233; &lt;a href=&quot;http://bravepatrie.com/Les-ouvertures-de-Frederic,1397&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; nos chevronn&#233;s esth&#232;tes bravepatriotes&lt;/a&gt;, et dans lequel il projette sur le jeune homme les sentiments qui lui conviennent, avec cette &#233;tonnante capacit&#233; &#224; se raconter des histoires que manifestent les clients de la prostitution (&#171; &lt;i&gt;Le fait que nous ne puissions pas nous comprendre augmente encore l'intensit&#233; de ce que je ressens et je jurerais qu'il en est de m&#234;me pour lui&lt;/i&gt; &#187; - voir les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/08/extrait-de-la-mauvaise-vie-de-frederic-mitterrand_1251310_823448.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;extraits&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;). La tendance actuelle &#224; la d&#233;l&#233;gitimation et &#224; l'effacement de la subjectivit&#233; des domin&#233;s peut d'ailleurs s'observer &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-03-11-Les-hors-champ-de-Valse-avec-Bachir-et-Z32&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;dans des domaines tr&#232;s diff&#233;rents&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;ou la pauvret&#233; des r&#244;les f&#233;minins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_735 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH167/soisbelle-363f3.jpg' width='140' height='167' alt=&quot;&quot; style='height:167px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;Porte-manteau &#224; fantasmes, marionnette de ventriloque, c'est aussi la position la plus fr&#233;quente des femmes au cin&#233;ma. &#171; &lt;i&gt;J'avais envie de bastonner les gens qui me disaient : &#8220;&lt;/i&gt;Oh, tu &#233;tais formidable dans ce film !&lt;i&gt;&#8221; J'aurais voulu leur dire : ne me dis pas que tu m'as aim&#233;e l&#224;-dedans, je n'y &#233;tais m&#234;me pas ! C'&#233;tait quelqu'un d'autre !&lt;/i&gt; &#187; Ainsi parlait, en 1976, l'une des actrices - fran&#231;aises et am&#233;ricaines - interview&#233;es par leur cons&#339;ur &lt;strong&gt;Delphine Seyrig&lt;/strong&gt; pour son documentaire &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Sois_belle_et_tais-toi_(film,_1981)&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Edit&#233; en DVD par le &lt;a href=&quot;http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/belle.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Centre audiovisuel Simone de Beauvoir&lt;/a&gt; - que Seyrig a fond&#233; -, le film, malgr&#233; sa mauvaise qualit&#233; technique, m&#233;rite le d&#233;tour. Toutes y racontent la p&#233;nurie de r&#244;les f&#233;minins, et, plus encore, leur pauvret&#233;, les quelques sempiternels clich&#233;s auxquels ils se r&#233;duisent (&#171; &lt;i&gt;Ils sont tr&#232;s rares&lt;/i&gt;, dit l'une d'elles, &lt;i&gt;les films o&#249; la femme est per&#231;ue comme un &#234;tre humain&lt;/i&gt; &#187;). Seule exception, Jane Fonda - dont l'abattage et le charisme cr&#232;vent l'&#233;cran - d&#233;borde d'enthousiasme en &#233;voquant le film qu'elle vient alors de tourner avec Vanessa Redgrave : &lt;i&gt;Julia&lt;/i&gt;, de Fred Zinnemann, sorti en 1977, qui raconte l'amiti&#233; entre deux femmes pendant la seconde guerre mondiale. A propos de son personnage, elle a cette formule &#233;loquente : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait la premi&#232;re fois que je jouais le r&#244;le d'une femme qui ne joue pas un r&#244;le.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces actrices parlent en des termes qui rappellent presque mot pour mot ceux de Karen Mulder : &#171; &lt;i&gt;Je ne savais plus qui j'&#233;tais&lt;/i&gt; &#187;, se souvient encore Jane Fonda en racontant son passage, le jour de son arriv&#233;e &#224; la Warner, sur l'esp&#232;ce de fauteuil de dentiste o&#249; atterrissaient toutes les actrices, tandis que les experts m&#226;les se bousculaient au-dessus d'elles pour les examiner sous toutes les coutures et les maquiller. &#171; &lt;i&gt;Ils m'ont conseill&#233; de me teindre en blonde, de me faire briser les m&#226;choires par le dentiste pour creuser les joues - j'avais encore mes bonnes joues d'adolescente -, de porter des faux seins et de me faire refaire le nez, parce que, avec un nez pareil, je ne pourrais &#8220;jamais jouer la trag&#233;die&#8221; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'homme est un cr&#233;ateur,
&lt;br /&gt;la femme est une cr&#233;ature &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de modeler l'autre en fonction de son fantasme se traduit aussi, en effet, de la mani&#232;re la plus concr&#232;te, en taillant dans la chair. Analysant les &#233;missions de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; qui mettent en sc&#232;ne des op&#233;rations de chirurgie esth&#233;tique, un critique de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; faisait remarquer : &#171; &lt;i&gt;Magie de la technologie au service d'une extr&#234;me violence. Violence contre le corps des femmes, &#8220;violence faite aux femmes&#8221;, comme on dit. Violence presque sym&#233;trique &#224; celle exerc&#233;e par le port de la burqa&lt;/i&gt; [le &#171; &lt;i&gt;presque&lt;/i&gt; &#187; est superflu, &#224; notre avis]. &lt;i&gt;L'acharnement mis &#224; &#8220;d&#233;gager le visage&#8221;, &#224; &#8220;donner le go&#251;t d'&#234;tre visible&#8221; dans un cas rappelle celui mis &#224; masquer, &#224; effacer dans l'autre. Les femmes qui se d&#233;couvrent dans le miroir de &lt;/i&gt;Miss Swan &#8220;ne se reconnaissent pas&#8221;. &lt;i&gt;Pas plus que les femmes portant la burqa. Rien &#224; voir ? Non, rien &#224; voir. D'ailleurs, a-t-on vu une mission parlementaire enqu&#234;ter sur la chirurgie esth&#233;tique ?&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/degager-le-visage-c-est-creer-de-la-beaute,45054.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#8220;D&#233;gager le visage, c'est cr&#233;er de la beaut&#233;&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, T&#233;l&#233;rama.fr, 30 juillet 2009 ; voir aussi le film r&#233;alis&#233; par des f&#233;ministes italiennes, &lt;a href=&quot;http://www.ilcorpodelledonne.net/?page_id=515&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Il corpo delle donne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_736 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH191/sois-belle-et-tais-toi-98da5.jpg' width='140' height='191' alt=&quot;&quot; style='height:191px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'homme est un cr&#233;ateur, la femme est une cr&#233;ature &#187; : autant dire que cette division des r&#244;les a des racines tr&#232;s profondes (voir aussi &#224; ce sujet &#171; &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-07-29-Les-arts-du-spectacle-une-affaire-d-hommes&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les arts du spectacle, une affaire d'hommes&lt;/a&gt; &#187;, Les blogs du Diplo, 29 juillet 2009). Dans &lt;i&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, toujours, Maria Schneider, covedette avec Marlon Brando du &lt;i&gt;Dernier tango &#224; Paris&lt;/i&gt; de Bernardo Bertolucci, sorti en 1972 et dans lequel, comme dit &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dernier_Tango_&#224;_Paris&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;une tablette de beurre devint c&#233;l&#232;bre&lt;/i&gt; &#187;, raconte, elle, que, durant le tournage, Bertolucci lui a &#224; peine adress&#233; la parole : &#171; &lt;i&gt;Il a fait le film avec Marlon.&lt;/i&gt; &#187; Une autre lui fait &#233;cho : &#171; &lt;i&gt;Tout le cin&#233;ma n'est qu'un &#233;norme fantasme masculin.&lt;/i&gt; &#187; Trente-cinq ans plus tard, le constat, &#224; peu de choses pr&#232;s, reste valable. La seule diff&#233;rence notable, c'est peut-&#234;tre que plus personne, ou presque, n'y trouve s&#233;rieusement &#224; redire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; : une pr&#233;cision importante de Val&#233;rie de Saint-Do, de &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Cassandre/Horschamp&lt;/a&gt; : &lt;i&gt;&#171; Il existe un &#8220;&#226;ge du consentement&#8221; du mineur &#224; des relations sexuelles, de 15 ans en France, de 16 en Grande-Bretagne, de... 13 ! en Espagne. En ce cas les relations sexuelles sont l&#233;gales, mais les parents restant d&#233;tenteurs de l'autorit&#233; parentale, ils peuvent porter plainte pour d&#233;tournement de mineur. Le jugement ne s'appuie pas alors sur le fait qu'il y ait des relations sexuelles mais sur les incidences qu'ont ces relations sur le comportement du mineur (fuite du domicile parental par exemple). Et il existe des cas o&#249; ces relations restent punissables, en cas de subordination du mineur (prof/&#233;l&#232;ve par exemple). Dans la confusion g&#233;n&#233;rale o&#249; on confond quand m&#234;me beaucoup p&#233;dophilie et relations avec mineurs, &#231;a me semble important &#224; pr&#233;ciser. Et &#231;a ne change rien au fond du sujet qui est de reconna&#238;tre l'adolescente ou la femme comme sujet de son d&#233;sir ou de son non-d&#233;sir. Mais comme son d&#233;sir fait peur, il s'agit aussi de ne pas cautionner la r&#233;pression sexuelle exerc&#233;e envers des adolescentes (et tr&#232;s rarement des adolescents, sauf s'ils sont homosexuels !) qui ont atteint l'&#226;ge du consentement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La reconqu&#234;te de l'imaginaire, m&#232;re des batailles</title>
		<link>http://www.peripheries.net/article323.html</link>
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		<dc:date>2009-09-16T20:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Rationalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&#171; La gauche est morte &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Michel Le Bris en... 1981, dans son livre Le paradis perdu. Il pr&#233;cisait que c'&#233;tait l&#224; une nouvelle qui, loin de n'affecter que les militants de cette sensibilit&#233; politique, mettait en crise la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Comment reconstruire une vision du monde dont la force d'attraction soit suffisante pour ranimer les &#233;nergies et les espoirs &#233;vanouis ? La pens&#233;e de Le Bris, mais aussi celle de deux autres auteurs, Jacques G&#233;n&#233;reux et (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique6.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot10.html" rel="tag"&gt;Rationalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot27.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L103xH150/arton323-ded3e.jpg&quot; width='103' height='150' style='height:150px;width:103px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La gauche est morte &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Michel Le Bris en... 1981, dans son livre &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;. Il pr&#233;cisait que c'&#233;tait l&#224; une nouvelle qui, loin de n'affecter que les militants de cette sensibilit&#233; politique, mettait en crise la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Comment reconstruire une vision du monde dont la force d'attraction soit suffisante pour ranimer les &#233;nergies et les espoirs &#233;vanouis ? La pens&#233;e de Le Bris, mais aussi celle de deux autres auteurs, Jacques G&#233;n&#233;reux et l'Am&#233;ricain Stephen Duncombe, offrent pour cela des pistes int&#233;ressantes. Tous trois partagent une conviction : les progressistes resteront condamn&#233;s &#224; l'impuissance aussi longtemps qu'ils s'obstineront &#224; vouloir s'adresser aux citoyens non pas tels qu'ils sont - mus par des passions, des &#233;motions, assoiff&#233;s d'id&#233;es et de fictions -, mais tels qu'ils les fantasment : parfaitement rationnels, raisonnables, motiv&#233;s uniquement par des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels - un mod&#232;le improbable auquel eux-m&#234;mes, d'ailleurs, ne correspondent le plus souvent qu'au prix d'hypocrisies ou d'acrobaties morales inutiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La gauche est morte.&lt;/i&gt; &#187; Ce constat, Michel Le Bris le posait en... 1981, dans &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;. Le livre parut entre les deux tours de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle qui allait voir la victoire de Fran&#231;ois Mitterrand. Il aura donc fallu deux grosses d&#233;cennies pour que la v&#233;rit&#233; du diagnostic s'impose aux yeux de tous ; un diagnostic d'autant plus grave que la r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; la gauche &#187;, pour cet ancien de la Gauche prol&#233;tarienne (GP), d&#233;signait bien davantage qu'un engagement partisan : &#171; &lt;i&gt;Lorsque nous nous disions autrefois &#8220;de gauche&#8221;, cela tenait de l'&#233;vidence et d&#233;passait infiniment la r&#233;f&#233;rence &#224; un parti ou un programme de gouvernement : une mani&#232;re d'&#234;tre, une certaine id&#233;e, obscure sans doute, toujours implicite, mais t&#234;tue, de ses rapports aux autres et au monde, une capacit&#233; d'indignation, le refus de la &#8220;paix int&#233;rieure&#8221;, une esp&#233;rance qui donnait son sens &#224; l'action - et c'est bien cette esp&#233;rance qui, aujourd'hui, n'est plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_731 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH257/paradis-33f83.jpg' width='160' height='257' alt=&quot;&quot; style='height:257px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;La &#171; mort de la gauche &#187;, loin de ne concerner que les tenants d'une sensibilit&#233; politique particuli&#232;re, repr&#233;sentait &#224; ses yeux un d&#233;sastre pour tout le monde : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;tat de soci&#233;t&#233; r&#233;sulte d'un lien nou&#233; entre les &#234;tres hors du champ politique, faute de quoi celui-ci se retrouve sans efficace propre, en sorte que cette esp&#233;rance en une communaut&#233; &#233;thique des hommes, qui fut le principe de la gauche, ce d&#233;sir d'un &#8220;&#234;tre-ensemble&#8221;, est le ciment n&#233;cessaire de toute d&#233;mocratie, sans laquelle la droite elle-m&#234;me ne pourrait gouverner&lt;/i&gt; (...)&lt;i&gt;. Ce n'est pas un hasard, mais l'expression d'une n&#233;cessit&#233;, si, depuis la R&#233;sistance, l'ensemble des id&#233;es, des repr&#233;sentations, des valeurs qui constituaient le discours oblig&#233; de la gauche sur les fins derni&#232;res de la soci&#233;t&#233; est devenu en quelque sorte le programme commun de la classe politique : la mort de la gauche met en crise la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, parce que, au-del&#224; du politique, c'est l'&#8220;&#234;tre-ensemble&#8221;, la substance m&#234;me du lien social, qui s'en trouve affect&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Le Bris, Le paradis perdu, Grasset, collection &#171; Figures &#187;, Paris, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;). &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Allons-nous repartir
&lt;br /&gt;pour un tour d'illusions, &lt;br /&gt;tenter de r&#233;animer, &lt;br /&gt;comme en un th&#233;&#226;tre d'ombres,
&lt;br /&gt;les grands principes d&#233;j&#224; morts ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces mots r&#233;sonnent avec une force particuli&#232;re au moment o&#249; de nombreux pays occidentaux, &#224; commencer par la France et l'Italie, s'enfoncent dans une sorte d'&lt;i&gt;antipolitique&lt;/i&gt; consistant, pour ceux qui la pratiquent, &#224; miser sur le &#171; chacun pour soi &#187; et &#224; attiser les ranc&#339;urs, donnant naissance, pour reprendre le terme de Jacques G&#233;n&#233;reux, &#224; une &#171; &lt;a href=&quot;http://dissociete.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;dissoci&#233;t&#233;&lt;/a&gt; &#187; plut&#244;t qu'&#224; une soci&#233;t&#233;. En France, la ringardisation du gaullisme par le sarkozysme - que montre bien, par exemple, le documentaire de Gilles Perret &lt;a href=&quot;http://www.walterretourenresistance.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Walter, Retour en r&#233;sistance&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sur les &#233;crans en novembre prochain -, ach&#232;ve de liquider l'h&#233;ritage de l'apr&#232;s-guerre. Une soci&#233;t&#233; peut-elle &#171; tenir &#187; quand la droite est priv&#233;e de la possibilit&#233; de d&#233;poser quelques &#339;ufs de coucou dans le nid construit par la gauche ? Oui, sans doute. Mais on peut craindre que ce ne soit qu'en devenant de plus en plus in&#233;galitaire, inhumaine, &#233;touffante, violente, sinistre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_730 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH260/padici-00e27.gif' width='160' height='260' alt=&quot;&quot; style='height:260px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Le t&#233;lescopage a de quoi m&#233;duser : &#224; contre-courant complet, au moment m&#234;me o&#249; le &#171; peuple de gauche &#187;, persuad&#233; de l'av&#232;nement imminent d'une &#232;re nouvelle, festoyait &#224; la Bastille pour saluer l'&#233;lection de son h&#233;ros, Michel Le Bris, dans un entretien - refus&#233; - &#224; la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, d&#233;crivait tr&#232;s exactement l'alternative &#224; laquelle la gauche, presque trente ans plus tard, ne peut plus se d&#233;rober : &#171; &lt;i&gt;Aurons-nous le courage d'inventer une gauche nouvelle, et un principe nouveau pour cette gauche, ou bien allons-nous repartir pour un tour d'illusions, tenter de r&#233;animer, comme en un th&#233;&#226;tre d'ombres, les grands principes d&#233;j&#224; morts ? Dans ce dernier cas les r&#233;veils seront tr&#232;s amers : quand le r&#233;el imposera ses contraintes, nous n'aurons plus alors les moyens de les dominer&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans son autobiographie, Nous ne sommes pas d'ici, Grasset, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;). &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste, bien s&#251;r, &#224; d&#233;m&#234;ler les v&#233;ritables appels &#224; r&#233;inventer la gauche de ceux qui n'invitent &#224; r&#233;nover que pour mieux enterrer. Une fois de plus, cet &#233;t&#233;, les affligeantes gesticulations du d&#233;put&#233;-maire socialiste d'Evry, Manuel Valls, appelant son parti &#224; abandonner le mot de &#171; socialisme &#187; sous pr&#233;texte que le &#171; &lt;i&gt;d&#233;veloppement de l'individualisme&lt;/i&gt; &#187; serait une &#171; &lt;i&gt;dynamique irr&#233;versible&lt;/i&gt; &#187; (voir son &lt;a href=&quot;http://www.valls.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;blog&lt;/a&gt;), ont montr&#233; jusqu'o&#249; pouvaient aller la reddition philosophique et l'indigence intellectuelle qui minent le PS de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pens&#233;e de Michel Le Bris offre des ressources pr&#233;cieuses pour rem&#233;dier aux maux dont souffre la gauche aujourd'hui : absence de vision du monde, pauvret&#233; des formes et de l'imaginaire, transformation de la r&#233;sistance en un but en soi, impuissance &#224; &#233;baucher un avenir d&#233;sirable et &#224; mobiliser des valeurs positives, incapacit&#233; &#224; toucher les sensibilit&#233;s contemporaines, &#224; parler un langage largement audible et &#224; rendre op&#233;rante sa critique de l'ordre social... Pourtant, &#224; premi&#232;re vue, l'homme aurait de quoi susciter une certaine m&#233;fiance. On en a un peu trop vus, de ces anciens &#171; maos &#187; qui ont tout reni&#233; pour se faire les thurif&#233;raires du monde tel qu'il va, et le compagnonnage de Le Bris avec Andr&#233; Glucksmann, son camarade de la GP converti au sarkozysme et au n&#233;oconservatisme, sans m&#234;me parler du fait que &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt; fut publi&#233; chez Grasset dans la collection &#171; Figures &#187; dirig&#233;e par Bernard-Henri L&#233;vy, pourrait donner envie de s'enfuir en courant. En outre, Le Bris est de ceux pour qui la Terreur a d&#233;natur&#233; la R&#233;volution fran&#231;aise, et pour qui la r&#233;v&#233;lation du goulag et la lecture de Soljenitsyne ont constitu&#233; une rupture fondamentale : deux traits qui, chez la plupart de ceux qui les partagent, pr&#233;ludent en g&#233;n&#233;ral &#224; la disqualification de toute contestation de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas le cas chez Michel Le Bris, et c'est &#224; tort qu'on l'a parfois assimil&#233; aux &#171; nouveaux philosophes &#187;. Tout, dans ses &#233;crits et son parcours (du moins pour ce qu'on en conna&#238;t), suscite au contraire le respect et l'int&#233;r&#234;t. Jamais il ne s'est plac&#233; du c&#244;t&#233; du manche. Si, &#224; un moment, il a vir&#233; et pris ses distances avec le militantisme politique, ce n'&#233;tait pas par reniement, mais au contraire pour rester fid&#232;le &#224; l'exigence premi&#232;re qui l'avait pouss&#233; &#224; s'engager. De toute fa&#231;on, il faut avouer qu'on serait pr&#234;te &#224; pardonner &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi &#224; celui &#224; qui l'on doit l'&#233;dition fran&#231;aise des &lt;i&gt;Essais sur l'art de la fiction&lt;/i&gt; de Stevenson, qui nous avaient servi il y a quelques ann&#233;es de &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article223.html&quot; class='spip_in'&gt;munitions contre Houellebecq&lt;/a&gt; (sur ce site mais aussi dans &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article15.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;La tyrannie de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;chapp&#233;e de la litt&#233;rature&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Car, si Le Bris a d&#233;sert&#233; la politique, c'est pour se jeter &#224; corps perdu dans la fiction, avec une passion particuli&#232;re pour les &#233;crivains-voyageurs. Il a cr&#233;&#233; en 1989 le festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, berceau en 2007 du &#171; &lt;a href=&quot;http://www.etonnants-voyageurs.net/spip.php?article1574&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Manifeste pour une &#8220;litt&#233;rature-monde&#8221; en fran&#231;ais&lt;/a&gt; &#187;. Ce texte a suscit&#233; des r&#233;actions parfois tr&#232;s virulentes. La plus caricaturale fut sans doute celle d'un myst&#233;rieux &#171; Institut de d&#233;mobilisation &#187;, subtilement intitul&#233;e &#171; &lt;a href=&quot;http://www.le-terrier.net/i2d/litterature_bourgeoise.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;De la litt&#233;rature bourgeoise et de sa mort annonc&#233;e&lt;/a&gt; &#187; (PDF), qui accusait : &#171; &lt;i&gt;Ce voyage dont Le Bris et sa clique d'ind&#233;racinables font infatigablement l'&#233;loge chaque ann&#233;e &#224; Saint-Malo est seulement un voyage pour les &#233;lites cosmopolites et les couches sup&#233;rieures de la classe moyenne, dont sans conteste ils sont ; un voyage pour les nantis de la forteresse polici&#232;re Occident, qui disposent de tous les laissez-passer, de tous les visas et de tout l'argent leur permettant de r&#233;aliser leurs petites affaires &#233;conomiques, universitaires et culturelles aux quatre coins de la plan&#232;te. Ce voyage est seulement le voyage d'une minorit&#233; de &#8220;travel writers&#8221; bourgeois qui encombrent ensuite les rayons des espaces culturels E. Leclerc de leurs dispensables &#233;tats d'&#226;me.&lt;/i&gt; &#187; Cette diatribe traitait abusivement les &#233;crivains comme une caste sociale, ce qu'ils ne sont pas (voir &#224; ce sujet &#171; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article309.html&quot; class='spip_in'&gt;L'emploi du temps&lt;/a&gt; &#187;) : on doute fort que la grande majorit&#233; des invit&#233;s d'Etonnants Voyageurs, en dehors de quelques vedettes - et encore -, roule sur l'or, ou qu'elle ne &#171; &lt;i&gt;connaisse du monde que ses salles d'embarquement, ses d&#238;ners chez les ambassadeurs, ses bons vins, ses aquarelles, ses &#233;pices et ses &#238;les au tr&#233;sor&lt;/i&gt; &#187;. Et, au fait, &#224; partir de quel montant de droits d'auteur un &#233;crivain voit-il fondre la valeur litt&#233;raire de son &#339;uvre et la pertinence de son regard sur le monde ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En somme, c&#233;l&#233;brer le brassage des cultures et l'app&#233;tit de d&#233;couverte, ce serait faire insulte aux migrants qui meurent par dizaines en M&#233;diterran&#233;e, et oublier &#171; &lt;i&gt;que pour tous les damn&#233;s de ce monde, pour les ouvriers immigrants chass&#233;s de leurs foyers par la pauvret&#233; et la violence (ethnique, religieuse), pour la pl&#232;be, voyager est une exp&#233;rience &#233;minemment traumatique&lt;/i&gt; &#187;. Vive Christine Angot, qui ne prend jamais l'avion ! On lit encore, et les bras nous en tombent, qu'il faudrait &#171; &lt;i&gt;cesser d'&#234;tre dupes&lt;/i&gt; &#187; de la &#171; &lt;i&gt;vision idyllique - et indiscutablement coup&#233;e du r&#233;el - du voyage et de toutes les &#8220;migrations&#8221; en veux-tu en voil&#224;&lt;/i&gt; &#187; que donneraient ces &#233;crivains (c'est s&#251;r que le Congo racont&#233; par &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article312.html&quot; class='spip_in'&gt;Lieve Joris&lt;/a&gt;, par exemple, c'est Disneyland), et que &#171; &lt;i&gt;l'urgence est bien plut&#244;t celle d'un monde qui serait enfin racont&#233; par ceux &lt;/i&gt;qui en vivent la trag&#233;die au plus pr&#232;s&lt;i&gt;, par ces hommes ordinaires, &#233;ternels exclus des arts et des lettres, qui seuls peuvent nous donner acc&#232;s &#224; la mis&#232;re de la vie quotidienne en milieu marchand et &#224; la catastrophe politique et sociale plan&#233;taire en marche&lt;/i&gt; &#187;. On voit combien cette logique d'assignation &#224; l'horreur, hyst&#233;riquement culpabilisatrice, est mutilante et intenable. Elle donne comme l'impression que la &#171; pl&#232;be &#187; et les morts de la M&#233;diterran&#233;e sont ici instrumentalis&#233;s au service d'un ressassement morbide et d'une radicalit&#233; pavlovienne qui les concernent d'assez loin. Ou comment, au nom du devoir de r&#233;volte, on pr&#233;tend criminaliser la pulsion vitale sans laquelle il n'y a pas de r&#233;volte possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, la confrontation de ces points de vue - c&#233;l&#233;bration relativement apolitique des charmes du voyage contre rappel brutal des rapports de forces et de la violence de l'ordre du monde - est int&#233;ressante. Dans &lt;i&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, son autobiographie, Michel Le Bris se plaint d'avoir souvent rencontr&#233; cette opposition : &#171; &lt;i&gt;Je disais le d&#233;sir de d&#233;couverte, le vertige de l'inconnu, en soi et dans le monde, la simple curiosit&#233; et l'on m'objectait aussit&#244;t, &#233;poque oblige, abject imp&#233;rialisme, cupidit&#233; de l'Occident, volont&#233; criminelle d'appropriation.&lt;/i&gt; &#187; La publication en France de &lt;i&gt;L'Orientalisme&lt;/i&gt; d'&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article204.html&quot; class='spip_in'&gt;Edward Sa&#239;d&lt;/a&gt;, en 1980, l'a particuli&#232;rement mis en difficult&#233; ; avec beaucoup de mauvaise foi, il reproche &#224; Sa&#239;d d'&#233;tablir &#171; &lt;i&gt;quasiment un rapport de cause &#224; effet entre &lt;/i&gt;Le Voyage en Orient&lt;i&gt; de Nerval et le bombardement des camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Sans m'en rendre compte,
&lt;br /&gt;j'avais perdu l'&#233;coute de la musique
&lt;br /&gt;au fil des ann&#233;es militantes, &lt;br /&gt;et ne lisais plus de po&#232;mes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais, entre l'acuit&#233; analytique d'un Sa&#239;d et l'&#233;lan d'un Le Bris, pourquoi faudrait-il choisir ? Nous avons besoin des deux : de la lucidit&#233; ET de l'enchantement ; de la connaissance ET du r&#234;ve. Sauf que ce dont la gauche cr&#232;ve aujourd'hui, ce n'est pas d'un d&#233;faut de lucidit&#233;. Et il serait dommage de se priver de la r&#233;flexion de Michel Le Bris sous pr&#233;texte qu'il est devenu un peu mou du genou politiquement - comme s'il fallait forc&#233;ment, pour faire son miel d'un auteur, pouvoir tout prendre en bloc...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le D&#233;fi romantique&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Flammarion, Paris, 2002.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;) (d'abord publi&#233; en 1981 sous le titre de &lt;i&gt;Journal du romantisme&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Skira, Gen&#232;ve, 1981.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;)), Le Bris raconte ainsi le moment qui suivit sa rupture avec la Gauche prol&#233;tarienne et son d&#233;part de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qu'il avait cofond&#233; : &#171; L'homme aux semelles de vent&lt;i&gt; fut &#233;crit ainsi : comme un accident&#233; r&#233;apprend &#224; marcher. En renouant les fils bris&#233;s de ce que j'avais &#233;t&#233; avant ces ann&#233;es militantes, et avant ces ann&#233;es 60 o&#249; nous nous &#233;tions tous voulus singes savants, r&#233;citants domestiques de Barthes, de Lacan, d'Althusser - en revenant vers le vivant foyer qui, me semblait-il, m'avait fait ce que j'&#233;tais, d&#233;pouill&#233; des oripeaux oblig&#233;s de l'&#233;poque. La Bretagne de mon enfance, d'abord - entendez : l'&#233;veil au po&#232;me du monde, la tension entre la demeure et l'errance, l'appel du Grand Dehors. La musique, dont j'avais eu le sentiment, en la d&#233;couvrant, qu'elle me r&#233;v&#233;lait &#224; moi-m&#234;me, qu'en elle, myst&#233;rieusement, en de&#231;&#224; de toute parole, se jouait le myst&#232;re de notre entr&#233;e en humanit&#233;, le recueillement en soi de l'Autre. Et puis la litt&#233;rature, ma &#8220;raison d'&#234;tre&#8221; depuis toujours - et particuli&#232;rement le romantisme allemand que je tenais pour d&#233;j&#224; pour le pari le plus radical jamais tent&#233; sur la litt&#233;rature. D'en retrouver le chemin me faisait mesurer comme, sans m'en rendre compte, j'avais perdu l'&#233;coute de la musique au fil des ann&#233;es militantes, et ne lisais plus de po&#232;mes.&lt;/i&gt; &#187; Il r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Contre les Infaillibles, pour reprendre la belle expression de Paul Rozenberg, le grand d&#233;fi des Vuln&#233;rables. Contre le fanatisme des dogmes, la petite flamme lib&#233;ratrice du po&#232;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_728 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH257/defi-98b4b.jpg' width='160' height='257' alt=&quot;&quot; style='height:257px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;On a d&#233;j&#224; eu l'occasion d'&#233;voquer ici les tr&#233;sors insoup&#231;onn&#233;s que rec&#232;le le romantisme - tr&#232;s loin des clich&#233;s auxquels on l'a associ&#233; pour mieux le refouler -, &#224; travers la recension du livre de Micha&#235;l L&#246;wy et Robert Sayre, &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article52.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;R&#233;volte et m&#233;lancolie - Le romantisme &#224; contre-courant de la modernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1992). &#171; &lt;i&gt;Aussi fou, donc, et aussi n&#233;cessaire hier qu'aujourd'hui, le d&#233;fi romantique&lt;/i&gt;, rench&#233;rit Michel Le Bris. &lt;i&gt;Non pas comme un catalogue de recettes dans lequel il nous suffirait de puiser pour ouvrir les portes de l'avenir, mais comme une aventure qu'il nous revient de poursuivre, de prolonger pour les temps pr&#233;sents, de r&#233;inventer&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Le D&#233;fi romantique, op. cit.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;). &#187; Lui fait &#233;cho, dans son exp&#233;rience, le souvenir &#233;bloui de Mai 68 : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s tout, mai 1968 est aussi le grand refoul&#233; des temps pr&#233;sents, devenu proprement &#8220;impensable&#8221;, r&#233;duit &#224; quelques caricatures d&#233;risoires - lors m&#234;me que les d&#233;bats n&#233;s de son effervescence continuent d'agiter la soci&#233;t&#233; dans ses tr&#233;fonds. Comme bien d'autres, j'avais v&#233;cu avec intensit&#233; ces journ&#233;es de printemps, moins d'ailleurs comme une r&#233;volution politique que comme un moment de miraculeuse douceur, de l&#233;g&#232;ret&#233; : un moment de gr&#226;ce - &#224; entendre au sens fort, pour reprendre les termes de Maurice Clavel, d'une &#8220;d&#233;livrance de l'&#226;me captive&#8221;. Et comme bien d'autres j'avais v&#233;cu dans le d&#233;sarroi la lente d&#233;rive des ann&#233;es militantes qui suivirent, lorsque nos r&#234;ves de libert&#233; se renversaient, quoi que nous fassions, en dictature du groupe sur chacun. En somme, pour dire ce &#8220;soul&#232;vement de la vie&#8221;, cette all&#233;gresse, cette sensation d'une immensit&#233; &#233;veill&#233;e au plus intime de soi, nous n'avions pas de mots, mais seulement les langues mortes de la raison politique, les vocables us&#233;s de la R&#233;volution qui parlaient malgr&#233; nous, &#224; travers nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'Imagination cr&#233;atrice
&lt;br /&gt;contre la &#171; m&#233;canique mortif&#232;re
&lt;br /&gt;des rationalismes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gr&#226;ce&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#226;me&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;all&#233;gresse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;immensit&#233;&lt;/i&gt; : ces citations suffisent &#224; montrer, je suppose, que ce monsieur emploie un langage d'un lyrisme aussi aga&#231;ant que suspect. C'est que Michel Le Bris, en remontant le cours de l'histoire pour tenter de d&#233;terminer &#171; &lt;i&gt;quel fut le pi&#232;ge o&#249; l'esp&#233;rance humaine se prit&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Le Bris, Le paradis perdu, op. cit.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;) &#187;, bute sur la conception de la Raison h&#233;rit&#233;e des Lumi&#232;res, et la juge d'une &#233;troitesse probl&#233;matique, inapte &#224; saisir le monde (&#224; ce sujet, on lira aussi notre &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article53.html&quot; class='spip_in'&gt;critique de l'atterrant &lt;i&gt;Trait&#233; d'ath&#233;ologie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Michel Onfray). Il est constern&#233; par la faiblesse de l'art produit par les Lumi&#232;res : &#171; &lt;i&gt;Si la chute appara&#238;t vertigineuse, le d&#233;sastre total, peut-&#234;tre vaut-il la peine d'enfin s'interroger sur la nature exacte de ce que les Lumi&#232;res refoulent, caricaturent, ou nient, sous pr&#233;texte de &#8220;lib&#233;ration&#8221; - que valent des philosophies qui conduisent l'art aussi rapidement &#224; sa ruine, &#224; quelle libert&#233; humaine peuvent-elles pr&#233;tendre si elles manifestent aussi &#233;videmment leur incapacit&#233; &#224; ressentir et restituer l'int&#233;riorit&#233; des &#234;tres ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il d&#233;couvre avec enthousiasme le livre de l'orientaliste Henry Corbin, &lt;i&gt;L'imagination cr&#233;atrice dans le soufisme d'Ibn Arabi&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Henry Corbin, L'imagination cr&#233;atrice dans le soufisme d'Ibn (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;) : le concept d'&#171; imagination cr&#233;atrice &#187; lui semble ouvrir la voie &#224; une forme d'entendement plus puissante et plus juste que celle offerte par la &#171; &lt;i&gt;m&#233;canique mortif&#232;re des rationalismes&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Le Bris, Le paradis perdu, op. cit.' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;) &#187;. L'imagination cr&#233;atrice doit &#234;tre distingu&#233;e de la simple &#171; fantaisie &#187;, &#171; &lt;i&gt;productrice d'imaginaire au sens habituel, c'est-&#224;-dire d'irr&#233;el - celle-l&#224; n'est que le triste r&#233;sidu du dualisme occidental, lorsqu'oubliant la n&#233;cessaire m&#233;diation, l'esprit, d&#233;sorient&#233;, d&#233;faille devant les s&#233;ductions de l'image sans la pouvoir penser&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;L'&#226;ge classique&lt;/i&gt;, observe-t-il encore, &lt;i&gt;refusant toute puissance cognitive &#224; l'imagination, s&#233;parant absolument l'Esprit de la Nature, s'enferre dans le strict dualisme de la pens&#233;e et de l'&#233;tendue, sans plus de moyen de penser leur rapport&lt;/i&gt; &#187; - ce qui nous ram&#232;ne aux travaux d'&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article184.html&quot; class='spip_in'&gt;Augustin Berque&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Le Bris, l'&#234;tre humain et la soci&#233;t&#233; ne peuvent vivre sans une dimension qui les d&#233;passe, et qui conserve aux choses une part de myst&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Nous mourons d'asphyxie dans un monde &#233;triqu&#233;, r&#233;duit &#224; deux dimensions : j'ai voulu tenter de retrouver, comme foyer de r&#233;sistance et lieu de symbolisation, une troisi&#232;me dimension qui redonnerait enfin au monde sa profondeur et &#224; l'Homme sa grandeur - le &#8220;tiers-monde&#8221; m&#233;diateur, notre seul Nouveau Monde.&lt;/i&gt; &#187; On a d&#233;j&#224; eu l'occasion de dire (dans &lt;i&gt;La tyrannie de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;) que cette part de myst&#232;re, loin de relever d'une extravagance irrationnelle, correspondait au contraire parfaitement &#224; l'&#233;tat actuel de la science, plus fait d'interrogations que de certitudes : le fin mot de la simple nature de la mati&#232;re se r&#233;v&#232;le aujourd'hui insaisissable. Comme l'&#233;crivait d&#233;j&#224; Alan W. Watts il y a un demi-si&#232;cle, &#171; &lt;i&gt;la poussi&#232;re sur les &#233;tag&#232;res a pris autant de myst&#232;re que les &#233;toiles les plus &#233;loign&#233;es ; nous connaissons suffisamment les deux pour savoir que nous n'y connaissons rien du tout&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Alan W. Watts, Eloge de l'ins&#233;curit&#233;, traduit de l'anglais par (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;) &#187;. Pour cette raison, on pr&#233;f&#233;rera d'ailleurs parler d'&#171; immanence &#187; plut&#244;t que de &#171; transcendance &#187;, comme le fait Le Bris : non pas un principe ext&#233;rieur qui viendrait donner son sens &#224; l'existence humaine, mais un principe d'inconnu intimement m&#234;l&#233; &#224; la nature m&#234;me des choses et du monde - nous-m&#234;mes compris.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La pauvre bou&#233;e
&lt;br /&gt;de nos lieux communs
&lt;br /&gt;de mangeurs de cur&#233;s &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que ce retour d'une &#171; troisi&#232;me dimension &#187;, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que la gauche s'acharne de toutes ses forces &#224; conjurer comme la pire des r&#233;gressions obscurantistes. Le Bris a beau rester strictement hors du champ du religieux, il n'&#233;chappe pas au soup&#231;on, en particulier en raison de son amiti&#233; avec le philosophe Maurice Clavel (1920-1979), gaulliste de gauche converti au catholicisme. En t&#233;moigne ce qu'&#233;crit l'historien des id&#233;es Daniel Lindenberg dans son nouveau livre, &lt;i&gt;Le proc&#232;s des Lumi&#232;res&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Daniel Lindenberg, Le proc&#232;s des Lumi&#232;res, Seuil, Paris, 2009.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;) : en 1976, raconte-t-il, Clavel &#171; &lt;i&gt;r&#233;unit &#224; Vezelay un &#8220;groupe socratique&#8221; compos&#233; d'anciens de la Gauche prol&#233;tarienne et leur annonce qu'ils vont partir &#224; la conqu&#234;te du monde intellectuel.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Les onze intellectuels qui ont r&#233;pondu &#224; la convocation sont presque tous d'anciens dirigeants de la GP (Fran&#231;ois Ewald, Alain Geismar, Andr&#233; Glucksmann, Guy Lardreau, Michel Le Bris, Jean-Pierre Le Dantec, etc.).&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Les douze ap&#244;tres vont discuter de l'avenir, en partant du pr&#233;suppos&#233; clav&#233;lien qu'il n'est de r&#233;volution que &#8220;spirituelle&#8221; et, si possible, chr&#233;tienne. Je me souviens personnellement de ce que m'avait confi&#233;, un peu scandalis&#233;, mon ami Christian Bourgois, rencontr&#233; un mois plus tard : &lt;/i&gt;&#8220;Ils veulent me convaincre que la seule vraie r&#233;volution est la r&#233;volution chr&#233;tienne !&#8221; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'agissant de Le Bris, du moins, le proc&#232;s est injuste : dans ses livres, il r&#233;fute on ne peut plus clairement toute affiliation religieuse. Il conclut l'introduction du &lt;i&gt;Paradis perdu&lt;/i&gt; sur cette pr&#233;cision : &#171; &lt;i&gt;Enfin, &#224; l'intention de ceux que les mots par trop effraient : il sera, aussi, parfois question de &#8220;Dieu&#8221;. Non que je veuille troquer de suppos&#233;s habits de militant pour la robe de bure des nouveaux missionnaires : nulle trace ici, du moins je l'esp&#232;re !, de bigoterie, de soumission &#224; quelque Eglise, ou de reconnaissance des pouvoirs de ce vieillard &#224; grande barbe tr&#244;nant dans le ciel qui fit autrefois les cauchemars des libres penseurs.&lt;/i&gt; &#187; S'il parle de &#171; &lt;i&gt;Dieu&lt;/i&gt; &#187;, dit-il, c'est comme d'une &#171; &lt;i&gt;fiction&lt;/i&gt; &#187; : une fiction &#171; &lt;i&gt;par laquelle l'Homme, pr&#233;cis&#233;ment, d&#233;signe une dimension en lui, qui, parce qu'elle transcende le social-historique, seule pourrait lui donner sens. Ici, nous touchons peut-&#234;tre au point m&#234;me o&#249; la crise se noue. Ici, v&#233;ritablement, commence la pens&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce m&#234;me livre, il a des pages tr&#232;s dures sur tout ce dont la gauche se prive en jetant le b&#233;b&#233; de la transcendance avec l'eau du bain de la superstition et de la religion : &#171; &lt;i&gt;Resterons-nous alors d&#233;sarm&#233;s, cramponn&#233;s, tels des naufrag&#233;s dans la temp&#234;te, &#224; la pauvre bou&#233;e de nos lieux communs de mangeurs de cur&#233;s ? Pouvons-nous vraiment nous satisfaire, pour toute analyse, des rires h&#233;b&#233;t&#233;s de quelques brutes confites en leurs conformismes irr&#233;ligieux, de leurs quolibets, anath&#232;mes et injures ? Devons-nous &lt;/i&gt;n&#233;cessairement&lt;i&gt; mourir idiots, parce que &#8220;de gauche&#8221; ? Autant le dire tout net, les livres qui paraissent en rangs serr&#233;s sur la foi qui tue, l'horreur des guerres de religion, l'ignominie des chercheurs de Dieu, le complot des pr&#234;tres, la n&#233;cessit&#233; de raison garder face aux dangers du fanatisme, l'excellence du doute et autres platitudes oblig&#233;es de la bonne conscience,&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;tous ces grigris pourtant d&#233;j&#224; bien us&#233;s, brandis avec une sorte d'agitation s&#233;nile pour conjurer la mont&#233;e de &#8220;l'Inf&#226;me&#8221; rel&#232;vent de la pure mystification : ils sont pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils d&#233;noncent, des pamphlets mensongers s'effor&#231;ant, &#224; l'instant o&#249; le voile se d&#233;chire, sous les assauts des dissidences, de le sauver encore, pour maintenir les masses &#8220;obscures&#8221; dans la superstition et la terreur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'enjeu du politique n'est plus
&lt;br /&gt;de lib&#233;rer l'individu des liens sociaux
&lt;br /&gt;et de la transcendance
&lt;br /&gt;qui lui barraient autrefois
&lt;br /&gt;le chemin de l'autonomie &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_732 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH256/socialisme-882cc.jpg' width='160' height='256' alt=&quot;&quot; style='height:256px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Que la gauche, d&#233;sormais, se trompe de combat en tenant l'&#171; obscurantisme &#187; pour l'ennemi principal, c'est &#233;galement la conviction d'un auteur tr&#232;s diff&#233;rent, mais qui, aujourd'hui, s'efforce lui aussi de redonner une pens&#233;e et du souffle &#224; sa famille politique : longtemps membre du Parti socialiste, l'&#233;conomiste Jacques G&#233;n&#233;reux a fini par l'abandonner pour suivre Jean-Luc M&#233;lenchon au Parti de gauche. Dans ses livres, il travaille, comme d'autres penseurs (&lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article186.html&quot; class='spip_in'&gt;Miguel Benasayag&lt;/a&gt;, Fran&#231;ois Flahault, &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article171.html&quot; class='spip_in'&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; (&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire, dans Le Monde diplomatique de septembre 2009, &#171; Le ciel nous pr&#233;serve (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;)...), &#224; d&#233;construire la figure, selon lui fondamentalement erron&#233;e, de l'Individu &#171; s&#233;par&#233; &#187;, existant et s'&#233;panouissant d'autant mieux qu'il serait &#171; lib&#233;r&#233; &#187; de tout lien avec ses semblables - la figure, pr&#233;cis&#233;ment, devant laquelle se prosterne son ancien camarade Manuel Valls.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin de renier, comme ce dernier, le mot de &#171; socialisme &#187;, G&#233;n&#233;reux se propose de lui donner un nouveau contenu, et de lui faire d&#233;signer non plus un &#171; &lt;i&gt;mode de production fond&#233; sur l'appropriation collective des moyens de production&lt;/i&gt; &#187;, mais une &#171; &lt;i&gt;doctrine politique fond&#233;e sur une conception sociale de l'&#234;tre humain&lt;/i&gt; &#187;. Dans &lt;i&gt;Le socialisme n&#233;omoderne&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Jacques G&#233;n&#233;reux, Le socialisme n&#233;omoderne ou l'avenir de la libert&#233;, (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;), paru ce printemps, il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;L'enjeu du politique n'est plus de lib&#233;rer l'individu des liens sociaux et de la transcendance qui lui barraient autrefois le chemin de l'autonomie. Il est de d&#233;passer le mythe moderne de l'individu autonome qui barre la route &#224; la construction d'une vraie libert&#233;. Il est de remplacer un laisser-faire qui ali&#232;ne par des liens qui lib&#232;rent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me que Le Bris renvoie les ennemis de toute transcendance &#224; leur r&#244;le de &#171; pr&#234;tres &#187;, de gardiens du dogme, G&#233;n&#233;reux d&#233;c&#232;le, dans la pens&#233;e en apparence la plus s&#233;cularis&#233;e, les traces d'une vision religieuse du monde, lorsqu'on se figure un Individu &#171; tomb&#233; du ciel &#187; (ne dit-on pas couramment qu'un nouveau-n&#233; est &#171; arriv&#233; sur Terre &#187;, alors qu'il est la recombinaison d'&#233;l&#233;ments biologiques pr&#233;existants ?). Il observe : &#171; &lt;i&gt;En postulant la pr&#233;existence d'un sujet autonome, sans se demander comment un nourrisson devient ou non un tel sujet, la pens&#233;e moderne a fait l'impasse sur la science de l'homme, et constitu&#233; l'individu dont elle parle en donn&#233;e exog&#232;ne tomb&#233;e du Ciel. Cette fa&#231;on de nous penser nous-m&#234;mes est devenue tellement commune que le plus militant des rationalistes peut ignorer le fondement religieux de son discours. Ainsi, tout individu hypermoderne et ath&#233;e, qui se con&#231;oit comme seule source de son &#234;tre et de sa pens&#233;e, en un sens croit en Dieu sans le savoir, puisqu'il croit en un &#234;tre autofond&#233; qui ne vient pas d'autrui ; puisque, en fait, il se prend pour Dieu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Combattre les id&#233;es fausses
&lt;br /&gt;ne consiste pas &#224; passer la v&#233;rit&#233;
&lt;br /&gt;comme on passe le sel &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En somme, il serait temps de renoncer &#224; une raison raisonnante qui, loin de nous garantir contre les erreurs et les croyances infond&#233;es, peut parfois nous y pr&#233;cipiter la t&#234;te la premi&#232;re, pour d&#233;velopper enfin une forme d'entendement capable de saisir les &#234;tres et les choses dans leur int&#233;grit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Il serait insens&#233; de croire qu'il suffit de dire la v&#233;rit&#233; pour que soudain les esprits s'y convertissent par l'effet magique de la raison&lt;/i&gt;, &#233;crit Jacques G&#233;n&#233;reux&lt;i&gt;. La neurobiologie nous a appris que Descartes avait tort de s&#233;parer la raison (l'esprit) des &#233;motions (le corps).&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le cerveau rationnel est en synergie avec le cerveau des &#233;motions, nos pens&#233;es sont aussi des &#233;motions. Une erreur de connaissance ou de raisonnement ne peut donc &#234;tre effac&#233;e d'un simple coup de brosse comme le ferait un instituteur au tableau noir. Nous faisons d'ailleurs tous l'exp&#233;rience d'id&#233;es que nous reconnaissons comme fausses et qui gardent n&#233;anmoins pour nous une certaine force d'attraction. La facilit&#233; avec laquelle on peut se d&#233;barrasser d'une erreur d&#233;pend donc du complexe de repr&#233;sentations et d'&#233;motions plus ou moins anciennes, conscientes ou inconscientes, auquel elle est attach&#233;e comme l'arbre &#224; ses racines.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Combattre les id&#233;es fausses ne consiste donc pas &#224; passer la v&#233;rit&#233; comme on passe le sel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_729 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH233/dream-ad775.jpg' width='160' height='233' alt=&quot;&quot; style='height:233px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;L'activiste am&#233;ricain Stephen Duncombe, membre du mouvement Reclaim the Streets, est l'auteur d'un essai intitul&#233; &lt;i&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Stephen Duncombe, Dream - Re-imagining progressive politics in an age of (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;), paru en 2007 - et dont j'aurais bien voulu avoir d&#233;j&#224; connaissance au moment d'&#233;crire &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?article59&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;R&#234;ves de droite&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, en particulier pour le chapitre &#171; &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=59#chapitre3&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Portrait de la gauche en h&#233;risson&lt;/a&gt; &#187;. A sa mani&#232;re provocatrice, un peu trop superficielle, pragmatique et press&#233;e, mais formidablement stimulante, comme un bon coup de pied au cul, il y pointe lui aussi la faiblesse fatale que constituent, dans les habitudes de pens&#233;e de la gauche, la confiance plac&#233;e tout enti&#232;re dans la raison et la foi dans le fait que, &#171; &lt;i&gt;une fois que les gens, par la raison, auront acc&#232;s &#224; la V&#233;rit&#233;, leurs yeux se dessilleront, ils verront la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est, et, bien s&#251;r, ils seront d'accord avec nous&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pauvret&#233; formelle du discours de gauche, observe-t-il, s'explique par la conviction que &#171; &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233;, une fois lib&#233;r&#233;e de la tradition et de la superstition, ainsi que des voiles de l'imagination et de l'&#233;motion, serait &#233;vidente, donn&#233;e d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Or, il n'y a rien de plus faux : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; est toujours r&#233;fract&#233;e par l'imagination, et c'est &#224; travers l'imagination que nous vivons nos vies.&lt;/i&gt; &#187; Un &#171; &lt;i&gt;r&#233;el sans m&#233;diation&lt;/i&gt; &#187; est une chose impossible. Il s'agit donc pour les progressistes, s'ils ne veulent pas &#234;tre condamn&#233;s &#224; l'insignifiance, d'apprendre &#171; &lt;i&gt;comment dire la v&#233;rit&#233; de mani&#232;re efficace&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'imagination et le spectacle
&lt;br /&gt;ont &#233;t&#233; le propre du fascisme,
&lt;br /&gt;du communisme totalitaire et,
&lt;br /&gt;plus r&#233;cemment, de l'indicible horreur
&lt;br /&gt;connue sous le nom de
&lt;br /&gt;&#8220;Entertainment Tonight&#8221; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, pr&#233;cise Duncombe, il y a des raisons tr&#232;s honorables &#224; cette m&#233;fiance envers l'imaginaire : &#171; &lt;i&gt;Les r&#234;ves rendent souvent les gens de gauche nerveux. L'imagination et le spectacle ont &#233;t&#233; le propre du fascisme, du communisme totalitaire et, plus r&#233;cemment, de l'indicible horreur connue sous le nom de &#8220;&lt;a href=&quot;http://www.etonline.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Entertainment Tonight&lt;/a&gt;&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Le progressisme, outre qu'il est toujours sous le coup de la m&#233;chante gueule de bois des lendemains qui d&#233;chantent, doit ses plus grandes victoires historiques aux Lumi&#232;res et &#224; l'empirisme : &#171; &lt;i&gt;C'est l'empirisme qui a bris&#233; le monopole de l'Eglise sur l'interpr&#233;tation du monde, jetant &#224; bas son pouvoir &#224; la fois spirituel et temporel. De m&#234;me, l'id&#233;al des Lumi&#232;res de l'homme comme cr&#233;ature raisonnante, raisonnable, a sap&#233; les hi&#233;rarchies du f&#233;odalisme et les bases du droit divin.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sauf, ajoute Duncombe, que c'est &lt;i&gt;de l'histoire&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment : &#171; &lt;i&gt;Le monde d'aujourd'hui est satur&#233; de syst&#232;mes m&#233;diatiques et abreuv&#233; d'images publicitaires ; le discours politique est mis en forme par des experts en relations publiques, et le &lt;/i&gt;people&lt;i&gt; est consid&#233;r&#233; comme de l'information.&lt;/i&gt; (...)&lt;i&gt; Mais, confront&#233;s &#224; ce nouveau monde, les progressistes continuent imperturbablement de jouer une partition devenue obsol&#232;te.&lt;/i&gt; &#187; Nous fustigeons cette d&#233;cadence en nous enorgueillissant de notre sup&#233;riorit&#233;, et, pendant ce temps, la caravane du spectacle passe. Duncombe rappelle ce que pr&#233;conisait, comme beaucoup d'autres, le critique Neal Postman : &#171; &lt;i&gt;Nous devons cultiver nos d&#233;fenses contre les s&#233;ductions de l'&#233;loquence.&lt;/i&gt; &#187; Or, constate-t-il, plus d'un quart de si&#232;cle de critique et de d&#233;construction avis&#233;e des m&#233;dias et de la publicit&#233; n'a en rien diminu&#233; leur empire : il a simplement amen&#233; les publicitaires &#224; multiplier les recours aux clins d'&#339;il et au second degr&#233; pour mieux les d&#233;jouer, et ainsi maintenir leur complicit&#233; avec le consommateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, le bannissement des &#233;motions du champ de la politique &#171; noble &#187; ne date pas d'hier : faisant &#233;cho aux interrogations de Michel Le Bris, que le militantisme avait d&#233;tourn&#233; de la musique et de la litt&#233;rature, Duncombe rappelle qu'Aristote, d&#233;j&#224;, proscrivait la musique, jug&#233;e dangereuse parce qu'elle &#171; &lt;i&gt;parlait au c&#339;ur et au corps, et non &#224; l'entendement&lt;/i&gt; &#187;. Mais il serait temps, dit-il, de revoir ce pr&#233;jug&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'irrationnel et l'&#233;motionnel ne sont pas en eux-m&#234;mes des aspects n&#233;gatifs de la politique. Ils ne sont pas quelque chose qui doit &#234;tre prohib&#233;, ni m&#234;me civilis&#233; ; ils peuvent &#234;tre nobles et bons. Ils sont, en tout cas, des &#233;l&#233;ments auxquels il est incontournable de s'adresser si l'on nourrit l'espoir d'exercer le pouvoir politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'aspiration au plaisir,
&lt;br /&gt;&#224; l'aventure,
&lt;br /&gt;aux belles histoires,
&lt;br /&gt;a si longtemps &#233;t&#233; laiss&#233;e
&lt;br /&gt;aux bons soins du diable
&lt;br /&gt;que la plupart des gens pensent
&lt;br /&gt;que c'est lui qui inspire la demande :
&lt;br /&gt;ils se trompent &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, effectuer ce saut culturel dans le vide n'est pas sans risques ; mais les progressistes sont au pied du mur : &#171; &lt;i&gt;S'en tenir au confort du connu nous offre la possibilit&#233; d'un voyage serein ; sauf que ce voyage ne m&#232;ne nulle part. La rationalit&#233; et la raison qui autrefois nous ont lib&#233;r&#233;s de l'autorit&#233; font aujourd'hui de nous des l&#226;ches, &#233;tudiant minutieusement la r&#233;alit&#233; au lieu de la changer.&lt;/i&gt; &#187; D'ailleurs, remarque-t-il, parmi les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par cette paralysie, il y a d&#233;j&#224; le fait qu'&#224; force de ne pas vouloir se salir les mains avec les repr&#233;sentations, les progressistes ont &#171; &lt;i&gt;laiss&#233; l'ennemi les d&#233;finir&lt;/i&gt; &#187; : d&#233;sormais, c'est une affaire entendue, &#171; &lt;i&gt;les lib&#233;raux &lt;/i&gt;[au sens am&#233;ricain du terme]&lt;i&gt; sont pusillanimes, faibles et &#233;litistes ; les gauchistes sont des cingl&#233;s dangereux ; tous sont d&#233;connect&#233;s de la majorit&#233; de leurs concitoyens&lt;/i&gt; &#187;. Il devient urgent de &#171; &lt;i&gt;faire la paix avec les repr&#233;sentations&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Duncombe cite Walter Lippmann : &#171; &lt;i&gt;L'aspiration au plaisir, &#224; l'aventure, aux belles histoires, a si longtemps &#233;t&#233; laiss&#233;e aux bons soins du diable que la plupart des gens pensent que c'est lui qui inspire la demande : ils se trompent.&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit d'admettre que la culture de masse ou commerciale &#171; &lt;i&gt;parle &#224; quelque chose de r&#233;el et de profond en nous&lt;/i&gt; &#187;. Se voiler la face revient &#224; s'adresser non pas aux gens tels qu'ils sont (&#171; &lt;i&gt;&#233;motionnels, passionn&#233;s, bon public&lt;/i&gt; &#187;), mais tels qu'on souhaiterait qu'ils soient selon un mod&#232;le id&#233;al : &#171; &lt;i&gt;sobres, raisonnables, moraux&lt;/i&gt; &#187;. C'est l&#224; exactement ce que Michel Le Bris reprochait aux intellectuels &#171; &lt;i&gt;effar&#233;s par le retour du spirituel&lt;/i&gt; &#187; : r&#234;ver &#171; &lt;i&gt;de dissidents propres et nets, lav&#233;s de leurs superstitions superflues, rationalis&#233;s enfin&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'accrocher &#224; un tel mod&#232;le implique d'ailleurs aussi une bonne dose d'autocensure. Duncombe cite Lippmann, encore : &#171; &lt;i&gt;Au lieu de nier nos pulsions, nous devons les canaliser autrement.&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit d'apprendre &#224; &#233;laborer une politique &#171; &lt;i&gt;enracin&#233;e dans nos propres passions&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas notre boulot de condamner les fantasmes et les d&#233;sirs populaires&lt;/i&gt;, ass&#232;ne-t-il. &lt;i&gt;Notre boulot, c'est de leur accorder toute notre attention, d'apprendre d'eux, et peut-&#234;tre m&#234;me - Dieu nous garde ! - d'en jouir nous-m&#234;mes. Ensuite, les caramboler, et les emmener ailleurs.&lt;/i&gt; &#187; Un programme qu'il s'applique d'abord &#224; lui-m&#234;me, en analysant par exemple les ressorts profonds du plaisir qu'il prend &#224; jouer &#224; &lt;i&gt;Grand Theft Auto&lt;/i&gt;, un jeu tr&#232;s populaire et particuli&#232;rement violent. Il interroge aussi ce qui est &#224; l'&#339;uvre dans notre fascination pour la vie des c&#233;l&#233;brit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Qu'ont donc les c&#233;l&#233;brit&#233;s que nous n'avons pas ? La richesse, les loisirs, la beaut&#233;. Traduit en termes d'acc&#232;s, et non d'exc&#232;s, cela donne du pain b&#233;nit pour les progressistes : de meilleurs salaires, des semaines de travail plus courtes, des vacances r&#233;glementaires, et des soins m&#233;dicaux et dentaires universels.&lt;/i&gt; &#187; Culott&#233;, mais pas idiot...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La publicit&#233; a su r&#233;cup&#233;rer
&lt;br /&gt;les r&#234;ves de transformation
&lt;br /&gt;que la politique ne savait plus nourrir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Entre le &#171; &lt;i&gt;rejet arrogant&lt;/i&gt; &#187; de la culture commerciale et son &#171; &lt;i&gt;acceptation d&#233;magogique&lt;/i&gt; &#187;, Duncombe propose donc d'ouvrir une troisi&#232;me voie. La partie la plus frappante de son livre est peut-&#234;tre celle o&#249; il analyse le discours publicitaire. A sa mani&#232;re, fait-il remarquer, la publicit&#233; a fonctionn&#233; comme un &#171; &lt;i&gt;inestimable bureau de propagande pour les id&#233;aux progressistes, en maintenant vivante la flamme de l'espoir&lt;/i&gt; &#187; : apr&#232;s tout, ce que vend le moindre spot, n'est-ce pas le &#171; &lt;i&gt;r&#234;ve d'une vie meilleure&lt;/i&gt; &#187; ? La publicit&#233; a su r&#233;cup&#233;rer les &#171; &lt;i&gt;r&#234;ves de transformation&lt;/i&gt; &#187; que la politique ne savait plus nourrir ; sachant &#224; merveille &#171; &lt;i&gt;parler au d&#233;sir, pas &#224; la raison&lt;/i&gt; &#187;, elle marche parce qu'elle est &#171; &lt;i&gt;une fausse promesse, mais une promesse tout de m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. La t&#226;che des progressistes, c'est donc de &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer les fantasmes pi&#233;g&#233;s par la publicit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'illustrer, Duncombe prend l'exemple d'un spot pour un fast-food. On y voit un p&#232;re qui, revenant du travail, passe prendre sa petite fille &#224; son domicile, l'emm&#232;ne manger un hamburger, puis se prom&#232;ne avec elle au zoo. A condition d'en expurger la partie &#171; hamburger &#187;, affirme-t-il avec aplomb (en &#233;vacuant tout de m&#234;me un peu vite l'esth&#233;tique probl&#233;matique de ce genre de clips...), ce film ferait &#171; &lt;i&gt;une excellente publicit&#233; pour un agenda progressiste&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Comment un hamburger pourrait-il me donner des apr&#232;s-midi libres, du temps avec mes enfants, ou faire briller le soleil sur des espaces publics gratuits et bien entretenus ? C'est simple : il ne le peut pas. En revanche, il est tr&#232;s facile de faire le lien entre l'utopie McDo et une politique progressiste : une l&#233;gislation qui offre des semaines de travail plus courtes, davantage de cong&#233;s - et, au passage, moins de ch&#244;mage ; des cong&#233;s parentaux g&#233;n&#233;reux qui favorisent l'&#233;quilibre des r&#244;les paternel et maternel ; des politiques publiques qui financent largement les mus&#233;es, les parcs et les zoos...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Apprendre le langage des associations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un p&#232;re, une fille + McDonald's = nirvana familial &#187; : l'absurdit&#233; d'une telle &#233;quation n'&#233;chappe &#224; personne. Comment expliquer, alors, l'impact de la publicit&#233; ? Par le fait, r&#233;pond Duncombe, qu'elle ne repose pas sur des &#233;quations, ni sur une logique lin&#233;aire, mais sur des &lt;i&gt;associations&lt;/i&gt;, et se contente de juxtaposer des images : vous ne pouvez pas &#234;tre accus&#233; de mensonge quand vous n'affirmez rien. Consubstantiel &#224; l'&#232;re de l'image, le langage des associations, dit-il, est devenu incontournable. Et il remarque que les conservateurs ne se privent pas d'y avoir recours : en r&#233;p&#233;tant constamment, dans une seule et m&#234;me phrase, les mots &#171; Irak &#187; et &#171; terrorisme &#187;, ou &#171; Saddam Hussein &#187; et &#171; Al-Qaeda &#187;, le pr&#233;sident Bush a ainsi r&#233;ussi &#224; inculquer &#224; une majorit&#233; d'Am&#233;ricains la certitude que le pr&#233;sident irakien &#233;tait responsable des attentats du 11 septembre. En revanche, quand son gouvernement a voulu utiliser la logique lin&#233;aire - la calamiteuse pr&#233;sentation de Colin Powell aux Nations unies -, la fausset&#233; du proc&#233;d&#233; a saut&#233; aux yeux de tous. Comment se fait-il, interroge Duncombe, que les seuls &#224; s'interdire le langage des associations, les progressistes, soient aussi les seuls qui seraient en mesure de proposer des associations honn&#234;tes et pertinentes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Duncombe affronte aussi la question de l'individu. La gauche, et c'est tout &#224; son honneur, dit-il, croit &#224; la communaut&#233;, &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais cela l'affaiblit aussi en l'amenant &#224; s'adresser trop souvent &#224; des entit&#233;s abstraites plut&#244;t qu'&#224; des personnes, ainsi qu'&#224; n&#233;gliger ou &#224; disqualifier les d&#233;sirs de distinction ou de quant-&#224;-soi, per&#231;us comme d'impardonnables trahisons. Dans le succ&#232;s du &lt;i&gt;people&lt;/i&gt;, Duncombe voit aussi un besoin de reconnaissance, une aspiration &#224; la visibilit&#233;. Et il d&#233;plore que la gauche, trop souvent, ne sache faire appel qu'aux valeurs de sacrifice, n&#233;gligeant la qualit&#233; du quotidien, des moyens, pour se focaliser sur les fins (&#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me avec le socialisme&lt;/i&gt;, disait Oscar Wilde, &lt;i&gt;c'est que &#231;a occupe trop de soir&#233;es&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi cela qui sourd, d'ailleurs, dans la r&#233;plique fielleuse de l'&#171; Institut de d&#233;mobilisation &#187; au manifeste d'Etonnants Voyageurs : Michel Le Bris y est pr&#233;sent&#233; comme un de ces ren&#233;gats qui ont d&#233;laiss&#233; l'engagement politique pour lui pr&#233;f&#233;rer leur nombril (&#171; &lt;i&gt;Il y a l'engagement politique d'un c&#244;t&#233;, et il y a les irr&#233;pressibles &#8220;puissances d'incandescence&#8221; d'une petite carri&#232;re &#224; soi de l'autre&lt;/i&gt; &#187;) ; sauf que c'est ce retour &#224; soi, et lui seul, qui lui a permis de produire, comme auteur et comme &#233;diteur, des livres auxquels certains ont la faiblesse de trouver un int&#233;r&#234;t... (Alors que la rh&#233;torique robotique, dogmatique et pr&#233;visible du texte qui le brocarde donnerait plut&#244;t envie de se flinguer.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si les hommes peuvent
&lt;br /&gt;mourir pour des id&#233;es, &lt;br /&gt;c'est qu'ils en vivent,
&lt;br /&gt;au sens le plus physique du terme &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais, parmi les raisons qui poussent les progressistes &#224; se m&#233;fier de l'imaginaire, il y a peut-&#234;tre encore autre chose que l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res, sur lequel Duncombe n'insiste pas assez : le poids de la tradition marxiste, qui invite &#224; n'attacher d'importance qu'aux faits, et &#224; minimiser le r&#244;le des id&#233;es - ce qui est assez paradoxal, s'agissant justement d'une th&#233;orie qui, pour le meilleur et pour le pire, a boulevers&#233; la face du monde ! C'est Jacques G&#233;n&#233;reux qui, dans &lt;i&gt;Le socialisme n&#233;omoderne&lt;/i&gt;, fait un sort &#224; ce pr&#233;jug&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Est-ce l'existence mat&#233;rielle qui d&#233;termine la conscience des hommes, comme l'&#233;crivait Marx, ou l'inverse, comme le sugg&#233;rait l'id&#233;alisme allemand qui &#233;tait la cible de Marx dans &lt;/i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;i&gt; ? La r&#233;alit&#233; est que cette question n'a pas de sens, car la conscience est une composante toute aussi mat&#233;rielle de l'existence humaine que les conditions de travail et de production. Non seulement les id&#233;es, les croyances et les mots ont une existence physique pas moins tangible que les biens dits &#8220;mat&#233;riels&#8221;, mais encore l'effet desdits biens sur notre existence d&#233;pend en partie des repr&#233;sentations symboliques que nous leur attachons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La force des repr&#233;sentations et des discours qui les mettent en sc&#232;ne est &#224; ce point d&#233;montr&#233;e qu'il est insens&#233; de soutenir le mat&#233;rialisme vulgaire au nom duquel certains pr&#233;tendent m&#233;priser l'id&#233;ologie et les &#8220;grands r&#233;cits&#8221; politiques. En r&#233;alit&#233;, si les hommes peuvent mourir pour des id&#233;es, c'est qu'ils en vivent, au sens le plus physique du terme. Et, par voie de cons&#233;quence, quand ils ne peuvent plus mourir pour des id&#233;es, c'est qu'ils sont moins vivants. Un &#8220;citoyen&#8221; qui ne s'int&#233;resserait vraiment plus qu'au &#8220;pouvoir d'achat&#8221; promis par le discours politique ne serait pas loin de l'agonie psychique : le cerveau serait quasi &#233;teint faute d'&#234;tre encore stimul&#233; par le bouillonnement incessant des repr&#233;sentations qui font la vie d'un &#234;tre humain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel Le Bris, dans &lt;i&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, lui fait &#233;cho : &#171; &lt;i&gt;Seules les choses sont mues par des &lt;/i&gt;causes&lt;i&gt; ; les &#234;tres humains, aussi soumis soient-ils &#224; des d&#233;terminismes, n'en sont pas moins mus aussi par des &lt;/i&gt;buts&lt;i&gt;. Sinon, comment et pourquoi se r&#233;volteraient-ils ?&lt;/i&gt; &#187; Stephen Duncombe &#233;galement, lorsqu'il pointe les insuffisances de l'analyse d'&#233;crivains comme Thomas Frank (auteur de &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/pourquoilespauvresvotentadroite/index.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Pourquoi les pauvres votent &#224; droite&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Selon eux, si le Parti d&#233;mocrate veut avoir un avenir, il doit adopter des politiques qui b&#233;n&#233;ficient &#224; la majorit&#233; des Am&#233;ricains. Frank a absolument raison. Mais, &#224; moins que les d&#233;mocrates ne d&#233;veloppent des strat&#233;gies pour &#8220;vendre&#8221; ces gains mat&#233;riels, et prennent en compte la nature plus immat&#233;rielle des espoirs et des d&#233;sirs des citoyens, ils continueront d'&#233;chouer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G&#233;n&#233;reux, au passage, r&#232;gle son compte &#224; l'antienne selon laquelle &#171; tout &#231;a c'est bien joli, mais les gens veulent du concret &#187; : &#171; &lt;i&gt;D'aucuns pensent peut-&#234;tre que, de nos jours, la &#8220;th&#233;orie&#8221; ne sert plus &#224; grand-chose en politique, parce que les individus se m&#233;fient des id&#233;ologies et attendent surtout des r&#233;sultats concrets. C'est l&#224; une funeste illusion dont s'est toujours gard&#233;e la droite.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;[Celle-ci] a compris la n&#233;cessit&#233; et l'efficacit&#233; politique de l'id&#233;ologie, au point de la dissimuler sous les apparences du bon sens, car on supporte mieux la piq&#251;re quand on nous cache la seringue.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Les &#233;lections se gagnent et se perdent encore, et peut-&#234;tre m&#234;me plus qu'avant, sur le &lt;/i&gt;discours&lt;i&gt; des politiques, sur l'histoire qu'ils racontent au pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Duncombe le mot de la fin : &#171; &lt;i&gt;Embrasser nos r&#234;ves ne signifie pas que nous devions fermer nos yeux, et nos esprits, sur la r&#233;alit&#233;. Les progressistes peuvent, et doivent, faire les deux : &#233;tudier avec s&#233;rieux ET r&#234;ver avec intensit&#233;. En r&#233;sum&#233;, il nous faut devenir un parti de r&#234;veurs conscients&lt;/i&gt; &#187; - et apprendre enfin &#224; &#171; &lt;i&gt;entrem&#234;ler le r&#233;el et le fantastique, le lourd et le l&#233;ger, le politique et le personnel, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils sont entrem&#234;l&#233;s dans le c&#339;ur des gens, dans leur esprit et dans leur vie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Amazir Zali&lt;/strong&gt; pour le titre :-)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, Grasset, collection &#171; Figures &#187;, Paris, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Cit&#233; dans son autobiographie, &lt;i&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, Grasset, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Flammarion, Paris, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Skira, Gen&#232;ve, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) &lt;i&gt;Le D&#233;fi romantique, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i&gt;Le paradis perdu, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;) Henry Corbin, &lt;i&gt;L'imagination cr&#233;atrice dans le soufisme d'Ibn Arabi&lt;/i&gt;, Entrelacs, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;) Alan W. Watts, &lt;i&gt;Eloge de l'ins&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Benjamin Gu&#233;rif, Payot, 2003 [1951].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;) Daniel Lindenberg, &lt;i&gt;Le proc&#232;s des Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;) Lire, dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;septembre 2009&lt;/a&gt;, &#171; Le ciel nous pr&#233;serve des optimistes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;) Jacques G&#233;n&#233;reux, &lt;i&gt;Le socialisme n&#233;omoderne ou l'avenir de la libert&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;) Stephen Duncombe, &lt;i&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt;, The New Press, New York, 2007. Merci &#224; Mathieu O'Neil pour le conseil de lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Le Bris&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, Grasset, collection &#171; Figures &#187;, Paris, 1981 ; &lt;i&gt;Le D&#233;fi romantique&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2002 ; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, autobiographie, Grasset, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques G&#233;n&#233;reux&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://neomoderne.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le socialisme n&#233;omoderne ou l'avenir de la libert&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stephen Duncombe&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.dreampolitik.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, The New Press, New York, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le Chevalier au sp&#233;culum</title>
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		<dc:date>2009-08-28T14:47:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Ecrire un roman polyphonique jubilatoire, plein de rebondissements et d'&#233;motion, autour du service de gyn&#233;cologie d'un CHU de province ? C'est le pari que r&#233;ussit Martin Winckler avec Le Ch&#339;ur des femmes. Il y met en sc&#232;ne la rencontre de Franz Karma, directeur de l'unit&#233; 77, m&#233;decin contestataire et marginal, et de son nouveau stagiaire, Jean Atwood, brillant interne des h&#244;pitaux, futur chirurgien, furieux de devoir, pour achever sa formation, passer six mois &#224; (...)

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/rubrique4.html" rel="directory"&gt;Feuilles de route&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L102xH150/arton322-f2a4e.jpg&quot; width='102' height='150' style='height:150px;width:102px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ecrire un roman polyphonique jubilatoire, plein de rebondissements et d'&#233;motion, autour du service de gyn&#233;cologie d'un CHU de province ? C'est le pari que r&#233;ussit &lt;strong&gt;Martin Winckler&lt;/strong&gt; avec &lt;b&gt;&lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;. Il y met en sc&#232;ne la rencontre de Franz Karma, directeur de l'unit&#233; 77, m&#233;decin contestataire et marginal, et de son nouveau stagiaire, Jean Atwood, brillant interne des h&#244;pitaux, futur chirurgien, furieux de devoir, pour achever sa formation, passer six mois &#224; &lt;i&gt;&#171; &#233;couter des histoires de bonnes femmes &#187;&lt;/i&gt;. Ces deux-l&#224; vont s'affronter, se pousser mutuellement dans leurs retranchements, avant de s'apprivoiser, puis de bouleverser la vie l'un de l'autre. Un livre formidable, m&#234;lant le divertissement et l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, qui pose mille questions sur la culture m&#233;dicale dominante, sur la relation m&#233;decin/patient, et dont on ressort avec une patate rare.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'un &#233;crivain qui, comme l'&#233;crasante majorit&#233; de ses semblables, exerce par ailleurs un autre m&#233;tier (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='A propos de la double vie des &#233;crivains, lire sur ce site &#171; L'emploi (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;), s'invente un double id&#233;alis&#233; exer&#231;ant la m&#234;me profession que lui, et investit dans son texte toute la passion que lui inspire cette activit&#233;, le sens politique qu'elle rev&#234;t &#224; ses yeux, cela donne souvent des romans irr&#233;sistibles, que l'on d&#233;vore avec un immense plaisir, en leur pardonnant all&#232;grement tous leurs &#233;ventuels petits d&#233;fauts. La fiction permet &#224; l'auteur d'avoir les coud&#233;es franches pour balayer tout ce qui, dans la vie r&#233;elle, l'emp&#234;che de faire son m&#233;tier dans les conditions dont il r&#234;ve, tandis que sa connaissance intime du sujet assure la vraisemblance de ce qu'il raconte. Non seulement le livre a ainsi une valeur documentaire, mais il sert de tribune du haut de laquelle exposer sa vision d'une profession et des chambardements dont elle aurait grand besoin pour le bien de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La trilogie &lt;i&gt;Mill&#233;nium&lt;/i&gt;, par exemple, relevait de ce cas de figure : &#224; travers le personnage de Mikael Blomkvist, journaliste d'investigation comme lui, Stieg Larsson l&#226;chait la bride &#224; ses propres aspirations professionnelles. &lt;i&gt;Mill&#233;nium&lt;/i&gt;, le journal ind&#233;pendant dans lequel travaille Blomkvist, rappelle &lt;i&gt;Expo&lt;/i&gt;, le trimestriel fond&#233; par Larsson. Dans la vraie vie, ce dernier, lui aussi, combattait l'extr&#234;me droite su&#233;doise et les affairistes ; mais il ne b&#233;n&#233;ficiait pas pour cela de l'aide d'une hacker de g&#233;nie taill&#233;e comme une crevette et n&#233;anmoins reine de la baston, ce qui, on en conviendra, est quand m&#234;me tr&#232;s dommage. Si des millions de lecteurs ont pris un tel pied &#224; suivre les aventures du duo Blomkvist-Salander, c'est bien parce que l'auteur a su les inviter dans un fantasme finalement tr&#232;s personnel. Il fait plaisir parce qu'il &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; fait plaisir, sur toute la ligne - y compris en faisant de son h&#233;ros un don juan ! Il s'agit d'un plaisir de nature presque enfantine, au tr&#232;s bon sens du terme : Larsson revendique l'influence de sa compatriote Astrid Lindgren, cr&#233;atrice &#224; la fois des personnages de Fifi Brindacier - &#224; qui Lisbeth Salander doit beaucoup - et de &#171; Super Blomkvist &#187;, un enfant-d&#233;tective c&#233;l&#232;bre en Su&#232;de. Plus largement, on sent chez Larsson, qui fut pr&#233;sident de la plus grande association de science-fiction scandinave, un go&#251;t tr&#232;s vif pour la culture populaire &#224; son meilleur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_727 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='http://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH236/choeur-ea859.jpg' width='160' height='236' alt=&quot;&quot; style='height:236px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, le nouveau roman de Martin Winckler, appartient lui aussi &#224; cette cat&#233;gorie que l'on pourrait baptiser &#171; litt&#233;rature du double m&#233;tier &#187; (ou &#171; m&#233;galomanie constructive &#187; !). Certes, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas de la plupart de ses pr&#233;c&#233;dents livres, &#224; commencer par &lt;i&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Trois M&#233;decins&lt;/i&gt; ; mais jamais encore il n'&#233;tait parvenu &#224; un r&#233;sultat aussi jubilatoire (six cents pages d&#233;vor&#233;es en deux jours : qui dit mieux ?! (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ajout du 31 ao&#251;t 2009 : lire, sur le blog que vient d'entamer Martin (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;)). Marqu&#233; lui aussi par la culture populaire - on conna&#238;t son amour des s&#233;ries am&#233;ricaines (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire &#171; Les s&#233;ries m'ont appris &#224; faire confiance au lecteur &#187;, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;) -, il r&#233;ussit ici une alchimie parfaite entre la dose de suspense et d'action (il y a m&#234;me un peu de castagne) et le propos militant, sur un sujet qui, &#224; premi&#232;re vue, semble pourtant s'y pr&#234;ter nettement moins bien que le journalisme d'investigation : la m&#233;decine gyn&#233;cologique...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, Winckler, comble du raffinement, pratique m&#234;me le d&#233;doublement du double : le h&#233;ros du &lt;i&gt;Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, Franz Karma, directeur d'un service hospitalier d&#233;di&#233; &#224; l'accueil des femmes, est un ami de Bruno Sachs, le protagoniste de &lt;i&gt;La Vacation&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Trois m&#233;decins&lt;/i&gt;. On apprend ici que Sachs, comme Winckler lui-m&#234;me, lass&#233; de r&#233;p&#233;ter que &#171; &lt;i&gt;la formation des m&#233;decins en France est archa&#239;que et violente&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire &#171; L'&#233;cole des soignants : un r&#234;ve, un projet, un (nouveau) (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;) &#187;, s'est expatri&#233; au Canada. &#171; &lt;i&gt;Il ne m'a pas &quot;abandonn&#233;&quot;&lt;/i&gt;, dit Karma &#224; un autre personnage &#224; propos de son vieux complice. &lt;i&gt;Il a raccroch&#233;, le moment venu, comme nous en avions convenu, et il a eu raison. Il en avait fait assez, il avait le droit de vivre. Et crois-moi, ce qu'il fait l&#224;-bas, nous allons tous en b&#233;n&#233;ficier.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi, la fiction offre m&#234;me &#224; Winckler le luxe de l'ubiquit&#233; : elle lui permet &#224; la fois de continuer la bagarre en France, &#224; travers Franz Karma, et d'aller r&#233;aliser les exp&#233;rimentations dont il r&#234;ve dans un pays davantage pr&#234;t &#224; les accueillir, &#224; travers Bruno Sachs...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le vieux contestataire
&lt;br /&gt;et le jeune cynique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la ville imaginaire de Tourmens - th&#233;&#226;tre de tous les romans de Winckler -, Franz Karma, m&#233;decin rebelle, &#224; qui sa r&#233;putation de s&#233;ducteur vaut le surnom de &#171; Barbe-Bleue &#187;, dirige l'unit&#233; 77, un microcosme utopique dont l'&#233;quipe accueille et &#233;coute les femmes, leur prescrit des contraceptifs et pratique des avortements. Le service dispose aussi de quelques lits, en particulier pour les malades en fin de vie, &#224; qui il permet de finir leurs jours dans un environnement pas trop m&#233;dicalis&#233;, sans pour autant &#234;tre &#224; la charge de leur famille. Il re&#231;oit des patientes de tous horizons : celles dont on ne veut pas ailleurs - les sans domicile fixe, les femmes du voyage, les femmes voil&#233;es -, mais aussi les &#233;pouses de notables qui pr&#233;f&#232;rent ne pas courir le risque que ce qu'elles auront confi&#233; &#224; leur gyn&#233;cologue de ville revienne aux oreilles de leur mari.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur l'arriv&#233;e au sein de l'unit&#233; 77 de Jean Atwood, jeune m&#233;decin brillant, major de sa promotion, qui se destine &#224; la chirurgie gyn&#233;cologique, mais que, &#224; sa grande fureur, on oblige &#224; venir terminer sa formation dans le service du docteur Karma. Atwood n'a aucune envie de passer six mois &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;couter des histoires de bonnes femmes&lt;/i&gt; &#187; en tenant la main des patientes, et trouve &#233;c&#339;urantes la bienveillance mielleuse de &#171; Barbe-Bleue &#187;, sa certitude d'avoir tout compris, la guerre ouverte qu'il m&#232;ne contre la quasi-totalit&#233; de ses confr&#232;res. Karma, en effet, se fout des rapports de confraternit&#233; : &#171; &lt;i&gt;La loyaut&#233; d'un soignant&lt;/i&gt;, affirme-t-il, &lt;i&gt;va d'abord &#224; ses patients, ensuite seulement &#224; ses confr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart du temps, dans ce roman polyphonique - comme l'indique son titre -, c'est Atwood qui raconte. Son point de vue corrosif sur l'unit&#233; 77 et sur Karma neutralise, en les devan&#231;ant, les r&#233;actions agressives ou le scepticisme qui pourraient &#234;tre ceux du lecteur. Ses constantes questions et objections, voire ses vitup&#233;rations scandalis&#233;es, poussent son patron dans ses retranchements, l'obligeant &#224; s'expliquer, &#224; expliciter et &#224; d&#233;fendre la philosophie qui sous-tend sa pratique, en m&#234;me temps qu'elles r&#233;v&#232;lent les a priori arrogants et cyniques dont Atwood a le cr&#226;ne bourr&#233; au terme de ses &#233;tudes (apr&#232;s le coup de th&#233;&#226;tre de la page 39, on est d&#233;finitivement ferr&#233;). Winckler ach&#232;ve de conqu&#233;rir le lecteur - et la lectrice - en jouant avec ses propres pr&#233;jug&#233;s misogynes, en l'amenant &#224; en prendre conscience, &#224; les interroger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si l'on devine bien, d&#232;s le d&#233;part, que l'on va assister &#224; la lente conversion d'Atwood, le processus est captivant &#224; suivre - d'autant plus que de nombreux secrets, qui seront r&#233;v&#233;l&#233;s peu &#224; peu, entourent les deux personnages, cr&#233;ant un suspense haletant. On partage l'extraordinaire soulagement et l'euphorie qui s'emparent du jeune m&#233;decin au fur et &#224; mesure que ses d&#233;fenses tombent, et que se r&#233;v&#232;lent les immenses gratifications offertes par ce rapport nouveau &#224; son m&#233;tier et aux patientes. L'&#233;criture du roman, vivante, rapide, efficace, d&#233;note une conviction et un enthousiasme contagieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ses livres comme &lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur son site&lt;/a&gt;, Winckler n'en finit pas de s'&#233;poumoner contre la culture dominante du corps m&#233;dical, contre le rapport de sup&#233;riorit&#233; condescendante, voire m&#233;prisante et inhumaine, qu'il entretient trop souvent &#224; l'&#233;gard des patients. Un rapport dont on peine &#224; trouver une meilleure expression que celle formul&#233;e en son temps par Pierre Desproges - atteint d'un cancer, il connaissait bien l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re - dans &lt;i&gt;Vivons heureux en attendant la mort&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je hais les m&#233;decins. Les m&#233;decins sont debout. Les malades sont couch&#233;s. Le m&#233;decin debout, du haut de sa superbe, parade tous les jours dans tous les mouroirs &#224; pauvres de l'Assistance publique, poursuivi par le z&#232;le gluant d'un troupeau de sous-m&#233;decins serviles qui lui collent au st&#233;thoscope comme un troupeau de mouche &#224; merde sur une blouse dipl&#244;m&#233;e, et le m&#233;decin debout glougloute, et fait la roue au pied des lits des pauvres qui sont couch&#233;s et qui vont mourir, et le m&#233;decin leur jette &#224; la gueule, sans les voir, des mots gr&#233;co-latins que les pauvres couch&#233;s ne comprennent jamais, et les pauvres couch&#233;s n'osent pas demander, pour ne pas d&#233;ranger le m&#233;decin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences d&#233;finitives et ses antibiotiques approximatifs comme un pape au balcon dispersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde &#224; ses pieds.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bruno Sachs, dans &lt;i&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt;, n'&#233;tait pas plus tendre. Des cahiers qu'il tenait pendant ses &#233;tudes, il exhumait des r&#233;quisitoires d'une virulence d&#233;vastatrice dont il ne reniait pas une ligne. Il se souvenait d'un petit fait &#244; combien r&#233;v&#233;lateur : &#171; &lt;i&gt;Pendant toutes mes &#233;tudes, chaque ann&#233;e, j'ai donn&#233; mon sang. Les membres du service de transfusion sanguine s'installaient une fois par an dans les couloirs attenants &#224; la caf&#233;t&#233;ria de la facult&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Un jour, j'ai demand&#233; &#224; une des infirmi&#232;res qui pr&#233;levaient s'ils passaient comme &#231;a dans toutes les facs. Elle m'a r&#233;pondu que oui, en ajoutant que les &#233;tudiants en m&#233;decine et en pharmacie &#233;taient ceux qui donnaient le moins.&lt;/i&gt; &#187; Et il constatait : &#171; &lt;i&gt;Pendant dix ans d'&#233;tudes, j'ai appris &#224; palper, manipuler, inciser, suturer, bander, pl&#226;trer, &#244;ter des corps &#233;trangers &#224; la pince, mettre le doigt ou enfiler des tuyaux dans tous les orifices possibles, piquer, perfuser, percuter, secouer, faire un &quot;bon diagnostic&quot;, donner des ordres aux infirmi&#232;res, r&#233;diger une observation dans les r&#232;gles de l'art et faire quelques prescriptions,&lt;/i&gt; mais pendant toutes ces ann&#233;es, jamais on ne m'a appris &#224; soulager la douleur, ou &#224; &#233;viter qu'elle n'apparaisse. Jamais on ne m'a dit que je pouvais m'asseoir au chevet d'un mourant et lui tenir la main, et lui parler. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La violence de ce rapport de pouvoir a tendance &#224; &#234;tre plus grande encore quand les patients sont des patientes ; il peut alors facilement se teinter de haine. On trouvait ainsi dans &lt;i&gt;Les Trois M&#233;decins&lt;/i&gt;, qui se d&#233;roulait dans les ann&#233;es 1970, un terrifiant personnage de chirurgien qui se vantait de ne jamais avoir d'&#233;tats d'&#226;me quand il s'agissait de &#171; &lt;i&gt;faire sauter&lt;/i&gt; &#187; un sein ou un ut&#233;rus. Sans aller jusque-l&#224;, &lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt; montre &#224; quel point, en mati&#232;re de contraception et d'avortement, le comportement de bien des m&#233;decins reste dict&#233; par des r&#233;flexes moralisateurs, voire r&#233;pressifs, dont Jean Atwood, au d&#233;but, fournit un assez bon &#233;chantillon. Maud Gelly, jeune m&#233;decin et militante du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), nous racontait d'ailleurs : &#171; &lt;i&gt;Au cours de mes &#233;tudes, j'ai fait un passage dans un service de gyn&#233;cologie, et j'ai &#233;t&#233; r&#233;volt&#233;e par la fa&#231;on dont on traitait les femmes qui venaient avorter. J'ai vu un jour un m&#233;decin jeter devant l'une d'elles une plaquette de pilules en lui disant : &lt;/i&gt;&#8220;Allez, montrez-moi comment on s'en sert !&#8221; (&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#171; Les acquis f&#233;ministes sont-ils irr&#233;versibles ? &#187;, Le Monde (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;) &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le soignant, &lt;br /&gt;c'est celui
&lt;br /&gt;&#224; qui le patient
&lt;br /&gt;prend la main &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est cette posture d&#233;fensive, ce maintien d'une barri&#232;re infranchissable entre m&#233;decin et patient, que Winckler et ses personnages dynamitent tranquillement. Le premier aime &#224; citer ce mot plein de sagesse : &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=617&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La seule diff&#233;rence entre Dieu et un m&#233;decin&lt;/a&gt;, c'est que Dieu ne se prend pas pour un m&#233;decin.&lt;/i&gt; &#187; Karma, lui, va r&#233;p&#233;tant que &#171; &lt;i&gt;soigner, ce n'est pas&lt;/i&gt; jouer au docteur &#187;. Et l'exergue de l'un des chapitres du &lt;i&gt;Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt; affirme avec malice : &#171; &lt;i&gt;Le soignant, c'est celui &#224; qui le patient prend la main.&lt;/i&gt; &#187; En interdisant de se barricader dans la position de celui - ou de celle - qui sait, qui fait partie de la prestigieuse confr&#233;rie des m&#233;decins, et que ni la douleur, ni la mort ne concernent personnellement, cette attitude, &#233;videmment, implique le renoncement aux illusions de la toute-puissance, l'acceptation de sa propre vuln&#233;rabilit&#233; d'&#234;tre humain ; autant dire un investissement d'une nature tout &#224; fait diff&#233;rente, tourn&#233; davantage vers le bien-&#234;tre du patient, vers le sens m&#234;me du m&#233;tier de m&#233;decin, que vers la pr&#233;servation orgueilleuse d'un statut professionnel et social. &#171; &lt;i&gt;Soigner&lt;/i&gt;, ass&#232;ne Karma &#224; Atwood, &lt;i&gt;c'est fatigant, d&#233;primant et ingrat.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fatigant, certes. Mais d&#233;primant ? Ingrat ? A lire &lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, ce n'est pas l'impression que l'on a, loin de l&#224;. Comme Winckler lui-m&#234;me, Karma tient un site Internet sur lequel, tel un voyageur en ballon qui l&#226;cherait du lest pour monter plus haut, il diffuse de l'information m&#233;dicale (&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Parmi les contributions ext&#233;rieures, on retrouve un article de P&#233;riph&#233;ries (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;), dilapidant ainsi ce pr&#233;cieux savoir qu'il serait cens&#233; garder par-devers lui. Remise en cause de la n&#233;cessit&#233; d'un examen syst&#233;matique pour une simple prescription de contraceptif, de la posture d'examen &#171; jambes &#233;cart&#233;es &#187;, de l'utilisation inutilement douloureuse de la pince de Pozzi, des pr&#233;jug&#233;s sur le st&#233;rilet... : le livre regorge de consid&#233;rations surprenantes, stimulantes, qui en font un v&#233;ritable outil d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, donnant &#224; la lectrice le sentiment de r&#233;cup&#233;rer un regard critique sur la fa&#231;on dont on la soigne, loin de la r&#233;v&#233;rence craintive qu'inspire en g&#233;n&#233;ral le corps m&#233;dical. Avec la sant&#233; des femmes, mais aussi avec la question m&#233;connue de l'intersexualit&#233; et, plus largement, de l'identit&#233; sexuelle, &#233;galement abord&#233;es dans &lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, le romancier Winckler a d&#233;finitivement trouv&#233; ses sujets de pr&#233;dilection. On en sort avec une p&#234;che insubmersible, et l'espoir que ce livre saura r&#233;veiller des vocations, et donner envie &#224; de jeunes m&#233;decins de prendre leur courage &#224; deux mains pour s'en aller, &#224; leur tour, &lt;i&gt;terrasser le dragon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) A propos de la double vie des &#233;crivains, lire sur ce site &#171; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article309.html&quot; class='spip_in'&gt;L'emploi du temps&lt;/a&gt; &#187; (mars 2007).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;strong&gt;Ajout du 31 ao&#251;t 2009&lt;/strong&gt; : lire, sur le blog que vient d'entamer Martin Winckler, le billet intitul&#233; &#171; &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/2009/08/suivre.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;(A suivre...)&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Lire &#171; &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livre/le-romancier-martin-winckler-les-series-m-ont-appris-a-faire-confiance-au-lecteur,43104.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les s&#233;ries m'ont appris &#224; faire confiance au lecteur&lt;/a&gt; &#187;, T&#233;l&#233;rama.fr, 30 mai 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Lire &#171; &lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=923&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'&#233;cole des soignants : un r&#234;ve, un projet, un (nouveau) d&#233;part...&lt;/a&gt; &#187;, Winckler's Webzine, 17 juillet 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Voir &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/CHOLLET/14649&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les acquis f&#233;ministes sont-ils irr&#233;versibles ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, avril 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Parmi les contributions ext&#233;rieures, on retrouve un article de P&#233;riph&#233;ries sur le choix de ne pas avoir d'enfant, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article308.html&quot; class='spip_in'&gt;La vie est un man&#232;ge&lt;/a&gt; &#187; (3 f&#233;vrier 2007). A ce sujet, voir aussi le programme de l'Universit&#233; des femmes de Bruxelles, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.universitedesfemmes.be/061_seminaires-feminisme.php?idsem=64&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;En avoir ou pas. Les f&#233;ministes et les maternit&#233;s&lt;/a&gt; &#187; (septembre 2009 - f&#233;vrier 2010).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;Martin Winckler, &lt;i&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, P.O.L., 600 pages, 22,80 euros. &lt;br /&gt;On peut &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6290&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;lire les premi&#232;res pages&lt;/a&gt; sur le site de l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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