Périphéries

Magazine
Avril 2008
Créé en décembre 1997,
Périphéries sonde le présent par la bande,
balise les paysages hostiles de figures amies,
hume l'air des villes
pour repeupler les no man's land,
compile les feuilles de route
pour des temps désorientés.
%##1@ Incursions - « Marianne, ta tenue n’est pas laïque ! ». « Les filles voilées parlent » ? On en voit d’ici qui, au seul énoncé de ce titre, brandissent le crucifix et agitent la gousse d’ail. Autant dire « Belzébuth parle », ou « l’Etrangleur du Yorkshire parle » ! Au cours des mois qui ont précédé le vote de la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile à l’école (hypocritement baptisée « loi sur la laïcité à l’école »), l’hystérie médiatique autour de cette question a persuadé la population entière que ces jeunes filles qui choisissaient de ne pas montrer leurs cheveux ou leurs oreilles, sorte de démons femelles, étaient la source de tous ses maux, et constituaient le principal problème auquel le pays était confronté - « c’est à cause de vous que tout va mal en France » revient souvent parmi les invectives qu’elles rapportent. On s’est déchiré sur le sujet, on a produit une quantité ahurissante d’arguments en faveur ou en défaveur d’une loi, mais on n’a pas jugé bon de demander leur avis aux principales intéressées. C’est à cette lacune que vient remédier le livre d’Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, qui montre l’ampleur des dégâts - absolument invisibles dans les médias - causés par la loi de 2004. [Lire...]
Mona Chollet - Avril 2008
%##3@ Incursions - Sacrées espèces
et menteurs menacés
. Du kaki dans les yeux, des emmerdes plein la tête, extinction programmée. Des semaines durant, à Bogny-sur-Meuse, dans une cuvette au fin fond des Ardennes, une centaine d’ouvriers, parfois en tenue de camouflage, traquent leur dignité, leur honneur ou leur fierté, chapardés par un patron-braconnier. Le trou tombe en ruines. La mécanique du piège s’avère grossière : en promettant la main sur le cœur de les soigner, le viandard arrache les bêtes exténuées à la barre du tribunal de commerce ; il les dépèce (vente des stocks, des bâtiments, des terrains et des rebuts, transformation des machines en ferraille) et, avec la plus-value réalisée, se paie grassement, s’achète un meilleur couteau et repart fureter dans les sous-bois des vallées ardennaises. Les licenciés en puissance, les vivants en sursis ont le mauvais goût d’arguer que le braconnier avait la cote dans la grande famille, chez les consanguins de l’UIMM et du MEDEF. Et réclament aux organisations patronales une indemnité de 50.000 euros par personne. Scandale dans le scandale. Ce ne sont pas deux histoires ; ceci est un carambolage. [Lire...]
Thomas Lemahieu - Mars 2008
%##1@ Feuilles de route - A la croisée des fleuves. On ne peut concevoir une plus belle image de résistance à la brutalité et au simplisme des temps que celle de ces juifs irakiens, filmés par Florence Strauss dans son documentaire sur la musique arabe, Le Blues de l’Orient, qui, dans leur maison en Israël, perpétuent la tradition des « salons de musique » qu’ils tenaient en Irak. Pas parce qu’elle autorise des lamentations consensuelles sur « ces peuples qui s’entredéchirent alors qu’ils ont tant en commun », mais parce qu’elle offre un prisme pour envisager d’une manière radicalement différente le conflit israélo-palestinien. Comme l’avait montré en 1986 l’universitaire israélienne Ella Shohat dans un texte fondateur sur les juifs orientaux en Israël, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives, l’Etat hébreu s’est construit sur la négation de l’identité « métèque » qui était la cible des antisémites européens. Il s’est voulu à tout prix un Etat occidental, ce qui impliquait de rejeter tant les Palestiniens que les juifs orientaux. Chez ces derniers, l’élite ashkénaze apprécie, à la limite, la gastronomie et l’exotisme chaleureux de leur folklore ; mais elle leur dénie - comme les pays européens à leurs immigrés - toute légitimité à participer à la « production de sens ». Pour penser le monde, l’Occident n’a besoin de personne. Le film de Florence Strauss montre bien, pourtant, que la culture arabe donne accès, par des voies qui n’appartiennent qu’à elle, à un pan singulier de l’expérience humaine - à l’image de ce « quart de ton » propre à sa musique, et dont ses amoureux disent qu’il touche l’auditeur « non pas dans sa chair, mais dans la moelle de ses os ». [Lire...]
Mona Chollet - Décembre 2007
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Signalétique empruntée à Ne Pas PlierIci, c’est ailleurs... Le site est divisé en quatre rubriques. Les éditos articulent identités et ouverture, Orient et Occident, actualité brute et bulles de rêverie, satire et nuance... Les gens de bien sont des portraits ou des rencontres avec des artistes, des intellectuels dont l’oeuvre nous touche ou nous importe, solidement ancrés dans une histoire si personnelle qu’elle touche à l’universel. Les incursions vous entraînent dans l’exploration de lieux excentrés, singuliers, incongrus ou banals, où se tisse une histoire collective. Et comme la géographie n’est jamais inerte, elles donnent aussi à entendre des témoignages de ceux qui habitent les lieux et agissent sur eux. Enfin, les feuilles de route vous proposent une bibliothèque idéale, faite de livres (films, revues, spectacles...) rares, drôles, pertinents, éblouissants, qui donnent des forces, enrichissent nos jours, changent la perspective.
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