Périphéries

Nemausus 1 et 2

L’utopie HLM de Jean Nouvel

Honte à mon ignorance ! Ces « HLM immenses » que j’appelais de mes vœux dans le reportage au centre commercial Euralille, Jean Nouvel les a construites en 1986 à Nîmes. Richard Copans et Stan Neumann ont consacré en 1995 un documentaire, diffusé sur Arte le 20 août 1998, à ces deux superbes vaisseaux de verre et d’acier, baptisés Nemausus 1 et 2.

Les appartements, avec terrasse, baie vitrée, salle de bains où la lumière naturelle entre à flots, y sont des duplex ou même des triplex de 90, 110 ou 160m2. Chaque fonction de l’habitat a été repensée, débarrassée des scories du conformisme. Les parkings sont au sol, sous le bâtiment construit en quelque sorte sur pilotis. Les ascenseurs courent sur les façades, qui sont dotées de larges coursives extérieures où les habitants peuvent prendre le soleil et bavarder, où les gamins foncent sur leur vélo. Ainsi, tout le volume du bâtiment peut être consacré aux logements eux-mêmes. Tout a été fait pour gagner de la place. Résultat : des appartements de rêve. Pourtant, à la construction, les deux Nemausus ont coûté le même prix que des barres de cages à lapins aveugles. Pour arriver à cet équilibre, Nouvel a accordé moins de soin aux finitions et utilisé des matériaux industriels.

Des logements « contraignants » ?

Si certains locataires ont su mettre en valeur ce décor high tech, réchauffer les murs et les sols en béton sans rien perdre en espace et en lumière, beaucoup d’autres ont été un peu intimidés, décontenancés par ce logement d’un type inhabituel. Ils ont eu du mal à y faire leur nid. D’où un décalage assez saisissant entre le cadre et l’ameublement. Le documentaire fait défiler les exemples de meubles vieillots bouchant les perspectives, de papiers peints assombrissant les pièces. Certains estiment que Jean Nouvel s’est montré trop directif, trop contraignant. Question : par le mépris porté à leurs semblables dont témoignent leurs bâtiments, les constructeurs de clapiers sordides ne sont-ils pas « contraignants », eux aussi, et d’une façon qui porte bien plus à conséquence ? Reste que le documentaire ne donne malheureusement pas la parole aux premiers concernés : les locataires.

« Le petit logement a souvent été symbole d’oppression », disait Nouvel, dont le seul tort, ici, est sans doute d’avoir été en avance sur son temps. Avec Nemausus, il a introduit un élément d’utopie dans un système qui ne pouvait que le saboter. C’est ainsi que les loyers ont été fixés en fonction de la superficie des appartements. Peu importe que leur prix de construction les rende accessibles, en théorie, à toutes les bourses : l’espace, c’est pour les riches.

Nemausus aura au moins eu le mérite de démontrer que la question du bien-être pour tous, du droit de chacun à vivre dans un cadre respectueux de la personne et propre à son épanouissement, est davantage une affaire de mentalité que d’argent.

M. C.

Tout doit disparaître : choses vues un samedi après-midi au centre commercial Euralille.

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Urbanisme
Périphéries, septembre 1998
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