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		<title>Alambics existentiels</title>
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		<description>En librairies aujourd'hui : &#171; Chez soi. Une odyss&#233;e de l'espace domestique &#187; (Zones/La D&#233;couverte, 320 pages, 17 euros). En voici l'introduction et la table des mati&#232;res. En librairies aujourd'hui : &#171; Chez soi. Une odyss&#233;e de l'espace domestique &#187; (Zones/La D&#233;couverte, 320 pages, 17 euros ; e-book : 11,99 euros). En voici l'introduction et la table des mati&#232;res. Le texte int&#233;gral sera bient&#244;t disponible en libre acc&#232;s sur le site de l'&#233;diteur. En 2006, Patrick Bouchain, invite&#769; a&#768; repre&#769;senter la France a&#768; (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En librairies aujourd'hui : &#171; Chez soi. Une odyss&#233;e de l'espace domestique &#187; (Zones/La D&#233;couverte, 320 pages, 17 euros). En voici l'introduction et la table des mati&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En librairies aujourd'hui : &#171; Chez soi. Une odyss&#233;e de l'espace domestique &#187; (Zones/La D&#233;couverte, 320 pages, 17 euros ; e-book : 11,99 euros). En voici l'introduction et la table des mati&#232;res. Le texte int&#233;gral sera bient&#244;t disponible en libre acc&#232;s &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=197&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur le site de l'&#233;diteur&lt;/a&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_820 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH367/chez-soi-5d76b.jpg' width='250' height='367' alt=&quot;&quot; style='height:367px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;En 2006, Patrick Bouchain, invite&#769; a&#768; repre&#769;senter la France a&#768; la Biennale d'architecture de Venise, avait pris tout le monde de court en de&#769;cidant de transformer le pavillon d'exposition en lieu d'habitation durant les trois mois que durerait la manifestation. Pour cela, il avait donne&#769; carte blanche au jeune collectif EXYZT, qui avait re&#769;ussi a&#768; nicher dans ce classique et intimidant temple a&#768; colonnade un fantastique caravanse&#769;rail baptise&#769; &#171; Me&#769;tavilla &#187; : un dortoir dans une structure tubulaire, une vaste cuisine-salle a&#768; manger, un atelier, une plateforme sur le toit avec sauna et micropiscine afin de profiter de la vue sur les arbres environnants...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pre&#769;paratifs avaient fourni a&#768; l'e&#769;quipe l'occasion de chahuter copieusement les organisateurs. Par exemple, les participants pouvaient acheter sur le budget de l'exposition des ordinateurs et des re&#769;troprojecteurs, mais pas de la vaisselle, des fourneaux, des draps et des oreillers : &#171; Pourquoi est-il plus proche de l'architecture d'acheter un ordinateur qu'un matelas ? Pourquoi montrer des images est-il plus compre&#769;hensible que manger ensemble ? &#187; Apre&#768;s l'ouverture, une e&#769;missaire du groupe allait chaque jour pre&#769;senter au directeur de la Biennale une liste des invite&#769;s qui pourraient entrer gratuitement : comme tout me&#769;ce&#768;ne be&#769;ne&#769;ficiait de l'entre&#769;e libre, Bouchain et sa bande avaient inscrit tous leurs amis qui avaient verse&#769; un euro... Le malheureux homme finit par refuser de voir une seule liste de plus et se contenta de passer de temps en temps au pavillon pour souffler et boire un Martini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les occupants de la Me&#769;tavilla s'approvisionnaient chez les commer&#231;ants ve&#769;nitiens, a&#768; cent me&#768;tres des Giardini ou&#768; se tenait la Biennale ; on leur livrait du pain tous les matins. Ils faisaient le me&#769;nage, la lessive. Ils n'avaient e&#769;tabli la programmation du lieu que pour une semaine sur deux, de fac&#807;on a&#768; laisser toute sa place a&#768; l'inattendu. &#171; C'e&#769;tait une vraie maison, se souvient l'architecte. Quand on entrait, cela sentait bon, Tiloch cuisinait, il y avait ceux qui se le&#768;vent tard, qui e&#769;taient encore en train de prendre leur petit de&#769;jeuner. &#187; De prime abord, pour les visiteurs, cela &#171; ne paraissait pas se&#769;rieux &#187; : &#171; Le public e&#769;tait surpris d'entrer et de nous voir vivre. La re&#769;action e&#769;tait souvent : &#8220;Ce n'est que &#231;a ?&#8221; Puis : &#8220;Vous avez raison, il n'y a que cela (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Patrick BOUCHAIN et EXYZT, Construire en habitant, Actes Sud, &#171; L'Impense&#769; &#187;, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;).&#8221; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce &#171; que cela &#187;, j'ai eu envie de faire un livre &#8211; en m'attendant moi aussi a&#768; ce que cela ne paraisse pas se&#769;rieux. Parler du chez-soi, de ce que nos maisons repre&#769;sentent dans nos vies, de ce qu'elles rendent possible, de nos aspirations en matie&#768;re d'habitat : quand ce sujet ne semble pas de&#769;nue&#769; du moindre inte&#769;r&#234;t, il suscite une certaine de&#769;fiance, comme si le simple fait de s'en pre&#769;occuper nous mena&#231;ait d'un embourgeoisement fatal. Pour avoir chronique&#769; un livre de photographies qui rendait compte de l'histoire particulie&#768;rement riche des squats dans ma ville natale, Gene&#768;ve (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Julien GREGORIO, Squats. Gene&#768;ve 2002-2012, Labor et Fides, Gene&#768;ve, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;), je m'e&#769;tais ainsi attire&#769; le commentaire furieux, sur Twitter, d'un anarchiste suisse qui me disait qu'on n'avait pas besoin d'un &#171; catalogue Ikea des squats &#187;. On insiste &#8211; a&#768; raison, &#244; combien &#8211; sur la ne&#769;cessite&#769; de se re&#769;approprier l'espace public ; mais on l'oppose de fa&#231;on simpliste a&#768; un univers domestique qui, dans l'esprit de beaucoup, ne fait na&#238;tre que des images peu glorieuses de repli frileux, d'avachissement devant la te&#769;le&#769;vision en pantoufles Mickey, d'accumulation compulsive d'appareils e&#769;lectrome&#769;nagers et d'indiffe&#769;rence re&#769;solue au monde. Le logement se re&#769;duirait soit a&#768; une simple contingence, un proble&#768;me pratique a&#768; re&#769;gler, soit a&#768; un pie&#768;ge ouate&#769; et castrateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, dans une e&#769;poque aussi dure et de&#769;soriente&#769;e, il me semble au contraire qu'il peut y avoir du sens a&#768; repartir de nos conditions concre&#768;tes d'existence ; a&#768; repartir de ces actions &#8211; a&#768; peine des actions, en re&#769;alite&#769; &#8211; et de ces plaisirs e&#769;le&#769;mentaires qui nous maintiennent en contact avec notre e&#769;nergie vitale : trai&#770;ner, dormir, r&#234;vasser, lire, re&#769;fle&#769;chir, cre&#769;er, jouer, jouir de sa solitude ou de la compagnie de ses proches, jouir tout court, pre&#769;parer et manger des plats que l'on aime. A&#768; l'e&#769;cart d'un univers social sature&#769; d'impuissance, de simulacre et d'animosite&#769;, parfois de violence, dans un monde a&#768; l'horizon bouche&#769;, la maison desserre l'e&#769;tau. Elle permet de respirer, de se laisser exister, d'explorer ses de&#769;sirs. Bien s&#251;r, on pourra hurler a&#768; l'individualisme ; mais j'aime assez l'image a&#768; laquelle recourt l'architecte ame&#769;ricain Christopher Alexander : si une personne ne dispose pas d'un territoire propre, attendre d'elle qu'elle apporte une contribution a&#768; la vie collective revient a&#768; &#171; attendre d'un homme qui se noie qu'il en sauve un autre (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Christopher ALEXANDER (avec Sara ISHIKAWA, Murray SILVERSTEIN, Max (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au de&#769;part, il y avait mon envie de de&#769;fendre ces plages de temps ou&#768; on n'est plus la&#768; pour personne, dont j'ai pour ma part un besoin absolu, ce qui suscite l'incompre&#769;hension ou la de&#769;sapprobation de mon entourage &lt;i&gt;(cf. chapitre 1)&lt;/i&gt;. J'ai aussi voulu consacrer quelques pages a&#768; amender ma description des bienfaits de la re&#769;clusion domestique en tenant compte des chamboulements qu'y provoquent Internet et les re&#769;seaux sociaux, territoires ou&#768; je de&#769;ploie, comme beaucoup d'autres, une activite&#769; tout a&#768; fait de&#769;raisonnable &lt;i&gt;(chapitre 2)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans la maison se projettent aussi certains des proble&#768;mes les plus br&#251;lants auxquels nous sommes confronte&#769;s. Avec la hausse des prix vertigineuse qui s'est produite au cours des quinze dernie&#768;res anne&#769;es, la qu&#234;te d'un logement est devenue une entreprise qui expose la majeure partie de la population a&#768; la violence des ine&#769;galite&#769;s et des rapports de domination. La difficulte&#769; de se loger, ou de se loger correctement, que chacun tente de de&#769;jouer comme il peut, entrave, contraint et exte&#769;nue des millions d'existences &lt;i&gt;(chapitre 3)&lt;/i&gt;. On reste r&#234;veur en imaginant a&#768; quoi ressembleraient nos vies si l'espace e&#769;tait une denre&#769;e abondante et accessible, y compris dans les grandes villes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fa&#231;on moins e&#769;vidente, mais e&#769;galement cruciale, ce qui manque pour pouvoir s'ancrer dans le monde n'est pas seulement l'espace, mais aussi le temps. Pour se laisser de&#769;river entre ses quatre murs, il faut disposer d'une quantite&#769; ge&#769;ne&#769;reuse de temps, cesser de compter les heures et les minutes. Or nous subissons la rigueur d'une discipline horaire impitoyable. De surcro&#238;t, nous avons inte&#769;gre&#769; l'ide&#769;e que notre temps e&#769;tait une denre&#769;e inerte et uniforme qu'il s'agissait de remplir, de valoriser et de rentabiliser, ce qui nous maintient sur un qui-vive permanent, la culpabilite&#769; en embuscade &lt;i&gt;(chapitre 4)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Impossible, par ailleurs, de ne pas voir dans une habitation le lieu d'un rapport de forces fe&#769;roce : celui qu'engendre la simple ne&#769;cessite&#769; de l'entretenir. Conside&#769;rant le me&#769;nage comme une ta&#770;che indigne et ingrate, on le de&#769;le&#768;gue aux cate&#769;gories domine&#769;es, sans trop se soucier des conditions d'existence auxquelles cette spe&#769;cialisation les condamne. Dans les pays ou&#768; la domesticite&#769; a disparu &#8211; ou quasiment disparu &#8211;, ce travail incombe aux femmes de me&#769;nage, mais surtout aux femmes en ge&#769;ne&#769;ral, depuis que le XIXe sie&#768;cle a impose&#769; du haut en bas de l'e&#769;chelle sociale la figure de la &#171; fe&#769;e du logis &#187; &lt;i&gt;(chapitre 5)&lt;/i&gt;. Plus largement, l'image d'une fe&#769;minite&#769; voue&#769;e a&#768; l'animation de l'univers domestique, seul lieu possible de son plein e&#769;panouissement, conserve une pre&#769;gnance et une capacite&#769; de renouvellement remarquables. Elle contribue a&#768; la perpe&#769;tuation du mode&#768;le de la famille nucle&#769;aire comme seul type de me&#769;nage normal et souhaitable, alors m&#234;me que les modes de vie e&#769;voluent et qu'un peu d'audace peut suffire a&#768; en forger de nouveaux &lt;i&gt;(chapitre 6)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nos r&#234;ves de maisons
&lt;br /&gt;portent l'affirmation,
&lt;br /&gt;envers et contre tout, &lt;br /&gt;d'une confiance en l'avenir ;
&lt;br /&gt;ils affirment toujours la possibilite&#769;
&lt;br /&gt;d'une refondation du monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il restait cependant encore a&#768; parler du chez-soi dans sa dimension spatiale, mate&#769;rielle. A&#768; tout &#226;ge, de nombreux &#234;tres humains semblent e&#769;prouver le besoin de jouer avec des repre&#769;sentations d'habitations ide&#769;ales, de se projeter dans des espaces imaginaires. Nos r&#234;ves de maisons portent l'affirmation, envers et contre tout, d'une confiance en l'avenir ; ils affirment toujours la possibilite&#769; d'une refondation du monde. &#171; Nous sommes architectes et les architectes sont des optimistes &#187;, de&#769;clarent les responsables du Rural Studio, au sein duquel, depuis vingt ans, des e&#769;tudiants construisent des maisons et des ba&#770;timents publics en mate&#769;riaux recycle&#769;s pour des habitants pauvres du fin fond de l'Alabama (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Andrew FREEAR, Elena BARTHEL, Andrea OPPENHEIMER DEAN et Timothy HURSLEY, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;). (J'avoue que j'envie leur chance ; si on remplace &#171; architectes &#187; par &#171; journalistes &#187;, la phrase fonctionne tout de suite beaucoup moins bien.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les livres que l'on offre aux enfants regorgent de constructions fabuleuses ; et il faut voir avec quelle fascination, avec quelle de&#769;lectation, avec quel sentiment de toute-puissance eux-me&#770;mes tracent inlassablement sur une feuille de papier des murs, une porte, des fen&#234;tres, un toit, une chemine&#769;e qui fume. Une fois adulte, pour alimenter ses fantasmes, il faudra le plus souvent se contenter des magazines ou des e&#769;missions de de&#769;coration. De m&#234;me, on rencontre peu d'occasions de de&#769;battre de la forme que pourrait prendre un habitat agre&#769;able, accessible et e&#769;cologiquement viable, alors que les ba&#770;timents ou&#768; nous e&#769;voluons de&#769;terminent une large part de notre vie. J'ai donc tente&#769; d'e&#769;baucher ce qui pourrait repre&#769;senter, a&#768; mes yeux du moins, une architecture ide&#769;ale &lt;i&gt;(chapitre 7)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le petit toit que forment les livres lorsqu'on les entrouvre, tranche tourne&#769;e vers le ciel, est le plus s&#251;r des abris &#187;, e&#769;crit Chantal Thomas (&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Chantal THOMAS, Souffrir, Payot, Paris, 2004.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;) &#8211; une auteure vers qui ce travail m'a plus d'une fois ramene&#769;e. Je vis dans un appartement exigu, encombre&#769; et peu confortable. Je ne suis ni une grande bricoleuse ni une grande cuisinie&#768;re (il va falloir inventer un mot plus fort qu'&#171; euphe&#769;misme &#187; pour qualifier ce que je viens de dire la&#768;). Mes capacite&#769;s a&#768; exercer une hospitalite&#769; concre&#768;te sont des plus limite&#769;es. Mais je serais comble&#769;e si certains lecteurs pouvaient trouver dans les pages qui viennent un abri de cette sorte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alambics existentiels
&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Introduction&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La mauvaise r&#233;putation. &#171; Sors donc un peu de cette chambre ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les vertus surestime&#769;es du mouvement perpe&#769;tuel
&lt;br /&gt;Routes de terre, routes de papier
&lt;br /&gt;Tours d'ivoire assie&#769;ge&#769;es
&lt;br /&gt;Plaidoyer pour mon carton a&#768; chapeaux
&lt;br /&gt;Le recours a&#768; l'antre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une foule dans mon salon. De l'inanit&#233; des portes &#224; l'&#232;re d'Internet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un trou noir au pouvoir d'attraction irre&#769;sistible
&lt;br /&gt;Une &#171; dilatation du moi &#187;
&lt;br /&gt;De pauvres gens qui n'ont pas de vie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La grande expulsion. Pour habiter, il faut&#8230; de l'espace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vies entrave&#769;es
&lt;br /&gt;Comment he&#769;riter ?
&lt;br /&gt;L'e&#768;re des contorsionnistes
&lt;br /&gt;S'adapter, mais jusqu'ou&#768; ?
&lt;br /&gt;Le graal de la proprie&#769;te&#769;
&lt;br /&gt;Se sauver tous ensemble ou pas du tout&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. &#192; la recherche des heures c&#233;lestes. Pour habiter, il faut&#8230; du temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'e&#769;le&#769;phant au milieu du couloir : le travail
&lt;br /&gt;Le carcan des horaires
&lt;br /&gt;Derniers bastions
&lt;br /&gt;Un coup de force dans les t&#234;tes
&lt;br /&gt;Malades de l'efficacite&#769;
&lt;br /&gt;Aper&#231;us de la de&#769;livrance
&lt;br /&gt;Un de&#769;tour par le Sud
&lt;br /&gt;Pense&#769;es encha&#238;ne&#769;es&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. M&#233;tamorphoses de la boniche. La patate chaude du m&#233;nage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Vous &#234;tes comme des poubelles pour nous &#187;
&lt;br /&gt;Moderniser l'exploitation
&lt;br /&gt;De la servante-compagne a&#768; la compagne-servante
&lt;br /&gt;&#171; Les mains d'une femme dans la farine &#187;
&lt;br /&gt;&#171; Nous ne voulons rien concilier du tout &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. L'hypnose du bonheur familial. Habiter, mais avec qui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sire&#768;nes du conformisme &lt;br /&gt;Vendre la famille aux femmes
&lt;br /&gt;Combats avec l'ange
&lt;br /&gt;E&#769;loigner les hommes et les femmes
&lt;br /&gt;Les explorateurs
&lt;br /&gt;Le couple autrement
&lt;br /&gt;Vivre seul, la terreur ultime ?
&lt;br /&gt;Des familles d'amis&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Des palais plein la t&#234;te. Imaginer la maison id&#233;ale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fantasmes et re&#769;alite&#769;s &lt;br /&gt;B&#226;tir ou briller
&lt;br /&gt;Abandon au tropisme japonais
&lt;br /&gt;Comment Terunobu Fujimori a sauve&#769; mon regard
&lt;br /&gt;Une architecture pour tous ?
&lt;br /&gt;Construire, c'est se construire
&lt;br /&gt;Inventer la hutte mitoyenne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Patrick BOUCHAIN et EXYZT, &lt;i&gt;Construire en habitant,&lt;/i&gt; Actes Sud, &#171; L'Impense&#769; &#187;, Arles, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Julien GREGORIO, &lt;i&gt;Squats. Gene&#768;ve 2002-2012,&lt;/i&gt; Labor et Fides, Gene&#768;ve, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Christopher ALEXANDER (avec Sara ISHIKAWA, Murray SILVERSTEIN, Max JACOBSON, Ingrid FIKSDAHL-KING et Shlomo ANGEL), &lt;i&gt;A Pattern Language. Towns, Buildings, Construction,&lt;/i&gt; Oxford University Press, Center for Environmental Structure Series, New York, 1977.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Andrew FREEAR, Elena BARTHEL, Andrea OPPENHEIMER DEAN et Timothy HURSLEY, &lt;i&gt;Rural Studio at Twenty. Designing and Building in Hale County, Alabama,&lt;/i&gt; Princeton Architectural Press, New York, 2014.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Chantal THOMAS, &lt;i&gt;Souffrir,&lt;/i&gt; Payot, Paris, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Recettes faciles pour une guerre civile</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article337.html</link>
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		<dc:date>2014-07-28T11:31:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Isra&#235;l / Palestine</dc:subject>

		<description>Dans Le Monde diplomatique de juillet, Peter Harling expose les raisons de l'&#233;clatement irakien. Il explique comment le premier ministre Nouri Al-Maliki, personnage falot port&#233; au pouvoir &#171; parce qu'il ne mena&#231;ait personne &#187;, a travaill&#233; activement &#224; exacerber les divisions de la soci&#233;t&#233;. Il a discrimin&#233; et pers&#233;cut&#233; les sunnites ; il a &#233;tabli un axe chiite avec Damas en prenant parti pour Bachar Al-Assad, et en &#171; ouvrant grand ses fronti&#232;res aux chiites qui se portaient volontaires pour aller combattre en (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot16.html" rel="tag"&gt;Isra&#235;l / Palestine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de juillet, Peter Harling expose les raisons de l'&#233;clatement irakien. Il explique comment le premier ministre Nouri Al-Maliki, personnage falot port&#233; au pouvoir &#171; parce qu'il ne mena&#231;ait personne &#187;, a travaill&#233; activement &#224; exacerber les divisions de la soci&#233;t&#233;. Il a discrimin&#233; et pers&#233;cut&#233; les sunnites ; il a &#233;tabli un axe chiite avec Damas en prenant parti pour Bachar Al-Assad, et en &#171; ouvrant grand ses fronti&#232;res aux chiites qui se portaient volontaires pour aller combattre en Syrie &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&#171; Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens.
&lt;p&gt;Nous dansons entre deux martyrs et pour le lilas entre eux,
&lt;br /&gt;nous dressons un minaret ou un palmier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au ver &#224; soie, nous d&#233;robons un fil pour &#233;difier un ciel
&lt;br /&gt;qui nous appartienne et enclore cette migration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et nous ouvrons la porte du jardin pour que le jasmin
&lt;br /&gt;sorte dans les rues comme une belle journ&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; o&#249; nous &#233;lisons demeure, nous cultivons les plantes
&lt;br /&gt;vivaces et r&#233;coltons les morts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la fl&#251;te, nous soufflons la couleur du plus lointain,
&lt;br /&gt;sur le sable du d&#233;fil&#233;, nous dessinons les hennissements&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et nous &#233;crivons nos noms, pierre par pierre. Toi l'&#233;clair,
&lt;br /&gt;&#233;claircis pour nous la nuit, &#233;claircis donc un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mahmoud Darwich, &#171; Nous aussi, nous aimons la vie &#187;&lt;/strong&gt; (1986), &lt;i&gt;La terre nous est &#233;troite
&lt;br /&gt;et autres po&#232;mes,&lt;/i&gt; traduit de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar,
&lt;br /&gt;Gallimard, NRF Po&#233;sie, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_813 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH332/tumblr_n95suy2fGN1r44q44o1_1280-0f7ee.jpg' width='465' height='332' alt=&quot;&quot; style='height:332px;width:465px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Manifestation contre l'offensive isra&#233;lienne &#224; Gaza, &lt;strong&gt;Beyrouth&lt;/strong&gt;, 22 juillet 2014. (Jamal Saidi/Reuters)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de juillet, Peter Harling expose les raisons de l'&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/HARLING/50615&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#233;clatement irakien&lt;/a&gt;. Il explique comment le premier ministre Nouri Al-Maliki, personnage falot port&#233; au pouvoir &#171; parce qu'il ne mena&#231;ait personne &#187;, a travaill&#233; activement &#224; exacerber les divisions de la soci&#233;t&#233;. Il a discrimin&#233; et pers&#233;cut&#233; les sunnites ; il a &#233;tabli un axe chiite avec Damas en prenant parti pour Bachar Al-Assad, et en &#171; ouvrant grand ses fronti&#232;res aux chiites qui se portaient volontaires pour aller combattre en Syrie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce mode de gouvernement, remarque Harling, n'est pas isol&#233; dans la r&#233;gion : Assad, ou le mar&#233;chal Sissi en Egypte, y ont eux aussi recours. &#171; Les r&#233;gimes n'essaient m&#234;me plus de surmonter les clivages existant au sein de leurs soci&#233;t&#233;s (...). Ils investissent ces lignes de fracture, les exacerbent et recherchent le conflit. En radicalisant une partie de leur soci&#233;t&#233;, ils consolident leur position dans une autre et font l'&#233;conomie de tout programme constructif : la crainte de ce qui pourrait les remplacer suffit &#224; les maintenir au pouvoir. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis embarrass&#233;e de l'avouer, et de comparer ainsi un honorable chef d'Etat fran&#231;ais &#224; un vulgaire despote oriental (&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='**Ironie** (par les temps qui courent, il vaut mieux pr&#233;ciser)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;), mais c'est &#224; cet article que j'ai pens&#233; en d&#233;couvrant, le 9 juillet dernier, le &lt;a href=&quot;http://www.elysee.fr/communiques-de-presse/article/entretien-avec-le-premier-ministre-israelien/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;communiqu&#233; de l'Elys&#233;e&lt;/a&gt; sur la situation au Proche-Orient, alors que l'on comptait d&#233;j&#224; plusieurs dizaines de victimes palestiniennes et aucune victime isra&#233;lienne : &#171; Le pr&#233;sident de la R&#233;publique a eu ce soir un entretien t&#233;l&#233;phonique avec le premier ministre isra&#233;lien, Benyamin Netanyahou. Il lui a exprim&#233; la solidarit&#233; de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappel&#233; que la France condamne fermement ces agressions. Il appartient au gouvernement isra&#233;lien de prendre toutes les mesures pour prot&#233;ger sa population face aux menaces. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La France a repris &#224; son compte
&lt;br /&gt;la n&#233;gation par Isra&#235;l
&lt;br /&gt;de la valeur d'une vie arabe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit l'&#233;c&#339;urement suscit&#233; par sa politique dans tous les domaines, je suis bien consciente (je ne suis pas compl&#232;tement dingue) qu'il reste &#224; Fran&#231;ois Hollande un chou&#239;a de marge avant de devenir aussi ha&#239;ssable que Sissi, Maliki ou Assad. Il n'en reste pas moins que ce communiqu&#233; a &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/politiques/2014/07/22/soutien-a-israel-hollande-ou-le-peche-originel_1068512&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;effar&#233; de nombreux observateurs&lt;/a&gt;, et qu'il est porteur de divisions tr&#232;s graves pour la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Apr&#232;s le &#171; &lt;a href=&quot;http://lelab.europe1.fr/video-le-chant-d-amour-de-francois-hollande-a-benyamin-netanyahou-11824&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;chant d'amour&lt;/a&gt; &#187; &#224; l'&#233;gard d'un gouvernement d'extr&#234;me droite entonn&#233; par le pr&#233;sident de la R&#233;publique lors de sa visite officielle en Isra&#235;l en novembre 2013, on aurait sans doute d&#251; s'y attendre ; mais on pr&#233;sumait que le bilan des morts et le simple &#233;tat des forces en pr&#233;sence commanderaient un minimum de nuances. Sauf que non. &lt;i&gt;Pas un mot pour les victimes civiles&lt;/i&gt; : cette omission traduisait la r&#233;surgence d'un m&#233;pris colonial abyssal, archa&#239;que, d&#233;complex&#233;. La France reprenait &#224; son compte la n&#233;gation par Isra&#235;l de la valeur d'une vie arabe &#8212; la &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2010-01-13-Propagande-et-desinformation-a-l-israelienne-I&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;propagande&lt;/a&gt; invite sans cesse &#224; se demander &#171; ce qu'on ferait &#187; si des roquettes tombaient sur Londres ou Paris, mais elle n'envisage jamais qu'on puisse se mettre &#224; la place d'un Palestinien et imaginer, par exemple, le onzi&#232;me arrondissement de Paris r&#233;duit &#224; un paysage lunaire jonch&#233; de cadavres.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_816 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH310/4463375_6_e7b2_au-nord-de-gaza-le-26-juillet_2ad01464a250d391b1bde80d98edd536-91ad4.jpg' width='465' height='310' alt=&quot;&quot; style='height:310px;width:465px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;strong&gt;Beit Hanun&lt;/strong&gt;, nord de la bande de Gaza, 26 juillet 2014.
(AFP/Mohammed Abed)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, cette attitude consistant &#224; manifester son empathie avec l'occupant et &#224; accabler l'occup&#233;, &#224; le stigmatiser pour son agressivit&#233;, existe depuis longtemps, tant dans la classe politique que dans les m&#233;dias (&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'invisibilit&#233; de la violence inflig&#233;e aux Palestiniens, lire sur ce site (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;). Comme le constate le journaliste &lt;a href=&quot;https://twitter.com/akrambelkaid/status/491290039859814400&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Akram Belka&#239;d&lt;/a&gt;, &#171; le traitement m&#233;diatique en France &#224; propos de Gaza r&#233;v&#232;le un inconscient raciste qui veut qu'une vie palestinienne (arabe ?) ne vaut rien &#187;. Mais que ce soit formul&#233; aussi clairement au plus haut niveau de l'Etat ne peut qu'avoir des effets ravageurs dans un pays o&#249; vit une population relativement importante qui descend elle-m&#234;me d'anciens colonis&#233;s. Cela revient &#224; administrer &#224; tous ces gens une claque en pleine figure. Depuis des ann&#233;es, d&#233;j&#224; &#8212; depuis le 11 septembre 2001, comme s'ils avaient quoi que ce soit &#224; voir avec les terroristes de New York et Washington &#8212;, on s'acharne &#224; les mettre au ban de la communaut&#233; nationale, &#224; leur signifier qu'ils sont ind&#233;sirables dans leur propre pays, qu'en gros ils sont responsables de tout ce qui va mal en France. Ce communiqu&#233; repr&#233;sente donc une sorte d'aboutissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2001 (avant le 11 septembre), Sophie Bessis, dans son livre &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article253.html&quot; class='spip_in'&gt;L'Occident et les autres&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; avait parfaitement d&#233;crit le processus d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Elle relevait la vogue r&#233;cente de l'adjectif &#171; jud&#233;o-chr&#233;tien &#187;, qui permettait &#224; la fois de se d&#233;douaner de si&#232;cles d'antis&#233;mitisme, de &#171; censurer l'existence historique du &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article314.html&quot; class='spip_in'&gt;juda&#239;sme oriental&lt;/a&gt; &#187; et d'expulser l'islam de l'histoire occidentale en faisant de lui &#171; le tiers exclus de la r&#233;v&#233;lation abrahamique &#187;. Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, la France joue tr&#232;s clairement l'une de ses minorit&#233;s contre une autre, les juifs contre les Arabes. Et elle le fait en r&#233;f&#233;rence &#224; Isra&#235;l, par convergence id&#233;ologique, parce qu'elle suppose &#8212; &#224; tort ou &#224; raison &#8212; que la grande majorit&#233; des juifs de France soutiennent la politique isra&#233;lienne et partagent donc la d&#233;fiance g&#233;n&#233;rale envers les Arabes, per&#231;us comme une masse indistincte et fanatique, ceux de l&#224;-bas et ceux d'ici confondus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que son pr&#233;d&#233;cesseur, Th&#233;o Klein, ne lui ait pas m&#233;nag&#233; ses critiques, d&#233;montrant qu'une autre politique aurait &#233;t&#233; possible, Roger Cukierman, pr&#233;sident du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France (CRIF) au cours d'ann&#233;es d&#233;cisives (2001-2007, puis &#224; nouveau depuis 2013), a choisi de se pr&#234;ter &#224; ce jeu, et a entra&#238;n&#233; &#224; sa suite la communaut&#233; organis&#233;e. Il s'est efforc&#233; de pr&#233;senter les juifs de France comme les &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; de la R&#233;publique, quitte &#224; fayoter &#233;hont&#233;ment. &#171; Nous, &lt;i&gt;la Marseillaise, &lt;/i&gt;on ne la siffle pas, on la chante &#187;, entendait-on ainsi dans les manifestations du CRIF en soutien &#224; Isra&#235;l, en 2002 &#8212; ce qui n'emp&#234;cha pas quelques s&#233;rieux couacs : un &lt;a href=&quot;http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-commissaire-poignarde-s-en-tire-par-miracle-09-04-2002-2002971118.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;policier poignard&#233;&lt;/a&gt; dans le cort&#232;ge, des &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/2002/04/13/la-communaute-juive-recuse-ses-extremistes_400379&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;passants arabes pris en chasse&lt;/a&gt;... A l'occasion, Cukierman ne d&#233;teste pas non plus enfoncer les cancres : le 22 avril 2002, dans le quotidien isra&#233;lien &lt;i&gt;Haaretz,&lt;/i&gt; il interpr&#233;tait le score de Jean-Marie Le Pen au premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle fran&#231;aise comme un &#171; message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les Fran&#231;ais &#187;... et les autres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de ses positions similaires sur le soutien &#224; Isra&#235;l, Richard Prasquier, pr&#233;sident du CRIF entre 2007 et 2013, ne s'y &#233;tait pas laiss&#233; prendre, lui (&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire Dominique Vidal, &#171; Ceux qui parlent au nom des juifs de France &#187;, Le (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;). Dans une tribune du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;(18 mars 2011), il &#233;crivait lucidement : &#171; Le musulman a pris la place tenue hier par le juif, l'Arabe ou l'immigr&#233; dans la dialectique frontiste. Ne nous y trompons pas : ceux qui parlent de l'islamisation de la France sont guid&#233;s par la m&#234;me obsession x&#233;nophobe que ceux qui d&#233;non&#231;aient la juda&#239;sation de notre pays dans les ann&#233;es 1930. &#187; De fait, les points communs entre le traitement r&#233;serv&#233; il n'y a pas si longtemps aux juifs et celui r&#233;serv&#233; aujourd'hui aux musulmans sont frappants. Le 22 juillet 2014, &lt;a href=&quot;http://www.itele.fr/chroniques/interview-politique-christophe-barbier/j-c-cambadelis-polemique-mistral-un-faux-debat-mene-par-des-faux-culs-88966&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur iT&#233;l&#233;,&lt;/a&gt; Jean-Christophe Cambad&#233;lis, premier secr&#233;taire du Parti socialiste, d&#233;clarait que si la manifestation pour Gaza avait &#233;t&#233; interdite, c'&#233;tait parce que le gouvernement voulait &#171; la s&#233;curit&#233; pour les Fran&#231;ais, la s&#233;curit&#233; pour les manifestants &#187;. On pense aux propos tout aussi r&#233;v&#233;lateurs de &lt;a href=&quot;http://www.ina.fr/video/I09082508&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Raymond Barre&lt;/a&gt;, alors premier ministre, apr&#232;s l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic &#224; Paris, le 3 octobre 1980 : il s'&#233;tait dit &#171; plein d'indignation &#187; devant cet attentat &#171; odieux &#187; &#171; qui voulait frapper les Isra&#233;lites qui se rendaient &#224; la synagogue &#187; et qui avait frapp&#233; &#171; des Fran&#231;ais innocents &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1980, ce n'est pas vieux... Le compte Twitter &#171; &lt;a href=&quot;https://twitter.com/humourdedroite/status/493166316703191040&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Humour de droite&lt;/a&gt; &#187; le r&#233;sumait un peu brutalement, ce 27 juillet : &#171; Que les juifs ne se fassent pas trop d'id&#233;es : on les soutient seulement parce qu'on d&#233;teste encore plus les Arabes. &#187; Autrement dit : on ne les soutient &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; eux-m&#234;mes craignent et d&#233;testent les Arabes autant que nous. Vous parlez d'un march&#233; r&#233;pugnant... Selon &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://twitter.com/vivelefeu/status/492276541095964673&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; du 24 juillet, lors de la manifestation pour Gaza &#224; Barb&#232;s, &#171; la police avait dans le collimateur, parmi les organisateurs du d&#233;fil&#233;, l'&lt;a href=&quot;http://www.ujfp.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Union juive fran&#231;aise pour la paix&lt;/a&gt; &#187;. Refuser le march&#233;, persister &#224; se solidariser avec la minorit&#233; stigmatis&#233;e, souvent par fid&#233;lit&#233; &#224; sa propre histoire (choix qu'ont fait en Isra&#235;l des gens comme Amira Hass, Gideon Levy ou &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article256.html&quot; class='spip_in'&gt;Michel Warschawski&lt;/a&gt;), c'est rester un m&#233;t&#232;que, avec tous les risques que cela comporte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une communaut&#233; charg&#233;e de tous les p&#233;ch&#233;s
&lt;br /&gt;pour mieux en purifier le reste de la soci&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On a franchi ces derniers jours un nouveau seuil dans la constitution de la population dite &#171; arabo-musulmane &#187; en bouc &#233;missaire de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Au sens litt&#233;ral, le bouc &#233;missaire est un bouc que l'on charge de tous les p&#233;ch&#233;s d'une communaut&#233; pour la purifier. L'expression d&#233;signe par extension &#171; une personne sur laquelle on fait retomber les fautes des autres &#187;. Gr&#226;ce &#224; ce proc&#233;d&#233;, aucun membre de la communaut&#233; accusatrice n'est plus coupable du p&#233;ch&#233;, tandis que tous les membres de la communaut&#233; accus&#233;e le sont. Magie ! En l'occurrence, ces derni&#232;res ann&#233;es, la France blanche a pu ainsi s'absoudre &#224; la fois de son sexisme et de son antis&#233;mitisme. J'ai &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article335.html&quot; class='spip_in'&gt;d&#233;j&#224; cit&#233;&lt;/a&gt; cet article du magazine &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; consacr&#233; aux couples mixtes (5 novembre 2010) dans lequel Irina, mari&#233;e &#224; Samir, un Fran&#231;ais d'origine alg&#233;rienne, disait de lui : &#171; Il est tr&#232;s fran&#231;ais sur la question de l'&#233;galit&#233; homme-femme. &#187; &#171; Fran&#231;ais &#187;, vraiment ? Fran&#231;ais comme Dominique Strauss-Kahn, Bertrand Cantat, Eric Zemmour et leurs innombrables supporters ? Fran&#231;ais comme Eric Raoult, qui, responsable de la mission sur le port du voile int&#233;gral &#224; l'Assembl&#233;e nationale, en 2010, s'&#233;tait dit alarm&#233; par &#171; l'implantation dans notre pays de traditions culturelles ou d'id&#233;ologies qui tentent d'imposer un rapport homme-femme fond&#233; sur la domination, la pression et m&#234;me la menace, ce qui est proprement inacceptable &#187;, avant d'&#234;tre plac&#233; en garde &#224; vue en 2012 suite &#224; une plainte de son &#233;pouse pour violences conjugales, puis accus&#233; de harc&#232;lement sexuel d&#233;but 2014 apr&#232;s avoir envoy&#233; plus de quinze mille SMS &#224; une collaboratrice ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;cemment encore, j'entendais un militant antiraciste, descendant d'immigr&#233;s maghr&#233;bins, qui a longtemps fr&#233;quent&#233; les milieux socialistes, raconter que lors de certains &#233;v&#233;nements mondains, ses amies de la m&#234;me origine venaient se r&#233;fugier aupr&#232;s de lui et lui demander de faire semblant d'&#234;tre leur compagnon, dans l'espoir que les notables pr&#233;sents cesseraient de se croire autoris&#233;s &#224; les peloter. Lui qui ne s'&#233;tait jamais consid&#233;r&#233; comme sp&#233;cialement f&#233;ministe avait eu la surprise de se d&#233;couvrir &#224; cette occasion plut&#244;t &#233;volu&#233; et respectueux &#224; c&#244;t&#233; de ces types qui se comportaient, disait-il, &#171; comme des porcs &#187;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_819 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH310/tumblr_n925ssyggW1r44q44o1_1280-554fa.jpg' width='465' height='310' alt=&quot;&quot; style='height:310px;width:465px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; Manifestation contre l'offensive isra&#233;lienne &#224; Gaza, &lt;strong&gt;Tel-Aviv&lt;/strong&gt;, 19 juillet 2014. (Oded Balilty/AP)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me op&#233;ration pour l'antis&#233;mitisme. Les Palestiniens sont devenus les victimes expiatoires d'un crime europ&#233;en avec lequel ils n'avaient rien &#224; voir ; et, en France, la caricature du &#171; jeune de banlieue antis&#233;mite &#187; permet de faire oublier une longue histoire de haine, de meurtre et d'oppression dans laquelle tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; impliqu&#233;s &#8212; que l'on pense seulement aux ambigu&#239;t&#233;s de la figure tut&#233;laire du Parti socialiste, Fran&#231;ois Mitterrand. D&#233;sormais, l'antis&#233;mitisme franchouillard est m&#234;me per&#231;u comme du folklore inoffensif pour lequel on aurait presque de l'affection : en t&#233;moigne l'indulgence, pour ne pas dire l'amiti&#233;, d'Alain Finkielkraut ou d'Ivan Rioufol pour un Renaud Camus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens de ma stupeur la premi&#232;re fois que j'ai entendu prononcer le mot &#171; antis&#233;mitisme &#187; &#224; propos des tensions suscit&#233;es en France par le d&#233;but de la seconde Intifada, fin 2000. Ma na&#239;vet&#233; d'alors, qui me para&#238;t exotique avec le recul, t&#233;moigne du fait qu'on &#233;tait &#224; un point de bascule, qu'on &#233;tait en train de changer d'&#233;poque (m&#234;me ahurissement, un an plus tard, en entendant pour la premi&#232;re fois parler de &#171; musulmans fran&#231;ais &#187; pour des gens qu'auparavant on ne d&#233;signait &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; par leur religion). Je n'en revenais pas : comment pouvait-on assimiler la col&#232;re suscit&#233;e par un contexte g&#233;opolitique pr&#233;cis &#224; de la haine raciale ? Evidemment, je ne voyais pas (pas encore ; depuis, j'ai vu !) que cette col&#232;re pouvait dans certains cas r&#233;activer les vieux st&#233;r&#233;otypes de la haine raciale et aboutir &#224; des g&#233;n&#233;ralisations abusives, &#224; des agressions insupportables. Pour autant, si les &#171; musulmans &#187; &#233;taient fonci&#232;rement antis&#233;mites, alors Sarcelles aurait d&#251; conna&#238;tre des tensions et des &#233;chauffour&#233;es bien avant l'&#233;clatement de la seconde Intifada. Mon propre quartier, &#224; Paris, o&#249; une &#233;cole juive voisine avec une mosqu&#233;e, devrait &#234;tre &#224; feu et &#224; sang &#224; longueur d'ann&#233;e (et il ne l'est m&#234;me pas en ce moment).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ne pas importer
&lt;br /&gt;le conflit du Proche-Orient &#187;
&lt;br /&gt;signifie en r&#233;alit&#233; &lt;br /&gt;&#171; Ne pas d&#233;fendre
&lt;br /&gt;les droits des Palestiniens &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est inacceptable d'assimiler juda&#239;sme et sionisme, entend-on marteler partout. &#171; L'amalgame entre isra&#233;lien et juif est tentant et encourage &#224; casser du juif &#187;, d&#233;non&#231;ait ainsi Roger Cukierman &lt;a href=&quot;http://www.crif.org/fr/tribune/Trop-c-est-trop-par-Roger-Cukierman20635&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;en juin 2010&lt;/a&gt;. &#171; On rappellera, &#224; toutes fins utiles, que confondre juifs et Isra&#233;liens dans une m&#234;me r&#233;probation est le principe m&#234;me d'un antis&#233;mitisme qui, en France, est puni par la loi &#187;, ass&#232;ne &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/bernard-henri-levy-gaza-paris-17-07-2014-1847730_69.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Bernard-Henri L&#233;vy&lt;/a&gt; cette semaine. On ne peut qu'approuver. Mais dans ce cas, pourquoi tol&#232;re-t-on qu'un repr&#233;sentant de l'arm&#233;e isra&#233;lienne organise une s&#233;ance de recrutement dans une synagogue parisienne, comme ce fut le cas &lt;a href=&quot;http://www.ujfp.org/spip.php?article3240&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;en mai dernier&lt;/a&gt; ? Pourquoi les &#233;lus invit&#233;s au d&#238;ner annuel du CRIF ne se l&#232;vent-ils pas pour quitter la salle quand leur h&#244;te &lt;a href=&quot;http://www.lemondejuif.info/2014/03/diner-du-crif-cukierman-appelle-la-france-reconnaitre-jerusalem-la-capitale-disrael/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;saisit l'occasion&lt;/a&gt; pour demander que la France reconnaisse J&#233;rusalem comme la capitale d'Isra&#235;l ? Julien Salingue, dans une &lt;a href=&quot;http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2014/07/les-amalgames-de-roger-cukierman-lettre.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;lettre ouverte&lt;/a&gt; percutante &#224; Cukierman (23 juillet), lui reproche &#171; d'entretenir le dangereux amalgame qu'il ne cesse de d&#233;noncer &#187;. Quant &#224; BHL, il &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/20/97001-20111120FILWWW00182-libye-bhl-s-est-engage-en-tant-que-juif.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;d&#233;clarait fin 2011&lt;/a&gt;, apr&#232;s sa d&#233;sastreuse &#233;quip&#233;e libyenne, avoir particip&#233; &#171; en tant que juif &#187; &#224; cette &#171; aventure politique &#187; : &#171; J'ai port&#233; en &#233;tendard ma fid&#233;lit&#233; &#224; mon nom et ma fid&#233;lit&#233; au sionisme et &#224; Isra&#235;l. &#187; A son retour en France, Arno Klarsfeld, lui, a &lt;a href=&quot;http://www.editionsarchipel.com/livre/israel-transit/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;publi&#233; un livre&lt;/a&gt; sur son service militaire en Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_817 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:270px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.humaginaire.net/post/Des-affiches-pour-Gaza%3A-l-envoi-d-Amer-Shomali&quot; class=&quot;spip_out&quot; title='JPEG - 111.7 ko'&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L270xH398/visit_palestine_m-7388a.jpg' width='270' height='398' alt='JPEG - 111.7 ko' style='height:398px;width:270px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:270px;'&gt;&lt;strong&gt;Amer Shomali, &#171; Visit Palestine &#187; (&#171; Visitez la Palestine &#187;), Palestine, 2009. Tir&#233; d'une s&#233;rie d'affiches publi&#233;es quotidiennement dans &#171; L'Humanit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pire : en fouillant &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article113.html&quot; class='spip_in'&gt;dans mes archives&lt;/a&gt;, je retrouve au moins deux cas o&#249; un Fran&#231;ais juif qui se d&#233;solidarisait publiquement de la politique d'Isra&#235;l, Rony Brauman, se fit traiter de &#171; tra&#238;tre &#187; et contester sa juda&#239;t&#233;. Sur Paris Premi&#232;re, en octobre 2001, Claude Lanzmann disait de lui : &#171; Ce monsieur est n&#233; en Isra&#235;l. Il y a des tra&#238;tres &#224; leur pays. &#187; En d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, invit&#233; d'&#171; Arr&#234;t sur images &#187; (alors sur la Cinqui&#232;me) avec Roger Cukierman, Brauman commen&#231;ait une phrase par : &#171; Je suis juif ... &#187; Le pr&#233;sident du CRIF lui coupait aussit&#244;t la parole : &#171; Eh bien, &#231;a ne se voit pas beaucoup ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En somme, quand on nous dit : &#171; Il ne faut pas importer en France le conflit du Proche-Orient &#187;, cela signifie en r&#233;alit&#233; : &#171; Il ne faut pas d&#233;fendre les droits des Palestiniens en France. &#187; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article218.html&quot; class='spip_in'&gt;En 2003&lt;/a&gt;, la Ligue contre le racisme et l'antis&#233;mitisme (Licra) avait demand&#233; &#8212; et obtenu &#8212; la d&#233;programmation du film de Mohamed Bakri &lt;i&gt;J&#233;nine, J&#233;nine,&lt;/i&gt; qui devait passer sur Arte. Quelques jours auparavant, elle avait estim&#233; en revanche que la tenue d'un gala au profit de l'Association pour le bien-&#234;tre du soldat isra&#233;lien &#224; Levallois-Perret n'avait pas &#224; &#234;tre annul&#233;e. Elle voyait dans cette association de soutien &#224; une arm&#233;e d'occupation une organisation &#171; humanitaire &#187;. Et elle r&#233;clamait &#171; un peu plus de retenue, de mod&#233;ration, d'esprit de tol&#233;rance et de respect de chacun &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Et la guerre en Syrie ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce communiqu&#233; de l'Elys&#233;e le 9 juillet, j'ai l'impression d'&#234;tre pass&#233;e dans la quatri&#232;me dimension, ou d'&#233;voluer dans un livre de George Orwell &#8212; mais bien s&#251;r, la rh&#233;torique isra&#233;lienne, puisqu'elle est capable de r&#233;clamer le &lt;a href=&quot;http://fr.timesofisrael.com/ron-dermer-larmee-israelienne-merite-le-prix-nobel-de-la-paix-pour-sa-retenue/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;prix Nobel de la paix pour Tsahal&lt;/a&gt;, trouve le moyen de r&#233;cup&#233;rer &lt;a href=&quot;http://www.slate.fr/story/90303/israel-hamas-clarte-morale-amnesie&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;m&#234;me Orwell&lt;/a&gt;. Les horreurs se succ&#232;dent &#224; Gaza, et elles semblent ne pas avoir de limites : des familles enti&#232;res d&#233;cim&#233;es, des enfants assassin&#233;s alors qu'ils jouaient sur la plage ou sur le toit de leur maison, une &#233;cole de l'ONU prise pour cible, des quartiers entiers ras&#233;s et des dizaines de leurs habitants ensevelis sous les d&#233;combres... A chaque fois, on esp&#232;re que, enfin, l'&#233;v&#233;nement va d&#233;chirer le voile de l'id&#233;ologie et dessiller les yeux des commentateurs comme des dirigeants politiques, laissant appara&#238;tre la situation dans sa nudit&#233; insoutenable. Je crois que c'est cela qui explique pourquoi tant de gens, en d&#233;pit des &lt;a href=&quot;https://twitter.com/Mo_square/status/490829970550587393&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;protestations&lt;/a&gt;, s'obstinent &#224; abreuver les r&#233;seaux sociaux de photos d'enfants au cr&#226;ne d&#233;fonc&#233;, de corps carbonis&#233;s : ils esp&#232;rent forcer ainsi l'entr&#233;e des consciences (&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Le site Humanize Palestine a pris le contrepied de cette d&#233;marche.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;). Mais le voile semble r&#233;sister &#224; tout, et le massacre se poursuit imperturbablement sous les yeux du monde, sans rien susciter d'autre que de &lt;a href=&quot;http://www.legorafi.fr/2014/07/23/gaza-lonu-regrette-lutilisation-des-mots-crimes-de-guerre-et-accuse-israel-desormais-de-trucs-pas-gentils/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;molles protestations&lt;/a&gt;. Est-ce qu'on mesure bien l'effet d&#233;vastateur de cette injustice en roue libre qui semble ne jamais devoir trouver de r&#233;solution ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;div=&quot;align=left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_814 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH310/130702-gaza-kids-pool-f92ad.jpg' width='465' height='310' alt=&quot;&quot; style='height:310px;width:465px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;strong&gt;Dolphin Park&lt;/strong&gt;, centre de la bande de Gaza, 21 juin 2013. (Ezz Al-Zanoon/APA images)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme beaucoup de gens autour de moi, je suis d&#233;prim&#233;e, sur les nerfs. Incapable de me laisser aller &#224; l'insouciance de l'&#233;t&#233;, je passe mon temps &#224; suivre les informations ; par moment j'ai l'impression de devenir folle. Il faut supporter non seulement le spectacle de ce qui est inflig&#233; aux Palestiniens, mais aussi les discours qui disent plus ou moins sournoisement que ces gens l'ont bien cherch&#233;, et qui tentent de diaboliser ceux qui les d&#233;fendent. Il faut supporter les insinuations insultantes des perroquets de la propagande isra&#233;lienne qui demandent pourquoi la guerre en Syrie ne suscite pas la m&#234;me indignation alors qu'elle fait bien plus de morts &#8212; sous-entendu, bien s&#251;r : &#171; vous &#234;tes obs&#233;d&#233;s par les juifs, regardez donc un peu ailleurs, ce sont tout de m&#234;me ces sauvages d'Arabes qui tuent le plus d'Arabes &#187;. Comme si la place prise par un conflit d&#233;pendait uniquement du nombre de ses victimes (si c'est le cas, alors oublions la Syrie : ne parlons que du Congo !), et pas aussi de ses dimensions symboliques : une guerre coloniale, intimement li&#233;e &#224; l'histoire de l'Europe, rev&#234;t pour des Europ&#233;ens une autre port&#233;e qu'une guerre civile, surtout dans un pays qui compte d'importantes communaut&#233;s juive et arabe. Par ailleurs, on ne vit pas dans un pays o&#249; dirigeants politiques, intellectuels et &#233;ditorialistes nous expliquent &#224; longueur de journ&#233;e qu'Assad est notre ami, qu'il d&#233;fend la civilisation et qu'il m&#233;rite notre soutien &#233;namour&#233;. Que les z&#233;l&#233;s t&#233;l&#233;graphistes de Tel-Aviv cessent de colporter les mensonges les plus impudents, d'&#233;taler leur racisme &#224; toutes les tribunes, et on pourra peut-&#234;tre consacrer une plus grande part de notre attention &#224; la Syrie, au lieu de devoir sans cesse contrer leurs discours r&#233;voltants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le &#171; syndrome de Tom et Jerry &#187;
&lt;br /&gt;et l'obsession de l'&#171; &#233;quilibre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a ceux qui vous regardent d'un &#339;il perplexe et suspicieux. La flamb&#233;e de passion politique suscit&#233;e par les &#233;v&#233;nements &lt;a href=&quot;http://rue89.nouvelobs.com/2014/07/21/a-transformes-facebook-mur-propagande-253832&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;les contrarie&lt;/a&gt;. Voir leur entourage s'int&#233;resser &#224; ce qui se passe dans le monde, et m&#234;me &#8212; quel mauvais go&#251;t &#8212; d&#233;fendre des opinions, les met au bord de l'attaque de panique. Cela perturbe leur id&#233;al de vie, qui consiste &#224; &#233;couter du B&#233;nabar et &#224; regarder des &#233;missions de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; en rivalisant de commentaires spirituels jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive. D'autres, encore, daignent y aller de leur petite larme, sur le mode &#171; c'est bien triste ces gens qui s'entretuent sans fin alors qu'ils pourraient &#234;tre amis &#187;, &#171; peace and love les gars &#187;, mais en pr&#233;cisant bien qu'il ne s'agit surtout pas pour eux de &#171; &lt;a href=&quot;http://frblogs.timesofisrael.com/la-haine-ment/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;chercher une &#233;ni&#232;me fois le coupable&lt;/a&gt; de ce conflit isra&#233;lo-palestinien qui &#233;puise notre quotidien &#187; &#8212; pour cela il faudrait envisager de lire des livres, de consulter des r&#233;solutions de l'ONU, bref, on comprendra bien que ce n'est vraiment pas possible. Mieux vaut se retrancher derri&#232;re le souci de l'&#171; &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2014-07-15-Hollande-Fabius-les-errements-de-la-diplomatie&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#233;quilibre&lt;/a&gt; &#187;, et perp&#233;tuer ce que Julien Salingue appelle le &#171; &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article3871.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;syndrome de Tom et Jerry&lt;/a&gt; &#187;. Si certains daignent tout de m&#234;me &#233;mettre du bout des l&#232;vres une critique sur les agissements isra&#233;liens, ils s'empresseront d'ajouter qu'ils &#171; ne soutiennent pas non plus le Hamas &#187; &#8212; un r&#233;flexe dans lequel la f&#233;ministe &#233;gypto-n&#233;erlandaise &lt;a href=&quot;https://twitter.com/saramsalem/status/492087355449556992&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Sara Salem&lt;/a&gt; a raison de voir la &#171; plus grande victoire des communicants isra&#233;liens &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, par un dysfonctionnement inexplicable, ils oublient cette pr&#233;cision, quelqu'un leur ressortira promptement l'inusable charte du Hamas appelant &#224; la destruction d'Isra&#235;l. Peu importe qu'elle n'ait aucune chance d'&#234;tre mise en &#339;uvre face &#224; un Etat disposant des armements les plus sophistiqu&#233;s et soutenu par la premi&#232;re puissance mondiale : les intentions malveillantes de l'occup&#233;, et l'animosit&#233; tout &#224; fait pr&#233;occupante qu'il manifeste envers l'occupant, sont plus graves que ce que subit &lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt; la population palestinienne. De m&#234;me, la &lt;i&gt;menace&lt;/i&gt; des roquettes, qui n'atteignent que tr&#232;s rarement leur but, est consid&#233;r&#233;e comme plus grave que le d&#233;luge de feu sur Gaza, avec ses morts et ses destructions. Comme le r&#233;sumait un Palestinien (je ne retrouve plus la source) : &#171; Eux, ils ont peur ; nous, on meurt. &#187; (Lire aussi, sur ce site, &#171; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article143.html&quot; class='spip_in'&gt;Guerre des pierres, guerre des mots&lt;/a&gt; &#187;.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Du danger de priver de relais
&lt;br /&gt;une col&#232;re l&#233;gitime&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les m&#233;dias fran&#231;ais qui restent encore imperm&#233;ables aux &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187; isra&#233;liens ? &lt;i&gt;Le Monde diplomatique, L'Huma,&lt;/i&gt; Mediapart, Arr&#234;t sur images, Basta !, &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; (j'en oublie peut-&#234;tre ; &lt;i&gt;j'esp&#232;re&lt;/i&gt; que j'en oublie). Quels sont les partis politiques qui d&#233;fendent encore les droits des Palestiniens ? Le Nouveau parti anticapitaliste, le Front de gauche, les Verts... Tout &#231;a ne p&#232;se pas lourd face aux grosses machines dominantes. La cons&#233;quence, c'est qu'il y a de moins en moins de relais pour l'&#233;norme col&#232;re suscit&#233;e. Et l'interdiction des manifestations vient parachever cet &#233;touffement. On ne s'y int&#233;resse que pour enfermer encore davantage les &#171; Arabo-musulmans &#187; dans leur caricature antis&#233;mite ; pour traquer les quelques abrutis qui, bien que noy&#233;s dans des rassemblements de plusieurs milliers de personnes parfaitement pacifiques, en deviendront aussit&#244;t l'embl&#232;me. On aborde les manifestants avec une &lt;a href=&quot;https://twitter.com/monachollet/status/490545334817669120&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;malveillance&lt;/a&gt; plus ou moins subtile. Et on explique &#224; ceux qui persistent &#224; descendre dans la rue que, pour &#233;viter les voisinages d&#233;plaisants, ils feraient mieux d'&lt;a href=&quot;https://twitter.com/RedandRude/status/492781492184293376&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;abandonner d&#233;finitivement le terrain&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_815 spip_documents'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH372/4463067_6_2c18_manifestation-du-23-juillet-2014-en-soutien-a_e3eaae959c8a6ad3b8a08cb8fb975c47-a3b9d.jpg' width='465' height='372' alt=&quot;&quot; style='height:372px;width:465px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/left&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Manifestation en soutien &#224; Gaza, &lt;strong&gt;Paris&lt;/strong&gt;, 23 juillet 2014. (Samuel Bollendorff pour &#171; Le Monde &#187;)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Priver de relais une col&#232;re l&#233;gitime, biaiser et verrouiller l'information, c'est jouer un jeu terriblement dangereux. C'est abandonner en rase campagne des pans entiers de la population et cr&#233;er une confusion propice &#224; toutes les d&#233;rives. Dans ce contexte, beaucoup de militants propalestiniens, bien que confront&#233;s aux insultes, au racisme, &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/2014/07/16/un-manifestant-propalestinien-consamne-a-quatre-mois-ferme-pour-rebellion_1064751&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; l'arbitraire&lt;/a&gt;, conservent un sang-froid et une lucidit&#233; &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/2014/07/24/ma-mere-60-ans-placee-48-heures-en-garde-a-vue-apres-une-manifestation-pro-gaza_1069630&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;remarquables&lt;/a&gt;. Mais c'est peu dire que &#231;a tangue. On voudrait doper l'audience de Soral et de Dieudonn&#233; qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Ces derniers temps, j'ai vu autour de moi des gens &#8212; parfaitement blancs et &#171; int&#233;gr&#233;s &#187;, d'ailleurs &#8212; p&#233;ter les plombs, se mettre &#224; relayer des sites conspirationnistes ou soraliens, ou encore devenir des fans enthousiastes de Dieudonn&#233;. A plusieurs reprises, m&#234;me si, de par mon m&#233;tier, je suis cens&#233;e naviguer avec une aisance sup&#233;rieure &#224; la moyenne dans la masse des informations disponibles, je me suis retrouv&#233;e perdue au milieu de la cacophonie g&#233;n&#233;rale, aux prises avec des nouvelles contradictoires. Il me semble &#234;tre embarqu&#233;e dans un train fou, dans une s&#233;rie de wagons que le m&#233;canicien aurait d&#233;tach&#233;s du convoi et dont les passagers seraient secou&#233;s en tout sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On m'objectera peut-&#234;tre que la France, dans cette situation, n'avait pas d'autre choix que de d&#233;savouer une de ses minorit&#233;s. Sauf que non : autoriser une pluralit&#233; de points de vue, rappeler Isra&#235;l au droit international, d&#233;noncer des crimes de guerre pour ce qu'ils sont, ne reviendrait &#233;videmment pas &#224; nier l'humanit&#233; des juifs de France &#8212; &#224; moins, l&#224; encore, de confondre juda&#239;t&#233; et sionisme. Entendre la col&#232;re, lui donner un exutoire officiel ne pourrait que faire baisser la tension. Au lieu de quoi on multiplie les initiatives atterrantes. On apprenait ainsi le 22 juillet que Fran&#231;ois Hollande avait &#171; &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/07/22/leaders-religieux-et-politiques-appellent-au-calme_4460859_823448.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;re&#231;u &#224; l'Elys&#233;e&lt;/a&gt; les repr&#233;sentants des religions catholique, musulmane, protestante, juive, bouddhiste et orthodoxe, qui sont apparus unis pour d&#233;noncer &#8220;l'antis&#233;mitisme&#8221; &#187;. Ou quand la R&#233;publique la&#239;que confessionnalise un probl&#232;me politique... Le &lt;a href=&quot;http://www.ujfp.org/spip.php?article3400&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;R&#233;seau Palestine Marseille&lt;/a&gt; l'a rappel&#233; avec force : &#171; La guerre &#224; Gaza est une guerre coloniale. C'est un massacre commis par une arm&#233;e d'occupation contre un peuple. Cette guerre n'est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Soutenir les Palestiniens de Gaza, c'est d&#233;fendre le droit ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement, des ann&#233;es de matraquage islamophobe ont rendu cette voie impossible &#224; emprunter. Il ne reste plus qu'&#224; esp&#233;rer qu'on ne le paiera pas trop cher.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Plusieurs photos proviennent
&lt;br /&gt;de l'excellent blog &lt;a href=&quot;http://fotojournalismus.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Fotojournalismus&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;560&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;//www.youtube.com/embed/7_w9J4baT8M&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;small&gt;Chanson extraite du film d'Annemarie Jacir &lt;strong&gt;&#171; When I saw you &#187;&lt;/strong&gt; (&#171; Lamma Shoftak &#187;) (Jordanie, 2012)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) **Ironie** (par les temps qui courent, il vaut mieux pr&#233;ciser)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Sur l'invisibilit&#233; de la violence inflig&#233;e aux Palestiniens, lire sur ce site &#171; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article219.html&quot; class='spip_in'&gt;Ota Benga le Palestinien&lt;/a&gt; &#187; (f&#233;vrier 2003) et le texte d'Amira Hass &#171; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article119.html&quot; class='spip_in'&gt;Ils ne font pas le lien&lt;/a&gt; &#187; (septembre 2001).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Lire Dominique Vidal, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/VIDAL/20775&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ceux qui parlent au nom des juifs de France&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; juillet 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Le site &lt;a href=&quot;http://humanizepalestine.com/about/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Humanize Palestine&lt;/a&gt; a pris le contrepied de cette d&#233;marche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A Beyrouth, le b&#233;gaiement de l'imaginaire</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article336.html</link>
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		<dc:date>2013-11-01T14:15:57Z</dc:date>
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		<dc:subject>Travail / Ch&#244;mage</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Difficile de ne pas penser &#224; Annie Le Brun, cet &#233;t&#233;, en arpentant les all&#233;es de KidzMondo, le parc d'attractions qui venait d'ouvrir &#224; Beyrouth, pour un reportage &#224; lire dans Le Monde diplomatique de novembre. En 2000, dans Du trop de r&#233;alit&#233;, l'essayiste &#8212; &#224; qui l'on doit aussi de superbes expositions, comme &#171; Les arcs-en-ciel du noir &#187; &#224; la Maison de Victor Hugo &#224; Paris &#8212; constatait que le r&#234;ve avait &#171; purement et simplement disparu de notre horizon &#187;. Difficile de ne pas penser &#224; Annie Le Brun, cet &#233;t&#233;, (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot8.html" rel="tag"&gt;Travail / Ch&#244;mage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Difficile de ne pas penser &#224; Annie Le Brun, cet &#233;t&#233;, en arpentant les all&#233;es de KidzMondo, le parc d'attractions qui venait d'ouvrir &#224; Beyrouth, pour un reportage &#224; lire dans Le Monde diplomatique de novembre. En 2000, dans Du trop de r&#233;alit&#233;, l'essayiste &#8212; &#224; qui l'on doit aussi de superbes expositions, comme &#171; Les arcs-en-ciel du noir &#187; &#224; la Maison de Victor Hugo &#224; Paris &#8212; constatait que le r&#234;ve avait &#171; purement et simplement disparu de notre horizon &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_811 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH272/LeBrun1-2-e8ab1.jpg' width='160' height='272' alt=&quot;&quot; style='height:272px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Difficile de ne pas penser &#224; Annie Le Brun, cet &#233;t&#233;, en arpentant les all&#233;es de &lt;a href=&quot;http://www.kidzmondo.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;KidzMondo&lt;/a&gt;, le parc d'attractions qui venait d'ouvrir &#224; Beyrouth, pour un reportage &#224; lire &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/CHOLLET/49806&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de novembre&lt;/a&gt;. En 2000, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article249.html&quot; class='spip_in'&gt;Du trop de r&#233;alit&#233;&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; l'essayiste &#8212; &#224; qui l'on doit aussi de superbes expositions, comme &#171; &lt;a href=&quot;http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Art-et-Artistes/Les-arcs-en-ciel-du-noir-Victor-Hugo&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les arcs-en-ciel du noir&lt;/a&gt; &#187; &#224; la Maison de Victor Hugo &#224; Paris &#8212; constatait que le r&#234;ve avait &#171; purement et simplement disparu de notre horizon &#187;. D&#233;sormais, disait-elle, il n'y a plus qu'une &#171; r&#233;alit&#233; d&#233;bordante, qui revient nous assi&#233;ger au plus profond de nous-m&#234;mes &#187; ; et cela repr&#233;sente une catastrophe aussi grave que la destruction de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les exemples qui venaient &#233;tayer son propos, elle mentionnait les parcs d'attractions : &#171; Le succ&#232;s plan&#233;taire de Disneyland montre que le coup de force est en train de r&#233;ussir. Car ce ne sont plus seulement nos rapports &#224; l'espace et au temps qui y sont manipul&#233;s. C'est notre pouvoir ancestral de nier l'un et l'autre au nom du merveilleux qui s'y trouve litt&#233;ralement p&#233;trifi&#233;. Aussi, le seul fait que le monde des contes de f&#233;es y soit r&#233;duit &#224; la plus grossi&#232;re r&#233;alit&#233; tridimensionnelle constitue une catastrophe comparable &#224; la d&#233;vastation des grands ensembles forestiers. &#187;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;dl class='spip_document_807 spip_documents'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH349/IMG_2024-c482d.jpg' width='465' height='349' alt='JPEG - 173.9 ko' style='height:349px;width:465px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;KidzMondo, Beyrouth, 2013&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Rabattre le monde
&lt;br /&gt;sur le monde de l'entreprise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec KidzMondo, qui reprend le concept de &lt;a href=&quot;http://www.kidzania.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;KidZania&lt;/a&gt; (d&#233;j&#224; plus d'une vingtaine de parcs dans le monde, Lisbonne &#233;tant pour le moment la seule ville europ&#233;enne &#224; en accueillir un), une &#233;tape suppl&#233;mentaire est franchie. Il ne s'agit plus de donner une mat&#233;rialit&#233; &#224; l'univers des contes de f&#233;es : ce qui s'impose, c'est un imaginaire tautologique, incapable de fantasmer autre chose qu'une r&#233;plique du monde existant dans ce qu'il a de plus prosa&#239;que et ali&#233;nant. Ces parcs pr&#233;tendent en effet reproduire une ville r&#233;elle, et pr&#233;parer les enfants &#224; la vie adulte en leur apprenant les vertus du travail et de la bonne gestion financi&#232;re. De cette tendance &#224; rabattre le monde sur le monde de l'entreprise, il existe d'autres signes, comme cette agence japonaise qui invente le &#171; tourisme laborieux &#187; (lire Masaaki Kameda, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.japantimes.co.jp/news/2013/08/13/business/forget-the-beach-try-an-on-the-job-vacation/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Forget the beach, try an on-the-job vacation&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Japan Times,&lt;/i&gt; 13 ao&#251;t 2013).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_810 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH258/bachelard-33574.jpg' width='160' height='258' alt=&quot;&quot; style='height:258px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.jose-corti.fr/titreslesessais/terre-repos.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La Terre et les r&#234;veries du repos&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; paru en 1948, Gaston Bachelard offrait une retranscription int&#233;grale du devoir d'un &#233;colier parisien de 12 ans qui lui avait &#233;t&#233; transmis par &#171; M. Renauld, professeur au lyc&#233;e Charlemagne &#187;. Le sujet impos&#233; &#233;tait : &#171; Que voudriez-vous &#234;tre plus tard ? Et quelles en sont vos raisons ? &#187; Voici la r&#233;ponse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Je voudrais &#234;tre &#233;goutier. D&#232;s ma plus tendre enfance, mon r&#234;ve &#233;tait d'&#234;tre &#233;goutier ; en moi-m&#234;me, il me semblait que ce m&#233;tier &#233;tait merveilleux ; je m'imaginais que l'on devait traverser toute la terre par des boyaux souterrains. En &#233;tant &#224; la Bastille je pourrais aller au diable. Je pourrais repara&#238;tre en Chine, au Japon, chez les Arabes. J'irais encore voir les petits nains, les esprits, les lutins de la terre. Je me disais en moi-m&#234;me que je ferais des voyages &#224; travers la terre. Je m'imaginais encore que, dans ces &#233;gouts, il y avait des tr&#233;sors enfouis, que j'irais faire des excursions, je creuserais la terre et un jour je reviendrais chez mes parents, charg&#233; d'or et de pierres pr&#233;cieuses, je pourrais dire : Je suis riche, j'ach&#232;terai un magnifique ch&#226;teau et des parcs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224;, dans ces &#233;gouts, il y aurait des rencontres, un drame se d&#233;roulerait dont je serais le premier acteur : il y aurait un cachot o&#249; serait enferm&#233;e une jeune fille, j'entendrais ses plaintes et je volerais &#224; son secours et la d&#233;livrerais des mains d'un vilain sorcier qui voulait l'&#233;pouser. Je me prom&#232;nerais avec une lampe et un pic.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pour vrai dire, je ne connaissais pas de m&#233;tier plus grand et mieux que &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais lorsque je connus ce qu'&#233;tait le m&#233;tier d'&#233;goutier, un travail dur, p&#233;nible et malsain, je compris que ce n'&#233;tait pas un m&#233;tier que je r&#234;vais, mais alors d'un conte de Jules Verne ou encore un roman magnifique de jeunesse. En faisant cette d&#233;couverte, je m'aper&#231;us qu'un m&#233;tier n'est pas des vacances, mais qu'il fallait travailler dur pour gagner son pain ; je r&#233;solus alors de choisir un autre m&#233;tier. Celui de libraire me s&#233;duisit beaucoup. C'&#233;tait &#233;patant, je vendrais des livres aux &#233;coliers et aux gens. Je ferais aussi un abonnement de livres et les personnes viendraient &#233;changer leurs livres &#224; la biblioth&#232;que. Au d&#233;but de l'ann&#233;e scolaire, les &#233;l&#232;ves m'ach&#232;teraient des livres, des trousses, des plumes, etc. De temps en temps ils viendraient chercher des bonbons. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Cit&#233; dans Gaston Bachelard, &lt;i&gt;La Terre et les r&#234;veries du repos. Essai sur les images de l'intimit&#233;,&lt;/i&gt; Jos&#233; Corti, Paris, 1948)&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Oui mais quand m&#234;me, la religion, c'est mal &#187;</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article335.html</link>
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		<dc:date>2013-08-11T11:57:49Z</dc:date>
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		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>Relayer l'information de la &#233;ni&#232;me agression d'une femme voil&#233;e, ou les propos haineux tenus sur l'islam par la repr&#233;sentante d'une organisation pseudo-f&#233;ministe, revient immanquablement &#224; emboucher l'appeau &#224; trolls religiophobes. Que des femmes soient insult&#233;es et tabass&#233;es, que le f&#233;minisme serve de leurre pour r&#233;pandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s'en moque : dans un pays o&#249; m&#233;dias et politiques, de fa&#231;on plus ou moins insidieuse, d&#233;signent &#224; longueur de temps (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot12.html" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Relayer l'information de la &#233;ni&#232;me agression d'une femme voil&#233;e, ou les propos haineux tenus sur l'islam par la repr&#233;sentante d'une organisation pseudo-f&#233;ministe, revient immanquablement &#224; emboucher l'appeau &#224; trolls religiophobes. Que des femmes soient insult&#233;es et tabass&#233;es, que le f&#233;minisme serve de leurre pour r&#233;pandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s'en moque : dans un pays o&#249; m&#233;dias et politiques, de fa&#231;on plus ou moins insidieuse, d&#233;signent &#224; longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la soci&#233;t&#233;, son seul sujet d'anxi&#233;t&#233; est que son droit &#224; &#171; critiquer la religion &#187; soit garanti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Relayer l'information de la &#233;ni&#232;me agression d'une femme voil&#233;e, ou les propos haineux tenus sur l'islam par la repr&#233;sentante d'une organisation pseudo-f&#233;ministe, revient immanquablement &#224; emboucher l'appeau &#224; trolls religiophobes. Que des femmes soient insult&#233;es et tabass&#233;es, que le f&#233;minisme serve de leurre pour r&#233;pandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s'en moque : dans un pays o&#249; m&#233;dias et politiques, de fa&#231;on plus ou moins insidieuse, d&#233;signent &#224; longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la soci&#233;t&#233;, son seul sujet d'anxi&#233;t&#233; est que son droit &#224; &#171; critiquer la religion &#187; soit garanti. Pour l'exprimer, il usera de subtiles gradations dans la virulence, de la simple protestation &#224; l'&#233;ructation scatologique probablement cens&#233;e traduire la hauteur &#224; laquelle il plane dans l'&#233;ther philosophique inaccessible aux ben&#234;ts qui voient du racisme partout : &#171; Moi, je chie sur toutes les religions. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notez bien la perle argumentative que rec&#232;le cet &#233;tron d&#233;claratif : il a dit &lt;i&gt;&#171; toutes&lt;/i&gt; les religions &#187;. Ha, ha ! Vas-y, accuse-le de racisme maintenant ! Quand il d&#233;fend les &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-03-12-Femen&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Femen&lt;/a&gt; ou les dessinateurs de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article187.html&quot; class='spip_in'&gt;Charlie Hebdo&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; le religiophobe fait valoir qu'ils ne peuvent pas &#234;tre racistes, puisqu'ils s'en prennent autant aux cathos ou aux orthodoxes qu'aux musulmans : CQFD. Inutile d'aller lui expliquer que les religions ne sont pas de simples syst&#232;mes m&#233;taphysiques flottant dans la stratosph&#232;re, et qu'elles sont indissociables des populations qui s'en r&#233;clament ou qu'on y associe, de la culture, de la politique, de l'histoire, des rapports de domination entre groupes sociaux. Inutile de lui expliquer que s'en prendre &#224; l'islam, religion pratiqu&#233;e par des gens qu'il conna&#238;t mal, dont les anc&#234;tres ont &#233;t&#233; colonis&#233;s par ses propres anc&#234;tres, et qui sont discrimin&#233;s dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, ce n'est pas exactement la m&#234;me chose que de critiquer la religion catholique, depuis toujours li&#233;e au pouvoir en France, et dont il a pu exp&#233;rimenter &#224; ce titre la nocivit&#233; dans sa propre histoire (idem pour la religion orthodoxe en Ukraine, patrie des Femen).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Ne dites pas
&lt;br /&gt;&#171; existence persistante
&lt;br /&gt;de gens qui ne nous ressemblent pas &#187;,
&lt;br /&gt;dites &#171; mont&#233;e
&lt;br /&gt;des revendications identitaires &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Inutile de lui expliquer que, croyant faire &#339;uvre de progressisme, il risque surtout de relayer toutes les g&#233;n&#233;ralisations, tous les pr&#233;jug&#233;s et les st&#233;r&#233;otypes m&#233;prisants qui circulent depuis des si&#232;cles sur les musulmans &#8212; &#171; musulmans &#187; : une d&#233;nomination qui, &#224; l'&#233;poque coloniale, &#233;tait &#171; plus ethnique ou culturelle que religieuse &#187;, rappelle Anne-Marie Thiesse, directrice de recherche au CNRS (&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par Carine Fouteau, &#171; Islamophobie, racisme anti-musulman : le sens (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;). Et d'&#233;taler non pas sa sagesse sup&#233;rieure, mais plut&#244;t son nombrilisme culturel, sa paresse intellectuelle, son ignorance satisfaite et son arrogance de &#171; cul de plomb &#187;, pour reprendre une expression de l'ethnopsychiatre &lt;a href=&quot;http://www.carmed.fr/m_r_moro.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Marie Rose Moro&lt;/a&gt;. A l'&#233;poque o&#249; je travaillais &#224; &lt;i&gt;Charlie Hebdo,&lt;/i&gt; autour de 2000, un dessinateur un peu plus malin que les autres m'avait un jour gliss&#233; : &#171; Cette fa&#231;on qu'on a de se moquer des Afghans parce qu'ils portent des chapeaux qui ressemblent &#224; des galettes, &#231;a fait quand m&#234;me un peu les types qui ne sont jamais sortis de chez eux, non ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, quand le minimum d'ouverture &#224; d'autres fa&#231;ons de vivre vous fait d&#233;faut, il est toujours possible de le d&#233;nigrer sous l'appellation de &#171; relativisme culturel &#187; (bouh !), et de baptiser &#171; universalisme &#187; votre propre complexe de sup&#233;riorit&#233;, ce qui est tout de m&#234;me nettement plus flatteur. De m&#234;me, &#171; existence persistante de gens qui ne vous ressemblent pas &#187; = &#171; mont&#233;e des revendications identitaires &#187;, &#171; communautarisme &#187;. Fastoche, non ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inutile enfin de faire remarquer au religiophobe qu'il vit dans un pays o&#249; on devrait se rappeler &#224; quoi peut mener la stigmatisation d'individus sur des bases ethnico-religieuses, et de lui sugg&#233;rer que la possibilit&#233; de se trouver &#224; nouveau dans un processus de constitution d'un bouc &#233;missaire &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale pourrait peut-&#234;tre m&#233;riter cinq minutes de r&#233;flexion sur ce qu'il dit et la fa&#231;on dont il le dit : non, il ne veut pas r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'il dit. Car ce danger est tout &#224; fait d&#233;risoire par rapport &#224; la d&#233;fense de son droit &#224; CRITIQUER LES RELIGIONS. Et puis, il estime que c'est ridicule, ces &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;points Godwin&lt;/a&gt; permanents. Quoi ? On retrouve des &lt;a href=&quot;http://www.midilibre.fr/2013/05/27/la-petite-mosquee-en-construction-profanee,705177.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;t&#234;tes de porc dans des mosqu&#233;es&lt;/a&gt;, une &lt;a href=&quot;http://www.islamophobie.net/temoignages/2012/12/28/sanglier-poussette-islamophobie-ccif&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;t&#234;te de sanglier dans une poussette&lt;/a&gt; ? Des enfants subissent des &lt;a href=&quot;http://www.islamophobie.net/temoignages/2013/03/13/cantine-ccif-harcelement-viande&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;brimades &#224; la cantine&lt;/a&gt; ? Des &lt;a href=&quot;http://www.islamophobie.net/articles/2013/08/11/islamophobie-mosque-degradation-gironde&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;croix gamm&#233;es&lt;/a&gt; sont tagu&#233;es sur la fa&#231;ade des salles de pri&#232;re ? Des gens se font insulter et tabasser ? Bon, peut-&#234;tre, mais ce sont des gens qui n'existent que dans un recoin extr&#234;mement recul&#233; de sa conscience. Tellement recul&#233; qu'ils existent &#224; peine, en fait ; et donc, ce qui leur arrive ne saurait &#234;tre tr&#232;s grave. D'ailleurs, pour ce qu'il entrevoit d'eux, ce ne sont pas des gens tout &#224; fait nets, il faut bien le dire. Ils sont religieux, c'est-&#224;-dire qu'ils entra&#238;nent la patrie des Lumi&#232;res vers les gouffres d'irrationalit&#233; dont elle a eu tant de peine &#224; s'extraire : il ne manquerait plus qu'on se fatigue &#224; les d&#233;fendre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La &#171; religion arabe &#187;,
&lt;br /&gt;la &#171; religion turque &#187; :
&lt;br /&gt;la dure t&#226;che
&lt;br /&gt;des ennemis de l'obscurantisme
&lt;br /&gt;n'a jamais de fin &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant peu dire que le paravent de la &#171; critique des religions &#187; craque de partout. Dans &lt;i&gt;Charlie,&lt;/i&gt; r&#233;cemment, Bernard Maris rendait hommage &#224; Amina Sboui, la Femen tunisienne, et &#224; l'ensemble des Femen, dont il saluait le &#171; courage &#187;. Est-il plus cocasse d'entendre Maris parler de courage ou de f&#233;minisme ? Mon c&#339;ur balance. Quoi qu'il en soit, son engagement tout neuf en faveur de la libert&#233; des femmes semblait lui procurer une forte &#233;motion politique au niveau de la braguette : &#171; Montre tes seins, Amina, montre ton sexe (&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Cette jeunesse irresponsable &#187;, Charlie Hebdo, 20 juin 2013.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;)... &#187; Ah, l'excitation d'embrasser une cause juste. C'est quand m&#234;me trop sympa, ce truc de f&#233;minisme ; c'est &#224; regretter de ne pas s'y &#234;tre int&#233;ress&#233; plus t&#244;t. Il parlait aussi &#8212; et c'est l&#224; que le paravent craque s&#233;rieusement &#8212;, &#224; propos des hommes dont Amina Sboui &#233;tait cens&#233;e susciter la fureur, de &#171; cochons du d&#233;sert &#187;, et &#233;crivait : &#171; Ton corps nu est d'une puret&#233; absolue en face des djellabas et des niqabs r&#233;pugnants. &#187; (La djellaba, cet instrument bien connu d'oppression religieuse.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; Inna Shevchenko, la leader des Femen en France, elle a cr&#233;&#233; la pol&#233;mique en tweetant le 9 juillet, alors que venait d'&#234;tre d&#233;voil&#233; un timbre officiel la repr&#233;sentant en Marianne : &#171; Qu'est-ce qui peut &#234;tre plus stupide que le ramadan ? Qu'est-ce qui peut &#234;tre plus laid que cette religion ? &#187; Elle a &#233;videmment aussit&#244;t &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/2013/07/16/inna-shevchenko-je-ne-suis-pas-islamophobe-mais-religiophobe_918679&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;bott&#233; en touche&lt;/a&gt; en se d&#233;clarant &#171; religiophobe &#187; et non &#171; islamophobe &#187;. Sauf qu'en 2012, l'une des fondatrices du mouvement, Anna Hutsol, d&#233;plorait que la soci&#233;t&#233; ukrainienne ait &#233;t&#233; incapable &#171; d'&#233;radiquer la mentalit&#233; arabe envers les femmes (&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Femen, Ukraine's Topless Warriors &#187;, TheAtlantic.com, 28 novembre (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;) &#187;. Et qu'en 2010, lors d'un match entre le Karpaty de Kiev et le club turc Galatasaray, les Femen avaient produit ces &lt;a href=&quot;http://femen.livejournal.com/84464.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;images&lt;/a&gt; &#233;loquentes : une de leurs militantes &#233;tait encadr&#233;e par deux hommes &#224; la poitrine peinte aux couleurs du Karpaty qui d&#233;fendaient son sexe de leurs mains, tandis qu'elle adressait deux doigts d'honneur aux supporters turcs qui s'appr&#234;taient &#224; envahir le territoire ukrainien, mena&#231;ant l'int&#233;grit&#233; physique de ses femmes &#8212; ce que ne feraient jamais, naturellement, les bons supporters nationaux, virilement protecteurs (&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir l'article de Mathilde Goanec qui &#233;voque cet &#233;pisode, &#171; Un f&#233;minisme au (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_797 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;a href=&quot;http://femen.livejournal.com/84464.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L400xH294/Femen-6593c.jpg' width='400' height='294' alt=&quot;&quot; style='height:294px;width:400px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; religion arabe &#187;, la &#171; religion turque &#187; : deux nouvelles t&#234;tes de l'hydre obscurantiste contre lesquelles nos valeureux religiophobes vont devoir partir en croisade (non, pardon, le choix de ce mot risque de les faire couiner). Comme s'ils n'avaient pas d&#233;j&#224; assez de pain sur la planche. Quelle abn&#233;gation ! Quel courage !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Confront&#233; &#224; ce genre d'incidents embarrassants ou de d&#233;clarations puantes, le troll religiophobe pourra r&#233;agir de deux mani&#232;res. Les plus intoxiqu&#233;s par la propagande &lt;a href=&quot;http://www.contretemps.eu/interventions/fondements-politico-%C3%A9conomiques-f%C3%A9monationalisme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;f&#233;monationaliste&lt;/a&gt; dont les m&#233;dias et l'&#233;ditocratie nous abreuvent depuis dix ans &#8212; depuis la mise en orbite de Ni putes ni soumises, en gros &#8212; resteront de marbre : &#171; Ben quoi ? C'est pas raciste. On n'a pas le droit de d&#233;noncer les violences contre les femmes ? &#187; (Sans oublier, s'agissant des Femen, le r&#233;current et d&#233;sesp&#233;rant : &#171; Pourquoi toujours se diviser, vous n'avez pas mieux &#224; faire que de taper sur d'autres f&#233;ministes ? &#187;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, il y a le religiophobe humaniste. Mis face &#224; cette collection d'actes manqu&#233;s quelque peu pr&#233;occupants de certains de ses semblables, il ne r&#233;agira pas en les d&#233;non&#231;ant et en disqualifiant leurs auteurs, non ; faut pas r&#234;ver, non plus : la gravit&#233; de tout cela ne retiendra pas son attention une seule seconde. Le vrai scandale, c'est que, en brandissant ces exemples, on l'aura offens&#233; personnellement. Il protestera avec v&#233;h&#233;mence de sa propre innocence : &#171; D'accord, peut-&#234;tre, mais moi, je ne suis pas raciste &lt;i&gt;[suit une longue &#233;num&#233;ration de faits d'armes qui en attestent]&lt;/i&gt; ! On peut &#234;tre contre les religions sans &#234;tre raciste ! &#187; Avoue-le, sale islamogauchiste, que tu cherches &#224; le museler !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bon, d'accord. Parlons-en, alors. C'est quoi, au juste, le probl&#232;me avec la religion ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Sa collusion avec le pouvoir politique ?&lt;/strong&gt; On l'a d&#233;j&#224; dit : en France, cette collusion concerne le catholicisme. S'agissant de l'islam, elle n'existe pas &#8212; &#224; moins d'adh&#233;rer aux plus gros d&#233;lires de l'extr&#234;me droite. En revanche, elle existe bien en Iran, ou dans la Tunisie actuelle, et elle a exist&#233; dans l'&#233;ph&#233;m&#232;re Egypte de Mohamed Morsi. Vraiment ?... Entendant cela, le troll religiophobe, incapable de croire &#224; la caution morale que lui apporte l'idiote bien pensante qui pr&#233;tendait brider sa libert&#233; d'expression, s'empressera de clamer &#224; tue-t&#234;te sa solidarit&#233; avec les la&#239;cs opprim&#233;s en Iran ou en Tunisie. Bien s&#251;r, certains d&#233;tails le perturberont, comme ces images de pri&#232;res collectives sur la place Tahrir lors des grandes manifestations anti-Morsi du 30 juin dernier, ou de femmes voil&#233;es r&#233;clamant la chute du gouvernement des Fr&#232;res musulmans. Mais il n'aura aucun mal &#224; d&#233;nicher une quelconque pythie certifi&#233;e d'origine, fa&#231;on Ayaan Hirsi Ali ou Chahdortt Djavann, qui viendra d&#233;verser sur tous les plateaux de t&#233;l&#233; des horreurs sur l'islam dont il pourra se d&#233;lecter en toute bonne conscience. Bien s&#251;r, le risque sera qu'en trahissant les pr&#233;jug&#233;s grossiers dont il est impr&#233;gn&#233;, voire ses intentions malveillantes, il contribue surtout &#224; mettre en difficult&#233; les la&#239;cs et &#224; envenimer la situation dans les pays dont il pr&#233;tend vouloir le bien &#8212; un peu comme les Femen, qui ont soutenu Amina Sboui avec la m&#234;me constance &lt;a href=&quot;http://www.huffpostmaghreb.com/hela-ammar/etre-prisonniere-en-tunis_b_3521167.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;que la corde soutient le pendu&lt;/a&gt;. Mais la satisfaction de son besoin visc&#233;ral de &#171; critique des religions &#187; est &#224; ce prix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) &#171; La religion est une superstition grossi&#232;re, Dieu n'existe pas, tout le monde sait &#231;a, &#224; notre &#233;poque de progr&#232;s scientifique et de triomphe de la rationalit&#233; il est inacceptable que des gens croient encore &#224; ces calembredaines. &#187;&lt;/strong&gt; Ici, le religiophobe confond deux niveaux : ce qui doit relever de la bataille d'id&#233;es dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique et ce qui doit relever de la loi. Il pense, &#224; titre personnel, que la religion est un tissu d'absurdit&#233;s, alors il approuve des lois qui en interdisent l'expression (enfin... pour les musulmans). Or ce saut logique n'a rien d'&#233;vident.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La libert&#233; de conscience
&lt;br /&gt;et autres droits humains fondamentaux :
&lt;br /&gt;un truc invent&#233; par des na&#239;fs ang&#233;listes
&lt;br /&gt;corset&#233;s de tabous divers
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_803 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH261/bauberot-31b21.png' width='160' height='261' alt=&quot;&quot; style='height:261px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la notion de la&#239;cit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;voy&#233;e : alors qu'&#224; l'origine elle garantissait la neutralit&#233; de l'Etat et la libre expression religieuse des citoyens, d&#233;sormais, elle est devenue une arme pour r&#233;primer la foi musulmane. &#171; Il ne s'agit plus de respecter la neutralit&#233; &#224; l'&#233;gard des identit&#233;s, mais de permettre la neutralisation de certaines d'entre elles &#187;, r&#233;sume Rapha&#235;l Liogier (&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Rapha&#235;l Liogier, Le mythe de l'islamisation. Essai sur une obsession (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;). Revient sans cesse l'all&#233;gation fantaisiste selon laquelle la religion devrait rester une &#171; affaire priv&#233;e &#187;. Or, comme l'&#233;crit Christine Delphy, &#171; la libert&#233; de conscience, garantie par la loi fran&#231;aise de 1905, est re-garantie par chaque Constitution, et par toutes les conventions internationales &#8212; dont la D&#233;claration universelle des droits humains vot&#233;e par l'ONU en 1948 et ratifi&#233;e par la France. Elle serait sans effets pratiques si elle ne s'accompagnait pas de la libert&#233; d'expression. (...) C'est pourquoi la libert&#233; de pratiquer son culte, et de le pratiquer publiquement, de m&#234;me qu'on diffuse publiquement ses opinions politiques, philosophiques, esth&#233;tiques, est garantie par les conventions internationales. Et la libert&#233; de toutes les religions d'exister dans l'espace public est un des fondements de la loi de s&#233;paration des Eglises et de l'Etat de 1905 en France &#187; (&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Christine Delphy, &#171; La religion, une affaire priv&#233;e ? &#187;, Les mots sont (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas de quoi effrayer un Fran&#231;ois Baroin, qui, en 2003, dans un rapport remis au premier ministre Jean-Pierre Raffarin, promouvait cette la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e, en avertissant qu'&#171; &#224; un certain point la la&#239;cit&#233; et les droits de l'homme sont incompatibles &#187; (&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire Jean Baub&#233;rot, La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e, La D&#233;couverte, 2012.' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;). De toute fa&#231;on, il faut bien dire que toutes ces prises de t&#234;te au sujet de pr&#233;tendus droits humains fondamentaux ont &#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral r&#233;dig&#233;es par des bandes de na&#239;fs ang&#233;listes corset&#233;s de &lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707164346&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;tabous&lt;/a&gt; divers qui n'&#233;taient certainement pas oblig&#233;s de vivre avec des musulmans. Des &#171; idiots utiles &#187;, pour reprendre une terminologie ch&#232;re &#224; Caroline Fourest. On rel&#232;vera au passage que les Femen, elles, sont conscientes de ce sens originel de la la&#239;cit&#233; comme protection de l'expression religieuse, puisqu'elles &lt;a href=&quot;https://twitter.com/Femen_France/status/357147741614379008&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;tweetaient&lt;/a&gt; r&#233;cemment : &#171; Femen n'est pas un mouvement la&#239;c, Femen est anti-religion. Femen consid&#232;re la la&#239;cit&#233; comme une fa&#231;on d'accepter l'inacceptable. &#187; (Oui, toi aussi tu l'auras remarqu&#233; : Femen &lt;a href=&quot;https://twitter.com/RokhayaDiallo/status/357145057536651264&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;s'exprime comme Chuck Norris&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a quelque chose d'assez totalitaire, et d'un tout petit peu pr&#233;somptueux, &#224; vouloir que ses propres opinions aient force de loi, en particulier sur des sujets m&#233;taphysiques. Prenons un autre exemple &#8211; m&#234;me pas m&#233;taphysique : le religiophobe d'extr&#234;me gauche, par exemple, peut &#234;tre vigoureusement oppos&#233; aux id&#233;es lib&#233;rales, et consacrer une bonne partie de son temps et de son &#233;nergie &#224; combattre leur influence et &#224; les r&#233;futer. Pour autant, est-ce qu'il approuverait qu'on interdise leur expression ? Curieusement, ce raisonnement infantile, &#171; Je d&#233;teste ces id&#233;es, donc je soutiens des lois qui r&#233;priment leur expression &#187;, n'op&#232;re que quand il s'agit de r&#233;duire au silence une partie de la population d&#233;j&#224; discrimin&#233;e, et constitu&#233;e pour une bonne part de descendants de colonis&#233;s. Des gens dont il para&#238;t normal d'exiger qu'ils rasent les murs et ferment leur gueule.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_800 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force&quot; class=&quot;spip_out&quot; title='JPEG - 80.1 ko'&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L400xH225/jupe1-0bd04.jpg' width='400' height='225' alt='JPEG - 80.1 ko' style='height:225px;width:400px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;c&#232;le aussi dans cette d&#233;marche l'id&#233;e que, s'agissant des musulmans, il convient de faire jouer la contrainte l&#233;gale, l'autorit&#233; de l'Etat, le &#171; c'est comme &#231;a et c'est pas autrement &#187;. &#199;a ne sert &#224; rien de parler avec ces gens-l&#224;, et leur opinion n'a aucune importance, vu qu'ils n'ont dans la t&#234;te qu'un tissu de superstitions obscurantistes &#224; peine articul&#233;es. Cette conviction devait mener logiquement, quelques ann&#233;es apr&#232;s la loi interdisant le foulard &#224; l'&#233;cole, &#224; la conclusion selon laquelle &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ils ne comprennent que la force&lt;/a&gt; : des milliers de spectateurs se d&#233;lecteraient de voir au cin&#233;ma une prof de banlieue tenir en joue ses &#233;l&#232;ves basan&#233;s, tout en &#233;tant persuad&#233;s d'assister &#224; une &#233;mouvante d&#233;monstration d'h&#233;ro&#239;sme r&#233;publicain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cher religiophobe humaniste, je prendrai donc au s&#233;rieux tes protestations vertueuses quand tu seras pr&#234;t &#224; d&#233;fendre le droit d'exprimer des id&#233;es que tu ne partages pas. Parce que c'est un peu facile de ne brandir la &#171; libert&#233; d'expression &#187; que quand il s'agit du droit d'insulter les musulmans sous le noble pr&#233;texte de &#171; critiquer la religion &#187; &#8212; droit qui, entre nous, ne me semble &lt;a href=&quot;http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/le-texte-qui-suit-est-la-transcription.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;pas trop tragiquement menac&#233;&lt;/a&gt;. Bref, encore un effort pour &#234;tre tout &#224; fait voltairien. Car jusqu'ici, sans vouloir me montrer excessivement taquine, ce sont plut&#244;t ceux qu'on affuble de l'&#233;tiquette infamante d'islamogauchistes &#8212; tous ath&#233;es, sauf erreur de ma part &#8212; qui ont mis en pratique la fameuse maxime : &#171; Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous ayez le droit de le dire. &#187; (Phrase que Voltaire n'a &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;jamais prononc&#233;e&lt;/a&gt;, certes, mais qui a de la gueule.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Tu veux lutter contre le sexisme et l'homophobie ?
&lt;br /&gt;Alors lutte contre le sexisme et l'homophobie,
&lt;br /&gt;pas contre la-religion-comme-facteur-probable
&lt;br /&gt;de-sexisme-et-d'homophobie, &lt;br /&gt;fa&#231;on &#171; Minority Report &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#171; La religion est sexiste et homophobe. &#187;&lt;/strong&gt; Bon, nous voil&#224; au c&#339;ur du sujet. Alors allons-y carr&#233;ment : s'en prendre au sexisme et &#224; l'homophobie &#224; travers la religion, c'est tout simplement intenable. La religion n'est pas un levier pertinent. Tu veux lutter contre le sexisme et l'homophobie ? Alors lutte contre le sexisme et l'homophobie, quelle que soit la forme sous laquelle ils s'expriment, mais pas contre la-religion-comme-facteur-probable-de-sexisme-et-d'homophobie, fa&#231;on &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Minority_Report&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Minority Report&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. La d&#233;signer comme l'ennemi, poser l'&#233;quation &#171; croyant = r&#233;actionnaire &#187;, c'est ouvrir la porte &#224; tous les proc&#232;s d'intention, et c'est s'exposer &#224; commettre in&#233;vitablement des erreurs et des injustices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Injustices d'abord envers ceux qui, pour &#234;tre fid&#232;les d'une religion, ne sont pour autant ni sexistes, ni homophobes. Certains se d&#233;finiront comme catholiques et homosexuels, ou juifs et homosexuels, ou musulmans et homosexuels. Quand le site &lt;a href=&quot;http://www.madmoizelle.com/islamophobie-ordinaire-176366&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Madmoizelle&lt;/a&gt; a publi&#233; des t&#233;moignages sur l'islamophobie ordinaire, une de ses lectrices racontait : &#171; L'exemple qui m'a fait le plus de peine est s&#251;rement celui-ci : un de mes meilleurs amis est homosexuel. Moi-m&#234;me et un ou deux autres amis proches avions d&#233;j&#224; des doutes sur le fait qu'il l'&#233;tait mais voulions lui laisser le temps de l'annoncer lui-m&#234;me. Quand il fut enfin pr&#234;t, il prit les personnes &#224; part, une par une, pour leur annoncer. Les jours pass&#232;rent, puis les semaines, et il ne venait toujours pas &#224; moi. J'ai finalement &#233;t&#233; le trouver et il m'a avou&#233;, honteux : &#8220;Je pensais qu'&#224; cause de ta religion tu me rejetterais, tu ne m'accepterais pas et tu me verrais comme une abomination.&#8221; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Assimiler toute pratique religieuse musulmane
&lt;br /&gt;&#224; de l'int&#233;grisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, certaines musulmanes qui portent le foulard pourront d&#233;jouer les pr&#233;jug&#233;s en se r&#233;v&#233;lant avoir une estime d'elles-m&#234;mes bien sup&#233;rieure et une propension &#224; la soumission bien moindre que beaucoup de non musulmanes. Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article318.html&quot; class='spip_in'&gt;Les filles voil&#233;es parlent&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; Hanane d&#233;clarait ainsi : &#171; Je porte le voile par soumission &#224; un Dieu &#8212; et cette soumission-l&#224;, je l'assume totalement &#8212; mais cela veut dire aussi que je ne suis soumise &#224; personne d'autre. M&#234;me pas &#224; mes parents : je les respecte, mais je ne leur suis pas soumise. Elle est l&#224;, ma force : je me donne &#224; un Dieu, et ce Dieu me promet de me prot&#233;ger et me d&#233;fendre. Alors ceux qui veulent me dicter ma conduite, je les emmerde. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A lire ces exemples, on mesure combien l'hyst&#233;rie qui n'a cess&#233; de cro&#238;tre depuis le 11 septembre a fini par faire assimiler toute pratique de la religion musulmane &#224; de l'int&#233;grisme. Le &lt;a href=&quot;http://www.bakchich.info/blogs/sebastien-fontenelle/le-chaud-et-le-froid&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; r&#233;flexe niqab &#187;&lt;/a&gt; de beaucoup de m&#233;dias, que vient aussi de d&#233;noncer &lt;a href=&quot;http://www.depresdeloin.eu/2013/08/foulard-a-luniversite-a-qui-profite-la-polemique/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le socialiste Jean-Louis Bianco&lt;/a&gt;, pr&#233;sident de l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, est r&#233;v&#233;lateur &#224; cet &#233;gard : pour illustrer un article sur l'agression d'une femme portant le foulard, ou un sujet du journal t&#233;l&#233;vis&#233; (le 6 ao&#251;t sur France 2) sur une possible interdiction du voile &#224; l'universit&#233; &#8212; interdiction qui concernerait massivement des femmes portant le foulard &#8212;, on colle syst&#233;matiquement des images de femmes en niqab (&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Au d&#233;but de l'affaire Baby Loup, Charlie Hebdo (22 d&#233;cembre 2010) avait publi&#233; (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_804 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH243/haine-d5051.png' width='160' height='243' alt=&quot;&quot; style='height:243px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Certes, &#233;crit Pierre Tevanian dans &lt;i&gt;La haine de la religion,&lt;/i&gt; les sondages indiquent par exemple &#171; que la proportion d'opposants &#224; l'&#233;galit&#233; compl&#232;te des droits matrimoniaux et parentaux entre homosexuels et h&#233;t&#233;rosexuels est plus importante chez les croyants et pratiquants des grandes religions monoth&#233;istes que dans le reste de la population &#187;. Mais &#171; en quoi des donn&#233;es statistiques l&#233;gitiment-elles une attitude de m&#233;fiance ou de rejet &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; face &#224; des personnes concr&#232;tes (&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Pierre Tevanian, La haine de la religion. Comment l'ath&#233;isme est devenu (...)' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;) &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on acceptait cet &#171; usage inquisitorial des statistiques &#187; &#8212; qui s'est manifest&#233; lors de la candidature d'Ilham Moussa&#239;d sur les listes du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) aux &#233;lections r&#233;gionales de 2010 &#8212;, alors il faudrait le g&#233;n&#233;raliser, remarque Tevanian : le NPA devrait par exemple refuser les personnes issues des classes sup&#233;rieures, &#171; puisqu'il est &#233;tabli statistiquement que les classes sup&#233;rieures sont nettement plus que la moyenne hostiles aux politiques de redistribution des richesses &#187;...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'ath&#233;isme immunisait contre le machisme,
&lt;br /&gt;&#231;a se saurait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les religions ne tombent pas du ciel : quand elles sont misogynes et homophobes, c'est parce que leurs adeptes se servent d'elles pour exprimer et justifier une misogynie et une homophobie qu'ils pourraient tout aussi bien exprimer et justifier sous une forme non religieuse. Si l'ath&#233;isme immunisait contre le machisme, &#231;a se saurait. Depuis quelques ann&#233;es, il est devenu impossible de lire le mot &#171; la&#239;cit&#233; &#187; sans trouver dans son environnement imm&#233;diat le mot &#171; f&#233;minisme &#187;, et inversement ; or il s'agit d'une escroquerie intellectuelle et historique : les deux notions sont tr&#232;s loin d'&#234;tre consubstantielles. &#171; Que penser de cette id&#233;e que la la&#239;cit&#233; fran&#231;aise &#8220;d&#233;fend la femme contre le p&#232;re oppresseur&#8221; ?, &#233;crivait Alain Gresh dans &lt;i&gt;L'islam, la R&#233;publique et le monde&lt;/i&gt;. Au contraire, elle s'est pendant des d&#233;cennies accommod&#233;e des in&#233;galit&#233;s politiques (refus du droit de vote aux femmes) et juridiques (jusqu'en 1965, la femme devait avoir l'autorisation de son mari pour travailler ou ouvrir un compte en banque). Si l'&#233;galit&#233; des sexes a remport&#233; des victoires, c'est plus aux combats, souvent d&#233;cri&#233;s, des f&#233;ministes qu'&#224; la la&#239;cit&#233; qu'on le doit (&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Alain Gresh, L'islam, la R&#233;publique et le monde, Fayard, 2004.' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;). &#187; Monique Crinon rappelle, elle, que les d&#233;put&#233;s de gauche, au nom de leur d&#233;fiance envers la religion, compt&#232;rent parmi les plus farouches opposants au droit de vote des femmes, qu'ils consid&#233;raient comme inf&#233;od&#233;es au clerg&#233; (&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Monique Crinon, &#171; F&#233;minisme et la&#239;cit&#233; : non aux amalgames &#187;, Les mots sont (...)' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;signer &#171; la religion &#187; comme l'ennemi revient donc &#224; consid&#233;rer d'office comme sexistes et homophobes des gens qui ne le sont pas forc&#233;ment, mais aussi &#224; r&#233;pandre l'id&#233;e que seuls les pratiquants d'une religion sont sexistes et homophobes. Dix ans de f&#233;monationalisme politique et m&#233;diatique ont abouti &#224; la fois &#224; imputer l'accusation infamante de sexisme &#224; tous les hommes musulmans et &#224; en d&#233;douaner magiquement tous les autres. Dans un article de &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; consacr&#233; aux couples mixtes (5 novembre 2010), Irina, mari&#233;e &#224; Samir, un Fran&#231;ais d'origine alg&#233;rienne, disait de lui : &#171; Il est tr&#232;s fran&#231;ais sur la question de l'&#233;galit&#233; homme-femme. &#187; Ce qui laisse r&#234;veur quand on pense aux innombrables maris violents, aux harceleurs et aux violeurs parfaitement &#171; fran&#231;ais &#187; (doit-on comprendre &#171; blancs &#187; ?) qui rendent cette assertion absurde. On en arrive donc &#224; la situation o&#249; &#234;tre musulman et sexiste constitue un crime impardonnable, mais o&#249; &#234;tre sexiste sans &#234;tre musulman passe inaper&#231;u. (Le m&#234;me &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; vient d'engager Nicolas Bedos comme chroniqueur : c'est dire.) En r&#233;alit&#233;, ce dont on est somm&#233; par ceux qui d&#233;noncent &#171; la religion &#187; &#8212; musulmane, bien s&#251;r &#8212;, ce n'est pas de prouver son attachement aux droits des femmes : c'est de prouver sa loyaut&#233; envers la nation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'abb&#233; Gr&#233;goire, 1788 :
&lt;br /&gt;&#171; Un autre obstacle
&lt;br /&gt;&#224; la r&#233;forme des Juifs,
&lt;br /&gt;c'est le peu d'estime
&lt;br /&gt;qu'ils ont toujours eu
&lt;br /&gt;pour les personnes du sexe &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_805 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH246/minorites-d2f5d.jpg' width='160' height='246' alt=&quot;&quot; style='height:246px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;La man&#339;uvre n'est pas nouvelle : en 1788, comme l'a relev&#233; Esther Benbassa, l'abb&#233; Gr&#233;goire, dans son &lt;i&gt;Essai sur la r&#233;g&#233;n&#233;ration physique, morale et politique des Juifs,&lt;/i&gt; citait, parmi les &#171; obstacles &#224; la r&#233;forme &#187; de ceux-ci, &#171; le peu d'estime qu'ils ont toujours eu pour les personnes du sexe &#187;, alors que &#171; la consid&#233;ration pour les personnes du sexe est la mesure du progr&#232;s d'une nation dans la vie sociale &#187;. Deux si&#232;cles plus tard, Jacques Chirac lui faisait &#233;cho, en visant cette fois les musulmans : &#171; Le degr&#233; de civilisation d'une soci&#233;t&#233; se mesure d'abord &#224; la place qu'y occupent les femmes. &#187; (&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Esther Benbassa, La R&#233;publique face &#224; ses minorit&#233;s. Les Juifs hier, les (...)' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On aurait tort de sous-estimer la gravit&#233; des injustices que l'on cautionne en acceptant de faire la guerre &#171; aux religions &#187; au nom du f&#233;minisme. La d&#233;rive &#224; laquelle on assist&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es a l&#233;gitim&#233; et m&#234;me l&#233;galis&#233; les discriminations. Aujourd'hui, les femmes voil&#233;es courent le risque d'&#234;tre rejet&#233;es d'un nombre croissant de lieux, non seulement parce qu'on a falsifi&#233; la la&#239;cit&#233; pour en faire une arme contre elles, mais aussi parce qu'on pr&#233;sume chez elles une forme de soumission au machisme. Aux autres femmes, en revanche, on ne demande nullement de faire la preuve de leur f&#233;minisme avant de les laisser p&#233;n&#233;trer dans ces m&#234;mes espaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et bien s&#251;r, dans les faits, le soup&#231;on frappe tous ceux qui sont &#171; &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/video/2012/03/26/sur-france-info-sarkozy-evoque-les-musulmans-d-apparence_1675983_823448.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;musulmans d'apparence&lt;/a&gt; &#187;, sans qu'on prenne la peine de les interroger sur leurs convictions religieuses. Dans un h&#244;pital, une patiente un peu trop basan&#233;e qui demandera &#224; se faire examiner de pr&#233;f&#233;rence par un m&#233;decin de sexe f&#233;minin risque de se heurter &#224; un refus, m&#234;me si sa demande n'a aucun motif religieux, alors qu'une patiente blanche n'aura aucun mal &#224; faire accepter cette requ&#234;te, ou se verra m&#234;me offrir le choix. En associant &#224; la religion r&#233;elle ou suppos&#233;e de millions de gens toute une collection de pr&#233;jug&#233;s d&#233;gradants qui font dispara&#238;tre leur individualit&#233; et tous les autres aspects de leur personnalit&#233; (d&#233;finition m&#234;me du racisme, soit dit en passant), on a introduit l'arbitraire dans la vie sociale, et jusque dans le droit. Or l'arbitraire est une sale b&#234;te : une fois entr&#233;, il ne se laisse pas facilement mettre &#224; la porte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le &#171; mythe de l'islamisation &#187;
&lt;br /&gt;cesse d'&#234;tre le propre de l'extr&#234;me droite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer que des gens qui se r&#233;clament de la gauche ou de l'extr&#234;me gauche acquiescent &#224; une telle politique au m&#234;me titre que des gens de droite et d'extr&#234;me droite ? Comment expliquer qu'on ait pu voir des militants anarchistes soutenir la loi interdisant le port du voile &#224; l'&#233;cole, c'est-&#224;-dire s'en remettre &#224; l'Etat pour dire aux gens comment ils doivent s'habiller ? Par le fait que tous ont int&#233;gr&#233; un pr&#233;suppos&#233; autrefois caract&#233;ristique de l'extr&#234;me droite, mais qui s'est r&#233;pandu comme une peste dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; : la conviction qu'on assisterait &#224; une &#171; islamisation de la France &#187;. M&#234;me s'ils le nient, ou s'ils ne le formulent pas aussi cr&#251;ment, c'est le postulat secret qui d&#233;termine toutes leurs prises de positions, et qui explique cette hargne angoiss&#233;e et d&#233;fensive, voire haineuse, qu'ils manifestent si souvent. L'adh&#233;sion au &#171; mythe de l'islamisation &#187; &#8212; mythe que Rapha&#235;l Liogier a &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/idees/media-politique-la-paranoia-anti-islam,89778.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;d&#233;mont&#233; patiemment&lt;/a&gt; dans un livre du m&#234;me nom (&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Rapha&#235;l Liogier, Le mythe de l'islamisation, op. cit.' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;) &#8212; est le trait qui diff&#233;rencie l'islamophobe du simple militant ath&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La propagation et l'accr&#233;ditation de ce fantasme dans de tr&#232;s larges pans de la soci&#233;t&#233; se sont faites &#224; l'abri du bouclier moral offert par le mot magique de &#171; la&#239;cit&#233; &#187;. Ce terme s'est dot&#233; d'une nouvelle signification clandestine, qu'on pourrait r&#233;sumer par &#171; les Arabes dehors &#187;. Jean Baub&#233;rot, dans &lt;i&gt;La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e,&lt;/i&gt; montre comment le simple fait de prononcer ce mot permet &#224; Marine Le Pen de donner le &#171; la &#187; dans le d&#233;bat public, au lieu d'en &#234;tre mise au ban. Les propos de la pr&#233;sidente du Front national comparant les pri&#232;res de rue &#224; une &#171; occupation &#187;, en d&#233;cembre 2010, avaient suscit&#233; l'indignation g&#233;n&#233;rale ; mais, d&#232;s qu'elle les avait reformul&#233;s en termes de &#171; d&#233;fense de la la&#239;cit&#233; &#187;, elle avait oblig&#233; l'ensemble des commentateurs et de la classe politique &#224; s'aligner... En septembre 2011, Elisabeth Badinter, membre du &lt;a href=&quot;http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/060813/le-haut-conseil-lintegration-et-le-bonnet-d-ane-ostensible&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Haut Conseil &#224; l'int&#233;gration&lt;/a&gt; (HCI) &#8212; auquel on doit la brillante id&#233;e d'interdire le voile &#224; l'universit&#233; &#8212;, avait m&#234;me d&#233;plor&#233; &#171; qu'en dehors de Marine Le Pen personne ne d&#233;fende plus la la&#239;cit&#233; (&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Elisabeth Badinter d&#233;plore qu'&#8220;en dehors de Marine Le Pen&#8221; plus personne ne (...)' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_801 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L400xH303/chasse-58ee3.jpg' width='400' height='303' alt='JPEG - 62 ko' style='height:303px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le mauvais chasseur, bon bah c'est le gars qu'a un fusil, il voit un truc qui bouge... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que ce qui se trame sous couvert de &#171; la&#239;cit&#233; &#187; apparaisse clairement : en 2010, dans une &#233;cole primaire de la r&#233;gion lyonnaise, l'interpr&#233;tation par les &#233;l&#232;ves d'une chanson pour enfants en arabe &#171; parfaitement anodine &#187; avait par exemple &#233;t&#233; jug&#233;e &#171; contraire &#224; la la&#239;cit&#233; &#187;, simplement parce qu'elle &#233;tait en arabe (&lt;a href='#nb2-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Laurent L&#233;vy, &#171; La m&#233;taphore la&#239;que illustr&#233;e par l'exemple &#187;, Les mots sont (...)' id='nh2-15'&gt;15&lt;/a&gt;). M&#234;me d&#233;sir d'effacement des identit&#233;s, en dehors de toute r&#233;f&#233;rence religieuse, chez une personnalit&#233; officiellement &#171; la&#239;que &#187; comme Badinter, qui d&#233;clare : &#171; Quand, dans les ann&#233;es 1980, la gauche a donn&#233; la possibilit&#233; aux enfants d'apprendre la langue d'un pays ou d'une r&#233;gion d'origine, c'&#233;tait une faute (&lt;a href='#nb2-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Elle, 5 novembre 2010. A ce sujet, lire Emmanuelle Talon, &#171; L'arabe, une (...)' id='nh2-16'&gt;16&lt;/a&gt;). &#187; En 2010 toujours (22 d&#233;cembre), &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; publiait un num&#233;ro sp&#233;cial sous la banni&#232;re &#171; La&#239;cs, oui, fachos, non ! &#187; Parce qu'attention : pour paraphraser un &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xzkwbm_les-inconnus-les-chasseurs_fun&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sketch immortel&lt;/a&gt; des Inconnus, le facho, c'est un gars qui n'aime pas les musulmans et qui pense qu'ils veulent islamiser la France ; alors que le la&#239;c nouvelle mouture, bon, ben, c'est un gars, il n'aime pas les musulmans, et il pense qu'ils veulent islamiser la France. Rien &#224; voir !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Caroline Fourest,
&lt;br /&gt;&#171; meilleure sp&#233;cialiste de l'islam
&lt;br /&gt;de tout son immeuble &#187;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_806 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH229/mythe-e17e5.jpg' width='160' height='229' alt=&quot;&quot; style='height:229px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;A gauche, mais aussi &#224; l'extr&#234;me gauche, o&#249; l'&lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130731.OBS1612/manuel-valls-l-islamophobie-est-le-cheval-de-troie-des-salafistes.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#233;minence grise de Manuel Valls&lt;/a&gt; a ses admirateurs, Caroline Fourest a jou&#233; un r&#244;le essentiel dans la l&#233;gitimation et la diffusion du &#171; mythe de l'islamisation &#187;, dont elle est &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=gtbyTxNxpOo&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e&lt;/a&gt;. Donnant l'illusion d'une mesure et d'un s&#233;rieux qui tendraient pourtant &#224; lui faire d&#233;faut (ALERTE EUPH&#201;MISME), elle a b&#226;ti sa carri&#232;re d'&#233;ditocrate en surfant sur l'obsession islamophobe, et en lui permettant de se donner libre cours sous des oripeaux respectables. En 2004, elle publiait &lt;i&gt;Fr&#232;re Tariq,&lt;/i&gt; son &#171; enqu&#234;te &#187; sur Tariq Ramadan, personnage pass&#233; dans la nuit du 11 au 12 septembre 2001 du statut d'intellectuel musulman &#233;clair&#233; habitu&#233; des plateaux de Jean-Marie Cavada &#224; celui de fourbe croquemitaine int&#233;griste. Les bonnes feuilles &#233;taient parues dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; avec en couverture ce titre : &#171; L'homme qui veut instaurer l'islamisme en France &#187; (18 octobre 2004).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mieux faire trembler dans les chaumi&#232;res, la &#171; meilleure sp&#233;cialiste de l'islam de tout son immeuble (&lt;a href='#nb2-17' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Reviens, Voltaire, y a du pudding pour le dessert &#187;, Le blog de Philippe (...)' id='nh2-17'&gt;17&lt;/a&gt;) &#187; abusait dans ce livre des adjectifs &#171; inqui&#233;tant &#187;, &#171; sinistre &#187;, &#171; effrayant &#187;, &#171; terrifiant &#187; (variante : &#171; gu&#232;re rassurant &#187;), des expressions &#171; &#224; faire fr&#233;mir &#187;, &#171; &#224; faire froid dans le dos &#187;, &#171; &#224; glacer le sang &#187;, etc. Dans cette m&#234;me veine flamboyante de sc&#233;nariste de s&#233;rie B, elle qualifiait l'organisation des Fr&#232;res musulmans de &#171; matrice infernale dont les tentacules diffusent encore aujourd'hui l'int&#233;grisme aux quatre coins du monde &#187; ; une image qui, fort injustement, ne lui a valu aucune nomination au &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Prix_du_maire_de_Champignac&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Grand Prix du maire de Champignac&lt;/a&gt;. Peu importe que la peur soit mauvaise conseill&#232;re : dans un syst&#232;me m&#233;diatique toujours en qu&#234;te de sensationnalisme, encourager les fixations malsaines de vos concitoyens ne peut que s'av&#233;rer payant. Et se situer r&#233;solument du c&#244;t&#233; du manche permet de raconter en toute impunit&#233; &lt;a href=&quot;http://islamophobie.hypotheses.org/193&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;les plus gros bobards&lt;/a&gt;, comme d'employer les m&#233;thodes les plus r&#233;pugnantes pour tenter de discr&#233;diter vos contradicteurs, ainsi qu'a pu en t&#233;moigner il y a dix ans le journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; Xavier Ternisien, sous un titre &#233;loquent : &#171; &lt;a href=&quot;http://oumma.com/Salir-un-homme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Salir un homme&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le &#171; musulman m&#233;taphysique &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;velopper une telle parano&#239;a, pour se persuader de la toute-puissance de gens minoritaires et domin&#233;s, pour se sentir constamment insult&#233;, bafou&#233;, provoqu&#233;, menac&#233;, il faut forc&#233;ment &#234;tre devenu inconsistant et transparent &#224; ses propres yeux ; il faut ne plus se percevoir soi-m&#234;me, ne plus percevoir sa propre force. Pour s'enfermer ainsi dans la haine, la d&#233;fiance et le ressentiment, il faut avoir perdu tout espoir dans l'avenir. L'islamophobie traduit un malaise profond, un d&#233;sarroi face &#224; sa propre perte d'identit&#233;, au point que Liogier parle du &#171; musulman m&#233;taphysique &#187;. &#171; A travers les corps multiples des musulmans, &#233;crit-il, &#224; travers les moindres signes de leur foi, forc&#233;ment ostentatoires et insultants, les Europ&#233;ens semblent lire leur propre manque de foi et l'angoisse qui en r&#233;sulte, qu'ils convertissent aussit&#244;t en haine du musulman essentiel, source de tous leurs d&#233;boires mais avant tout de leur frustration existentielle. &#187; Peut-&#234;tre serait-il judicieux de regarder enfin ce malaise en face, de l'explorer honn&#234;tement, et de r&#233;fl&#233;chir &#224; un horizon et &#224; un projet de soci&#233;t&#233;, au lieu de s'acharner &#224; gommer du paysage ceux dont on veut croire qu'ils sont le seul obstacle &#224; la r&#233;activation d'un pass&#233; mythifi&#233;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Cit&#233; par Carine Fouteau, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.mediapart.fr/journal/france/250713/islamophobie-racisme-anti-musulman-le-sens-cache-des-mots?onglet=full&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Islamophobie, racisme anti-musulman : le sens cach&#233; des mots&lt;/a&gt; &#187;, Mediapart, 26 juillet 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.charliehebdo.fr/news/jeunesse-irresponsable-880.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Cette jeunesse irresponsable&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Charlie Hebdo,&lt;/i&gt; 20 juin 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.theatlantic.com/international/archive/2012/11/femen-ukraines-topless-warriors/265624/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Femen, Ukraine's Topless Warriors&lt;/a&gt; &#187;, TheAtlantic.com, 28 novembre 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Voir l'article de Mathilde Goanec qui &#233;voque cet &#233;pisode, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.regards.fr/acces-payant/archives-web/un-feminisme-au-poil,5009&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Un f&#233;minisme au poil ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Regards,&lt;/i&gt; 23 septembre 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Rapha&#235;l Liogier, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.seuil.com/livre-9782021078848.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Le mythe de l'islamisation&lt;/a&gt;. Essai sur une obsession collective,&lt;/i&gt; Seuil, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Christine Delphy, &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/La-religion-une-affaire-privee&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La religion, une affaire priv&#233;e ?&lt;/a&gt; &#187;, Les mots sont importants, 8 juillet 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;) Lire Jean Baub&#233;rot, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707171450&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;) Au d&#233;but de l'affaire Baby Loup, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; (22 d&#233;cembre 2010) avait publi&#233; deux pages d'entretien avec la directrice de la cr&#232;che. (L'avocat de celle-ci, Richard Malka &#8211; par ailleurs d&#233;fenseur de Clearstream contre le journaliste Denis Robert, et plus r&#233;cemment de DSK &#8211;, est aussi celui de l'hebdomadaire.) Les dessins qui accompagnaient l'entretien en disaient long sur les fantasmes de son auteure, une d&#233;nomm&#233;e Catherine : ils illustraient tous les dangers auxquels une employ&#233;e de cr&#232;che portant le voile int&#233;gral exposerait les enfants (d&#233;fenestration parce qu'elle perd l'&#233;quilibre en se prenant les pieds dans le tissu, br&#251;lures parce que sa manche trop large accroche un manche de casserole, etc.). Or l'employ&#233;e de Baby Loup licenci&#233;e ne portait pas le voile int&#233;gral et ne dissimulait pas son visage. Du m&#234;me coup, l'argument avanc&#233; par la directrice de la cr&#232;che, et repris en titre de l'entretien, &#171; Comment &#233;veiller un enfant, l'aider &#224; grandir, si on se soustrait soi-m&#234;me au regard de l'autre ? &#187;, s'en trouvait singuli&#232;rement affaibli. On a du mal &#224; croire qu'un enfant verra son d&#233;veloppement perturb&#233; parce qu'il n'aura pas pu voir les oreilles ou le cou de sa pu&#233;ricultrice...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;) Pierre Tevanian, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_haine_de_la_religion-9782707175908.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La haine de la religion&lt;/a&gt;. Comment l'ath&#233;isme est devenu l'opium du peuple de gauche,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-10' id='nb2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;) Alain Gresh, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://boutique.monde-diplomatique.fr/l-islam-la-republique-et-le-monde&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'islam, la R&#233;publique et le monde&lt;/a&gt;, &lt;/i&gt;Fayard, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-11' id='nb2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;) Monique Crinon, &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Feminisme-et-laicite-non-aux&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;F&#233;minisme et la&#239;cit&#233; : non aux amalgames&lt;/a&gt; &#187;, Les mots sont importants, 30 novembre 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-12' id='nb2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;) Esther Benbassa, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.fayard.fr/la-republique-face-ses-minorites-9782842058319&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La R&#233;publique face &#224; ses minorit&#233;s&lt;/a&gt;. Les Juifs hier, les Musulmans aujourd'hui,&lt;/i&gt; Mille et une nuits, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-13' id='nb2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;) Rapha&#235;l Liogier, &lt;i&gt;Le mythe de l'islamisation, op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-14' id='nb2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/29/elisabeth-badinter-en-dehors-de-marine-le-pen-plus-personne-ne-defend-la-laicite_1580125_823448.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Elisabeth Badinter d&#233;plore qu'&#8220;en dehors de Marine Le Pen&#8221; plus personne ne d&#233;fende la la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt; &#187;, LeMonde.fr, 29 septembre 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-15' id='nb2-15' class='spip_note' title='Notes 2-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;) Laurent L&#233;vy, &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/La-metaphore-laique-illustree-par&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La m&#233;taphore la&#239;que illustr&#233;e par l'exemple&lt;/a&gt; &#187;, Les mots sont importants, 9 novembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-16' id='nb2-16' class='spip_note' title='Notes 2-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;) &lt;i&gt;Elle,&lt;/i&gt; 5 novembre 2010. A ce sujet, lire Emmanuelle Talon, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2012/10/TALON/48275&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'arabe, une &#8220;langue de France&#8221; sacrifi&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; octobre 2012, et Bernard Girard, &#171; &lt;a href=&quot;http://blogs.rue89.com/journal.histoire/2013/08/10/les-affligeantes-lecons-dhistoire-du-haut-conseil-lintegration-230911&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les affligeantes le&#231;ons d'histoire du Haut conseil &#224; l'int&#233;gration&lt;/a&gt; &#187;, Journal d'un prof d'histoire, 10 ao&#251;t 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-17' id='nb2-17' class='spip_note' title='Notes 2-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://valestderetour.wordpress.com/2008/10/28/reviens-voltaire-y-a-du-pudding-pour-le-dessert/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Reviens, Voltaire, y a du pudding pour le dessert&lt;/a&gt; &#187;, Le blog de Philippe V., &#233;ditorialiste martyr, 28 octobre 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Penser est un acte sauvage &#187; - entretiens avec Jean Sur</title>
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		<dc:subject>Travail / Ch&#244;mage</dc:subject>

		<description>Il y a dix ans, sous le titre &#171; Un intellectuel clandestin &#187;, j'avais consacr&#233; un portrait &#224; Jean Sur. J'y racontais comment ma lecture fascin&#233;e d'un petit livre, Les Arabes, l'islam et nous, recueil d'entretiens avec son ami l'orientaliste Jacques Berque, puis le compte rendu que j'en avais fait parmi les premiers articles de P&#233;riph&#233;ries, avaient men&#233; &#224; une rencontre et donn&#233; naissance &#224; une grande amiti&#233;. Il y a dix ans, sous le titre &#171; Un intellectuel clandestin &#187;, j'avais consacr&#233; un portrait &#224; Jean (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a dix ans, sous le titre &#171; Un intellectuel clandestin &#187;, j'avais consacr&#233; un portrait &#224; Jean Sur. J'y racontais comment ma lecture fascin&#233;e d'un petit livre, &lt;i&gt;Les Arabes, l'islam et nous,&lt;/i&gt; recueil d'entretiens avec son ami l'orientaliste Jacques Berque, puis le compte rendu que j'en avais fait parmi les premiers articles de P&#233;riph&#233;ries, avaient men&#233; &#224; une rencontre et donn&#233; naissance &#224; une grande amiti&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_796 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.iteco.be/+Penser-est-un-acte-sauvage-quatre+&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH204/penser-a3d63.jpg' width='160' height='204' alt=&quot;&quot; style='height:204px;width:160px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Il y a dix ans, sous le titre &#171; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article173.html&quot; class='spip_in'&gt;Un intellectuel clandestin&lt;/a&gt; &#187;, j'avais consacr&#233; un portrait &#224; Jean Sur. J'y racontais comment ma lecture fascin&#233;e d'un petit livre, &lt;i&gt;Les Arabes, l'islam et nous,&lt;/i&gt; recueil d'entretiens avec son ami l'orientaliste &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article208.html&quot; class='spip_in'&gt;Jacques Berque&lt;/a&gt;, puis le compte rendu que j'en avais fait parmi les premiers articles de P&#233;riph&#233;ries, avaient men&#233; &#224; une rencontre et donn&#233; naissance &#224; une grande amiti&#233;. Sur l'impuissance de la politique seule &#224; nous sortir de l'impasse de civilisation actuelle et la n&#233;cessit&#233; d'une remise en cause plus profonde, de m&#234;me que sur la critique du travail contemporain et du management, ou encore sur la lecture des &#233;v&#233;nements pour lui fondateurs de Mai 68, peu de paroles sont aussi fortes que celle de Jean Sur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2010, Chafik Allal et Julia Pietri, tous deux formateurs au sein de l'association belge Iteco, lui ont propos&#233; de r&#233;aliser des entretiens film&#233;s. Ils en ont tir&#233; un coffret de quatre DVD, disponible sous le titre &lt;i&gt;Penser est un acte sauvage,&lt;/i&gt; dont voici le d&#233;tail :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quatre DVD, cinq th&#233;matiques :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;I. Une br&#232;ve perc&#233;e du sens : les mots de Mai 68.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;II. Un r&#233;alisme sans r&#233;alit&#233; : les mots de l'entreprise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;III. La soci&#233;t&#233; aux mains du management : les mots de la modernit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;IV. La standardisation des consciences : les mots du conformisme moral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;V. Vers la vie ou vers la mort ? : les mots de la formation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut commander le coffret &lt;a href=&quot;http://www.iteco.be/+Penser-est-un-acte-sauvage-quatre+&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur le site d'Iteco&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D'images et d'eau fra&#238;che - Ode &#224; Pinterest</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article333.html</link>
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		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes sur Facebook ou sur Twitter : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse de la pens&#233;e et la richesse du vocabulaire. L'une des (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes sur Facebook ou sur Twitter : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse de la pens&#233;e et la richesse du vocabulaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'une des raisons pour lesquelles les mises &#224; jour de P&#233;riph&#233;ries sont devenues si rares, c'est que j'ai &#233;t&#233; aval&#233;e par les r&#233;seaux sociaux. Maintenant, quand j'ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer &#224; synth&#233;tiser le propos de l'auteur, &#224; le d&#233;cortiquer et &#224; le commenter, &#224; le mettre en relation avec des lectures pass&#233;es, je balance deux lignes &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/mona.chollet&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur Facebook&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://twitter.com/monachollet&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;sur Twitter&lt;/a&gt; : &#171; Lisez &#231;a, c'est super. &#187; Une grande avanc&#233;e pour la finesse de la pens&#233;e et la richesse du vocabulaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son &#233;tude des usagers du t&#233;l&#233;phone portable, le sociologue Francis Jaur&#233;guiberry (&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Francis Jaur&#233;guiberry, Les Branch&#233;s du portable. Sociologie des usages, PUF, (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;) analyse ce que change dans les relations humaines le fait d'avoir &#224; disposition des moyens de communication instantan&#233;e, et de pouvoir atteindre n'importe qui, n'importe quand, par un appel ou un SMS &#8212; mais sa r&#233;flexion vaut aussi pour un statut Facebook ou un tweet. Avec le portable et les r&#233;seaux sociaux, au lieu de laisser d&#233;canter en soi ce qu'on veut dire, au lieu de le ruminer longuement dans son coin, de le laisser m&#251;rir, on s'exprime &#224; flux tendus, par bribes. &#171; La pulsion interdit l'&#233;laboration de l'&#233;lan &#187;, &#233;crit Jaur&#233;guiberry. Certains de ses interlocuteurs disent eux-m&#234;mes que le portable repr&#233;sente &#224; leurs yeux, dans leurs relations avec leurs proches, &#171; un danger pour l'&#233;motion pens&#233;e non plus comme passage &#224; l'acte, mais comme tension cr&#233;atrice. Le risque est de voir l'impulsion chasser l'imagination, et le bavardage remplacer l'&#233;change. Le silence et le diff&#233;r&#233;, condition de retour sur le pass&#233; et de projection dans l'avenir, sont les complices d'un pr&#233;sent cr&#233;ateur. Mais lorsque ce pr&#233;sent n'est plus qu'une succession d'imm&#233;diats &#233;ph&#233;m&#232;res, o&#249; se situe la continuit&#233; ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_793 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:300px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH190/finch2-e023a.jpg' width='300' height='190' alt='JPEG - 59.5 ko' style='height:190px;width:300px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:300px;'&gt;&lt;strong&gt;Denys Finch Hatton en safari&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;L'un des enqu&#234;t&#233;s de Jaur&#233;guiberry s'inqui&#232;te pour les lettres d'amour, en particulier : &#171; Le t&#233;l&#233;phone a un aspect simplificateur de la pens&#233;e que le billet doux ou la lettre n'a pas. Parce que la lettre, on l'&#233;crit, on la r&#233;&#233;crit, on la jette, on la recommence... On prend plus de temps &#224; faire passer le message. Avec le portable, c'est : &#8220;Je t'aime, tu me manques.&#8221; Non seulement c'est brut et peu sophistiqu&#233;, mais &#231;a appauvrit, je crois, la relation. &#187; Forc&#233;ment, &#224; l'&#233;poque o&#249; une lettre devait voyager pendant des jours, voire des semaines, avant d'atteindre son destinataire, il aurait paru l&#233;g&#232;rement incongru de se contenter d'un &#171; Je t'aime mon ch&#233;ri, bisous &#187;. Ou alors, il fallait &#234;tre Denys Finch Hatton (1887-1931), l'amant de l'&#233;crivaine danoise Karen Blixen, dont Robert Redford a interpr&#233;t&#233; le r&#244;le dans &lt;i&gt;Out of Africa&lt;/i&gt; de Sydney Pollack. Alors qu'il &#233;tait parti en safari, son fr&#232;re, qui avait besoin d'un renseignement urgent, avait envoy&#233; des hommes &#224; sa recherche. Les types avaient march&#233; des jours avant de le d&#233;nicher. Et l&#224;, &#224; la question &#171; Connais-tu l'adresse de X ? &#187;, ce farceur de Finch Hatton avait fait r&#233;pondre : &#171; Oui. &#187; Un peu comme s'il croyait qu'il avait les SMS gratuits dans son forfait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai not&#233; quelques subtilit&#233;s r&#233;centes
&lt;br /&gt;de la technologie
&lt;br /&gt;pour nous rendre d&#233;pendants,
&lt;br /&gt;augmenter ind&#233;finiment
&lt;br /&gt;les surfaces d'&#233;changes,
&lt;br /&gt;j'ai not&#233; le recul
&lt;br /&gt;des possibilit&#233;s d'autarcie &#187;
&lt;br /&gt;Emmanuelle Pireyre&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_783 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:250px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH384/Delacroix2-b4f95.jpg' width='250' height='384' alt='JPEG - 78.4 ko' style='height:384px;width:250px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:250px;'&gt;&lt;strong&gt;Lettre d'Eug&#232;ne Delacroix &#224; son marchand de tableaux, 28 octobre 1827&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cet appauvrissement des &#233;changes ne concerne pas forc&#233;ment le mail &#8212; m&#234;me si certains observent que la logique du SMS est en train de le contaminer, et qu'on s'envoie des courriers &#233;lectroniques de plus en plus brefs, &#224; un rythme de plus en plus rapide. On peut penser au contraire que le mail, et le Net en g&#233;n&#233;ral, &#224; travers sites, blogs et forums, ont amen&#233; beaucoup de gens &#224; d&#233;velopper une pratique de l'&#233;criture qu'ils n'auraient pas eue autrement. Ce qui dispara&#238;t, en revanche, c'est la lettre, c'est-&#224;-dire un support de communication physique, que l'on peut d&#233;corer, enluminer, parfumer, tacher, cacher, d&#233;chirer, et qui, &#224; travers l'&#233;criture manuelle, conserve l'empreinte du corps de l'autre. Les lettres ne se comptent plus qu'en millions chaque ann&#233;e en France, alors qu'il y a quinze ans c'&#233;tait par milliards. Mais &#171; la d&#233;crue date des ann&#233;es 1970 &#187;, quand tous les foyers de France ont finalement &#233;t&#233; &#233;quip&#233;s d'un t&#233;l&#233;phone. S&#233;bastien Richez, charg&#233; de recherche au Comit&#233; pour l'histoire de La Poste, indique que les lettres repr&#233;sentent aujourd'hui moins de 3% des &#233;changes postaux, et pr&#233;dit qu'en 2030 il n'y aura plus du tout de courrier : &#171; J'ai fait un jour une petite pr&#233;sentation sur le th&#232;me : 1830-2030, vie et mort du courrier ! &#187; (&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La passion des lettres &#187;, L'Express, 20 mars 2013.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_792 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH200/imiss-63658.jpg' width='200' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Bref. Reste le probl&#232;me des r&#233;seaux sociaux, et de la fa&#231;on dont ils &#244;tent toute profondeur au temps, mais aussi dont ils nous privent de nos capacit&#233;s de retrait et de concentration. &#171; &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/medias/internet-modifie-t-il-mon-cerveau,93189.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mon cerveau d'avant Internet me manque&lt;/a&gt; &#187;, dit une illustration de Douglas Coupland qui a beaucoup circul&#233;... sur Internet. Dans mon cas, il y a effectivement de quoi rester perplexe en comparant la personne tranquille et pos&#233;e que j'&#233;tais avant &#8212; pas exactement &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; Internet, mais disons aux d&#233;buts du Net, avant la grande acc&#233;l&#233;ration du web 2.0 &#8212;, lorsque je pouvais rester de tr&#232;s longs moments seule dans ma bulle, avec la cr&#233;ature f&#233;brile et fr&#233;n&#233;tique que je suis devenue : une z&#233;bulonne en surchauffe perp&#233;tuelle, incapable de ne faire qu'une chose &#224; la fois, qui consulte &#224; tout bout de champ ses multiples comptes (mail, RSS, Facebook, Twitter), qui abandonne les livres au bout de cinquante pages et qui ne sait plus o&#249; donner de la t&#234;te entre tous les objets dignes de son attention. Mon cerveau est devenu une passoire. J'envisage d'essayer la &lt;a href=&quot;http://www.pomodorotechnique.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;technique Pomodoro&lt;/a&gt;, qui consiste &#224; installer un minuteur pour s'obliger &#224; se consacrer &#224; une seule t&#226;che pendant vingt-cinq minutes : gros challenge en perspective. Dans &lt;i&gt;F&#233;erie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (&#233;ditions de l'Olivier, lisez-&#231;a-c'est-super), Emmanuelle Pireyre &#233;crit : &#171; J'ai not&#233; quelques subtilit&#233;s r&#233;centes de la technologie pour nous rendre d&#233;pendants, augmenter ind&#233;finiment les surfaces d'&#233;changes, j'ai not&#233; le recul des possibilit&#233;s d'autarcie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_778 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L465xH395/itkeepsme-9a1ee.jpg' width='465' height='395' alt='JPEG - 47.4 ko' style='height:395px;width:465px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Dans le &#171; New Yorker &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tant consciente de ces enjeux, pourquoi ne pas me d&#233;connecter, alors, ou au moins lever le pied ? Parce que je suis accro. La curiosit&#233; de voir ce que postent les autres et la pulsion de partage sont les plus fortes. Je fais partie de ces internautes qui ont des id&#233;es politiques affirm&#233;es, et qui sont contrari&#233;s des d&#233;calages qu'ils peuvent constater entre ces id&#233;es et leur mode de vie, mais qui, quand il s'agit des r&#233;seaux sociaux, &lt;a href=&quot;http://www.acontrario.net/2013/03/27/facebook-la-stasi-qui-exploite-un-milliard-de-mouchards/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;bien qu'avertis&lt;/a&gt; de leurs multiples pi&#232;ges, se retrouvent face &#224; une force d'attraction irr&#233;sistible. Ce qui conforte encore ma conviction que la gauche, en g&#233;n&#233;ral, compte trop sur le sens moral des gens, n&#233;glige leur part d'irrationnel, et sous-estime la facilit&#233; avec laquelle leurs rep&#232;res moraux et politiques peuvent &#234;tre balay&#233;s par des &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article315.html&quot; class='spip_in'&gt;strat&#233;gies de s&#233;duction&lt;/a&gt; efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus affolant, c'est que l'un des moyens r&#233;cents que j'ai trouv&#233;s pour me reposer l'esprit est encore... un r&#233;seau social : &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Pinterest&lt;/a&gt; (AU SECOURS, SAUVEZ-MOI). C'est plus fort que moi : toute cette richesse &#224; disposition, c'est comme si une main g&#233;ante sortait de l'&#233;cran pour m'empoigner et m'entra&#238;ner dans les m&#233;andres des Internets. Etant avant tout port&#233;e, par go&#251;t personnel et par n&#233;cessit&#233; professionnelle, sur le texte et sur l'information, j'ai mis longtemps &#224; r&#233;aliser qu'il y avait un autre domaine dans lequel Internet avait mis fin au r&#233;gime de la raret&#233;, pour rassembler et syst&#233;matiser une quantit&#233; vertigineuse de ressources : les images &#8212; photos et reproductions d'art. Je guettais avec avidit&#233; celles qui surgissaient de temps en temps sur Facebook (et je me perdais surtout dans le splendide &lt;a href=&quot;http://www.desordre.net/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;sordre&lt;/a&gt; de Philippe De Jonckheere), j'aimais la beaut&#233; et la respiration qu'elles apportaient dans le flot de l'actualit&#233;, mais sans avoir l'id&#233;e d'aller voir &#224; la source, sur les sites sp&#233;cialement d&#233;di&#233;s &#224; leur partage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_779 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH325/steal_copie-c2e7c.png' width='250' height='325' alt=&quot;&quot; style='height:325px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Sur Pinterest, pour ceux qui ne connaissent pas, on se cr&#233;e un compte personnel avec des tableaux th&#233;matiques sur lesquels on &#233;pingle les images qui nous plaisent. On peut les t&#233;l&#233;charger depuis son disque dur, ou repiquer celles des autres et s'abonner &#224; leurs tableaux quand ils nous int&#233;ressent. On peut aussi installer sur son navigateur un bouton &#171; Epingler &#187; totalement jouissif, qui permet de rafler en quelques secondes une image sur n'importe quel site qu'on visite pour l'ajouter &#224; sa collection. L'ensemble est une vaste boucherie de droits d'auteur, mais beaucoup d'utilisateurs demandent express&#233;ment &#224; ceux qui reprennent leurs images de ne pas enlever les cr&#233;dits. Le droit commercial passe &#224; la trappe, mais pas le droit moral &#8212; ou pas toujours...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant, pour se faire une collection personnelle, pour d&#233;corer son agenda de l'ann&#233;e ou les murs de son appartement, il fallait se contenter d'inspecter les tourniquets de cartes postales dans les mus&#233;es ou les librairies, de d&#233;couper les journaux et les magazines, de r&#233;cup&#233;rer des programmes de spectacles ou des prospectus d'expositions. Maintenant, il suffit de taper le nom d'un artiste dans Google, ou de plonger dans l'univers vertigineux de &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/medias/plus-de-100-millions-de-tumblr-crees-en-6-ans,95368.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tumblr&lt;/a&gt;, de Flickr et de Pinterest, pour en recevoir une avalanche continue sur la t&#234;te. C'est sans fin : un compte ou un site m&#232;ne &#224; un autre, tout aussi all&#233;chant, voire encore plus. Comme pour l'information et les id&#233;es, on plonge l&#224;-dedans avec &#233;merveillement, mais en ayant aussi une conscience aigu&#235; du caract&#232;re forc&#233;ment d&#233;risoire de ses explorations, ce qui procure une d&#233;mangeaison de frustration, et le sentiment d'une d&#233;mesure, d'une disproportion effrayante avec les capacit&#233;s de l'esprit humain. On peut, &#224; certains moments, nager avec aisance dans un flot d'informations et de productions passionnantes, et, &#224; d'autres, avoir l'impression de ventiler des fils RSS comme un for&#231;at casse des cailloux. Il y a presque de quoi paniquer, surtout que pendant ce temps-l&#224; le monde physique ne cesse pas d'exister pour autant, il continue &#224; vous solliciter lui aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_780 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH297/prehistoric-d9659.jpg' width='250' height='297' alt=&quot;&quot; style='height:297px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;C'est curieux : pourquoi on ne panique pas de la m&#234;me fa&#231;on quand on se trouve dans une biblioth&#232;que, alors qu'on sait tr&#232;s bien, l&#224; aussi, qu'on ne pourra jamais lire tout ce qu'elle contient, et qu'on passera forc&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de livres qui, si &#231;a se trouve, auraient chang&#233; notre vie ? Sans doute parce que la biblioth&#232;que, on en voit les limites, on peut en faire le tour. Le livre, lui aussi, est un objet bien distinct : il est s&#233;par&#233; des autres, m&#234;me s'il contient une bibliographie qui y renvoie. Ce qui est flippant avec le web, c'est ce contenu &#224; la fois d&#233;mat&#233;rialis&#233; et enchev&#234;tr&#233; par le jeu des liens hypertextes, qui ne vous autorise jamais &#224; le l&#226;cher &#8212; il faut s'y arracher &#8212;, qui vous offre une image tr&#232;s proche de ce qu'est votre cerveau &#8212; m&#234;me si les diff&#233;rences sont aussi nombreuses &#8212; et semble par l&#224; vous lancer un d&#233;fi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_781 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH250/typical2-b10a7.jpg' width='250' height='250' alt=&quot;&quot; style='height:250px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;L'image de la &#171; toile &#187; est pertinente y compris dans sa dimension de pi&#232;ge collant dont il est impossible de se d&#233;p&#234;trer. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'on soit engloutis, d&#233;pass&#233;s. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'on soit absorb&#233;s au point de n&#233;gliger au moins un peu notre environnement mat&#233;riel, comme l'illustre assez bien ce dessin d'une utilisatrice typique de Pinterest (&#171; The typical pinner &#187;, &#171; l'&#233;pingleuse typique &#187;). Peut-&#234;tre qu'au bout de quelques ann&#233;es on sera d&#233;gris&#233;s, on aura gagn&#233; en ma&#238;trise, on aura pris un minimum de recul et r&#233;&#233;quilibr&#233; nos vies ? Ou peut-&#234;tre que c'est seulement ce que je me raconte pour me rassurer ? Plus le temps passe, plus le titre du premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Mani&#232;re de voir&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; Internet, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/mav/HS1/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'extase et l'effroi&lt;/a&gt; &#187;, en 1996, me semble un titre parfait (&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais bien s&#251;r, en toute objectivit&#233;, le dernier est le meilleur.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Bovarysme 2.0&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sinon, autant le dire tout de suite : Pinterest, c'est la honte. J'aurais mieux fait de choisir Tumblr. Pour l'essentiel, Tumblr est branch&#233;, second degr&#233;, plein de gifs anim&#233;s, de chats aux yeux rouges qui volent, de d&#233;rision et de parodies, ou alors de collections d'art pointues et d&#233;rangeantes. Alors que Pinterest est r&#233;solument premier degr&#233;, &#224; la limite de la niaiserie. Chacun y met ce qui le fait r&#234;ver, de sorte qu'il offre une vue en coupe des fantasmes et des id&#233;aux contemporains. On comprendra que &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article15.html&quot; class='spip_in'&gt;&#231;a m'int&#233;resse&lt;/a&gt;... C'est sans doute pour cette raison qu'il a la r&#233;putation d'un r&#233;seau &#171; f&#233;minin &#187; : il d&#233;borde de robes de mari&#233;e, d'images romantiques et vaporeuses, de listes de shopping, de cupcakes, de cocktails, de fringues et de sacs, de mamans et de b&#233;b&#233;s, de photos de d&#233;coration int&#233;rieure, de produits de beaut&#233;, de mannequins filiformes et de recettes de cuisine. C'est la version 2.0 du bovarysme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_782 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH347/killing-741ee.jpg' width='250' height='347' alt=&quot;&quot; style='height:347px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;En fait, Pinterest refl&#232;te bien cette &#171; culture f&#233;minine &#187; que j'ai essay&#233; de d&#233;crire dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; une culture que les femmes se sont constitu&#233;e au fil du temps autour des occupations et des pr&#233;occupations dans lesquelles la soci&#233;t&#233; les enfermait : le quotidien, l'univers domestique, le soin des enfants, le corps, la mode, la sensualit&#233;, ou encore le go&#251;t des choses &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/bird_museum/secret-things-hidden-things-collapsibles/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;petites, secr&#232;tes, cach&#233;es&lt;/a&gt;. Il s'agit d'une culture &#224; laquelle beaucoup d'entre elles adh&#232;rent encore, et qui est m&#233;pris&#233;e par la culture l&#233;gitime, mais habilement r&#233;cup&#233;r&#233;e et exploit&#233;e par la soci&#233;t&#233; de consommation et les m&#233;dias de masse. Elle m&#234;le des &#233;l&#233;ments &#224; mes yeux tout &#224; fait d&#233;fendables, et d'autres franchement ali&#233;nants. La pr&#233;sence massive des seconds sur Pinterest a d'ailleurs amen&#233; certaines &#224; estimer que ce r&#233;seau social &#171; tuait le f&#233;minisme &#187; (Amy Odell, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.buzzfeed.com/amyodell/how-pinterest-is-killing-feminism&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;How Pinterest is killing feminism&lt;/a&gt; &#187;, Buzzfeed, 1er octobre 2012).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas ce qu'Internet &#233;tait cens&#233; nous apporter &#187;, proteste Amy Odell dans cet article. Sauf que, l&#224; encore, Internet a deux visages : d'un c&#244;t&#233;, in&#233;vitablement, il est une vaste r&#233;gurgitation de la vision du monde, de l'esth&#233;tique, des aspirations et des pr&#233;occupations que nous ont fait bouffer pendant des d&#233;cennies, et que continuent &#224; nous faire bouffer, les m&#233;dias traditionnels, t&#233;l&#233; et magazines. Mais, de l'autre, il est aussi un lieu o&#249; les contester, et o&#249; faire mieux que les contester : les concurrencer, leur proposer des alternatives. Dans le domaine des images comme dans les autres, pour qui veut bien aller fouiller, il r&#233;introduit une diversit&#233; inimaginable, alors qu'autrefois les m&#233;dias traditionnels &#233;taient seuls, ou presque, &#224; fa&#231;onner notre environnement culturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, Pinterest est accablant au premier abord ; et, sur Tumblr, on trouve des flop&#233;es de comptes intoxiqu&#233;s par l'univers de la mode et de la publicit&#233;, d'un &#233;rotisme glacial et gla&#231;ant, satur&#233;s de corps minces, lisses et aseptis&#233;s qui semblent en plastique, de logos de marques de luxe. Mais il suffit de creuser un peu pour d&#233;couvrir des comptes qui vous emm&#232;nent radicalement ailleurs. On dirait que le monde entier (ou du moins une partie non n&#233;gligeable du monde) a d&#233;vers&#233; en ligne tout ce qui dormait dans ses greniers. Et la circulation des images est fascinante &#224; suivre, ou plut&#244;t &#224; deviner : une photo appara&#238;t sur un Tumblr, elle est aussit&#244;t repost&#233;e sur d'autres, et, quelques jours plus tard, vous la voyez ressurgir comme une fleur sur la page Facebook d'un de vos amis, apr&#232;s avoir probablement d&#233;j&#224; fait plusieurs fois le tour de la Terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'usage que j'en fais, Pinterest est un antidote &#224; Twitter. &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2011/10/CHOLLET/21103&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Twitter&lt;/a&gt; me sert &#224; &#233;changer des informations et des commentaires sur la politique nationale et internationale, sur la crise financi&#232;re, sur la situation des femmes, sur le racisme, sur l'environnement... Autant dire tout ce qui va mal sur la plan&#232;te. Certains font aussi un usage militant de Pinterest, mais ce n'est pas mon cas &#8212; m&#234;me si la politique a tendance &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/arab-world-middle-east/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; revenir par la fen&#234;tre&lt;/a&gt;. Le partage d'images est un moyen que j'ai trouv&#233; de restaurer la vision du monde plut&#244;t sombre que je retire de Twitter, qui, sinon, finirait par &#234;tre minante. Un moyen parmi d'autres, mais assez fabuleux. Il me rappelle l'existence des trains qui arrivent &#224; l'heure, sur lesquels il n'y a rien &#224; &#233;crire (encore que...), mais qui peuvent &#234;tre rass&#233;r&#233;nants &#224; contempler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_784 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://pinterest.com/pin/541487555167312025/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH311/chat-b813c.jpg' width='250' height='311' alt=&quot;&quot; style='height:311px;width:250px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Pour &#231;a, il faut accepter de se laisser aller &#224; admirer b&#233;atement, sans se sentir stupide, en faisant taire son rabat-joie int&#233;rieur. Il faut accepter aussi, le cas &#233;ch&#233;ant, d'avoir des go&#251;ts banals, ne pas vouloir jouer toujours &#224; la plus maligne, ne pas chercher &#224; se distinguer &#224; tout prix ; un r&#233;flexe dont je constate qu'il est bien plus ancr&#233; que je ne le croyais. Mon amour-propre a r&#233;sist&#233; plusieurs semaines avant de me laisser cr&#233;er un tableau &#171; &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/cats/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Chats&lt;/a&gt; &#187;, comme j'en mourais d'envie : tu ne peux pas ! Tu es journaliste au &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; ! Ignacio Ramonet et Serge Halimi ne collectionnent pas les photos de chats, &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt; ! (Pour Alain Gresh, je ne jurerais de rien.) J'ai fini par craquer. Mais je me contr&#244;le : pour le moment, du moins, je fais un casting impitoyable, je ne s&#233;lectionne que des chats artistiques et distingu&#233;s. Enfin, presque. Il faut que je pense &#224; me cr&#233;er un &lt;a href=&quot;https://help.pinterest.com/entries/22277603&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;tableau secret&lt;/a&gt; plein de chatons &#233;bouriff&#233;s et trop mignons qui jouent avec des pelotes de laine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute fa&#231;on, en syst&#233;matisant l'acc&#232;s aux ressources documentaires, le web est une &#233;cole d'humilit&#233; : on a tr&#232;s peu de chances d'&#234;tre seul &#224; d&#233;tenir une image. Et, si on a la na&#239;vet&#233; de le croire, un minimum de navigation dans les collections des autres nous d&#233;trompera vite. Il est d'ailleurs &#233;tonnant d'observer qu'on en retrouve certaines de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re, insistante, au fil de ses d&#233;ambulations, chez les gens les plus diff&#233;rents : des images qui ont visiblement tap&#233; dans l'&#339;il de tout le monde, pour des raisons souvent myst&#233;rieuses. Et, &#224; l'inverse, je suis aussi parfois perplexe, presque choqu&#233;e, en constatant que d'autres r&#233;cup&#232;rent une de &#171; mes &#187; images pour l'inscrire dans des univers tout &#224; fait &#233;trangers au mien. Chacun se sert chez les autres de fa&#231;on un peu cynique, sans forc&#233;ment adh&#233;rer &#224; tous leurs choix. Ou alors, quelqu'un publie une image en l'accompagnant de commentaires extatiques, et vous la scrutez en essayant en vain de comprendre ce qu'il lui trouve, au juste. Sur Pinterest, chacun est &#224; la fois tr&#232;s commun, tr&#232;s pr&#233;visible, tr&#232;s semblable aux autres, et absolument seul dans son monde. Ce qui am&#232;ne &#224; se poser des questions &#224; peu pr&#232;s insolubles sur la formation du go&#251;t et les voies myst&#233;rieuses qu'elle emprunte : pourquoi est-ce que telle image me pla&#238;t autant, pourquoi est-ce qu'elle suscite ma convoitise, pourquoi est-ce qu'elle d&#233;clenche imm&#233;diatement un r&#233;flexe d'appropriation, alors que telle autre, pourtant tr&#232;s semblable, avec le m&#234;me sujet, le m&#234;me auteur, le m&#234;me style, me laisse de marbre ? Ou comment s'offrir une psychanalyse sauvage par les images.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Toi aussi,
&lt;br /&gt;succombe au porno des escaliers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je ne reviens pas, en tout cas, apr&#232;s trois mois, c'est le plaisir que j'y prends. Les images agissent comme des cataplasmes, comme une th&#233;rapie. Elles ont un pouvoir nourrissant, apaisant. On dirait qu'elles produisent des effets au niveau physiologique. C'est d'ailleurs ce que dit bien l'appellation &#171; porn &#187;, si souvent accol&#233;e par les blogueurs &#224; la cat&#233;gorie particuli&#232;re qui les passionne : &lt;a href=&quot;http://treeporn.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tree Porn&lt;/a&gt; pour les arbres, &lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Cabin Porn&lt;/a&gt; pour les cabanes, &lt;a href=&quot;http://bookshelfporn.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Bookshelf Porn&lt;/a&gt; pour les biblioth&#232;ques, &lt;a href=&quot;http://interiorsporn.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Interiors Porn&lt;/a&gt; pour la d&#233;coration int&#233;rieure... Le terme traduit l'id&#233;e d'orgie, d'abondance (&#171; binge &#187; est &#233;galement un suffixe tr&#232;s pris&#233;), mais il sugg&#232;re aussi que ces images vous comblent, qu'elles r&#233;pondent &#224; un d&#233;sir profond, qu'elles vous font un effet qui d&#233;borde la simple appr&#233;ciation esth&#233;tique. S'y ajoute le plaisir de la collection : accumuler des variations sur un m&#234;me th&#232;me permet de l'explorer de plus en plus finement, sous tous les angles, en conjuguant le bonheur de la r&#233;p&#233;tition, de l'obsession, de l'ent&#234;tement, et celui de la nouveaut&#233;, de la variation, de l'&#233;largissement progressif du champ. On vise une exhaustivit&#233; qu'on n'atteindra jamais, mais au moins, on balise le terrain, on pose des jalons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_795 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://pinterest.com/pin/541487555167306552/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH369/escalier2-0d390.jpg' width='300' height='369' alt=&quot;&quot; style='height:369px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;On h&#233;site cependant &#224; faire ce constat, comme si ce plaisir procur&#233; par les images n'&#233;tait pas un ph&#233;nom&#232;ne homologu&#233;, comme si on n'&#233;tait pas pr&#234;t &#224; admettre qu'un objet visuel serve &#224; autre chose qu'&#224; nous communiquer une information ou &#224; enrichir notre culture. &#171; &lt;a href=&quot;http://alwaysinstudio.tumblr.com/post/14503036113/i-love-stairs-is-that-weird-just-me&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;J'ADORE LES ESCALIERS&lt;/a&gt;. Est-ce que c'est bizarre ? Est-ce que c'est seulement moi ? &#187; s'alarme par exemple le titulaire d'un Tumblr consacr&#233; au design. Alors que non, &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/search/?q=stairs&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;pas du tout&lt;/a&gt;. Vous commencez par vous surprendre et vous inqui&#233;ter vous-m&#234;me en cr&#233;ant un tableau &#171; &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/stairs/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Escaliers&lt;/a&gt; &#187;, et vous finissez par passer des heures &#224; fouiller dans les images de cette cat&#233;gorie, la langue pendante. D'ailleurs, bien s&#251;r, il y a un &lt;a href=&quot;http://www.stairporn.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;porno des escaliers&lt;/a&gt; (&#224; ne pas confondre avec le porno &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; les escaliers, qui existe aussi). C'est fantastique, un escalier, quand on y pense. Sa fa&#231;on de sculpter l'espace, de rappeler les cabanes et les escalades de l'enfance, de faire virevolter le corps et le regard, de sugg&#233;rer une &#233;chapp&#233;e, un ailleurs myst&#233;rieux qu'on ne fait qu'entrevoir et qu'on est libre d'imaginer... (D'accord, j'arr&#234;te.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une estampe est un objet
&lt;br /&gt;qui permet de p&#233;n&#233;trer
&lt;br /&gt;&#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_786 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:220px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L220xH328/Hiroshige_par_Kunisada-596f6.jpg' width='220' height='328' alt='JPEG - 29.6 ko' style='height:328px;width:220px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:220px;'&gt;&lt;strong&gt;Portrait posthume &#224; la m&#233;moire d'Hiroshige peint par Kunisada Utagawa. (Source : Wikip&#233;dia)&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Dans son introduction &#224; &lt;a href=&quot;http://www.pinacotheque.com/?id=804&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'exposition de l'artiste japonais Hiroshige&lt;/a&gt; (1797-1858), cet hiver, le directeur de la Pinacoth&#232;que de Paris, Marc Restellini, &#233;crivait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce &#224; Hiroshige, il nous est permis, &#224; nous, public occidental, de comprendre comment une &#339;uvre d'art est per&#231;ue au Japon et plus largement en Asie. Notre mani&#232;re de voir une &#339;uvre en Europe et en Occident est finalement tr&#232;s superficielle, purement esth&#233;tique ou simplement intellectuelle et s'attache &#224; appr&#233;cier la forme, les couleurs, la composition ou la signification. (...). Le Japonais s'attache moins &#224; l'apparence, mais vit la vision de l'&#339;uvre comme un support de m&#233;ditation. Une &#339;uvre est avant tout un pr&#233;texte &#224; un voyage int&#233;rieur. Ainsi, une estampe est un objet qui lui permet de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre. C'est la raison pour laquelle la perspective dans les gravures japonaises est si &#233;vidente et si profonde. Elle aide &#224; accompagner l'&#339;il dans son voyage &#224; l'int&#233;rieur de l'estampe. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_787 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/post/37846024839/from-our-library-the-poetics-of-space-by-gaston&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH300/bachelard2-f201b.jpg' width='300' height='300' alt=&quot;&quot; style='height:300px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;C'est int&#233;ressant, mais on peut se demander si le rapport d&#233;crit ici comme &#171; japonais &#187; n'est pas en r&#233;alit&#233; universel, et si la diff&#233;rence ne tient pas simplement au fait que, en Occident, on r&#233;pugne &#224; le reconna&#238;tre. Parce que, d'apr&#232;s ma modeste exp&#233;rience, sur Pinterest, tout le monde, ou quasiment, est japonais. On y recherche des images qu'on peut habiter, dans lesquelles on peut se projeter, devant lesquelles on peut r&#234;vasser. Les photos d'int&#233;rieurs, d'architecture, de maisons, de cabanes dans les arbres et &lt;a href=&quot;http://pinterest.com/monachollet/shelters/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;d'abris en tout genre&lt;/a&gt; remportent un grand succ&#232;s : les tableaux consacr&#233;s &#224; ces th&#232;mes font partie de ceux qu'on retrouve chez pratiquement tout le monde ; mais la plupart des images, quel que soit le sujet repr&#233;sent&#233;, semblent choisies parce qu'elles offrent un abri, m&#234;me si ce n'est pas au sens litt&#233;ral. Je r&#234;ve des textes qu'une exploration de l'Internet des images aurait pu inspirer &lt;a href=&quot;http://cabinporn.com/post/37846024839/from-our-library-the-poetics-of-space-by-gaston&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; Gaston Bachelard&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, il y a le mode de relation qu'induit Pinterest, lui aussi tr&#232;s reposant. Twitter, en permettant &#224; tout le monde de parler &#224; tout le monde, a un c&#244;t&#233; autos tamponneuses, mais sans la dimension enivrante et joyeuse : &#231;a va &#224; toute allure, c'est violent, &#231;a s'accroche, &#231;a s'engueule, &#231;a s'insulte &#224; l'occasion. Sur Pinterest, on se contente de communier dans les &#171; oh ! &#187; et les &#171; ah ! &#187; d'admiration. On ne cultive pas son r&#233;seau et son influence &#8212; m&#234;me si on a aussi vu &#233;merger quelques reines du life-style qui font exploser le compteur d'abonn&#233;s. Ici, il est pratiquement impossible de sortir une &#233;norme connerie qui ruinera instantan&#233;ment votre r&#233;putation aupr&#232;s de centaines ou de milliers de gens. Tr&#232;s difficile aussi de frimer ou de c&#233;der au narcissisme : on ne court pas le risque de voir ses petits ou grands acc&#232;s de vanit&#233; &#233;pingl&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; sur &lt;a href=&quot;http://personalbranling.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Personal Branling&lt;/a&gt;. On est dans une activit&#233; gratuite, ce qui fait un bien fou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_789 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH226/schtroumpfs2-f7413.jpg' width='200' height='226' alt=&quot;&quot; style='height:226px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Ce que je pr&#233;f&#232;re, c'est les moments o&#249; vous explorez un compte qui vous pla&#238;t, vous le passez en revue minutieusement, pendant que son propri&#233;taire fait de m&#234;me avec le v&#244;tre, chacun gratifiant l'autre d'un r&#233;&#233;pinglage, d'un &#171; j'aime &#187;, d'un abonnement &#224; l'un de ses tableaux. J'adore l'id&#233;e d'&#234;tre en train d'&#233;changer des objets d'admiration &#8212; un plaisir auquel m'avaient d&#233;j&#224; fait go&#251;ter les &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Panini_%28maison_d%27%C3%A9dition%29&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;albums Panini&lt;/a&gt; de mon enfance &#8212; avec une personne totalement inconnue, dont je ne sais parfois m&#234;me pas si elle est un homme ou une femme, si elle habite &#224; deux rues de chez moi ou &#224; l'autre bout de la plan&#232;te. M&#234;me l'&#226;ge n'a plus d'importance : je me retrouve &#224; suivre les publications d'un &lt;a href=&quot;http://praeliator.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Am&#233;ricain de 16 ans&lt;/a&gt; d'origine pakistanaise, et de pas mal d'autres gamins qui, entre deux envois d'images, soupirent sur leur Tumblr qu'ils sont d&#233;prim&#233;s de devoir retourner &#224; l'&#233;cole demain, ou postent des photos de leurs orgies au MacDo. Il se cr&#233;e des entit&#233;s d&#233;concertantes, &#224; la fois compl&#232;tement opaques et tr&#232;s famili&#232;res : &#171; Bon, &lt;a href=&quot;http://thorsteinulf.tumblr.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Thorstein Ulf&lt;/a&gt; est &#224; fond dans les peintres chinois, ces temps-ci... Il vient encore d'en balancer quinze d'un coup, franchement, il est p&#233;nible... Mais patience, &#231;a lui passera... &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Expansion du &#171; fantomatique
&lt;br /&gt;entre les hommes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certains diront que c'est triste d'&#233;changer avec de parfaits inconnus qu'on ne rencontrera jamais, alors qu'on n'adresse m&#234;me pas la parole &#224; son voisin de palier. Je ne suis pas s&#251;re qu'on puisse voir les choses de cette fa&#231;on. Il y a effectivement une grande pauvret&#233; relationnelle dans nos soci&#233;t&#233;s, mais il n'est pas certain qu'Internet y soit pour grand-chose. Ce qui change, c'est que le type de rapport qu'on n'entretenait autrefois qu'avec des artistes &#8212; compositeurs, peintres, &#233;crivains &#8212; &#224; travers leurs &#339;uvres, on l'entretient aujourd'hui avec une foule d'inconnus. &lt;a href=&quot;http://scinfolex.wordpress.com/2013/03/21/dune-societe-ouvriere-a-une-societe-oeuvriere-profusion-des-auteurs-et-economie-de-labondance/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Chacun devient auteur&lt;/a&gt;, &#224; un degr&#233; plus ou moins grand : chacun met &#224; disposition ses textes, ses r&#233;flexions, ses photos, ses compositions, ou, plus modestement, ses s&#233;lections d'images, de musiques ou d'articles, et se cr&#233;e un public plus ou moins important qui y trouve de l'int&#233;r&#234;t. Est-ce qu'on aurait l'id&#233;e de conseiller &#224; quelqu'un qui lit un roman ou qui &#233;coute un disque de sortir plut&#244;t parler &#224; ses voisins ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_790 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH359/longlegs2-3a1ff.jpg' width='250' height='359' alt=&quot;&quot; style='height:359px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Pour autant, difficile de pr&#233;tendre que tout va bien avec cette nouvelle configuration. Ce type de communication fantomatique, avec ses richesses et ses limites, devient beaucoup plus pr&#233;sent, voire envahissant, qu'il ne l'&#233;tait quand il concernait seulement les artistes. Avant Internet, on communiquait tr&#232;s rarement de fa&#231;on virtuelle avec des inconnus non artistes, m&#234;me si cela pouvait arriver : ces accidents &#8212; car c'en &#233;tait &#8212; ont par exemple inspir&#233; la trame de romans comme &lt;i&gt;Papa Longues Jambes (Daddy Long Legs),&lt;/i&gt; de Jean Webster, en 1912 (adapt&#233; au cin&#233;ma avec Fred Astaire et Leslie Caron), dans lequel une jeune fille entretient une correspondance avec le myst&#233;rieux homme riche qui paie ses &#233;tudes, et dont elle n'a fait qu'entrapercevoir l'ombre &#8212; aux jambes interminables &#8212; au d&#233;tour d'un couloir. Ou comme &lt;i&gt;Les deux moiti&#233;s de l'amiti&#233;,&lt;/i&gt; le roman jeunesse de Susie Morgenstern : un gar&#231;on solitaire appelle un num&#233;ro pris au hasard dans l'annuaire et tombe sur une fille de son &#226;ge, juive alors que lui-m&#234;me est arabe, et une amiti&#233; na&#238;t entre eux. Aujourd'hui, ce sc&#233;nario &#8212; qui &#233;tait aussi celui du film de Nora Ephron &lt;i&gt;You've got mail,&lt;/i&gt; en 1998, avec Meg Ryan et Tom Hanks &#8212; est devenu banal : on entretient des relations virtuelles avec une foule de gens qu'on peut finir par rencontrer un jour... ou pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas forc&#233;ment trop grave, pourvu qu'on conserve par ailleurs assez de rapports directs avec des &#234;tres humains en chair et en os. Ce qui est peut-&#234;tre plus troublant, c'est que les relations s'hybrident. Avant, on cloisonnait : il y avait d'un c&#244;t&#233; les gens avec qui on &#233;tait en interaction directe, physique, multilat&#233;rale &#8212; amis, famille, coll&#232;gues, voisins... &#8212; et de l'autre ceux qu'on connaissait de loin, artistes, &#233;crivains, peintres, acteurs, qui communiquaient de fa&#231;on unilat&#233;rale avec la masse de leur public. Aujourd'hui, on peut &#224; la fois voir ses amis de fa&#231;on plus ou moins r&#233;guli&#232;re et, entre deux rendez-vous, les lire sur leur blog, ou simplement sur leur compte Facebook, o&#249; ils s'adressent &#224; une audience plus large. C'est une mani&#232;re de rester en contact avec des proches que de toute fa&#231;on, par la force des choses, on voit rarement, parce qu'on n'habite pas ou plus dans la m&#234;me ville ou le m&#234;me pays ; mais cela peut aussi cr&#233;er des trous d'air &#233;tranges dans la relation, favoriser la parano&#239;a, les malentendus, les illusions, et laisser chacun enferm&#233; dans son monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une &lt;a href=&quot;http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/021212/quest-ce-quun-monde-sans-recit&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;intervention au Th&#233;&#226;tre du Rond-Point&lt;/a&gt;, en novembre dernier, &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article244.html&quot; class='spip_in'&gt;Christian Salmon&lt;/a&gt; citait l'expression de Kafka parlant de la &#171; crise mondiale de son &#226;me &#187;. Par &#171; &#226;me &#187;, il faut entendre &#171; la possibilit&#233; humaine de faire et d'&#233;changer des exp&#233;riences &#187;. A son &#233;poque d&#233;j&#224;, Kafka estimait cette possibilit&#233; menac&#233;e. Il distinguait, r&#233;sume Salmon, &#171; deux sortes d'inventions techniques : celles qui permettent de rapprocher les hommes entre eux, d'&#233;tablir des relations r&#233;elles, naturelles : le chemin de fer, l'auto, l'a&#233;roplane ; et celles qui contribuent &#224; rendre ces relations irr&#233;elles ou fantomatiques : la poste, le t&#233;l&#233;graphe, le t&#233;l&#233;phone, la t&#233;l&#233;graphie sans fil &#187;. Alors Internet, on n'en parle m&#234;me pas...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_794 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH291/anxiety2-47725.jpg' width='200' height='291' alt=&quot;&quot; style='height:291px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;J'assume toujours ma vision enthousiaste d'Internet : il a modifi&#233; de fa&#231;on spectaculaire les rapports de force dans la soci&#233;t&#233;, permis une &#233;closion d'expression fabuleuse. Ma g&#233;n&#233;ration ne serait nulle part sans Internet. En vingt ans, elle a d&#233;j&#224; &#233;crit &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=BUmVuxX0ulk&amp;feature=youtu.be&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;une &#233;pop&#233;e&lt;/a&gt;. Je suis tr&#232;s consciente de la fa&#231;on dont, loin de m'isoler, Internet a enrichi, tr&#232;s concr&#232;tement, ma vie r&#233;elle et relationnelle. Mais en m&#234;me temps, je suis sensible &#224; ces discours sur le trop-plein, la routine, le fantomatique. Est-ce que je serais en train de c&#233;der &#224; un catastrophisme de Cassandre r&#233;ac fa&#231;on Finkielkraut ? A partir de quand le &#171; fantomatique entre les hommes &#187; cesse-t-il d'&#234;tre, comme l'art, un bienfait, une forme de communication profonde et indispensable, compl&#233;mentaire des autres, pour enfermer chacun dans une d&#233;rive solitaire et impuissante ? Est-ce que ce n'est pas aussi la vieille peur, la vieille r&#233;probation sociale de l'imaginaire qui se manifeste dans les discours technophobes ? Entra&#238;n&#233;s dans des usages qui s'emparent de nous bien avant qu'on ait eu une chance de les penser, on peut seulement s'arr&#234;ter de temps en temps pour essayer de comprendre &lt;i&gt;ce qu'on fout, au juste&lt;/i&gt;. Mais sans esp&#233;rer apporter &#224; cette question une r&#233;ponse d&#233;finitive.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Aur&#233;lia Aurita&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;pour l'expo Hiroshige,
&lt;br /&gt;et &#224; &lt;strong&gt;Katia Berger&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Constance Frei&lt;/strong&gt;,
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Magdalena Frei-Holzer&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Franz-Josef Holzer&lt;/strong&gt;,
&lt;br /&gt;dont la conversation toujours si agr&#233;able a nourri cet article...&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; : une remarque de Jo&#235;lle Marelli (via Facebook) : &#171; Sur les billets doux, les SMS, la communication instantan&#233;e, on a oubli&#233; l'usage &#8220;mondain&#8221; des t&#233;l&#233;grammes (les &#8220;petits bleus&#8221;) et des &#8220;pneumatiques&#8221;, notamment par Proust, qui &#233;crit un mot &#224; telle marquise pour lui dire qu'il a oubli&#233; ses gants chez elle puis avant de faire partir le message ajoute : &#8220;Ce message est sans objet puisque je viens de les retrouver.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Francis Jaur&#233;guiberry, &lt;i&gt;Les Branch&#233;s du portable. Sociologie des usages,&lt;/i&gt; PUF, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &#171; &lt;a href=&quot;http://www.lexpress.fr/styles/psycho/la-passion-des-lettres_1233381.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;La passion des lettres&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'Express,&lt;/i&gt; 20 mars 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Mais bien s&#251;r, en toute objectivit&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/mav/109/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le dernier est le meilleur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Des paradis vraiment bizarres &#187;</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article331.html</link>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En octobre 2010, S&#233;verine Auffret et Nancy Huston avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, premi&#232;re et deuxi&#232;me partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait d&#233;cid&#233;e (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article5.html&quot; class='spip_in'&gt;S&#233;verine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article171.html&quot; class='spip_in'&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;premi&#232;re&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;deuxi&#232;me&lt;/a&gt; partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait d&#233;cid&#233;e &#224; me lancer dans l'&#233;criture de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolong&#233; sa r&#233;flexion dans un livre qui para&#238;t le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article5.html&quot; class='spip_in'&gt;S&#233;verine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article171.html&quot; class='spip_in'&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organis&#233; au Petit Palais, &#224; Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'&#233;couter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;premi&#232;re&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;deuxi&#232;me&lt;/a&gt; partie). Une journ&#233;e chaleureuse et passionnante, atypique &#224; la fois sur le fond &#8212; o&#249; d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un expos&#233; sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et th&#233;&#226;tre se m&#234;lant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait d&#233;cid&#233;e &#224; me lancer dans l'&#233;criture de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article330.html&quot; class='spip_in'&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolong&#233; sa r&#233;flexion dans un livre qui para&#238;t le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Malheureusement, &#224; la lecture, la perplexit&#233; qu'on avait ressentie en l'&#233;coutant ce jour-l&#224; se change en consternation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_774 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH302/reflets-cdf6f.jpg' width='160' height='302' alt=&quot;&quot; style='height:302px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Au soin obsessionnel apport&#233; par les femmes &#224; leur apparence, elle fournit une explication : la nature. Le livre se pr&#233;sente comme une charge contre les &#233;tudes de genre, accus&#233;es de nier la part de d&#233;terminisme biologique qui fa&#231;onne les comportements sexuels respectifs des hommes et des femmes : &#171; Grossi&#232;rement exprim&#233;, les jeunes femelles humaines tout comme les guenons tiennent &#224; s&#233;duire les m&#226;les, car elles veulent devenir m&#232;res. Pour atteindre cet objectif, elles se font belles. Aveugl&#233;s par nos id&#233;es modernes sur l'&#233;galit&#233; entre les sexes, que nous refusons de concevoir autrement que comme &lt;i&gt;l'identit&#233;&lt;/i&gt; entre les sexes, nous pouvons faire abstraction un temps de cette r&#233;alit&#233; &#233;norme, mais, si l'on n'est pas totalement barricad&#233; derri&#232;re nos certitudes th&#233;oriques, il y aura toujours un &#233;lectrochoc pour nous le rappeler. &#187; Ou : &#171; Les hommes ont une pr&#233;disposition inn&#233;e &#224; d&#233;sirer les femmes par le regard, et les femmes se sont toujours complu dans ce regard parce qu'il pr&#233;parait leur f&#233;condation. &#187; Ou encore : &#171; Homo sapiens demeure une esp&#232;ce animale programm&#233;e comme toutes les autres pour se reproduire et, que cela nous plaise et nous flatte ou non, nos comportements sont infl&#233;chis par cette programmation. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'ici, on avait toujours suivi Nancy Huston avec enthousiasme lorsqu'elle pointait la tendance de la civilisation occidentale &#224; s'ab&#238;mer dans des fantasmes de toute-puissance et &#224; cultiver l'id&#233;e d'un individu capable de s'affranchir de toute limite naturelle ou biologique, de se recr&#233;er ex nihilo ; de s'autoengendrer. Dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article254.html&quot; class='spip_in'&gt;Journal de la cr&#233;ation&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; comme dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article213.html&quot; class='spip_in'&gt;Professeurs de d&#233;sespoir&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; elle a magistralement analys&#233; la r&#233;pulsion manifest&#233;e par beaucoup d'&#233;crivains et d'intellectuels envers le corps &#8212; r&#233;pulsion intimement li&#233;e &#224; la haine des femmes et des m&#232;res &#8212;, mais aussi envers tout ce qui rappelle la faiblesse et la d&#233;pendance de l'&#234;tre humain, contrariant leur vision glorieuse d'un d&#233;miurge solitaire et souverain.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons une dimension animale,
&lt;br /&gt;mais les exp&#233;riences que nous en faisons
&lt;br /&gt;sont toujours filtr&#233;es par la culture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes de genre ont-elles pu alimenter parfois le rejet de la chair, la n&#233;gation des limites, le fantasme de l'autoengendrement ? Oui, sans aucun doute. Judith Butler elle-m&#234;me, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsamsterdam.fr/articles.php?idArt=61&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ces corps qui comptent&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, en 1993, a mis en garde contre cette tentation : elle a voulu &#171; r&#233;pondre aux interpr&#232;tes de son pr&#233;c&#233;dent livre [&lt;i&gt;Trouble dans le genre,&lt;/i&gt; 1990], qui y voyaient l'expression d'un volontarisme (on pourrait &#8220;performer&#8221; son genre comme on joue un r&#244;le au th&#233;&#226;tre, on pourrait en changer comme de chemise) et d'un id&#233;alisme (le genre ne serait qu'une pure construction culturelle ou discursive, il n'y aurait pas de r&#233;alit&#233; ou de substrat corporel derri&#232;re le genre) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour autant, reconna&#238;tre qu'il y a bien une r&#233;alit&#233; biologique derri&#232;re le genre n'implique pas d'en d&#233;duire, comme le fait Huston, que la biologie d&#233;termine nos comportements. Pour Butler, &#171; la prise en compte de la mat&#233;rialit&#233; des corps n'implique pas la saisie effective d'une r&#233;alit&#233; pure, naturelle, derri&#232;re le genre : le sexe est un pr&#233;suppos&#233; n&#233;cessaire du genre, mais nous n'avons et n'aurons jamais acc&#232;s au r&#233;el du sexe que m&#233;diatement, &#224; travers nos sch&#232;mes culturels &#187;. Incontestablement, nous avons donc une dimension animale ; mais les exp&#233;riences que nous en faisons sont toujours filtr&#233;es par la culture. Pour exp&#233;rimenter une nature &#224; l'&#233;tat pur, il faudrait &#234;tre hors de la culture, ce qui n'est le cas de personne. Tous, nous y baignons non pas d&#232;s notre enfance, mais d&#232;s notre conception, comme le montrait en 1974 Elena Gianini Belotti en &#233;tudiant, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/essais/essais/belloti_dcpf.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Du c&#244;t&#233; des petites filles&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; les croyances sur les diverses manifestations cens&#233;es permettre de deviner, pendant la grossesse, le sexe du b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le hareng est-il &#171; un tigre pour le hareng &#187; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les tenants des &#233;tudes de genre, pr&#233;tend Nancy Huston, sont antidarwiniens, au m&#234;me titre que les cr&#233;ationnistes, car ils refusent &#171; de placer l'humain dans une continuit&#233; biologique avec le monde animal &#187;. Elle souligne que nous partageons &#171; 98% de nos g&#232;nes &#187; avec les chimpanz&#233;s. Le probl&#232;me, c'est que, par l&#224;, elle escamote le fait que nous n'appartenons pas &#224; la m&#234;me esp&#232;ce. Cet escamotage est syst&#233;matique dans les discours qui expliquent nos comportements par ceux de nos cousins du r&#232;gne animal. Colette Guillaumin, dans &lt;i&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir&lt;/i&gt; (C&#244;t&#233;-femmes, 1992), avait fait remarquer que l'esp&#232;ce humaine &#233;tait bien la seule sur laquelle on osait tirer des conclusions &#224; l'emporte-pi&#232;ce &#224; partir de l'observation d'autres esp&#232;ces : &#171; La socialit&#233; des babouins et la socialit&#233; des termites ne se superposent pas. Les formes de leur rapport &#224; leur milieu ne sont pas les m&#234;mes puisque leur &#233;quipement n'est pas analogue ; les relations entre individus de ces groupes ne peuvent donc &#234;tre identiques. De cela, tout le monde convient pour autant qu'on parle de babouins et de termites, malgr&#233; leur commune appartenance au vivant. Tout se complique lorsqu'on pr&#233;tend qu'il en est exactement de m&#234;me de la socialit&#233; des hommes compar&#233;e &#224; celle des grouses d'Ecosse ; il est fort mal vu de dire que chacune d'entre elles est sp&#233;cifique. Chose &#233;trange, si la commune nature animale permet de faire de l'homme, tour &#224; tour et selon les besoins, un chimpanz&#233;, un loup, ou une grouse d'Ecosse, on ne se pr&#233;occupe nullement d'expliquer le loup par la grouse ni le chimpanz&#233; par le loup. (...) Si &#8220;l'homme est un loup pour l'homme&#8221;, le hareng pour autant n'est pas &#8220;un tigre pour le hareng&#8221;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'occurrence, les th&#232;ses de la psychologie &#233;volutionniste auxquelles souscrit Nancy Huston n&#233;gligent le fait que, comme le rappelle Ir&#232;ne Jonas dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_62_iprod_520-Moi-Tarzan-toi-Jane.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Moi Tarzan, toi Jane&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; &#171; au cours de l'&#233;volution la sexualit&#233; humaine a acquis des caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques qui la distinguent de celle des autres primates. Du fait de la disjonction au sein de l'esp&#232;ce humaine entre les deux sexualit&#233;s, celle du d&#233;sir et celle de la reproduction, la sexualit&#233; humaine &#8220;c&#233;r&#233;bralis&#233;e&#8221; envahit tout le corps et ne se confine pas dans les limites du g&#233;nital. La sexualit&#233; humaine a ainsi pouss&#233; encore plus loin le polymorphisme de la sexualit&#233; chez les primates &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'offensive de la psychologie &#233;volutionniste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre cette sp&#233;cificit&#233; ne m&#232;ne en rien &#224; alimenter une forme de m&#233;galomanie civilisationnelle ; cela &#233;vite simplement de cautionner des th&#232;ses r&#233;actionnaires et indigentes qui ont fait un retour en force ces derni&#232;res ann&#233;es, notamment &#224; travers des best-sellers comme &lt;i&gt;Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de V&#233;nus&lt;/i&gt; de John Gray (&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Ir&#232;ne Jonas : &#171; Les ouvrages (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;). Ces th&#233;ories connaissent un vif succ&#232;s pour des raisons qu'analyse Odile Fillod sur son blog Allodoxia, sous le titre &#171; &lt;a href=&quot;http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/04/25/psychologie-evolutionniste-et-biologie/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les faux nez biologistes de la psychologie &#233;volutionniste&lt;/a&gt; &#187; (25 avril 2012) : &#171; Fonder en nature certaines diff&#233;rences entre les sexes dans les comportements sexuels conforte le sens commun, est conforme aux mythes savants (dont ceux produits par la psychanalyse), rassure quant &#224; la certitude d'un fondement biologique solide des identit&#233;s sexu&#233;es, et est susceptible d'attirer l'attention d'un public peu curieux de sciences mais toujours int&#233;ress&#233; par la sexualit&#233;, celle-ci constituant justement l'un des derniers refuges des identifications de sexe mises &#224; mal par les &#233;volutions sociales. &#187; La psychologie &#233;volutionniste se fonde en particulier sur une vision st&#233;r&#233;otyp&#233;e et fantasmatique de la pr&#233;histoire (l'homme chasseur, la femme cueilleuse charg&#233;e de marmaille, etc.), que perp&#233;tue &#224; son tour joyeusement Nancy Huston. Elle cite par exemple un homme de son entourage : &#171; J'aime bien cette th&#233;orie : que l'homme ait d&#251; exercer son &#339;il, pour la chasse. L'homme est &#224; l'ext&#233;rieur, c'est le pr&#233;dateur, etc. On est programm&#233; pour &#231;a, et c'est encore le cas. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_775 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH264/tarzan-b4898.jpg' width='160' height='264' alt=&quot;&quot; style='height:264px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Au XIXe si&#232;cle, on mesurait la taille du cr&#226;ne ou du cerveau ; la m&#233;thode &#233;tait moins sophistiqu&#233;e, mais l'obsession &#233;tait la m&#234;me, remarque Ir&#232;ne Jonas : &#171; trouver une trace mat&#233;rielle de la diff&#233;rence entre hommes et femmes &#187;. Avatar moderne de cette qu&#234;te, la psychologie &#233;volutionniste, en pr&#233;tendant expliquer cette diff&#233;rence par l'&#233;volution biologique, l&#233;gitime l'ordre social &#8212; cens&#233; refl&#233;ter un ordre naturel &#8212; en usant de l'argument indiscutable de la science. Elle profite &#224; la fois de la disgr&#226;ce dont souffrent actuellement les sciences sociales par rapport aux sciences &#171; dures &#187; et de l'essor du d&#233;veloppement personnel, comme de l'invasion plus g&#233;n&#233;rale de la culture populaire par la psychologie (&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Analys&#233;e par Eva Illouz dans Les Sentiments du capitalisme, Seuil, 2006. (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;). Elle se pr&#233;sente, remarque Odile Fillod, comme &#171; suffisamment autonome du social &#8212; gage de scientificit&#233; &#8212; pour oser braver le &#8220;politiquement correct&#8221; &#187;. Ce qui est exactement l'argument de Nancy Huston : &#171; La nature n'est pas politiquement correcte ; seuls les humains peuvent l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Ir&#232;ne Jonas :
&lt;br /&gt;&#171; L'apprentissage modifie la structure
&lt;br /&gt;et le fonctionnement du cerveau humain,
&lt;br /&gt;non seulement pendant l'enfance,
&lt;br /&gt;mais aussi &#224; l'&#226;ge adulte &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'argument impressionne peu Ir&#232;ne Jonas, qui invoque le &#171; mythe de la science pure &#187; d&#233;nonc&#233; par le philosophe Pierre Thuillier : celui-ci ne croyait pas que l'on puisse isoler une science neutre, objective, distincte de ses utilisations. Le principal reproche qu'on peut faire &#224; la psychologie &#233;volutionniste, insiste &#233;galement Odile Fillod, ce n'est pas qu'elle autorise des r&#233;cup&#233;rations douteuses : c'est surtout qu'elle travestit de simples hypoth&#232;ses en certitudes scientifiques. En outre, s'il faut vraiment parler de science, l'imagerie par r&#233;sonance magn&#233;tique (IRM) a permis ces derni&#232;res ann&#233;es de mettre en &#233;vidence &#171; l'importance des variations individuelles dans le fonctionnement du cerveau et la plasticit&#233; de celui-ci &#187;, rappelle Ir&#232;ne Jonas. Nos comportements sont donc loin d'&#234;tre grav&#233;s dans notre cerveau comme dans du marbre. Ces d&#233;couvertes &#171; rendent obsol&#232;tes nombre de sp&#233;culations sur les diff&#233;rences de fonctionnement entre les sexes et plaident en faveur d'un r&#244;le majeur des facteurs socioculturels dans les diff&#233;rences d'aptitudes et de comportement entre les sexes &#187;. &#171; Les connexions se r&#233;organisent en permanence dans le temps et dans l'espace, qu'il s'agisse de l'acquisition d'apprentissages ou de compensation des d&#233;faillances, &#233;crit-elle. L'apprentissage modifie la structure et le fonctionnement du cerveau humain, non seulement pendant l'enfance, mais aussi &#224; l'&#226;ge adulte. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous ne sommes pas toujours conscients du fait que nos comportements sont dict&#233;s par les besoins de la reproduction, ce serait, affirme Nancy Huston, parce que notre &#171; orgueil humain &#187; nous en emp&#234;che : &#171; Na&#239;vement, et avec la meilleure foi du monde, nous sommes persuad&#233;s de savoir ce que nous faisons et de faire ce que nous voulons. &#187; En revanche, on est pri&#233; de croire sur parole l'un de ses amis peintres lorsqu'il se dit &#171; compl&#232;tement convaincu &#187; que &#171; ce qui se passe entre les yeux d'un homme et le corps d'une femme &#187; rel&#232;ve de &#171; quelque chose d'atavique &#187;. N'y aurait-il pas tout lieu de se m&#233;fier, au contraire, de l'illusion puissante qui nous fait constamment sous-estimer la force de la culture et conclure que ce que nous voyons &#224; l'&#339;uvre, en nous-m&#234;mes ou chez les autres, ce sont les g&#232;nes, la biologie ou l'&#171; atavisme &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a la nette impression que la na&#239;vet&#233; est plut&#244;t du c&#244;t&#233; de la croyance dans le d&#233;terminisme biologique. Et les bras nous en tombent lorsque Huston, dans ce livre, pr&#233;tend d&#233;celer la preuve de l'irr&#233;ductible diff&#233;rence des sexes dans le fait que les hommes repr&#233;sentent &#171; 90% de la population carc&#233;rale &#187;, que les femmes sont rarement vues &#171; en train de tripoter le moteur d'une voiture &#187;, que filles et gar&#231;ons continuent d'avoir des jeux bien distincts dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, ou encore dans le destin tragique de Camille Claudel. &#171; Si le f&#233;minin ne diff&#232;re pas du tout du masculin, interroge-t-elle, comment explique-t-on que les seuls hommes poss&#232;dent l'argent, commandent des tableaux, dirigent les entreprises, et ainsi de suite ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Clich&#233;s en pagaille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, avec de tels postulats de d&#233;part, on patauge dans les pires clich&#233;s. Ainsi, les hommes cherchent &#224; r&#233;pandre leur semence le plus largement possible, tandis que les femmes veulent un compagnon fiable, capable de les soutenir durant leur grossesse et l'&#233;levage des petits, ce qui expliquerait que les premiers soient surtout int&#233;ress&#233;s par &#171; la baise &#187; et les secondes par &#171; l'amour &#187;. Ils convoiteraient des partenaires &#171; aussi jeunes et belles que possible &#187;, tandis qu'elles d&#233;sireraient des compagnons &#171; aussi riches, forts et fiables que possible &#187;. Ils &#171; fantasment beaucoup, se masturbent beaucoup &#187;, &#171; vont voir ailleurs &#187;, tandis qu'elles &#171; supportent relativement bien l'abstinence sexuelle &#187; et, selon un sondage, valorisent plus que tout dans leur couple &#171; le moment o&#249; on s'endort l'un contre l'autre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'embl&#233;e, une objection s'impose : que faire des exceptions ? Que faire des hommes qui sont fid&#232;les par go&#251;t ? Des femmes qui ne le sont pas ? De celles qui s'int&#233;ressent au sexe et pas seulement &#224; l'amour et &#224; l'intimit&#233;, qui fantasment et se masturbent beaucoup ? De celles qui tombent amoureuses d'un pauvre, ou d'un mauvais gar&#231;on peu susceptible de faire un compagnon fiable ? De ceux qui tombent amoureux d'une femme plus toute jeune, ou pas tr&#232;s belle ? De celles qui se fichent de la fa&#231;on dont elles sont habill&#233;es et de ceux qui sont coquets ? Que faire des homosexuels, dont les strat&#233;gies amoureuses ne peuvent pas &#234;tre soup&#231;onn&#233;es d'&#234;tre sous-tendues par le souci de la reproduction ? Si l'on adh&#232;re &#224; la th&#233;orie du d&#233;terminisme biologique, alors, de deux choses l'une : soit les comportements que celui-ci nous dicte sont immuables, et tous les individus sus-cit&#233;s sont des erreurs de la nature, des cas pathologiques, des d&#233;viants au sens strict du terme, qu'il faut traiter en cons&#233;quence ; soit ces comportements sont mall&#233;ables, modifiables, et on peut donc choisir de conserver ceux qui nous conviennent et d'abandonner ceux qui ne nous conviennent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais alors, s'il est possible d'ignorer ces injonctions suppos&#233;ment venues du fond de nos cellules, si elles ne sont pas contraignantes, pourquoi insister autant dessus ? O&#249; veut-elle en venir, se demande-t-on ? Quelles conclusions faut-il tirer, d'apr&#232;s elle, de cette soumission aux imp&#233;ratifs biologiques qu'elle th&#233;orise ? Elle-m&#234;me ne semble pas tr&#232;s bien le savoir. A cet &#233;gard, &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse surtout une impression de confusion. En &#233;pousant ces th&#232;ses, alors que, par beaucoup d'aspects, elle est elle-m&#234;me tout sauf r&#233;actionnaire, Huston se condamne &#224; des embard&#233;es d&#233;routantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre tentation r&#233;actionnaire
&lt;br /&gt;et attachement &#224; un minimum de f&#233;minisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Elle a des propos qui font bondir, par exemple lorsqu'elle &#233;voque le cas de V&#233;ronique Courjault, jug&#233;e en 2009 pour avoir tu&#233; trois de ses nouveaux-n&#233;s. Le probl&#232;me de cette femme, explique-t-elle, est qu'elle n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e &#224; la maternit&#233;. Puis elle fait un parall&#232;le avec les m&#233;thodes d'&#233;ducation &#233;galitaires appliqu&#233;es dans les &#233;coles su&#233;doises, qu'apparemment elle r&#233;prouve. Et elle conclut : &#171; A ce rythme-l&#224;, on risque de d&#233;couvrir sous peu, en France comme en Su&#232;de, beaucoup de b&#233;b&#233;s congel&#233;s. On ne peut pas &#224; la fois se scandaliser de ce qu'on pr&#233;pare les petites filles &#224; un avenir incluant la maternit&#233; et s'&#233;tonner de ce que, devenues m&#232;res sans y avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es, elles fourrent leurs f&#339;tus au frigo. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrement dit, en &#233;duquant les filles de fa&#231;on &#224; leur laisser le plus grand &#233;ventail de possibilit&#233;s ouvert pour leur avenir, on les condamnerait &#224; devenir des m&#232;res &#171; d&#233;natur&#233;es &#187;, et potentiellement infanticides ?! Ironie du sort, au moment o&#249; on lisait ces lignes, en Norv&#232;ge d&#233;butait le proc&#232;s d'Anders Behring Breivik, qui &lt;a href=&quot;https://twitter.com/#!/VisionsCarto/status/193243123600736256&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;se scandalisait &#224; la barre&lt;/a&gt; de ce qu'&#171; en Norv&#232;ge soudain &#224; l'&#233;cole, les gar&#231;ons apprennent &#224; tricoter et &#224; faire la cuisine, les filles &#224; travailler le bois et le m&#233;tal ! &#187;. Et le propos de Huston n'est pas tr&#232;s &#233;loign&#233; de celui d'Eric Zemmour, qui &#233;crivait par exemple dans &lt;i&gt;Le Premier sexe&lt;/i&gt; : &#171; Tant que les femmes ne feront qu'un b&#233;b&#233; par an, elles chercheront le m&#226;le qui prot&#233;gera le mieux leur enfant. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le plus d&#233;concertant, c'est que le livre r&#233;serve par ailleurs quelques analyses critiques incisives et tr&#232;s justes de l'ali&#233;nation des femmes &#224; leur apparence, ou encore des oppressions justifi&#233;es par un pr&#233;tendu ordre naturel &#8212; des pages tr&#232;s fortes sur la prostitution ou la pornographie, notamment. Si elle invite &#224; &#171; ne pas nier ce qui est &#187;, Huston pr&#233;cise aussi qu'&#171; &#233;noncer un &#233;tat de fait n'est pas l'approuver &#187; et que &#171; ce n'est pas parce qu'un comportement est inn&#233; qu'il doit &#234;tre tenu pour sacr&#233;, admirable ou intouchable &#187;. &#171; Dire que les comportements machistes sont en partie biologiquement d&#233;termin&#233;s n'est pas dire qu'il faille baisser les bras devant le machisme &#187;, affirme-t-elle en conclusion. &#171; Les r&#244;les que nous jouons dans le th&#233;&#226;tre sexuel ont pu &#234;tre assouplis gr&#226;ce au mouvement des femmes &#187;, observe-t-elle pour s'en f&#233;liciter, car elle estime que &#171; plus il y a de jeu dans cette affaire, mieux cela vaudra &#187;. Mais comment est-on cens&#233; lutter contre la biologie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette posture ambigu&#235;, entre tentation r&#233;actionnaire et attachement &#224; un minimum de f&#233;minisme, nous rappelle celle de Delphine et Muriel Coulin, les r&#233;alisatrices de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article329.html&quot; class='spip_in'&gt;17 filles&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Comme elles, en endossant le r&#244;le d'intellectuelle et de cr&#233;atrice de tout temps r&#233;serv&#233; aux hommes, Nancy Huston s'est rendue coupable d'une transgression ; comme elles, elle semble &#233;prouver en retour le besoin de manifester avec v&#233;h&#233;mence son adh&#233;sion &#224; la f&#233;minit&#233; traditionnelle. De fa&#231;on significative, elle parle de sa red&#233;couverte de la bonne vieille v&#233;rit&#233; selon laquelle les femmes &#171; se font belles &#187; &lt;i&gt;parce que c'est comme &#231;a,&lt;/i&gt; point, comme d'une victoire remport&#233;e sur la &#171; penseuse &#187; en elle : &#171; Je le savais, bien s&#251;r. L'&#233;crivain en moi le savait ; la femme, l'adolescente et la petite fille le savaient ; seule la &#8220;penseuse&#8221; en moi refusait encore, par moments, de le savoir, en raison du dogme dominant de notre temps, aussi absurde qu'inamovible, dogme selon lequel toutes les diff&#233;rences entre les sexes sont socialement construites. &#187; Autant que sur le prestige de la science, la psychologie &#233;volutionniste mise sur le &#171; bon sens &#187; ; c'est du c&#244;t&#233; de ce &#171; bon sens &#187; que Huston semble vouloir se ranger, loin de l'&#233;litisme d&#233;cadent et fallacieux que repr&#233;senterait le monde intellectuel. On pense &#224; ce rappel &#224; l'ordre du critique Jacques Siclier &#233;crivant au sujet du premier film d'Agn&#232;s Varda, en 1954 : &#171; Tant de c&#233;r&#233;bralit&#233; chez une jeune femme a quelque chose d'affligeant. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une d&#233;fense passionn&#233;e de la norme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nancy Huston a racont&#233;, dans ses essais, le parcours qui l'a fait passer au cours de sa vie d'une posture d'intellectuelle radicale &#8212; volont&#233; de se concevoir comme un pur esprit, rejet de la procr&#233;ation &#8212; &#224; une attitude plus apais&#233;e : acceptation du corps, exp&#233;rience de la maternit&#233;. Cette trajectoire lui a inspir&#233; des r&#233;flexions superbes. Ici, cependant, la finesse de sa pens&#233;e c&#232;de la place &#224; quelque chose de beaucoup moins int&#233;ressant et r&#233;jouissant : une d&#233;fense passionn&#233;e de la norme. Elle semble oublier que si, pour elle, les apanages f&#233;minins traditionnels, comme la maternit&#233;, la coquetterie, ont &#233;t&#233; une conqu&#234;te difficile, un aboutissement, une r&#233;v&#233;lation, pour la grande majorit&#233; des femmes, ils sont plut&#244;t ce &#224; quoi on les assigne, et ce dont elles doivent parvenir &#224; sortir pour &#233;tendre la palette de leur identit&#233;. De sorte que les c&#233;l&#233;brer sans nuance ni retenue revient &#224; tenir un discours banalement conservateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, ce passage de &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse une impression d&#233;sagr&#233;able : &#171; Bien plus qu'ils ne se l'imaginent, les libertins et les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; ressemblent aux moines et aux bonnes s&#339;urs : tous ces &lt;i&gt;anti-breeders&lt;/i&gt; (opposants de l'engendrement) s'&#233;vertuent &#224; contrer la biologie, &#224; faire un pied de nez &#224; la programmation g&#233;n&#233;tique. Pas de probl&#232;me. Ils peuvent s'amuser comme ils veulent, que ce soit par l'abstinence ou le fist-fucking ; l'esp&#232;ce s'en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace. &#187; On a du mal &#224; ne pas percevoir un jugement de valeur dans le ton d&#233;daigneux de ces quelques lignes. Et c'est un cr&#232;ve-c&#339;ur de voir une r&#233;flexion aussi riche que la sienne s'appauvrir au point de se r&#233;sumer &#224; une satisfaction presque arrogante &#224; l'id&#233;e d'&#234;tre du c&#244;t&#233; de la biologie et de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Donner sa b&#233;n&#233;diction
&lt;br /&gt;&#224; l'ordre des choses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;P&#233;nible aussi de voir son f&#233;minisme r&#233;duit &#224; une erreur de jeunesse due &#224; l'inexp&#233;rience et &#224; la sombre radicalit&#233; de cette p&#233;riode de sa vie. Il y a quelques ann&#233;es, elle remarquait avec amusement qu'on lui disait souvent : &#171; Vous qui avez &#233;t&#233; f&#233;ministe... &#187;, comme si, pour ses interlocuteurs, cet engagement ne pouvait appartenir qu'au pass&#233;. Apparemment, l'&#233;poque o&#249; elle assumait cette &#233;tiquette est r&#233;volue : &#171; J'aurais du mal &#224; me pr&#233;senter aujourd'hui comme f&#233;ministe &#187;, confie-t-elle &#224; l'AFP &#224; l'occasion de la sortie de &lt;i&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; (25 avril 2012). Elle semble ainsi se laisser s&#233;duire par &#171; ce chant des sir&#232;nes qui invite &#224; l'interpr&#233;tation binaire et r&#233;ductrice des rapports entre les hommes et les femmes &#187;, pour reprendre l'expression de Djaouida S&#233;hili dans sa pr&#233;face au livre d'Ir&#232;ne Jonas. On croit aussi d&#233;celer dans ce revirement une forme de d&#233;ception, de d&#233;pit : puisque &#231;a n'a pas march&#233;, puisque, quarante ans apr&#232;s le mouvement des femmes, les in&#233;galit&#233;s persistent, alors, autant penser qu'il y a de bonnes raisons &#224; cela, et donner sa b&#233;n&#233;diction &#224; l'ordre des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus d&#233;cevant encore : &#224; ce f&#233;minisme qu'elle renie, elle fait dans ce livre un proc&#232;s aussi injuste qu'approximatif, en en donnant une image caricaturale et largement fantaisiste. Le plus souvent, &#233;crit-elle ainsi, le f&#233;minisme aurait &#171; pr&#233;serv&#233; l'id&#233;e chr&#233;tienne d'une diff&#233;rence radicale entre corps et esprit, et la sur&#233;valuation de celui-ci par rapport &#224; celui-l&#224;. Il a raisonn&#233; comme si la beaut&#233; physique &#233;tait une valeur ali&#233;nante, plaqu&#233;e sur les femmes par le machisme mill&#233;naire, exacerb&#233;e &#224; l'&#232;re capitaliste par les industries de la cosm&#233;tique et de la mode. Dans cette optique, la coquetterie &#233;tait quasiment un &#8220;p&#233;ch&#233;&#8221;. Fais gaffe, ma fille, disaient les m&#232;res f&#233;ministes tout comme les m&#232;res catholiques : quand un gar&#231;on te fait la cour, demande-lui toujours : &#8220;Tu t'int&#233;resses &#224; moi ou seulement &#224; mon corps ?&#8221; Comme si le soi pouvait se passer d'un corps ! Comme si l'esprit &#233;tait plus authentiquement &#8220;soi&#8221; que le corps ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a de quoi &#234;tre atterr&#233;e de retrouver sous sa plume, sous une forme &#224; peine voil&#233;e, l'accusation de puritanisme qui est un classique de l'argumentaire antif&#233;ministe. Surtout, on aimerait bien savoir chez qui, au juste, elle a entendu un tel discours... Attribuer aux f&#233;ministes des propos qu'elles n'ont jamais tenus pour ensuite les d&#233;noncer, c'est un proc&#233;d&#233; qu'on avait plus l'habitude de trouver chez Elisabeth Badinter que chez Nancy Huston. Pour autant qu'on sache, elles n'ont jamais contest&#233; le fait que les femmes soient &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; un corps, mais le fait qu'elles soient &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; un corps &#8212; et un corps qui leur appartenait si peu : corset&#233;, surveill&#233;, corrig&#233;, r&#233;prim&#233;, parfois violent&#233;, par le pouvoir familial, marital, m&#233;dical, m&#233;diatique. De m&#234;me, si l'industrie de la mode et des cosm&#233;tiques est critiquable, ce n'est pas parce qu'elle encouragerait la coquetterie et valoriserait le corps des femmes &#8212; &#224; moins de gober sans recul le discours publicitaire &#8212;, mais parce que, en le standardisant, en le banalisant, elle le rend impuissant &#224; exprimer une personnalit&#233;, justement. C'est parce que, en prosp&#233;rant sur la haine de soi qu'elle entretient chez les femmes &#8212; jamais assez belles, jamais assez minces, jamais assez propres, jamais assez &#233;l&#233;gantes &#8212;, en tuant chez elles la spontan&#233;it&#233;, en les inhibant, en bridant leurs &#233;lans, en les rendant &#233;gocentriques &#224; force de complexes, et en inculquant aussi &#224; leurs partenaires, &#224; force de les bombarder d'images artificielles, des exigences irr&#233;alistes, elle empoisonne leurs relations amoureuses. Il suffit d'un coup d'&#339;il aux images n&#233;vrotiquement aseptis&#233;es que produit cette industrie pour savoir de quel c&#244;t&#233; se trouve le puritanisme. C'est elle qui fait la guerre au corps, et non le f&#233;minisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citant, dans &lt;i&gt;Reflets d'un &#339;il d'homme,&lt;/i&gt; l'anthropologue f&#233;ministe Fran&#231;oise H&#233;ritier, qui essayait d'imaginer ce que serait une sym&#233;trie totale entre hommes et femmes dans l'usage de prostitu&#233;es et de prostitu&#233;s, Nancy Huston commente : &#171; A force de vouloir imposer &#224; tout prix l'id&#233;e de l'identit&#233; des sexes, on en arrive &#224; imaginer des paradis vraiment bizarres. &#187; Il n'est pas s&#251;r que Fran&#231;oise H&#233;ritier, dans ce passage, ait voulu &#233;baucher une r&#233;alit&#233; d&#233;sirable : la d&#233;marche visait plut&#244;t &#224; faire prendre conscience d'une in&#233;galit&#233; en renversant les r&#244;les. Mais l'expression est frappante. Ces &#171; paradis vraiment bizarres &#187; qu'ont de tout temps voulu explorer les f&#233;ministes, et qui ne sont bizarres que parce qu'ils sont si peu fr&#233;quent&#233;s, seront toujours &#224; mes yeux bien plus attirants que ces paradis normaux et normatifs qui peuvent si facilement tourner &#224; l'enfer ordinaire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci &#224; &lt;strong&gt;Benjamin Calle&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[05/05/2012]&lt;/strong&gt; A voir : sexe et cerveau : la neurobiologiste Catherine Vidal tire &#224; boulets rouges sur les id&#233;es re&#231;ues ; &lt;a href=&quot;http://www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&lt;/a&gt;. A &#233;couter : &#171; &lt;a href=&quot;http://www.radiorageuses.net/spip.php?article198&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;faire les mythes sur la pr&#233;histoire : que sait-on de nos anc&#234;tres ?&lt;/a&gt; &#187; (Radiorageuses)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Ir&#232;ne Jonas : &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-ouvrages-psy-sur-le-couple&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Les ouvrages &#8220;psy&#8221; sur le couple&lt;/a&gt; &#187;, 12 avril 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Analys&#233;e par Eva Illouz dans &lt;i&gt;Les Sentiments du capitalisme,&lt;/i&gt; Seuil, 2006. Lire aussi, par exemple, &#171; &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/m6-pour-vivre-heureux-vivons-coaches,80133.php&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;M6 : pour vivre heureux, vivons coach&#233;s !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama,&lt;/i&gt; 11 avril 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Prosp&#233;rit&#233; de la potiche</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article330.html</link>
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		<dc:date>2012-02-16T07:27:01Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En librairie aujourd'hui, Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans Le Monde diplomatique. Nous vous en proposons l'introduction. En librairie aujourd'hui, Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros ; e-book : 8,99 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans Le Monde (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique10.html" rel="directory"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine&lt;/i&gt; (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale. Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine&lt;/i&gt; (Zones / La D&#233;couverte, 250 pages, 18 euros ; e-book : 8,99 euros) reprend et approfondit des analyses &#233;bauch&#233;es soit ici-m&#234;me, soit dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction ci-dessous. Le &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;texte int&#233;gral&lt;/a&gt; est en libre acc&#232;s sur le site de l'&#233;diteur. Un &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/people/beautefatale&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;compte Seenthis&lt;/a&gt; permet &#233;galement de suivre l'actualit&#233; des th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s dans le livre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_772 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH355/BeauteFatale-c5630.jpg' width='250' height='355' alt=&quot;&quot; style='height:355px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;Ecrire un livre pour critiquer le d&#233;sir de beaut&#233; ? &#171; Il n'y a pas de mal &#224; vouloir &#234;tre belle ! &#187; m'a-t-on parfois object&#233; lorsque j'&#233;voquais autour de moi le projet de cet essai. Non, en effet : ce d&#233;sir, je souhaite m&#234;me le d&#233;fendre (&lt;strong&gt;voir chapitre 2&lt;/strong&gt;). Le probl&#232;me, c'est que dire cela &#224; une femme aujourd'hui revient un peu &#224; dire &#224; un alcoolique au bord du coma &#233;thylique qu'un petit verre de temps en temps n'a jamais fait de mal &#224; personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autant l'admettre : dans une soci&#233;t&#233; o&#249; compte avant tout l'&#233;coulement des produits, o&#249; la logique consum&#233;riste s'&#233;tend &#224; tous les domaines de la vie, o&#249; l'&#233;vanouissement des id&#233;aux laisse le champ libre &#224; toutes les n&#233;vroses, o&#249; r&#232;gnent &#224; la fois les fantasmes de toute-puissance et une tr&#232;s vieille haine du corps, surtout lorsqu'il est f&#233;minin, nous n'avons quasiment aucune chance de vivre les soins de beaut&#233; dans le climat de s&#233;r&#233;nit&#233; idyllique que nous vend l'illusion publicitaire. Pourtant, m&#234;me si l'on soupire de temps &#224; autre contre des normes tyranniques, la r&#233;alit&#233; de ce que recouvrent les pr&#233;occupations esth&#233;tiques chez les femmes fait l'objet d'un d&#233;ni stup&#233;fiant. L'image de la femme &#233;quilibr&#233;e, &#233;panouie, &#224; la fois active et s&#233;ductrice, se d&#233;menant pour ne rater aucune des opportunit&#233;s que lui offre notre monde moderne et &#233;galitaire, constitue une sorte de v&#233;rit&#233; officielle &#224; laquelle personne ne semble vouloir renoncer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, sans qu'on y prenne garde, notre vision de la f&#233;minit&#233; se r&#233;duit de plus en plus &#224; une poign&#233;e de clich&#233;s mi&#232;vres et conformistes. La duret&#233; de l'&#233;poque aidant, la tentation est grande de se replier sur ses vocations traditionnelles : se faire belle et materner (&lt;strong&gt;chapitre 1&lt;/strong&gt;). Le cin&#233;ma est gangren&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; &#233;g&#233;ries &#187;, ces actrices sous contrat avec un parfumeur, un maroquinier ou une marque de cosm&#233;tiques, et plus pr&#233;occup&#233;es de soigner leur image de porte-manteau maigrichon tir&#233; &#224; quatre &#233;pingles que d'&#233;tendre la palette de leur jeu. Le succ&#232;s des blogs mode ou beaut&#233; t&#233;moigne lui aussi d'un horizon mental satur&#233; par les cr&#232;mes et les chiffons (&lt;strong&gt;chapitre 3&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; des belles images, l'omnipr&#233;sence de mod&#232;les inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d'elles-m&#234;mes, dans des spirales ruineuses et destructrices o&#249; elles laissent une quantit&#233; d'&#233;nergie exorbitante. L'obsession de la minceur trahit une condamnation persistante du f&#233;minin, un sentiment de culpabilit&#233; obscur et ravageur (&lt;strong&gt;chapitre 4&lt;/strong&gt;). La crainte d'&#234;tre laiss&#233;e pour compte fait na&#238;tre le projet de refa&#231;onner par la chirurgie un corps per&#231;u comme une mati&#232;re inerte, d&#233;senchant&#233;e, mall&#233;able &#224; merci, un objet ext&#233;rieur avec lequel le soi ne s'identifie en aucune mani&#232;re (&lt;strong&gt;chapitre 5&lt;/strong&gt;). Enfin, la mondialisation des industries cosm&#233;tiques et des groupes de m&#233;dias aboutit &#224; r&#233;pandre sur toute la plan&#232;te le mod&#232;le unique de la blancheur, r&#233;activant parfois des hi&#233;rarchies locales d&#233;l&#233;t&#232;res (&lt;strong&gt;chapitre 6&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette ali&#233;nation sont loin de se limiter &#224; une perte de temps, d'argent et d'&#233;nergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements ext&#233;rieurs, la certitude de ne jamais &#234;tre assez bien pour m&#233;riter l'amour et l'attention des autres, traduisent et amplifient tout &#224; la fois une ins&#233;curit&#233; psychique et une autod&#233;valorisation qui &#233;tendent leurs effets &#224; tous les domaines de la vie des femmes. Elles les am&#232;nent &#224; tout accepter de leur entourage ; &#224; faire passer leur propre bien-&#234;tre, leurs int&#233;r&#234;ts, leur ressenti, apr&#232;s ceux des autres ; &#224; toujours se sentir coupables de quelque chose ; &#224; s'adapter &#224; tout prix, au lieu de fixer leurs propres r&#232;gles ; &#224; ne pas savoir exister autrement que par la s&#233;duction, se condamnant ainsi &#224; un &#233;tat de subordination permanente ; &#224; se mettre au service de figures masculines admir&#233;es, au lieu de poursuivre leurs propres buts. Ainsi, la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la cl&#233; d'une avanc&#233;e des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales &#224; celle contre les in&#233;galit&#233;s au travail en passant par la d&#233;fense des droits reproductifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, cependant, cette question est toujours rest&#233;e dans l'angle mort ; elle suscite plut&#244;t l'indiff&#233;rence. Les f&#233;ministes, contrairement &#224; leurs homologues am&#233;ricaines, ne s'en sont jamais vraiment empar&#233;es, y voyant, au mieux, un enjeu secondaire (&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, La presse &#8220;f&#233;minine&#8221;. (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;). A leur relatif d&#233;sint&#233;r&#234;t s'ajoute l'absence d'une tradition fran&#231;aise d'&#233;tude de la culture de masse, consid&#233;r&#233;e comme un objet scientifique indigne, anodin ou vulgaire &#8212; ou les deux. Or les films, les feuilletons, les &#233;missions de t&#233;l&#233;vision, les jeux, les magazines, parce qu'ils impliquent une relation affective, ludique, aux repr&#233;sentations qu'ils proposent, parce qu'ils mettent en branle les pouvoirs de la fiction et de l'imaginaire, informent en profondeur la mentalit&#233; de leur public, jeune et moins jeune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, un magazine comme &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; peut se proclamer f&#233;ministe sans (toujours) susciter l'hilarit&#233;, et une Elisabeth Badinter juger les repr&#233;sentations publicitaires inoffensives sans voir son cr&#233;dit entam&#233;. Il a fallu attendre la parution de son livre sur les d&#233;rives suppos&#233;es de l'&#233;cologie, en 2010, pour que sa qualit&#233; d'actionnaire principale de Publicis, troisi&#232;me groupe mondial de publicit&#233;, soit mise en avant, apr&#232;s avoir longtemps &#233;t&#233; &#233;clips&#233;e par le prestige du nom de son mari (&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire Marie B&#233;nilde, &#171; Publicis, un pouvoir &#187;, Le Monde diplomatique, juin (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;). De m&#234;me, en 2011, les commentaires suscit&#233;s par les soutiens-gorge ampliformes pour fillettes ou les mini-spas se contentaient souvent d'accuser le &#171; marketing &#187;. Cette explication nous fait penser aux blagues racistes ou misogynes dont l'auteur lance, lorsqu'il constate que son interlocuteur n'est pas vraiment pli&#233; en deux : &#171; Oh, mais c'est de l'humouuur ! &#187; Or il n'est pas innocent de pr&#233;tendre faire vendre pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;avec &#231;a,&lt;/i&gt; comme il n'est pas innocent de pr&#233;tendre faire rire &lt;i&gt;avec &#231;a&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La calamit&#233; du &#171; f&#233;minisme &#224; la fran&#231;aise &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais faut-il parler d'indiff&#233;rence ou d'acquiescement ? Amorcer une critique de l'ali&#233;nation f&#233;minine &#224; l'obsession des apparences fait imm&#233;diatement surgir dans les esprits le pire cauchemar des essayistes germanopratins : la &lt;i&gt;f&#233;ministe am&#233;ricaine,&lt;/i&gt; char d'assaut mont&#233; sur des baskets &#8212; pointure 44 &#8212; qui exhibe ses poils aux jambes, passe son temps &#224; se couvrir la t&#234;te de cendres en d&#233;vidant d'une voix caverneuse sa litanie &#171; victimaire &#187; et vous intente un proc&#232;s pour viol d&#232;s que vous la regardez dans les yeux sans son consentement explicite. Pas de &#231;a chez nous ! De toute fa&#231;on, nous explique-t-on pour mieux conjurer ce spectre funeste, on n'en a pas besoin, car la France, elle, a su &#339;uvrer pour l'&#233;galit&#233; des sexes tout en pr&#233;servant le d&#233;licieux frisson des rapports de s&#233;duction &#8212; c'est &#224; se demander comment font les Am&#233;ricains pour continuer &#224; se reproduire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le d&#233;montrer, Pascal Bruckner, dans &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt; paru en 1995, convoque p&#234;le-m&#234;le Louise Lab&#233;, les Pr&#233;cieuses, les libertins et les troubadours (&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Pascal Bruckner, La Tentation de l'innocence,Grasset, Paris, (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;). Dans &lt;i&gt;Les Mots des femmes,&lt;/i&gt; la m&#234;me ann&#233;e, Mona Ozouf tente elle aussi d'expliquer pourquoi le &#171; discours du f&#233;minisme extr&#233;miste &#187; trouve, par bonheur, si peu d'&#233;cho en France (&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Mona Ozouf, Les Mots des femmes. Essai sur la singularit&#233; fran&#231;aise, (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;). En 2006, Claude Habib, une sp&#233;cialiste de la litt&#233;rature du XVIIIe si&#232;cle, lui embo&#238;te le pas avec un hommage &#8212; qu'elle lui d&#233;die &#8212; &#224; la &#171; galanterie fran&#231;aise &#187; (&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Claude Habib, Galanterie fran&#231;aise, Gallimard, Paris, 2006. De m&#234;me pour les (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;). &#171; Bien des f&#233;ministes n'ont pas recul&#233; devant le r&#244;le de rabat-joie, y d&#233;plore-t-elle, ignorant apparemment combien c'est classique avec ces garces. Elles ont attaqu&#233; l'hypoth&#232;se galante en brandissant le fait des crimes sexuels qui se commettent en France : si des violences contre les femmes se produisent ici comme ailleurs, c'est que la pr&#233;tendue entente des sexes est une duperie. &#187; Et pourtant, argue-t-elle, &#171; il n'est pas impensable qu'une m&#234;me soci&#233;t&#233; abrite, sur un m&#234;me sujet, la d&#233;licatesse et la brutalit&#233;. Ainsi, depuis la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, le souci des animaux domestiques et la maltraitance des animaux d'&#233;levage se sont d&#233;velopp&#233;s parall&#232;lement &#187;. De l'art de choisir ses comparaisons...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De surcro&#238;t, on sous-estime les vertus quasi thaumaturgiques exerc&#233;es par la galanterie &#8212; v&#233;ritable poudre de perlimpinpin &#8212; sur les aspects contrariants que pourrait pr&#233;senter la condition des femmes fran&#231;aises : &#171; Au sein de leurs foyers, m&#234;me si les Fran&#231;aises travaillent, elles ne servent pas. Elles font ce qu'il leur pla&#238;t de faire. Sans nous en rendre compte, nous sommes habitu&#233;es &#224; un r&#233;gime d'&#233;gards. Il est exclu qu'un mari parle &#224; sa femme comme &#224; une servante. &#187; Monsieur est trop bon. Au moins, les partis pris sont clairs, et l'homophobie s'affiche tranquillement (&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir aussi le floril&#232;ge &#233;tabli par Act Up Paris : &#171; Claude Habib et Ir&#232;ne (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;) : &#171; Au malaise qui touche le caract&#232;re national dans son ensemble s'ajoute, dans le cas de la galanterie, un second facteur de fragilit&#233; : le grave &#233;branlement des identit&#233;s sexuelles qu'ont produit la contestation f&#233;ministe puis l'affirmation des homosexualit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#171; exception fran&#231;aise &#187; suit toujours le m&#234;me sch&#233;ma discursif : on commence par conc&#233;der qu'il reste des progr&#232;s &#224; faire, sans trop se fouler non plus pour dissimuler que &#231;a ne nous emp&#234;che pas vraiment de dormir, puis on encha&#238;ne tr&#232;s vite en soulignant les progr&#232;s inou&#239;s qui ont quand m&#234;me &#233;t&#233; accomplis. On en conclut que, dans ce contexte &#233;minemment satisfaisant, celles qui continuent le combat ne peuvent &#234;tre que des m&#233;g&#232;res enrag&#233;es et hyst&#233;riques que seul le ressentiment fait jouir, et qui cherchent &#224; obtenir un traitement de faveur plut&#244;t que l'&#233;galit&#233; (puisqu'elles l'ont d&#233;j&#224; !) ; mais, heureusement, elles vivent tr&#232;s loin, l&#224;-bas, de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Quelques citations apocalyptiques o&#249; certaines d'entre elles comparent la violence contre les femmes &#224; un g&#233;nocide, qu'on assortira de flots de protestations indign&#233;es, permettront de noyer d&#233;finitivement le poisson. Elles ach&#232;veront de vacciner les mignonnes petites Fran&#231;aises qui seraient tent&#233;es d'imiter ces sorci&#232;res. Il n'y aura plus qu'&#224; persuader les gourdes qu'elles sont des femmes lib&#233;r&#233;es, qu'elles ont bien de la chance, et qu'elles feraient mieux d'aller d&#233;valiser les boutiques tout en versant une larme sur le sort des pauvres Afghanes. Et qu'elles ne viennent pas nous emmerder pour un mannequin nu &#224; quatre pattes sur un panneau de quatre fois trois m&#232;tres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre th&#232;se sera ici que la c&#233;l&#233;bration des &#171; rapports de s&#233;duction &#224; la fran&#231;aise &#187;, que l'on a vue ressurgir, en m&#234;me temps que la condamnation du &#171; puritanisme am&#233;ricain &#187;, lors des affaires Polanski et Strauss-Kahn, en 2009 et en 2011, traduit le d&#233;sir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne ; elle est, pour ceux qui la d&#233;fendent, une mani&#232;re de nier la subjectivit&#233; f&#233;minine et de prot&#233;ger leur monopole de la p&#233;roraison (&lt;strong&gt;chapitre 7&lt;/strong&gt;). On a affaire avec ces discours &#224; une banale r&#233;action antif&#233;ministe, qui fait semblant de confondre remise en cause d'un ordre social et hostilit&#233; envers les hommes. Alors que ses pr&#233;d&#233;cesseurs avaient simplement travesti ce postulat en chauvinisme, Badinter, en 2003, r&#233;ussira la prouesse de le travestir en f&#233;minisme ; elle se r&#233;f&#233;rera d'ailleurs &#224; &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence&lt;/i&gt; de Bruckner d&#232;s les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;Fausse route&lt;/i&gt; (&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Elisabeth Badinter, Fausse route, Odile Jacob, Paris, 2003.' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;). Dans son attitude, le r&#233;flexe de classe et la mise &#224; distance d&#233;daigneuse de la masse des femmes prennent clairement le pas sur la d&#233;marche f&#233;ministe. La journaliste Sylvie Barbier nous livre le r&#233;sultat de cette op&#233;ration id&#233;ologique, tel qu'on le retrouve dans la bouche du directeur d'un magazine f&#233;minin s'adressant &#224; sa nouvelle r&#233;dactrice en chef : &#171; La guerre des sexes c'est fini, les psychos qui se moquent des hommes aussi, on r&#234;ve de r&#233;conciliation, non ? Fran&#231;oise, excuse, Evelyne [sic] Badinter elle-m&#234;me l'affirme : le vrai f&#233;minisme, c'est un combat qui doit se mener avec les hommes, pas contre eux. La lutte pour l'autonomie est &#233;galement termin&#233;e, nous allons tourner la page et projeter une vision r&#233;concili&#233;e de la f&#233;minit&#233; (&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Sylvie Barbier, La bimbo est l'avenir de la femme, Deno&#235;l, coll. &#171; Indigne &#187;, (...)' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;). &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A ce conservatisme visc&#233;ral s'ajoute le fait que la femme fran&#231;aise est un tr&#233;sor national, quasiment une marque d&#233;pos&#233;e. Elle a pour noble mission de perp&#233;tuer l'image d'&#233;l&#233;gance associ&#233;e au pays, ne serait-ce que pour servir le rayonnement international des deux g&#233;ants fran&#231;ais du luxe, Mo&#235;t Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de Bernard Arnault, et Pinault Printemps Redoute (PPR), celui de Fran&#231;ois Pinault (propri&#233;taire notamment de Gucci et d'Yves Saint Laurent). En a encore t&#233;moign&#233;, en 2005, le succ&#232;s mondial du livre de Mireille Guiliano &lt;i&gt;French Women Don't Get Fat&lt;/i&gt; (&#171; Les femmes fran&#231;aises ne grossissent pas &#187;) (&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Mireille Guiliano, French Women Don't Get Fat. The Secret of Eating for (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;). L'ancienne PDG des champagnes Veuve Clicquot (groupe LVMH) aux Etats-Unis y recommande &#171; le pain, le champagne, le chocolat et l'amour comme les ingr&#233;dients cl&#233;s d'une vie et d'un r&#233;gime &#233;quilibr&#233;s &#187;. Id&#233;e g&#233;niale : exploiter &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; la fascination des Am&#233;ricains pour les clich&#233;s sur l'art de vivre &#224; la fran&#231;aise, l'obsession des femmes pour les r&#233;gimes et leur go&#251;t des &#171; secrets &#187; partag&#233;s (elles en ont bien besoin, les pauvres). Quant &#224; la figure mythique de la Parisienne, elle est incarn&#233;e par In&#232;s de la Fressange, mannequin vedette de Chanel dans les ann&#233;es 1980 et mod&#232;le pour le buste de Marianne en 1989. En 2011, son guide &lt;i&gt;La Parisienne&lt;/i&gt; &#8212; cosign&#233; avec une journaliste de &lt;i&gt;Elle &#8212;,&lt;/i&gt; m&#233;lange de conseils vestimentaires et de bonnes adresses, grand succ&#232;s de librairie, s'est export&#233; en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. On y apprend par exemple qu'il ne faut pas porter un collier en diamants &#171; sur une robe noire le soir &#187;, mais &#171; sur une chemise en jean le jour (&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='footnote' title='In&#232;s de la Fressange (avec Sophie Gachet), La Parisienne, Flammarion, Paris, (...)' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;) &#187;. Ce qui, personnellement, m'a &#233;vit&#233; de commettre un terrible impair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, il faut bien l'avouer : une fois qu'on a lu Susan Bordo, Eve Ensler, Laurie Essig, Susan Faludi ou Naomi Wolf (&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg The Body Project : An (...)' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;), la Parisienne appara&#238;t pour ce qu'elle est, c'est-&#224;-dire une sorte de Nadine de Rothschild en moins joufflue et en plus chic. M&#234;me celle qui pr&#234;te le plus le flanc &#224; la caricature, Naomi Wolf, auteure en 1990 du best-seller &lt;i&gt;The Beauty Myth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Mythe de la beaut&#233;&lt;/i&gt;), multiplie les intuitions et les analyses brillantes. On regrette, en refermant les livres de toutes ces essayistes remarquables, qu'elles n'aient jamais &#233;t&#233; traduites en fran&#231;ais &#8212; &#224; l'exception d'Ensler, gr&#226;ce au succ&#232;s mondial des &lt;i&gt;Monologues du vagin&lt;/i&gt;. Il est vrai que si elles l'&#233;taient, les Fran&#231;aises pourraient bien s'inspirer de leur intelligence flamboyante, de leur clairvoyance, de leur humour, du m&#233;lange de rigueur et de passion avec lequel elles prennent &#224; bras-le-corps la r&#233;alit&#233; dans laquelle elles sont plong&#233;es, transformant des pr&#233;occupations intimes en souci du bien commun, forgeant de puissants outils de compr&#233;hension et de lib&#233;ration pour toutes. Elles pourraient commencer &#224; raisonner, &#224; contester ; elles pourraient se mettre en t&#234;te de devenir des &lt;i&gt;personnes,&lt;/i&gt; les insolentes. Puisse le ciel nous &#233;pargner encore longtemps une pareille catastrophe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Et les vaches seront bien gard&#233;es. L'injonction &#224; la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour des femmes en jupe et des hommes qui en ont
&lt;br /&gt;Le charme retrouv&#233; des territoires f&#233;minins
&lt;br /&gt;&#171; N'exister que par la beaut&#233; &#187;
&lt;br /&gt;Backlash et marketing
&lt;br /&gt;Fermer des portes pour l'avenir&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Un h&#233;ritage embarrassant. Interlude sur l'ambivalence&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#171; Avec quoi elle vient ! &#187;
&lt;br /&gt;Sagesse de la parure
&lt;br /&gt;L'univers en mod&#232;le r&#233;duit
&lt;br /&gt;Derri&#232;re la fascination du &lt;i&gt;it bag&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Cong&#233;dier le monde&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le triomphe des otaries. Les pr&#233;tentions culturelles du complexe mode-beaut&#233;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#171; Il faut faire un effort, Jenn' ! &#187;
&lt;br /&gt;Actrices ou communicantes ?
&lt;br /&gt;Le paradigme &#171; Gossip Girl &#187;
&lt;br /&gt;L'aristocratie du showbiz
&lt;br /&gt;Les marques en terrain conquis
&lt;br /&gt;Patauger dans son ali&#233;nation
&lt;br /&gt;Les femmes et la culture de masse
&lt;br /&gt;Une &#171; fin de l'Histoire &#187; au f&#233;minin ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Une femmes dispara&#238;t. L'obsession de la minceur, un &#171; d&#233;sordre culturel &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exister sans corps
&lt;br /&gt;Femmes et nourriture, un rendez-vous toujours manqu&#233;
&lt;br /&gt;L'anorexique : anormale ou trop normale ?
&lt;br /&gt;Un mod&#232;le impossible
&lt;br /&gt;Hypocrisie et perversit&#233;
&lt;br /&gt;Couper les ponts
&lt;br /&gt;Une question de sant&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La fianc&#233;e de Frankenstein. Culte du corps ou haine du corps ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nier la douleur
&lt;br /&gt;Un couteau sans lame...
&lt;br /&gt;Un &#233;clairage impitoyable
&lt;br /&gt;L'aura confisqu&#233;e
&lt;br /&gt;&#171; Ce qui me fait chanter &#187;
&lt;br /&gt;Le pi&#232;ge de l'homologation
&lt;br /&gt;Une merveilleuse &#171; libert&#233; de choix &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Comment peut-on ne pas &#234;tre blanche ? Derri&#232;re les odes &#224; la &#171; diversit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;S'afficher dans le camp des gagnants
&lt;br /&gt;Soigner les corps &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s &#187;
&lt;br /&gt;&#171; Illuminer les recoins sombres de la Terre &#187;
&lt;br /&gt;&#171; Supr&#233;matie blanche &#187; dans la mode
&lt;br /&gt;Une cr&#233;ativit&#233; &#233;touff&#233;e
&lt;br /&gt;La lumi&#232;re, encore&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Le soliloque du dominant. La f&#233;minit&#233; comme subordination&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Yohji Yamamoto contre le &#171; style recherche d'emploi &#187;
&lt;br /&gt;Les femmes sont-elles des objets ?
&lt;br /&gt;Grands hommes et petites p&#233;p&#233;es
&lt;br /&gt;Banalit&#233; du Pygmalion lubrique
&lt;br /&gt;Un &#233;rotisme de ventriloques
&lt;br /&gt;L'horreur : une femme qui pense&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, &lt;i&gt;La presse &#8220;f&#233;minine&#8221;. Fonction id&#233;ologique,&lt;/i&gt; Petite collection Maspero, Paris, 1978 ; Ilana L&#246;wy, &lt;i&gt;L'Emprise du genre. Masculinit&#233;, f&#233;minit&#233;, in&#233;galit&#233;,&lt;/i&gt; La Dispute, Paris, 2006 ; et l'ouvrage en deux volumes du collectif Ma col&#232;re, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/CHOLLET/18274&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mon corps est un champ de bataille&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; Ma col&#232;re, Lyon, 2004 et 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) Lire Marie B&#233;nilde, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/BENILDE/11267&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Publicis, un pouvoir&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; juin 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Pascal Bruckner, &lt;i&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt;Grasset, Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;) Mona Ozouf, &lt;i&gt;Les Mots des femmes. Essai sur la singularit&#233; fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Gallimard, &#171; Tel &#187;, Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-5' id='nb3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;) Claude Habib, &lt;i&gt;Galanterie fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Gallimard, Paris, 2006. De m&#234;me pour les citations suivantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-6' id='nb3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;) Voir aussi le floril&#232;ge &#233;tabli par Act Up Paris : &#171; &lt;a href=&quot;http://www.actupparis.org/spip.php?article2739&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Claude Habib et Ir&#232;ne Th&#233;ry, les pauvres filles de l'ANRS&lt;/a&gt; &#187;, Actupparis.org, mars 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-7' id='nb3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;) Elisabeth Badinter, &lt;i&gt;Fausse route,&lt;/i&gt; Odile Jacob, Paris, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-8' id='nb3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;) Sylvie Barbier, &lt;i&gt;La bimbo est l'avenir de la femme,&lt;/i&gt; Deno&#235;l, coll. &#171; Indigne &#187;, Paris, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-9' id='nb3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;) Mireille Guiliano, &lt;i&gt;French Women Don't Get Fat. The Secret of Eating for Pleasure,&lt;/i&gt; Vintage, New York, 2007 [2005]. &lt;a href=&quot;http://www.frenchwomendontgetfat.com/&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.frenchwomendontgetfat.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-10' id='nb3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;) In&#232;s de la Fressange (avec Sophie Gachet), &lt;i&gt;La Parisienne,&lt;/i&gt; Flammarion, Paris, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh3-11' id='nb3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;) Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg &lt;i&gt;The Body Project : An Intimate History of American Girls,&lt;/i&gt; Random House, New York, 1997, ainsi que le travail de la photographe Lauren Greenfield : &lt;i&gt;Girl Culture&lt;/i&gt; (2002) et &lt;i&gt;Thin&lt;/i&gt; (2006) ; &lt;a href=&quot;http://www.laurengreenfield.com/&quot; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;www.laurengreenfield.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; 17 filles &#187; et pas mal d'objections</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article329.html</link>
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		<dc:date>2012-01-01T20:35:13Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>Incontestablement, 17 filles est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre. Incontestablement, 17 filles est un beau (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Incontestablement, &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Incontestablement, &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les r&#233;alisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transpos&#233; dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit &#233;l&#232;ves am&#233;ricaines d'un m&#234;me lyc&#233;e de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient d&#233;fray&#233; la chronique pour &#234;tre tomb&#233;es enceintes toutes en m&#234;me temps. Leur h&#233;ro&#239;ne, Camille, enceinte par accident, d&#233;cide de garder le b&#233;b&#233;, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize &#224; la suivre. Elles concluent un pacte : apr&#232;s avoir accouch&#233;, elles habiteront toutes ensemble, s'entraideront, seront enfin adultes et ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_761 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:250px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L250xH333/17-FILLES-5f377.jpg' width='250' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:250px;' /&gt;&lt;/span&gt;La mise en sc&#232;ne, tr&#232;s r&#233;ussie, explore toutes les possibilit&#233;s cin&#233;matographiques offertes &#224; la fois par la d&#233;cadence industrielle de la r&#233;gion, par la proximit&#233; de la mer, par l'omnipr&#233;sence des &#233;l&#233;ments, et par la transformation physique spectaculaire de cette grappe d'adolescentes, par le contraste entre leur ventre qui s'arrondit et leur quotidien de gamines tournant en rond dans la cour de r&#233;cr&#233;ation ou s'ennuyant dans leur chambre au milieu de leurs peluches. La plupart d'entre elles sont minces et belles, &#224; commencer par Camille, la meneuse (Louise Grinberg, d&#233;j&#224; vue dans &lt;i&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; de Laurent Cantet) : la cam&#233;ra semble aimant&#233;e par leur fra&#238;cheur de jeunes filles en fleur. &#171; Le casting a exclu les disgracieuses &#187;, note &#224; raison le critique &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/12/13/17-filles-les-filles-meres-qu-on-voit-danser_1617980_3476.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On peut d&#233;j&#224; tenter de rep&#233;rer celles qu'on retrouvera dans des pubs pour des parfums ou des marques de pr&#234;t-&#224;-porter. Les protagonistes du fait divers am&#233;ricain, elles, incarnent une version nettement moins glamour de la &lt;i&gt;teen mom&lt;/i&gt;, comme on peut le voir dans un documentaire qui leur est consacr&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.gloucester18.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;The Gloucester 18&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On dira que rien n'obligeait les deux cin&#233;astes fran&#231;aises au r&#233;alisme. &#171; Il s'agit uniquement de notre regard sur ce fait divers &#187;, insiste Muriel Coulin (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, 30 d&#233;cembre). Sauf qu'il y a des films dont la libert&#233; par rapport aux faits, la qualit&#233; de r&#233;alisation, la stylisation, renforcent encore le regard qu'ils proposent sur la soci&#233;t&#233; et sur la vie ; or ici, on a plut&#244;t l'impression d'un hiatus entre les deux, entre la forme et le fond, comme si le talent des s&#339;urs Coulin leur permettait de biaiser avec leur sujet, de camoufler les failles et les ambigu&#239;t&#233;s de leur film et du discours dont elles l'entourent dans leurs interviews.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles y pr&#233;sentent leurs h&#233;ro&#239;nes comme rebelles et subversives : &#171; Nos filles me font penser aux Indign&#233;s &#187;, dit par exemple Delphine Coulin (&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tribunedelyon.fr/index.php?agenda/culture/cinema/30707-cinema-:-entretien-avec-delphine---muriel-coulin----on-n-a-pas-choisi-la-facilite-&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Tribune de Lyon&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 21 d&#233;cembre) ; ou encore : &#171; Dans cette &#232;re du post-f&#233;minisme, les filles inventent une nouvelle utopie collective pour se r&#233;volter et changer le monde. &#187; (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;) Le film ne se prive pas de tourner en ridicule les adultes, profs et parents - notamment le proviseur du lyc&#233;e, interpr&#233;t&#233; par &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article207.html&quot; class='spip_in'&gt;Carlo Brandt&lt;/a&gt; -, tous d&#233;cevants, m&#233;diocres et gris&#226;tres, d&#233;pass&#233;s par les &#233;v&#233;nements, multipliant les consid&#233;rations sociologiques et les tentatives d'explication maladroites auxquelles les filles opposent leur mutisme plein de d&#233;fi et leurs corps triomphants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Escamoter la fascination
&lt;br /&gt;pour la maternit&#233;
&lt;br /&gt;dans la culture populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On reste n&#233;anmoins perplexe : subversive, la maternit&#233; ? Si &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; peut d&#233;fendre cette th&#232;se, c'est que, en tant que film fran&#231;ais de bon go&#251;t, il &#233;vacue r&#233;solument toute la culture populaire dont notre monde est baign&#233; ; c'est-&#224;-dire la culture o&#249; appara&#238;t de fa&#231;on flagrante la survalorisation de la maternit&#233;, pour ne pas dire sa valorisation exclusive, qui reste aujourd'hui dominante dans de larges pans de la soci&#233;t&#233;. Sauf erreur de notre part, les chambres film&#233;es ici sont enti&#232;rement d&#233;pourvues des affiches de chanteurs et de chanteuses, d'acteurs et d'actrices, qui, en France comme aux Etats-Unis, tapissent celles de l'&#233;crasante majorit&#233; des adolescentes. Dans celle de Camille, l'h&#233;ro&#239;ne, on aper&#231;oit un portrait de Rimbaud (&#171; On n'est pas s&#233;rieux... &#187;, tout &#231;a, tout &#231;a). Auteure d'un roman &#233;galement inspir&#233; par l'affaire de Gloucester (&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Vanessa Schneider, Le Pacte des vierges, Stock, 2011.' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;), la journaliste Vanessa Schneider prend en compte cette dimension : ses h&#233;ro&#239;nes, auxquelles elle a conserv&#233; leurs pr&#233;noms et leur ville d'origine, parlent sans complexes de Kylie Minogue, Jennifer Lopez ou George Clooney. Mais les petites Fran&#231;aises, m&#234;me d'extraction prolote, sont sans doute trop distingu&#233;es pour manger de ce pain-l&#224;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_771 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:160px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L160xH209/lifestyle-2f9a3.jpg' width='160' height='209' alt=&quot;&quot; style='height:209px;width:160px;' /&gt;&lt;/span&gt;Aux Etats-Unis, de nombreux commentateurs ont fait le rapport entre l'attirance croissante des adolescentes pour la maternit&#233; et la fascination d&#233;lirante pour la f&#233;condit&#233; des femmes c&#233;l&#232;bres, dont le ventre est scrut&#233; avec tant d'acuit&#233; que la moindre digestion difficile les expose &#224; des rumeurs qui s'&#233;taleront en Une des tablo&#239;ds du monde entier. Une chroniqueuse du &lt;a href=&quot;http://www.plannedparenthood.org/about-us/newsroom/local-press-releases/americas-pregnancy-infatuation-dangerous-23227.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Detroit News&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; constatait que le &lt;i&gt;baby bump&lt;/i&gt; (le ventre de femme enceinte) &#233;tait d&#233;sormais pr&#233;sent&#233; dans les m&#233;dias comme un accessoire d&#233;sirable de plus, au m&#234;me titre qu'un sac : &#171; Quand vous &#234;tes Angelina Jolie, attendre des jumeaux implique de choisir une nouvelle robe pour le Festival de Cannes et d'engager une nounou suppl&#233;mentaire. C'est aussi un ticket pour la couverture de &lt;i&gt;People&lt;/i&gt;. Pour une jeune m&#232;re isol&#233;e, en revanche, cela a toutes les chances d'&#234;tre un ticket pour la pauvret&#233;. &#187; En 2009, une Am&#233;ricaine, &lt;strong&gt;Nadya Suleman&lt;/strong&gt;, d&#233;j&#224; m&#232;re de quatre enfants, avait acc&#233;d&#233; &#224; une c&#233;l&#233;brit&#233; mondiale en donnant naissance &#224; des octupl&#233;s, con&#231;us comme les premiers par f&#233;condation artificielle. Obs&#233;d&#233;e par Angelina Jolie - la star est m&#232;re de six enfants, adopt&#233;s ou biologiques -, elle avait aussi eu recours &#224; la chirurgie esth&#233;tique pour essayer de lui ressembler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'avenir d'une fille est de faire des &#233;tudes, se marier et avoir des enfants. Et il est interdit de le faire dans un autre ordre &#187;, pr&#233;cise Delphine Coulin dans &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;. D'accord : la subversion des h&#233;ro&#239;nes de &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; ne r&#233;siderait donc pas tant dans la maternit&#233; en elle-m&#234;me que dans le fait de bousculer cet &#171; ordre &#187;. Sauf que lorsque tout votre environnement culturel vous mart&#232;le que le r&#244;le de m&#232;re est &#171; le plus beau &#187; qu'une femme puisse endosser - non pas &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; beau r&#244;le parmi d'autres, mais &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; plus beau -, il y a une certaine logique &#224; vouloir zapper les autres &#233;tapes. Autant acc&#233;der tout de suite &#224; ce statut cens&#233; vous apporter toute la consid&#233;ration que vous pouvez esp&#233;rer et mettre un peu de sel et d'action dans votre existence, en vous dispensant de les chercher ailleurs - ou &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; ailleurs. La culture m&#233;diatique encourage &#224; prendre ce raccourci, comme en t&#233;moignent les &#233;missions de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; consacr&#233;es aux grossesses adolescentes (&#171; Teen Mom &#187;, &#171; 16 ans et enceinte &#187;, sur MTV). De tr&#232;s jeunes femmes c&#233;l&#232;bres montrent la voie : la petite s&#339;ur de Britney Spears, Jamie Lynn Spears, alors &#226;g&#233;e de 17 ans, a accouch&#233; la semaine o&#249; &#233;clatait l'affaire de Gloucester, et le &lt;i&gt;Teen Vogue&lt;/i&gt; am&#233;ricain a suscit&#233; la controverse pour avoir affich&#233; en couverture &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/media/2009/oct/28/teen-vogue-jourdan-dunn-pregnant&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le mannequin Jourdan Dunn&lt;/a&gt;, enceinte &#224; 19 ans. En France, en 2011, le clip de la chanson de Colonel Reyel &lt;i&gt;Aur&#233;lie&lt;/i&gt; a totalis&#233; &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/rue89-culture/2011/12/21/colonel-reyel-le-carton-2011-sur-youtube-227753&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;23 millions de vues sur Youtube&lt;/a&gt;, au grand ravissement des anti-IVG : &#171; Aur&#233;lie n'a que 16 ans et elle attend un enfant / Ses amies et ses parents lui conseillent l'avortement / Elle n'est pas d'accord, elle voit les choses autrement / Elle dit qu'elle se sent pr&#234;te pour qu'on l'appelle &#8220;maman&#8221;... &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Id&#233;alisation et condescendance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; aurait &#233;t&#233; bien plus audacieux et int&#233;ressant si, au lieu de se contenter d'explorer les potentialit&#233;s cin&#233;g&#233;niques de ces corps de jeunes madones enceintes, il avait laiss&#233; ses h&#233;ro&#239;nes mettre en &#339;uvre leur utopie communautaire. A la fin du film (attention spoiler), l'une des voix off pr&#233;cise que, &#171; bien s&#251;r &#187;, les h&#233;ro&#239;nes n'ont pas &#233;lev&#233; leurs enfants ensemble, qu'elles n'en ont m&#234;me &#171; jamais reparl&#233; &#187;. Certes, il s'est produit un &#233;v&#233;nement dramatique qui peut justifier ce renoncement ; mais quand m&#234;me... Delphine Coulin dit que &#171; le plus beau et le plus poignant dans toute utopie, c'est de r&#234;ver en sachant que tout va bient&#244;t s'&#233;crouler &#187;, ce qui est &#233;minemment discutable. C'est peut-&#234;tre &#171; beau et poignant &#187; pour qui reste simple spectateur - et encore -, mais s&#251;rement pas pour les protagonistes de l'utopie, qui ne trouvent l'&#233;nergie de s'y lancer que s'ils y croient totalement et sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'au bout. Muriel Coulin envisage cette grossesse collective &#171; comme la possibilit&#233; d'un projet politique &#187;, avant d'ajouter aussit&#244;t : &#171; Mais nous savons qu'&#224; 16 ou 17 ans, la conscience politique est assez limit&#233;e. &#187; Au final, il reste quinze gamines englu&#233;es, comme avant, dans leur vie de lyc&#233;ennes, sauf qu'elles ont un enfant qu'elles &#233;l&#232;vent avec leurs parents. Mais ce n'est pas grave, puisque, avant cela, elles auront permis aux spectateurs de se repa&#238;tre d'une jeunesse et d'une vitalit&#233; qui, pour beaucoup, ne sont plus qu'un souvenir plus ou moins lointain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette projection &#224; la fois id&#233;alisante et condescendante op&#233;r&#233;e par les r&#233;alisatrices laisse une dr&#244;le d'impression. En tournant dans leur ville d'origine, Delphine et Muriel Coulin disent avoir mis dans leur film &#171; tout notre univers, ce qui &#233;tait proche de nous : les frustrations et le d&#233;s&#339;uvrement de l'adolescence, quand nous n'avions face &#224; nous que l'oc&#233;an et l'envie de tout faire &#233;clater. D'ailleurs, quand nous en avons eu l'occasion, &#224; 17 ans, nous sommes parties &#187; (&lt;i&gt;Tribune de Lyon&lt;/i&gt;). Elles aussi, donc, ont cherch&#233; un moyen de s'&#233;vader. En faisant un b&#233;b&#233; ? Non : en s'inscrivant respectivement &#224; Sciences Po et &#224; l'Ecole Louis-Lumi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En France, les grossesses adolescentes augmentent chaque ann&#233;e. Ce n'est pas un hasard. C'est un moyen de bousculer un train de vie trop fig&#233; &#187;, affirme Delphine Coulin. N'est-il pas curieux d'accr&#233;diter l'id&#233;e que la maternit&#233; repr&#233;sente pour les jeunes filles la seule mani&#232;re de se construire une vie, alors que soi-m&#234;me, on n'a pas renonc&#233; &#224; accro&#238;tre ses connaissances, &#224; d&#233;velopper son talent et ses capacit&#233;s ? Dans les interviews, les deux r&#233;alisatrices sugg&#232;rent parfois que c'est l'&#233;poque qui a chang&#233; : aujourd'hui, l'horizon &#233;tant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment bouch&#233;, un parcours comme le leur ne serait plus possible. &#171; Quels r&#234;ves proposons-nous actuellement &#224; nos enfants ?, interroge Delphine Coulin (&lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;). Pas grand-chose. Il est difficile d'avoir 17 ans. &#187; Sauf que, dans le portrait consacr&#233; aux deux s&#339;urs par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; la sortie du film (&#171; &lt;a href=&quot;http://next.liberation.fr/societe/01012377223-s-urs-en-ch-ur&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;S&#339;urs en ch&#339;ur&lt;/a&gt; &#187;, 13 d&#233;cembre), elle admet que lorsqu'elle-m&#234;me &#233;tait jeune, c'&#233;tait d&#233;j&#224; tout aussi dur : &#171; Quand j'&#233;tais lyc&#233;enne, dans les ann&#233;es 1980, c'&#233;tait la crise, tout le monde ne parlait que de &#8220;d&#233;bouch&#233;s&#8221;, mais moi, je voulais &#233;crire des livres [elle est aussi romanci&#232;re]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre complexe de sup&#233;riorit&#233;
&lt;br /&gt;et complexe tout court :
&lt;br /&gt;des cr&#233;atrices
&lt;br /&gt;face au mod&#232;le f&#233;minin traditionnel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, dans ce cas, ne pas mettre en sc&#232;ne l'&#233;nergie et l'ambition qui l'habitaient alors ? C'est un &#233;litisme sid&#233;rant qui affleure ici. &#171; Aujourd'hui, comment [les adolescentes] pourraient-elles fondamentalement changer leur quotidien ?, interroge Muriel Coulin. En participant &#224; un programme de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; ? C'est tr&#232;s triste. &#187; En somme, une petite minorit&#233; de femmes, dont les s&#339;urs Coulin ont la chance de faire partie, aurait la capacit&#233; de faire carri&#232;re dans une profession cr&#233;ative ; mais la grande majorit&#233; serait condamn&#233;e &#224; n'exister que par la maternit&#233; - ou alors, en passant chez Delarue. Entre les deux : rien. Non seulement il est un peu rapide de disqualifier, au lieu de les encourager, les passions et les ambitions que peuvent aussi nourrir les jeunes filles d'aujourd'hui, mais ce raisonnement binaire est tr&#232;s probl&#233;matique. Est-ce qu'on imaginerait tenir le m&#234;me discours au sujet des gar&#231;ons, en pr&#233;tendant qu'ils auraient le choix, pour donner un sens &#224; leur vie, entre une brillante carri&#232;re artistique et la paternit&#233;, et rien d'autre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, on peut se demander s'il n'y a pas un sujet cach&#233; &#224; &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt; : celui du rapport qu'entretiennent avec la f&#233;minit&#233; traditionnelle celles qui s'en &#233;cartent en devenant artistes, &#233;crivaines ou cin&#233;astes. Conscientes de d&#233;roger &#224; une norme sociale, elles peuvent &#233;prouver le besoin de r&#233;parer cette transgression en reniant, dans leur production savante, litt&#233;raire ou cin&#233;matographique, leurs choix et leur mode de vie, et en en rajoutant au contraire dans la c&#233;l&#233;bration du mod&#232;le traditionnel, au risque d'alimenter les pires st&#233;r&#233;otypes. Dans &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt;, le spectateur est incit&#233; &#224; penser que la r&#233;action n&#233;gative de l'infirmi&#232;re scolaire, interpr&#233;t&#233;e par No&#233;mie Lvovsky, s'explique par le fait qu'elle-m&#234;me n'a pas d'enfants. Pourquoi les r&#233;alisatrices sacrifient-elles &#224; ce clich&#233; de la femme sans enfants aigrie, alors qu'elles-m&#234;mes n'en ont pas et semblent tout &#224; fait heureuses et &#233;panouies ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette dissociation peut avoir plusieurs explications : l'&#233;litisme, comme on l'a vu - &#171; moi j'&#233;chappe &#224; ce destin f&#233;minin traditionnel, mais c'est parce que je suis exceptionnelle, pour les autres &#231;a suffira bien &#187; - ; ou encore le d&#233;sir de donner des gages, de montrer patte blanche, en esp&#233;rant ainsi &#234;tre admise malgr&#233; tout dans la grande communaut&#233; des femmes dont on se sent exclue parce qu'on est du c&#244;t&#233; des cr&#233;atrices, et non des procr&#233;atrices. Elle peut aussi relever du d&#233;sir sinc&#232;re de compenser ce que l'on per&#231;oit comme la trop grande c&#233;r&#233;bralit&#233; de sa vie, d'apprivoiser la dimension physique et charnelle de l'existence, quand on a spontan&#233;ment commenc&#233; par d&#233;velopper son intellect dans une mesure sup&#233;rieure &#224; la moyenne de ses petits camarades. Ainsi, parmi leurs th&#232;mes de pr&#233;dilection, les s&#339;urs Coulin citent &#171; la f&#233;minit&#233;, le corps &#187;. Ce qui est tr&#232;s bien, &#224; condition de ne pas perdre de vue le fait que, dans leur &#233;crasante majorit&#233;, les femmes sont plut&#244;t confront&#233;es au d&#233;fi inverse : elles doivent conqu&#233;rir le droit de ne pas &#234;tre r&#233;duites &#224; la dimension maternelle et/ou d&#233;corative dans laquelle des pr&#233;jug&#233;s archa&#239;ques et tenaces tendent &#224; les confiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se souvenant de sa propre jeunesse, Muriel Coulin avance ce raisonnement remarquablement bancal et emberlificot&#233; : &#171; A l'&#233;poque aussi, des copines autour de moi voulaient faire du cin&#233;ma. Elles ont d&#251; renoncer. Mais si nous avions &#233;t&#233; dix-sept, nous aurions certainement pu nous lancer ensemble. &#187; Non seulement l'hypoth&#232;se para&#238;t assez improbable, et traduit peut-&#234;tre surtout la g&#234;ne d'&#234;tre celle qui a r&#233;ussi - elle a fait ses armes aupr&#232;s de Louis Malle, Krzysztof Kieslowski ou Aki Kaurism&#228;ki, avant de r&#233;aliser des documentaires -, mais il y a quelque chose d'un peu forc&#233; et hypocrite dans le fait de nier ainsi la diff&#233;rence qui existe entre un projet de grossesse et un projet de carri&#232;re cin&#233;matographique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce aussi pour tenter de camoufler ce qu'elles doivent pressentir de leur propre &#233;litisme - la r&#233;ussite artistique, sinon rien - que les deux s&#339;urs en font des tonnes sur les beaut&#233;s de la maternit&#233;. Le probl&#232;me, c'est que, par l&#224;, elles contribuent &#224; escamoter et &#224; &#233;touffer cet espace, toujours menac&#233; de r&#233;tr&#233;cissement ou de disparition, que les femmes ont toutes les peines du monde &#224; se m&#233;nager : un espace o&#249; exister aussi en tant qu'individu, en tant que personne autonome, en dehors des liens amoureux et familiaux qu'elles ont pu tisser, et qui leur est tout aussi vital qu'eux. Un espace qu'elles peuvent faire vivre de mille mani&#232;res diff&#233;rentes, &#233;clatante ou discr&#232;te : pas besoin, pour l&#233;gitimer son existence, d'obtenir l'avance sur recettes ou de publier un roman - m&#234;me si rien n'interdit d'essayer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Permettre aux femmes
&lt;br /&gt;de se d&#233;gager des fantasmes
&lt;br /&gt;et des attentes que l'ordre social
&lt;br /&gt;leur colle sur le dos&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, les utopies f&#233;ministes des ann&#233;es 1970 ont disparu &#187;, dit Delphine Coulin. Mais le f&#233;minisme n'est pas une utopie : il est un combat toujours &#224; recommencer pour permettre aux femmes de se d&#233;gager des innombrables fantasmes et attentes que l'ordre social leur colle sur le dos, et qui les emp&#234;chent d'exister pleinement en tant que personnes. La fascination actuelle pour les grossesses adolescentes, &#224; laquelle participe &lt;i&gt;17 filles&lt;/i&gt;, et dont la premi&#232;re manifestation fut le film am&#233;ricain &lt;i&gt;Juno&lt;/i&gt;, sur un sc&#233;nario de Diablo Cody, en 2007, tend &#224; indiquer que ces attentes et ces fantasmes sont aujourd'hui bien pr&#233;sents et agissants - en fait, ils le sont dans toutes les p&#233;riodes o&#249; il n'existe pas de mouvement f&#233;ministe assez fort pour les tenir en respect. Le cin&#233;ma et le people ne lancent &#233;videmment pas des mouvements qu'une jeunesse influen&#231;able se contente de suivre ; mais ils refl&#232;tent et amplifient consid&#233;rablement une tendance profonde &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_766 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH332/the-feminine-mystique-00166.jpg' width='200' height='332' alt=&quot;&quot; style='height:332px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;On a l'impression de voir revenir, sous une forme contemporaine, cette &#171; mystique f&#233;minine &#187; qui, en 1963, avait donn&#233; son titre au c&#233;l&#232;bre livre de la journaliste am&#233;ricaine Betty Friedan (&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='The Feminine Mystique, bizarrement traduit en fran&#231;ais par Yvette Roudy sous (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;). Tr&#232;s dat&#233; par certains aspects (&#224; commencer par son discours apocalyptique sur l'homosexualit&#233; !), &lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; reste n&#233;anmoins int&#233;ressant, car il d&#233;crit un cas d'&#233;cole : le conditionnement forcen&#233;, proche de l'abrutissement, subi par les femmes am&#233;ricaines durant les quinze ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre pour les persuader que le mariage, les enfants et l'univers domestique devaient suffire &#224; leur bonheur. Les traumatismes de la Grande d&#233;pression, puis de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide, conjugu&#233;s &#224; l'essor des banlieues r&#233;sidentielles et de l'id&#233;al du bonheur par la consommation, poussaient alors &#224; un repli sur le foyer. Tout d&#233;sir de faire usage de l'instruction que beaucoup avaient re&#231;ue, de travailler &#224; l'ext&#233;rieur, d'&#234;tre partie prenante de la soci&#233;t&#233;, &#233;tait condamn&#233; comme &#171; non f&#233;minin &#187; et ne pouvant produire que des &#171; m&#233;g&#232;res asexu&#233;es &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aucun jeune homme ne voudra de toi
&lt;br /&gt;tant que tu contreras les revers &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses femmes embrass&#232;rent avec enthousiasme le r&#244;le qu'on leur proposait. Beaucoup devinrent m&#232;res tr&#232;s jeunes, ce qui amenait Betty Friedan &#224; interroger : &#171; Quels fils, quelles filles &#233;l&#232;veront ces m&#232;res adolescentes, qui sont devenues m&#232;res avant m&#234;me d'avoir affront&#233; cette r&#233;alit&#233;, qui se sont servies de leur maternit&#233; m&#234;me pour rompre le contact avec le r&#233;el ? &#187; Ils &#233;taient loin, les enthousiasmes et les audaces du d&#233;but du si&#232;cle, ceux du f&#233;minisme de la &#171; premi&#232;re vague &#187;. Le combat pour le droit de vote (les Anglaises l'obtinrent en 1918, les Am&#233;ricaines en 1919) avait en effet consid&#233;rablement am&#233;lior&#233; l'estime d'elles-m&#234;mes des femmes, ne serait-ce qu'en leur d&#233;montrant, comme l'&#233;crivit la suffragette Ida Alexa Ross Wylie - cit&#233;e par Friedan -, que ces jambes qu'il &#233;tait m&#234;me mals&#233;ant de nommer dans la bonne soci&#233;t&#233; &#171; pouvaient courir beaucoup plus vite qu'un flic anglais &#187;. D&#233;sormais, les magazines am&#233;ricains publiaient des nouvelles dans lesquelles des jeunes filles &#171; prenaient des cours pour apprendre &#224; battre des cils et &#224; perdre au tennis &#187;. Et leur m&#232;re les avertissait : &#171; Un jeune homme imberbe t'enl&#232;vera et t'emm&#232;nera vivre avec lui quelque part dans un appartement d'une pi&#232;ce et demie tandis qu'il s'initiera aux finesses et aux tracasseries de la Bourse. Mais aucun jeune homme ne voudra de toi tant que tu contreras les revers. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_763 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH258/friedan-c0bf1.jpg' width='200' height='258' alt=&quot;&quot; style='height:258px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Betty Friedan&lt;/strong&gt; rend manifeste quelque chose dont devraient se souvenir ceux qui pestent contre les &#171; exc&#232;s du f&#233;minisme &#187; : quand les femmes ne font pas de vagues, mais restent cantonn&#233;es dans des r&#244;les &#233;triqu&#233;s ou d&#233;bilitants, elles le payent toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre. &lt;i&gt;Il y a des cons&#233;quences&lt;/i&gt; - et celles-ci valent largement le &#171; malaise des hommes &#187; cens&#233; survenir quand leurs compagnes ont l'outrecuidance de vouloir vivre comme des &#234;tres humains. Ainsi, au d&#233;but des ann&#233;es 1960, beaucoup de ces Am&#233;ricaines de la classe moyenne blanche &#233;taient &#224; moiti&#233; folles d'ali&#233;nation. Dans ce contexte, &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; fut une bombe. En leur disant qu'il &#233;tait normal d'aspirer &#224; quelque chose de plus qu'&#224; une vie domestique heureuse, que ce n'&#233;tait pas elles qui avaient un probl&#232;me, mais la soci&#233;t&#233;, il transforma litt&#233;ralement leur existence.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous &#233;tions une g&#233;n&#233;ration
&lt;br /&gt;de femmes intelligentes,
&lt;br /&gt;&#233;cart&#233;es du monde &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 2011, sous le titre &lt;i&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt; (&#171; Une sensation &#233;trange. &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt; et les femmes am&#233;ricaines &#224; l'aube des ann&#233;es 1960 &#187;) (&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Stephanie Coontz, A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American (...)' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;), l'historienne Stephanie Coontz a reconstitu&#233; l'impact exceptionnel qu'a eu le livre de Betty Friedan sur ses lectrices et sur la soci&#233;t&#233;. Tout en lui rendant hommage, elle le remet en contexte, en analyse aussi les points aveugles et les faiblesses. Avec l'aide de ses &#233;tudiants, elle a d&#233;pouill&#233; l'abondant courrier re&#231;u par Friedan &#224; l'&#233;poque et interrog&#233; des dizaines de femmes sur leurs souvenirs du livre. &#171; Nous &#233;tions une g&#233;n&#233;ration de femmes intelligentes, &#233;cart&#233;es du monde &#187;, lui dit l'une d'elles. Une autre raconte comment elle envoya le livre, accompagn&#233; d'un petit mot acerbe, au psychanalyste qui essayait de lui faire &#171; accepter son r&#244;le d'&#233;pouse &#187;. Une autre, encore, le lut en pleurant sans pouvoir s'arr&#234;ter, et n'interrompit sa lecture que pour aller balancer dans les toilettes sa plaquette d'antid&#233;presseurs. Certains maris interdirent le livre dans leur maison ; d'autres &#233;crivirent &#224; Betty Friedan pour la remercier, lui disant qu'elle leur avait permis de mieux comprendre leur femme et qu'ils &#233;taient maintenant r&#233;solus &#224; la soutenir dans ses aspirations. Un jeune homme encore c&#233;libataire se promit de choisir pour compagne une fille qui ne &#171; serait pas pr&#234;te &#224; renoncer &#224; ses r&#234;ves &#187;. Des femmes des g&#233;n&#233;rations suivantes t&#233;moignent &#233;galement. L'une d&#233;clare : &#171; Je n'ai compris ma m&#232;re que deux fois dans ma vie : quand j'ai lu &lt;i&gt;Le Livre de Job&lt;/i&gt;, et quand j'ai lu &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les lectrices de Friedan, plusieurs coururent s'inscrire ou se r&#233;inscrire &#224; l'universit&#233;. Certaines se prirent au jeu et firent de belles carri&#232;res de chercheuses. D'autres s'investirent dans la vie militante, ou trouv&#232;rent des petits boulots ; d'autres divorc&#232;rent. Toutes r&#233;am&#233;nag&#232;rent leur vie d'une mani&#232;re qui respectait davantage leurs besoins, conciliant au mieux leurs dimensions de m&#232;re, de compagne et d'individu. Pour certaines, cependant, il &#233;tait trop tard : Coontz rapporte l'histoire d'Anne Parsons, fille d'un c&#233;l&#232;bre sociologue de Harvard qui promouvait activement le mod&#232;le de la femme au foyer. La jeune fille &#233;crivit une lettre de huit pages &#224; Betty Friedan, racontant comment, tourment&#233;e par ce mod&#232;le, elle avait renonc&#233; &#224; ses &#233;tudes, puis les avait reprises. Mais son sentiment d'inad&#233;quation &#233;tait tel qu'elle finit par se faire interner. A l'asile, elle remplissait des pages enti&#232;res avec les mots : &#171; Tu n'es pas capable d'accepter tes instincts f&#233;minins basiques. &#187; Elle finit par s'y suicider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_765 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L200xH308/AStrangeStirring-dfecf.jpg' width='200' height='308' alt=&quot;&quot; style='height:308px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;Sur la question de l'&#233;litisme, Stephanie Coontz apporte un &#233;clairage particuli&#232;rement int&#233;ressant. A la parution de &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, explique-t-elle, l'une des critiques adress&#233;es &#224; Betty Friedan lui reprochait de &#171; survendre &#187; les b&#233;n&#233;fices du salariat, en ignorant le fait que beaucoup des postes ouverts aux femmes comportaient bien peu de travail cr&#233;atif ou satisfaisant. Mais, pour sa part, elle avoue qu'elle lui ferait plut&#244;t le reproche inverse : il lui semble que Friedan, en pr&#233;conisant &#224; ses lectrices de ne prendre que des emplois &#233;panouissants et &#171; de qualit&#233; &#187; - quitte &#224; pr&#233;f&#233;rer le b&#233;n&#233;volat si elles n'en trouvent pas -, sous-estime le sentiment de confiance en soi et d'ind&#233;pendance que peut apporter n'importe quel travail, m&#234;me ceux qu'elle regarde de haut. L'une des femmes qu'elle a interview&#233;es pour &lt;i&gt;A Strange Stirring&lt;/i&gt; lui raconte ainsi que, apr&#232;s son dipl&#244;me, en 1959, et son mariage deux ans plus tard, elle avait continu&#233; &#224; travailler, malgr&#233; la d&#233;sapprobation de sa famille et de sa belle-famille : &#171; Il n'y avait aucune perspective d'avancement, &#224; part celle de quitter le pool des secr&#233;taires pour devenir l'assistante particuli&#232;re de quelqu'un - ou d'&#233;pouser le patron, je suppose. &#199;a va peut-&#234;tre vous sembler dr&#244;le, &#224; vous, la grande professionnelle, mais j'aimais vraiment mon boulot. Il me donnait le sentiment d'&#234;tre quelqu'un, au-del&#224; de mon statut d'&#233;pouse. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, c'est peut-&#234;tre bien ce fragile sentiment d'&#171; &#234;tre quelqu'un &#187; qu'il est difficile et essentiel de d&#233;fendre, plus que le &#171; droit &#187; d'&#234;tre m&#232;re &#224; 16 ans.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;) Vanessa Schneider, &lt;i&gt;Le Pacte des vierges&lt;/i&gt;, Stock, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4-2' id='nb4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, bizarrement traduit en fran&#231;ais par Yvette Roudy sous le titre &lt;i&gt;La femme mystifi&#233;e&lt;/i&gt;, Gonthier, Paris, 1964.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;a href='#nh4-3' id='nb4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;) Stephanie Coontz, &lt;i&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt;, Basic Books, New York, 2011. &#171; Une &#233;trange sensation &#187; fait r&#233;f&#233;rence aux premi&#232;res lignes de &lt;i&gt;La Mystique f&#233;minine&lt;/i&gt; : &#171; Pendant des ann&#233;es, le malaise resta enfoui, inavou&#233;, dans l'esprit des femmes am&#233;ricaines. C'&#233;tait une sensation &#233;trange, un sentiment d'insatisfaction, une aspiration &#224; autre chose que les femmes ressentirent au milieu du XXe si&#232;cle aux Etats-Unis. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Grande d'Espagne</title>
		<link>https://www.peripheries.net/article328.html</link>
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		<dc:date>2011-07-23T11:40:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Belle et sombre, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de Rosa Montero, journaliste &#224; El Pa&#237;s et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de Instructions pour sauver le monde (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. (...)

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/rubrique5.html" rel="directory"&gt;Gens de bien&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH111/arton328-44944.jpg&quot; width='140' height='111' style='height:111px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de &lt;strong&gt;Rosa Montero&lt;/strong&gt;, journaliste &#224; &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de &lt;i&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero r&#233;alis&#233; en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i&gt;Femina&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de la parution en fran&#231;ais de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_756 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH216/Belle-2f083.gif' width='140' height='216' alt=&quot;&quot; style='height:216px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux &#233;ditions M&#233;taili&#233;, est le sixi&#232;me livre traduit en fran&#231;ais de Rosa Montero, journaliste &#224; &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; et romanci&#232;re c&#233;l&#232;bre en Espagne. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;ception de &lt;i&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et f&#233;&#233;rique, sensuel et d&#233;chirant, ce r&#233;cit d'enfance dans le &#171; Quartier &#187;, une p&#233;riph&#233;rie glauque d'une ville ind&#233;finie, envo&#251;te par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero r&#233;alis&#233; en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i&gt;Femina&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de la parution en fran&#231;ais de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rosa Montero m&#233;ditait depuis vingt ans un essai sur la fiction, &#171; exercice oblig&#233; de tous les auteurs qui ne meurent pas jeunes &#187;. Elle s'y est enfin attel&#233;e, et cela donne&lt;i&gt; &lt;a href=&quot;https://www.peripheries.net/article68.html&quot; class='spip_in'&gt;La Folle du logis&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, un livre captivant et plein d'humour sur les sortil&#232;ges de l'imagination, cette facult&#233; propre non seulement aux &#233;crivains, mais &#224; tous les &#234;tres humains : &#171; Nous sommes des cr&#233;atures affabulatrices, affirme cette Madril&#232;ne &#224; la fois grave et fantasque. Nous avons tous besoin de l'imagination pour survivre. M&#234;me ceux qui pr&#233;tendent ne pas en avoir seraient surpris de d&#233;couvrir &#224; quel point ils en d&#233;pendent ! Si elle n'&#233;tait pas l&#224; pour la compl&#233;ter, pour lui apporter un semblant d'ordre, notre existence ne serait que bruit et fureur, un chaos insupportable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_751 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L300xH237/Montero-d6dd8.jpg' width='300' height='237' alt=&quot;&quot; style='height:237px;width:300px;' /&gt;&lt;/span&gt;Lorsqu'elle est tomb&#233;e sur cette phrase de Sainte Th&#233;r&#232;se d'Avila, &#171; l'imagination est la folle du logis &#187;, le titre du livre, dit-elle, &#171; s'est mis &#224; clignoter dans sa t&#234;te, comme &#233;crit au n&#233;on &#187;. &#171; Folle &#187; est d'ailleurs &#224; prendre au pied de la lettre. La folie repr&#233;sente le &#171; versant sauvage &#187; de l'imagination, et en est parfois difficilement s&#233;parable : &#171; La folie nous fait peur, parce que nous savons bien qu'elle est en nous. C'est pour cela que j'ai aussi voulu parler de la passion amoureuse, qui me semble &#234;tre la seule forme de folie socialement admise. L'amour est sans doute le plus grand mirage, la plus grande invention de toute notre vie invent&#233;e ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lire Rosa Montero, c'est s'aventurer sur un terrain mouvant, incertain et fascinant. Dans &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;, le lecteur se rend compte en cours de route qu'il a eu tort de prendre pour argent comptant les &#233;l&#233;ments autobiographiques qu'elle lui a fournis jusque-l&#224;, et qu'il s'est fait mener en bateau. Elle commente : &#171; Un grand po&#232;te chilien, Vicente Huidobro, a &#233;crit : &#8243;Pourquoi chanter la rose, &#244; po&#232;te ? / Fais-la fleurir dans le po&#232;me.&#8243; De m&#234;me, moi, plut&#244;t que de me contenter d'&#233;crire sur la fiction, je voulais inviter le lecteur &#224; jouer le jeu de l'imagination. Je fais en sorte qu'&#224; un moment, il se dise : &#8243;La vache ! Elle m'a menti !&#8243; Et, en effet, je dois reconna&#238;tre que je mens beaucoup - m&#234;me si je le signale toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre. La Rosa Montero qui s'exprime, c'est un peu moi, et un peu pas moi. Mais ce n'est pas grave, parce que ce que dit le livre, justement, c'est que la vie imaginaire est aussi r&#233;elle que la vie r&#233;elle, et que, dans notre vie r&#233;elle, il y a beaucoup d'imaginaire. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_760 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH216/territoire-69e32.png' width='140' height='216' alt=&quot;&quot; style='height:216px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;A la fin du &lt;i&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt; - qui raconte la fuite haletante d'une jeune femme rattrap&#233;e, un matin, par un pass&#233; qu'elle avait voulu oublier -, elle laisse &#233;galement son lecteur dans l'incertitude sur plusieurs &#233;l&#233;ments de l'histoire. Et quand vous lui dites combien le r&#233;sum&#233; &#233;poustouflant qu'elle fait, dans ce roman, du &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt; de Chr&#233;tien de Troyes vous a donn&#233; envie de lire le texte original, elle vous apprend avec un sourire aimable qu'il n'y a pas de texte original, que Chr&#233;tien de Troyes n'a jamais &#233;crit de &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt;, et que ce grand r&#233;cit m&#233;di&#233;val, elle l'a invent&#233; de A &#224; Z...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le r&#233;el est le premier mensonge &#187;, &#233;crit-elle. Et elle a des arguments : &#171; Le XXe si&#232;cle a compl&#232;tement d&#233;truit l'id&#233;e que la r&#233;alit&#233; &#233;tait quelque chose de s&#251;r et de stable, fait-elle remarquer. Il a commenc&#233; avec Einstein, qui a r&#233;v&#233;l&#233; qu'on ne pouvait m&#234;me pas se fier &#224; l'espace et au temps ; avec Freud, qui, en d&#233;couvrant l'inconscient, nous a appris que m&#234;me notre propre identit&#233; nous &#233;tait en partie inconnue ; avec le physicien Niels Bohr, qui dit que la r&#233;alit&#233; nous &#233;chappe, qu'elle est alt&#233;r&#233;e par la perception m&#234;me que nous en avons... &#187; Les &#233;crivains et les lecteurs acharn&#233;s - les &#171; lecteurs furieux &#187;, comme elle dit joliment dans son &#171; horrible fran&#231;ais &#187; - lui semblent &#234;tre ceux qui ont la vision la plus claire de cette difficult&#233; &#224; cerner une r&#233;alit&#233; objective : &#171; Nous sommes de la m&#234;me race : m&#234;me si nous sommes sympathiques, si nous avons du succ&#232;s, nous dissimulons tous un certain mal-&#234;tre, une incapacit&#233; &#224; nous int&#233;grer &#224; notre entourage. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_753 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH210/folle-b4df0.jpg' width='140' height='210' alt=&quot;&quot; style='height:210px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;Si un jour un biographe inconscient veut s'attaquer &#224; la vie de Rosa Montero, on lui souhaite bien du plaisir. Il semble quand m&#234;me &#224; peu pr&#232;s &#233;tabli qu'entre cinq et neuf ans, elle a eu la tuberculose, ce qui l'a oblig&#233;e &#224; rester enferm&#233;e &#224; la maison, et a marqu&#233; le d&#233;but de sa boulimie de lecture et d'&#233;criture. A dix-neuf ans, elle est devenue journaliste ind&#233;pendante, avant de rejoindre en 1976, lors du r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie apr&#232;s la mort de Franco, l'&#233;quipe fondatrice du quotidien &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, dont elle est &lt;a href=&quot;http://www.elpais.com/todo-sobre/persona/Rosa/Montero/53/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'une des grandes signatures&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais sa conception pour le moins large de la r&#233;alit&#233; ne lui pose-t-elle pas probl&#232;me dans son m&#233;tier de journaliste, o&#249; l'on requiert en g&#233;n&#233;ral une certaine rigueur ? &#171; Je suis une journaliste tr&#232;s scrupuleuse, tr&#232;s m&#233;ticuleuse, assure-t-elle. Mais je suis bien consciente que, dans ce cadre, j'en reste forc&#233;ment &#224; la surface des choses, &#224; ce que j'appelle la &#8243;r&#233;alit&#233; notariale&#8243;. Le roman, lui, permet de parler de ces v&#233;rit&#233;s si profondes qu'on ne peut pas les atteindre autrement qu'en passant par le mensonge litt&#233;raire, ou par le mythe. Par exemple, le souvenir d'enfance que je raconte dans l'un des chapitres de &lt;i&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt; est un mensonge int&#233;gral ; et pourtant, il m'a appris beaucoup plus de choses sur mon enfance que mes souvenirs r&#233;els... Je dis souvent que, en tant que journaliste, je parle de ce que je sais, et que, en tant que romanci&#232;re, je parle de ce que je ne sais pas que je sais. C'est quelque chose qui vient du subconscient - du subconscient personnel, mais aussi du subconscient collectif. Si on descend tr&#232;s profond&#233;ment dans son subconscient, on touche quelque chose de la mentalit&#233; de son &#233;poque. Parce que, au fond de nous-m&#234;mes, nous sommes tous les m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_754 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:140px;'&gt;
&lt;img src='https://www.peripheries.net/local/cache-vignettes/L140xH219/Roi-84ea2.gif' width='140' height='219' alt=&quot;&quot; style='height:219px;width:140px;' /&gt;&lt;/span&gt;Illustrant ce r&#244;le vital jou&#233; par les mythes, l'h&#233;ro&#239;ne du &lt;i&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt;, Zarza, trouve un &#233;cho salvateur &#224; sa propre histoire dans la lecture du &lt;i&gt;Chevalier &#224; la Rose&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le Territoire des Barbares&lt;/i&gt; raconte que la vie peut &#234;tre un enfer, mais que, de l'enfer, on peut sortir. Il c&#233;l&#232;bre la capacit&#233; de survie de l'&#234;tre humain. Seulement, &#224; un moment, pendant que je l'&#233;crivais, je me suis retrouv&#233;e bloqu&#233;e : j'&#233;tais perdue en enfer, je ne voyais pas d'issue. Alors je l'ai abandonn&#233;, jusqu'&#224; ce que le Moyen Age, cadre d'un autre roman en cours [&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le Roi transparent&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; paru en 2008 ; voir la &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/CHOLLET/15691&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;critique dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de mars 2008], s'y invite par surprise. Cette l&#233;gende m&#233;di&#233;vale que j'ai invent&#233;e nous a donc permis &#224; toutes les deux de nous en sortir, &#224; mon h&#233;ro&#239;ne et &#224; moi... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis huit ou neuf ans, le succ&#232;s de ses livres lui a permis de r&#233;duire son activit&#233; de journaliste : elle est devenue une collaboratrice ext&#233;rieure d'&lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, y publiant surtout, d&#233;sormais, des chroniques, de grands entretiens... Mais elle n'a jamais voulu abandonner compl&#232;tement son travail salari&#233; : &#171; Vouloir vivre de sa plume me semble une grave erreur. Je suis persuad&#233;e que les livres sont des cr&#233;atures dot&#233;es d'une volont&#233; propre : ce sont eux qui nous choisissent, et non l'inverse. On &#233;crit le livre qu'on a besoin d'&#233;crire, celui qui pousse pour &#234;tre &#233;crit. Le roman doit &#234;tre le territoire de la libert&#233;. Et il y a d&#233;j&#224; tellement de pressions exerc&#233;es sur l'&#233;crivain : celle du march&#233;, celle de l'entourage, celle de sa propre vanit&#233;... Si, en plus de tout &#231;a, on demande &#224; ses romans de payer les traites de sa maison, la libert&#233; est quasiment r&#233;duite &#224; n&#233;ant. Il me faut trois ou quatre ans pour &#233;crire un livre : si j'avais besoin de l'argent, peut-&#234;tre que je le publierais apr&#232;s un an et demi ! Je devrais aussi tenir compte des attentes des lecteurs, me demander s'il va leur plaire, parce que j'aurais besoin qu'il se vende... Alors, je crois qu'il faut trouver un moyen de gagner sa vie, et, par ailleurs, s'investir de tout son c&#339;ur dans l'&#233;criture. Apr&#232;s tout, comme je le r&#233;p&#232;te souvent, l'histoire de la litt&#233;rature est pleine de romanciers qui ont &#233;crit sur la table de la cuisine, entre quatre et sept heures du matin... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;Propos recueillis par
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;&lt;/div&gt;
		
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