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	<title>Périphéries</title>
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		<title>Enfance</title>
		<link>http://peripheries.net/article34.html</link>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>


		<description>« Les autres filles ne me choisissent jamais comme partenaire pour la corde à sauter parce que je me prends les pieds dans la corde et les fais perdre. Chaque fois que je dessine quelque chose en classe de dessin elles disent &quot;C'est censé être quoi ?&quot; comme si ça ne ressemblait à rien. Quand on joue aux chaises musicales je suis toujours la première éliminée parce que la musique m'absorbe tellement que j'oublie de me précipiter sur une chaise quand elle s'arrête. Pendant les alertes à la bombe nucléaire quand on (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les autres filles ne me choisissent jamais comme partenaire pour la corde à sauter parce que je me prends les pieds dans la corde et les fais perdre. Chaque fois que je dessine quelque chose en classe de dessin elles disent &quot;C'est censé être quoi ?&quot; comme si ça ne ressemblait à rien. Quand on joue aux chaises musicales je suis toujours la première éliminée parce que la musique m'absorbe tellement que j'oublie de me précipiter sur une chaise quand elle s'arrête. Pendant les alertes à la bombe nucléaire quand on doit se cacher sous nos pupitres, je n'arrive pas à rester accroupie pendant plus de deux minutes alors que si de vraies bombes atomiques nous tombaient dessus il faudrait rester là des heures sinon des jours. Toutes les autres filles sont sûres d'elles et compétentes et agiles : elles découpent calmement leurs flocons de neige en papier pendant que je transpire et me tracasse parce que mes ciseaux sont émoussés ; elles se mettent lestement en tenue de gym pendant que je me débats avec mes habits en rougissant ; leurs vêtements sont soignés et coopératifs, les miens se rebellent - il y a toujours un bouton qui saute, une tache qui éclôt, un ourlet qui, subrepticement, se découd. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sadie dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lignes de faille&lt;/i&gt; de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article171.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour les gosses, forcé de censurer ! Les boules, ils auraient ! Allez raconter à des mouflets que la bête occidentale ne peut plus ni sortir d'elle-même ni rentrer en elle-même, qu'elle est prisonnière de sa peau et qu'ils sont donc eux-mêmes des prisonniers, que l'éducation, l'école, les stages et tout le bordel, c'est pour leur apprendre à être de meilleurs prisonniers ! Que, plus les gens ont des gueules affranchies, plus ils sont taulards dans l'âme ! Comment dire aux enfants que la maison de Dame Tartine, le beau palais de beurre frais, les murs de chocolat, c'est plus vrai que ce qu'ils vont avoir statistiquement sous les yeux environ soixante-seize ans s'ils sont du sexe fort et quelques années de plus si ce n'est pas le cas ? Comment un gosse normal peut-il comprendre qu'on entende la sonnerie et qu'on n'aille pas ouvrir ? Que, pour les choses les plus simples de la vie, on invente des man&#339;uvres tordues, des mots truqués, des saletés prétentieuses ? Que les usines et les campagnes ne servent plus à cultiver et à produire ce dont les gens ont besoin, mais à nourrir la folie d'une meute d'abrutis exaltés ? Cette bête qui, toute leur vie, les complexera en leur faisant croire qu'elle est au-dessus de tout, vous imaginez le temps qu'ils vont mettre avant de piger qu'elle est au-dessous, au-dessous d'elle-même, au-dessous d'eux, au-dessous de tout ? Que ce qui la rend folle, la putain de sale bête, à la fin, c'est qu'elle sait qu'elle n'arrivera jamais à être à hauteur d'homme et qu'eux, à peine sortis du ventre de leur mère, sans stage et sans apprentissage, à hauteur d'homme, ils y étaient déjà ? Et qu'il leur faudra fournir de terribles efforts pour simplement s'y maintenir ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche25.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 25&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Au cours de cette période, il rendit visite à son père et s'aperçut très clairement pour la première fois que son père lui infligeait de perpétuelles vexations, soit en ne l'écoutant pas, soit en se moquant de tout ce qu'il lui racontait et en le tournant en dérision. Lorsque le fils le lui fit remarquer, le père, qui avait été lui-même professeur de pédagogie, lui répondit le plus sérieusement du monde : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tu peux m'en être reconnaissant. Plus d'une fois dans ta vie tu auras à supporter que l'on ne fasse pas attention à toi, ou que l'on ne prenne pas au sérieux ce que tu dis. Si tu l'as appris auprès de moi, tu y seras déjà habitué. Ce que l'on apprend jeune, on s'en souvient toute la vie.&lt;/i&gt;&#8221; Le fils, alors âgé de vingt-quatre ans, en fut interloqué. Combien de fois n'avait-il pas entendu ce type de discours sans mettre le moins du monde en question son contenu. Cette fois cependant, il fut pris de colère, et (...) il dit : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si tu voulais vraiment continuer à m'éduquer selon ces principes, en fait, tu devrais aussi me tuer, car un jour ou l'autre il faudra que je meure. Et c'est comme ça que tu pourrais m'y préparer le mieux !&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alice Miller, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pour ton bien&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Avant d'amuser ma famille par mes poèmes, je l'avais tannée, vers 8 ans, par mes chicaneries juridiques. On m'a souvent raconté cette anecdote pour me prouver que ça remontait loin, que déjà petit je coupais les cheveux en quatre. Nous habitions près de Bordeaux une maison avec un grand jardin. Il paraît que je voulais absolument savoir si on avait le droit de conduire sans permis dans son propre jardin. J'avais déjà le goût de l'auto, dans tous les sens du mot, et je rêvais d'un territoire en &#8220;franchise&#8221;, dans tous les sens aussi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Lejeune (spécialiste du journal intime et de l'autobiographie), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Signes de vie - Le pacte autobiographique 2&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Etés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits... Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense. J'obtenais qu'elle m'éveillât à trois heures et demie, et je m'en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.
&lt;br /&gt;A trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d'abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps... J'allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C'est sur ce chemin, c'est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d'un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion...
Ma mère me laissait partir, après m'avoir surnommée &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beauté, Joyau-tout-en-or&lt;/i&gt;&#8221; ; elle regardait courir et décroître sur la pente son &#339;uvre, - &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chef-d'&#339;uvre&lt;/i&gt;&#8221;, disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sido&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sa modeste besogne de scribe, il l'a élue entre toutes pour ce qu'elle retient, assise, à une table, sa seule et fallacieuse apparence d'homme. Tout le reste de lui, libre, chante, entend des orchestres, compose, et revole à la rencontre du petit garçon de six ans qui ouvrait toutes les montres, hantait les horloges municipales, collectionnait les épitaphes, foulait sans fatigue les mousses élastiques et jouait du piano de naissance... Il le retrouve aisément, revêt le petit corps agile et léger qu'il n'a jamais quitté longtemps, et il parcourt un domaine mental où tout est à la guise et à la mesure d'un enfant qui dure victorieusement depuis soixante années. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, « Les Sauvages », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sido&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai un souvenir très précis des violences auxquelles l'incitation aux vertus scolaires peut conduire une famille : le sadisme suit toujours de près la certitude de faire le bien. Je prends d'instinct la défense des enfants qu'on morigène devant moi, j'ai besoin de les protéger contre ce déferlement d'angoisse mal maîtrisée, contre ces voix soudain solennellement métalliques, contre l'abominable fascisme éducatif qui se transmet - pour leur bien ! - de génération en génération. Un enfant se remet plus facilement d'avoir été un cancre et un feignant que d'avoir vu ceux qu'il voudrait aimer le plus dresser devant lui le tréteau de leurs peurs. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche17.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 17&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De la porte-fenêtre du salon, je vois tout ce que fait Bel-Gazou. Elle est en pleine possession de ce monde invisible que nous avons tous, jadis, mérité, créé, puis perdu. Enfant solitaire, elle marche partout accompagnée, comme je fus autrefois, de favoris, de serviteurs et d'adversaires qui sortent quand elle le veut de l'inconnaissable et qu'elle bannit, d'un signe, à la desséchante approche des grandes personnes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La chambre éclairée&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[arti&lt;-]« Voici les mots du matin, ces mots prononcés au frais, à l'abri, quand le soleil commence à peine à caresser le sable d'El Halia... (...)
&lt;br /&gt;Chaque jour, pendant les quelques matinales heures, l'enfant entend l'aube mettre la vie au frais ; il écoute les voix humaines porter, butiner, autour de lui, le seul et rafraîchissant bruit de la mer. Le va-et-vient de l'océan qui baise le dessus de la Terre, comme il y a des millénaires. Les bruits de l'amour, les mystères du bonheur : l'envie de vivre, l'envie de se lever, de sauter du lit. Le temps se met, d'un coup, à courir sur le carrelage avec l'enfant. Ils traversent tous deux les chambres peintes en blanc, dont la chaux assainissante isole de la chaleur torride de ce pays. La vie des pauvres d'El Halia est un enterrement quotidien du malheur. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Louis Arti, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El Halia&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - Oh M'sieur Louis on y va à la plage ou pas ?!
&lt;br /&gt;Il suffisait que mon père réponde affirmativement et tout démarrait. Dans le camion, plein de parents, d'enfants, d'amis, c'est la fête. Le Citroën P45, que conduit mon père, sort du village et va vers la mer...
&lt;br /&gt;Les pieds nus dans la fine farine jaune de la plage, je me sentais si libre. Dans cette première soirée les hommes se racontaient les blagues des oursins piquants, et les femmes celles des dorades douces. Assis, j'enfonçais mes fesses, mouillées par la baignade, dans le sable et le mica qui se collaient de mille grains à ma peau. Ainsi je mangeais ma première sardine en boîte écrasée sur du pain, en me séchant dans les ultimes rayons du jour. Une serviette sur le dos, je regardais la mer en frissonnant de tendresse, reniflant des images bleues foncées. Après avoir couru longtemps, ma soeur et moi, nous finissions avec les adultes, et les femmes capturaient notre fatigue. Elles nous lavaient avec un peu d'eau potable, nous asseyaient autour de la nappe garnie de plats, de saladiers, de pain, de gargoulettes, de bouteilles de vin, d'anisette. Quand les parents nous couchaient sur la plage, dans des sacs militaires, je commençais à regarder la mer les yeux plissés. Le vent du soir soufflait sur nos visages quelques grains de nos matelas de sable, la paix semblait me regarder à son tour dans un large espace doux et salé. Les voix qui descendaient avec la nuit, allégeaient mes angoisses, me faisaient oublier mes petites cicatrices. Parfois, la brise m'amenait un mot puis m'enlevait le reste de la phrase dont le cerf-volant tombait dans la mer. Je finissais par m'endormir dans les va-et-vient de la Méditerranée, dans les bruits des vagues se jetant sur les cris des mouettes ou des voix d'hommes pêchant à la palangrotte. Par le rire léger des femmes, un bonheur discret tombait sur l'enfance. Silencieusement l'amour se blottissait contre nous tous dans une étendue noire répandue d'étoiles. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Louis Arti, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El Halia&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête - innocent ! - sans songer aux conséquences. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Henri Michaux cité par Nicolas Bouvier dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'oeil du voyageur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai cinquante ans et pourtant, j'ai toujours la sensation d'être un enfant. Il m'arrive très souvent de me dire &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je serai grand, je ferai ceci, je m'achèterai une maison comme ça...&lt;/i&gt;&#8221; Et puis je me réveille : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hé hé, connard, quand est-ce que tu seras grand ?&lt;/i&gt;&#8221; Quand j'étais enfant, je n'ai jamais été un enfant. Ça doit venir de la maladie de mon frère. Nous dormions dans le même lit, parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'argent. Sa toux me réveillait chaque nuit. Alors je lui caressais le dos, sur les bronches, pour calmer sa toux. C'était une enfance très grave, mais pas triste. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Baudoin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, juillet 1992&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tout en grandissant, les adolescents traversent une crise.
&lt;br /&gt;C'est la crise inévitable de l'imagination.
&lt;br /&gt;Lors de cette crise, l'imagination et la réalité entrent en collision.
&lt;br /&gt;Lors de cette collision les adolescents passent de l'enfance à l'âge adulte.
Ils choisissent la façon dont ils vont vivre.
&lt;br /&gt;Si la réalité détruit l'imagination, ils auront beau s'affairer, devenir éminents, ils seront toujours vides, causant à autrui perte et souffrance.
&lt;br /&gt;Si la crise se résout bien, si l'imagination et la réalité sont unies, leur vie sera créatrice.
&lt;br /&gt;Cette crise n'est pas un rite de passage - un tel rite ne peut marquer que l'entrée dans l'ordre des choses existant, qu'il soit naturel ou social.
&lt;br /&gt;Mais lors de telles crises nous devenons soit les créateurs de notre monde, soit - d'une façon ou d'autre, en fait de plusieurs façons - ses destructeurs.
&lt;br /&gt;Notre société ne comprend rien à cette crise.
&lt;br /&gt;Souvent elle ne la remarque même pas ou n'a ni le temps ni la patience de s'en soucier.
&lt;br /&gt;Souvent les adolescents eux-mêmes ne la remarquent pas - pour eux cela peut être quelque chose de confus à écarter d'un revers de main.
&lt;br /&gt;Ils ne savent pas qu'ils sont en train de choisir la façon dont ils vont vivre, et - en même temps - de décider quel sera l'avenir de nos communautés.
&lt;br /&gt;Cette crise devient encore plus importante dans un monde qui change et dans lequel il faudra faire de nouveaux choix. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward Bond, commentaire sur sa pièce &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Auprès de la mer intérieure&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les parents ne se doutent pas de ce que les enfants font dans leurs chambres : ils lisent les mêmes paragraphes et les relisent, stupéfiés par de sanglants carnages, les jambes molles d'horreur. Ils lisent et relisent les mêmes paragraphes, étourdis de bonheur lorsque les jeunes amants se retrouvent dans le fort français, lorsque le jeune garçon venge son père, lorsque le bruit des mousquets dans les bois annonce la fin du siège. Ils ne pourraient faire un seul pas même si la maison prenait feu. Ils détestent le monde tel qu'il est, cet endroit ennuyeux où le corps habite, va à l'école. Ils haïssent ce corps, ennuyeux lui aussi, qui possède les yeux qui lisent des livres, et le coeur que les livres enflamment. Cette enveloppe charnelle si gênante semble avoir besoin d'un univers extraordinairement vaste et banal pour vivre. L'enfant est obligé d'y passer bien trop d'heures, il doit y &#8220;faire son temps&#8221; tel un prisonnier, toujours à la recherche d'une occasion qui lui permette de retourner à la maison. Une fois chez lui, il se plonge dans une concentration - imaginaire, intellectuelle, ou physique - dans laquelle, enfin, il se perd tout entier. Bien que j'aie toujours eu faim, je ne pouvais supporter de rester assise à table pour les repas ; c'était trop ennuyeux, cela ne demandait ni courage, ni imagination. La force aveugle de leur vie intérieure rend les enfants immoraux. Ils ne trouvent les choses bonnes que lorsqu'elles sont excitantes, que lorsqu'elles les enfièvrent et leur ôtent le souffle, que lorsque, sur leur lit, elles les laissent bras et jambes coupés, presque sans connaissance. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Dillard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une enfance américaine&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[elzb&lt;-]« Toute vie adulte est nourrie de l'enfant disparu, elle n'en est pas pour autant une version améliorée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elzbieta, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Enfance de l'Art&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'aime l'idée que c'est un mystère, qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise raison de vouloir vivre ou mourir. C'est comme pour les garçons, qui les aiment mais n'arriveront jamais à les comprendre. Vous pouvez toujours dire : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh, mais elles avaient l'air d'aller si bien&lt;/i&gt;&#8221;, vous ne voyez pas ce qu'il y a derrière. Et, quand vous êtes adolescent, vous n'arrivez pas à voir ce qui viendra après, quand vous aurez quitté l'école, la maison de vos parents, et que vous serez devenu un individu à part entière. Les s&#339;urs Lisbon, leurs parents ne les aident pas à grandir. Ils font de leur mieux, mais ils n'y arrivent pas. Alors, pour ces filles, le suicide semble la seule issue. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sofia Coppola à propos des héroïnes de son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Virgin Suicides&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Numéro&lt;/i&gt;, octobre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Trois adolescents discutent sur le trottoir à l'ombre d'une microscopique épicerie. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce que vous faites ?&lt;/i&gt;&#8221; - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On est retraités. En Algérie, on prend sa retraite à dix ans. On vous offre un café ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bernard Guetta, reportage en Algérie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 septembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On s'exerce involontairement et instinctivement on déambule dans les domaines où on a du talent. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Félix&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand j'étais petit, j'emportais toujours un maillet de croquet chez le dentiste. Je ne m'en suis jamais servi mais enfin je savais que je l'avais. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Howard Buten, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monsieur Butterfly&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un autre de mes ouvrages favoris était &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Ile au trésor&lt;/i&gt; de R. L. Stevenson, encore une lecture dont je ne me suis jamais remis. L'image d'un coffre en bois plein de doublons, de rubis, d'émeraudes et de turquoises est pour moi un tourment continuel. Je demeure convaincu que cela existe quelque part, qu'il suffit de bien chercher. J'espère encore, j'attends encore, je suis torturé par la certitude que c'est là, qu'il suffit de connaître la formule, le chemin, l'endroit. Ce qu'une telle illusion peut réserver de déceptions et d'amertume, seuls les très vieux mangeurs d'étoiles peuvent le comprendre entièrement. Je n'ai jamais cessé d'être hanté par le pressentiment d'un secret merveilleux et j'ai toujours marché sur la terre avec l'impression de passer à côté d'un trésor enfoui. Lorsque j'erre sur les collines de San Francisco, Nob Hill, Russian Hill, Telegraph Hill, peu de gens soupçonnent que ce monsieur aux cheveux grisonnants est à la recherche d'un Sésame, ouvre-toi, que son sourire désabusé cache la nostalgie du maître-mot, qu'il croit au mystère, à un sens caché, à une formule, à une clé ; je fouille longuement du regard le ciel et la terre, j'interroge, j'appelle et j'attends. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Romain Gary, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Destin</title>
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		<description>« Greta est plus jolie que moi mais elle est moins intéressante et je crois que grand-père m'aime plus qu'elle parce qu'elle chante faux. Elle a la peau blanche partout, elle n'a pas de grain de beauté sur le bras gauche et en été elle n'a pas de taches de rousseur comme moi. Les taches de rousseur rendent mon visage plus intéressant et le protègent du soleil. Pour tout dire, Greta est un peu vide, elle a une personnalité neutre et plate comme un lac placide alors que moi je suis un volcan, j'ai un feu (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Greta est plus jolie que moi mais elle est moins intéressante et je crois que grand-père m'aime plus qu'elle parce qu'elle chante faux. Elle a la peau blanche partout, elle n'a pas de grain de beauté sur le bras gauche et en été elle n'a pas de taches de rousseur comme moi. Les taches de rousseur rendent mon visage plus intéressant et le protègent du soleil. Pour tout dire, Greta est un peu vide, elle a une personnalité neutre et plate comme un lac placide alors que moi je suis un volcan, j'ai un feu qui couve et brûle en mon for intérieur et quand je chante c'est comme la lave qui déborde. On partage une chambre toutes les deux, nos lits sont bout à bout et dans les tiroirs de la commode ses habits sont à droite et les miens à gauche, elle passe un temps fou à se coiffer et ses cheveux sont châtain clair et ondulés alors que les miens sont blonds et raides et je me contente de les brosser vite fait bien fait, il y a des choses plus importantes dans la vie. La nuit je réfléchis à des millions de choses alors que Greta s'endort tout de suite et dort jusqu'au matin comme un lac plat et placide. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Kristina dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lignes de faille&lt;/i&gt; de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article171.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je sais bien qu'on ne peut guère concevoir un roman sans homme, puisqu'il y en a dans le monde. Ce qu'il faudrait, c'est le mettre à sa place, ne pas le faire le centre de tout, être assez humble pour s'apercevoir qu'une montagne existe non seulement comme hauteur et largeur mais comme poids, effluves, gestes, puissance d'envoûtement, paroles, sympathie. Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d'aventures. Les rivières, les sources sont des personnages : elles aiment, elles trompent, elles mentent, elles trahissent, elles sont belles, elles s'habillent de joncs et de mousses. Les forêts respirent. Les champs, les landes, les collines, les plages, les océans, les vallées dans les montagnes, les cimes éperdues frappées d'éclairs et les orgueilleuses murailles de roches sur lesquelles le vent des hauteurs vient s'éventrer depuis les premiers âges du monde : tout ça n'est pas un simple spectacle pour nos yeux. C'est une société d'êtres vivants. Nous ne connaissons que l'anatomie de ces belles choses vivantes, aussi humaines que nous, et si les mystères nous limitent de toutes parts c'est que nous n'avons jamais tenu compte des psychologies telluriques, végétales, fluviales et marines.
&lt;br /&gt;Cet apaisement qui nous vient dans l'amitié d'une montagne, cet appétit pour les forêts, cette ivresse qui nous balance, regard éteint et pensée morte, parce que nous avons senti l'odeur des bardanes humides, des champignons, des écorces, cette joie d'entrer dans l'herbe jusqu'au ventre, ce ne sont pas des créations de nos sens, ça existe autour de nous et ça dirige plus nos gestes que ce que nous croyons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Giono, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le chant du monde&lt;/i&gt;, extraits publiés dans la revue &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/revuemarginales/marginalesn5/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marginales&lt;/i&gt; numéro 5&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a un tout qui nous englobe, une carte géante et indéchiffrable dont nous faisons partie. Je ne crois ni en Dieu ni au ciel ni à l'enfer ; mais peut-être existe-t-il une sorte de rythme universel qui nous protège. Appartenir à quelque chose, telle est la grande ambition des humains : et c'est ainsi que les croyants se sont inventé les religions ; nous, les libertaires, avons recours à la révolution pour donner un sens à quelque chose de si fugace. Aujourd'hui, cependant, je crois davantage au calme sourd et aveugle de la matière, à une sérénité surhumaine qui est à l'origine de toute beauté. »
&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article68.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Rosa Montero&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fille du Cannibale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La vie est un cadeau qui m'est fait, pas une mission qui m'est confiée. Il m'a fallu réprimer un sourire bien triste quand, rendant visite à l'un de mes meilleurs amis que le cancer allait emporter, j'ai entendu ce militant, aussi courageux devant la mort que devant la vie, déplorer de devoir quitter cette terre alors que tant de travail restait à y faire. Je n'aurai pas de si nobles soucis. Les rôles qu'on m'a assignés, ou que je me suis provisoirement attribués, je les ai toujours sentis raides et froids comme des armures. Je n'y entendais pas battre mon c&#339;ur. Comme je voyais là de la médiocrité, je me forçais à prendre la pose. Maintenant, les craintes se sont enfuies avec les illusions, et je reste à déballer le paquet reçu il y a soixante-douze ans, me piquant encore à ses épingles avec la même impatience. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche22.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 22&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Se méfier du pessimisme affiché. Cet homme cultivé m'assure que l'affaire Terre, comme disait Fargue, finira très mal, qu'on ne peut, au mieux, que retarder l'échéance, que l'espérance humaine est un dérisoire grain de sable jeté dans une mécanique qui s'en amuse. Pour un peu, il reprendrait le mot soufflé à Malraux par je ne sais plus quel grand de ce monde, Mao, je crois : la mort a toujours le dernier mot. Le grand écrivain le trouvait si profond qu'il le commentait gravement avec le général de Gaulle. À cinq ans et demi, je devais être aussi intelligent que Malraux, Mao et De Gaulle réunis puisque cette perspective m'était déjà familière. Donc, de la bouche de l'homme cultivé s'échappaient, comme des oiseaux de nuit, des évidences désolantes. Et, songeant sans doute à mes cinq ans et demi, il me semblait sonder de grandes profondeurs. J'imaginais ce sombre héraut en proie aux tourments de notre nature périssable, un crâne dans la main droite, abandonnant à chaque seconde un peu de sa soif et de sa faim, déserté par l'amour, terrifié par les progrès de l'Ennemie... Chansons ! Aussi tragique que mon genou, le bougre ! Le hasard, peu de temps après, me le fit voir en action dans une entreprise. Une machine à contrats, un bouffeur de réussite. Prêt à soutenir tout et son contraire selon le museau de l'interlocuteur. Un consultant orgastique et organisé. Dans cette frénésie, il y avait la caricature de l'éternité : l'immortalité désirante, ses mâchoires désarticulées, incapables de s'arrêter de claquer, l'enfer de la croissance. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Encore, encore !&lt;/i&gt; crie le maître, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;répète-le que je jouisse !&lt;/i&gt;&#8221; Et l'esclave de murmurer : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rien ne vaut rien, rien ne vaut rien, je vous le jure, l'espérance est impuissante, la mort a le dernier mot, le dernier mot, le dern...&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche22.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 22&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'âme, pourtant, n'est pas qu'une parole d'Evangile ou un mot pieux. Mais comment évoquer cette part immatérielle de l'homme quand Dieu est mort, quand il n'y a plus de finalité, plus de fin, plus de transcendance ? Il fut un temps, qui couvre l'ensemble du XXe siècle « couturé de camps » comme dit Hélène Cixous (le siècle des mouvements de masse inserrant au plus serré les individus, où l'Histoire comme jamais a drainé avec leur consentement docile les hommes vers les marais du pire), où il n'y eut quasiment plus que les bigots, les adeptes sectaires ou les chanteurs de charme pour oser l'employer dans l'espace social, et en réduire encore la portée jusqu'au stéréotype : en essorer dans leurs larmes de pacotille les derniers sucs - à force de n'être plus que mal dite, l'âme est devenue, littéralement : maudite. La notion d'âme, l'une des plus importantes et des plus discutées de l'histoire de la philosophie et de l'art aussi bien, n'a, très littéralement, plus droit de cité. Et c'est la cité, bien sûr, qui en souffre. L'âme n'a plus droit de cité, cela veut dire aussi, dans une mesure certaine, la poésie non plus - et c'est la cité qui souffre de cette avarice collective du langage arrimé aux tables de la communication. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Leclair, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le bonheur d'avoir une âme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Alors que je lui demandais récemment des précisions, une amie, dont l'âme est concrètement une préoccupation quasi quotidienne puisqu'elle est luthière, m'a d'abord expliqué que &#8220;l'âme&#8221; du violon est une petite pièce découpée dans la fibre de l'épicéa, que le luthier place à la fin de son ouvrage dans le corps du violon une fois terminé, entre la table et le fond, au niveau de l'ouïe, usant pour ce faire d'une &#8220;pointe aux âmes&#8221;. Animée par la passion de l'objet, elle en vint assez vite, répondant à mes questions idiotes mais intéressées, à lâcher cette phrase, que je n'attendais pas mais que j'aurais pu espérer : en matière de violon, &#8220;il n'y a pas de corps sans âme&#8221; ; non seulement parce que l'âme est ce qui donne sa qualité sonore à l'instrument (un Stradivarius sans âme n'a qu'un son de crécelle), mais qu'elle est aussi ce qui lui donne sa solidité, son unité. Je pousse très légèrement le bouchon : sans âme, mémoire du son générique, le corps se brise à la première pression excessive. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Leclair, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le bonheur d'avoir une âme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Plus sérieusement, Monsieur [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le narrateur s'adresse à Descartes&lt;/i&gt;], ne pensez-vous pas que l'impasse de la pornographie est très précisément la vôtre, qui est de considérer le corps de l'homme comme une petite mécanique docile et prévisible, avec son petit moteur hydraulique, son arrosage automatique, ses canalisations, ses jets d'eau, ses ressorts, ses pistons, ses prises, ses pédales, ses engrenages, ses petites tenailles, ses petites cheminées, ses petites ouvertures, et toutes sortes d'esprits pour agacer les glandes au signal convenu ?
&lt;br /&gt;A quand, Monsieur, le kit d'un être humain en cinq mille pièces à monter chez soi ?
&lt;br /&gt;Ne pensez-vous pas que cette conception d'un homme machinal, enfermé dans un corps programmé au millimètre, mais privé de cette force irréductible à toute technique qu'on appelle la vie, ne pensez-vous pas que cette conception est, très exactement, porno ?
&lt;br /&gt;Voilà qui est envoyé. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lydie Salvayre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La méthode Mila&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vous avez, Monsieur, laissez-moi vous le dire puisque mes réflexions m'y mènent, vous avez scandaleusement ignoré la mélancolie, cette mort continue qu'aucune mort n'apaise, ce déchirement muet étranger à toute raison, cette douleur démesurée au regard de laquelle tout paraît risible, frivole et sans substance, au regard de laquelle votre petite méthode et vos petites idées mathématiques sur l'homme ne sont que pitreries, j'ai la pénible obligation de vous le signaler. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lydie Salvayre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La méthode Mila&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Voilà ce que n'a pas compris, dans son extrémisme, ce con de Descartes, poursuivis-je. Ce con n'a pas compris qu'il y avait une pensée profonde, je veux dire une pensée refoulée aux abîmes, de mèche avec les rêves et tout ce qui est obscur, saisissant de la nuit la lumière enfermée, et qui nous gouvernait par en dessous d'une main implacable. Il n'a considéré que la pensée du dessus, la volontaire, celle qu'on téléguide, comme un petit avion, celle qui sait chiffrer, la mesureuse, l'américaine, comme aurait dit Tocqueville pour qui tous les Américains étaient, sans qu'ils le sussent, des cartésiens de choc. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lydie Salvayre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La méthode Mila&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Certaines femmes aussi ont été dévorées par leurs fesses, comme si celles-ci s'étaient rebellées contre elles. Ce sont des femmes à qui leurs fesses font honte, parce que tout le monde les regarde : on se retourne sur elles, on pousse des cris de surprise, on est saisi devant une telle farcissure. Leurs grosses fesses sont comme une accusation permanente. Elles éteignent pour ne pas se voir, mais leurs fesses brillent dans l'obscurité. Elles ont beau enfermer ces fesses compromettantes dans un gros drap ample, elles n'en finissent pas d'attirer le monde, comme des fesses faciles qui ne voudraient pas être faciles, qui tout à coup seraient plus difficiles qu'aucune autre. Elles ont cherché par tous les moyens à les aplatir, à les rapetisser, à les faire oublier, à se débattre désespérément contre elles. Mais les fesses ont triomphé, elles se sont fortifiées à leurs dépens. Et les femmes ont laissé faire. Elles ont laissé déborder leur corps par les fesses. Ce ne sont plus des femmes aux grosses fesses, ce sont des fesses avec de petites femmes dedans. Elles sont perdues désormais dans leurs fesses, comme si leur tête leur sortait par les fesses. C'est le drame des fesses-poulpes dévoreuses de femmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Luc Hennig, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Brève histoire des fesses&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Que les choses arrivent comme nous les dessinons n'a aucune importance. Si nous mesurons l'efficace de l'exercice à cela - cette coïncidence vérifiable plus tard entre le désir et l'état des choses -, nous sommes sortis du jeu qui gagne. Gagner au jeu, c'est nous représenter exactement ce que nous désirons, sans nous soucier le moins du monde que cela &#8220;arrive&#8221;, ou non. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des blessures et des jeux - Manuel d'imagination libre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A Gabrielle Partenza
&lt;br /&gt;A toutes,
&lt;br /&gt;A nous autres&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enterrez-moi nue
&lt;br /&gt;Comme je suis venue
&lt;br /&gt;Au monde hors du ventre
&lt;br /&gt;De ma mère inconnue&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enterrez-moi droite
&lt;br /&gt;Sans argent sans vêtements
&lt;br /&gt;Sans bijoux sans fioritures
&lt;br /&gt;Sans fard sans ornement
&lt;br /&gt;Sans voile sans bague sans rien
&lt;br /&gt;Sans collier ni boucles d'or fin
&lt;br /&gt;Sans rouge à lèvres ni noir aux yeux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De mon regard fermé
&lt;br /&gt;Je veux voir le monde décroître
&lt;br /&gt;Les étoiles le soleil tomber
&lt;br /&gt;La nuit se répandre à sa source
&lt;br /&gt;Et m'ensevelir dans sa bouche
&lt;br /&gt;Muette la dernière couche
&lt;br /&gt;Où m'étendre enfin solitaire
&lt;br /&gt;Comme un diamant gorgé de terre
&lt;br /&gt;Me reposer dormir enfin
&lt;br /&gt;Dormir dormir dormir dormir
&lt;br /&gt;Sans plus jamais penser à rien
&lt;br /&gt;Mourir mourir mourir mourir
&lt;br /&gt;Pour te rejoindre enfin ma mère&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et retrouver dans ton sourire
&lt;br /&gt;L'innocence qui m'a manqué
&lt;br /&gt;Toute une vie à te chercher
&lt;br /&gt;Te trouver pour pouvoir te perdre
&lt;br /&gt;Et te dire que je t'aimais »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ecrit la nuit
&lt;br /&gt;Genève, 17 avril 2005
&lt;br /&gt;Clinique du Cesco
&lt;br /&gt;Grisélidis Réal, écrivaine et prostituée, morte le 31 mai 2005. Voir son portrait dans notre « Panorama subjectif de la littérature suisse » (mars 1999). &lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=155&amp;amp;rubrique=3&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le Noir est une couleur&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=156&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Carnet de bal d'une courtisane&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; viennent d'être réédités chez Verticales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Enchantée encore de mon rêve, je m'étonne d'avoir changé, d'avoir vieilli pendant que je rêvais... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, « Rêverie de nouvel an », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Vrilles de la Vigne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Chacun ruse avec ses angoisses, comme il peut. Autour de notre viande molle nous sécrétons une carapace plus ou moins rigide, et cette carapace finit la plupart du temps par nous remplacer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le portrait ovale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pourtant, tout au contraire de ce qu'il nous semble si spontanément éprouver, c'est le présent perçu qui est infiniment riche et l'avenir imaginé qui est, de fait, infiniment pauvre. Car il y a toujours dans le présent infiniment plus de choses à voir que je n'en observe, et infiniment plus de détails que je n'en remarque. Relatif à mes attentes et à mes projets, ce que j'en perçois est en quelque sorte isolé et prélevé dans le foisonnement infini de la réalité. Au contraire, il n'y a rien de plus dans ce que j'imagine que ce que j'y mets. Alors qu'il peut m'arriver dans la réalité de trouver ce que je ne cherchais pas, il est vain de chercher dans les images que je façonne de l'avenir ce que je n'ai pas déjà trouvé. Mais, par une sorte de chiasme paradoxal, c'est précisément l'infinie richesse du réel qui m'en fait éprouver la précarité et, corrélativement, l'infinie pauvreté de l'imaginaire qui m'en fait éprouver la consistance. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bref traité du désenchantement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Telle est l'originaire et insurmontable contradiction du désir. Tout désir est à la fois désir de rompre, de partir, d'appareiller, et désir d'arriver enfin, au bout du voyage, en un port d'où il n'y eût plus à partir : à la fois désir d'aventure et désir d'éternité, désir de transcendance et désir d'immanence, désir de la contingence et désir de la nécessité, désir d'innover et désir de conserver, désir du commencement et désir de l'ultimité. Il s'agit si peu de désirs différents qu'on n'accomplit jamais l'un sans quelque déception d'éprouver l'autre inaccompli. A peine l'ordre est-il établi qu'il nous impatiente et nous fait aspirer à la révolution ; mais la révolution n'a pas plus tôt éclaté que son improvisation brouillonne nous irrite, que tout devient terrifiant à force d'être imprévisible, et qu'elle nous fait désirer l'ordre qui nous en délivrera. C'est pourquoi l'avenir qu'on avait désiré ne se réalise jamais sans secrètement nous décevoir de laisser encore son contraire à désirer.
Car désirer, c'est toujours désirer l'impossible. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bref traité du désenchantement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Promesse qui ne peut jamais être tenue, tout homme attend toujours l'événement qui consacrerait ou justifierait sa vie. Ayant par conséquence son avenir toujours encore devant lui, tout homme meurt métaphysiquement en sa jeunesse. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bref traité du désenchantement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Attendre, désirer, être indéfiniment confronté aux aléas de l'avenir et à la précarité du présent, ce ne sont pas les marques d'une condition déchue, d'une épreuve transitoire, ni d'une proscription : c'est à la fois le dynamisme de la médiation et l'exercice du temps. C'est tout simplement vivre. Car la vie absolue, la pure intensité des événements et des situations n'existent que dans l'imaginaire.
&lt;br /&gt;Aussi a-t-on souvent pu éprouver l'expérience que nous faisons dans l'art plus intense que celle que nous faisons dans la vie. Mais n'est-ce pas diffamer la vie que lui préférer un fantasme ? A l'illusion qui faisait naguère de l'art une imitation de la vie, ne risquons-nous pas d'en avoir substitué une autre, qui consiste à chercher dans la vie ce qu'on ne peut trouver que dans l'art ? Car c'est en vain qu'on chercherait à percevoir ce qu'on ne peut qu'imaginer. Au lieu que le présent nous déçoive de si mal ressembler à l'avenir que nous avions imaginé, ne devrions-nous pas nous réjouir plutôt d'y trouver ce que nous n'attendions pas ? Si l'art pouvait être une propédeutique à la vie, ce serait donc aussi en nous préparant à nous émerveiller de ce qui est encore plus unique, plus éphémère et plus fragile que lui.
&lt;br /&gt;Un début de sagesse consisterait alors à ne pas attendre comme une fête l'avènement de ce que nous avons imaginé, mais à nous réjouir comme d'une surprise de ce que nous n'attendions pas et que nous n'aurions même jamais pu imaginer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bref traité du désenchantement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce n'est pas de la maîtrise, ma petite, c'est une lutte à mort, quotidienne. La vie est une guerre. Non, la vie, c'est comme avancer dans un pays inconnu. Il faut que tu sois sans arrêt sur tes gardes et à l'affût... Et chaque jour qui passe, les choses empirent, parce que tu pénètres de plus en plus dans le pays des méchants, de plus en plus seul, de plus en plus cerné. Et toi, tu essaies de te battre ici ou là, à l'intérieur de la forêt, comme Rambo, l'armoire à glace des films. Regarde ma maison, je viens de la repeindre. Je l'ai peinte moi-même, avec un rouleau, et les portes avec de la laque. Eh bien ça, c'est lutter comme un brave au milieu de la forêt. Parce que ce qui te vient tout de suite à l'esprit, c'est de tout envoyer au diable. Que le plafond s'écroule et que la cuisine se remplisse de merde. Des fois, il te faut beaucoup de courage rien que pour remonter la fermeture Eclair de tes chaussures. Pourquoi nettoyer, pourquoi se laver ? Pourquoi faire l'horrible effort de vivre... pour aller passer dix heures au Hawaï ? Et demain je n'y serai plus, je serai dans un autre club, encore plus minable. Puis dans la rue. Ensuite, avec de la chance, une institution de charité. Mais je suis là, tu vois. En train de peindre la maison. Parce que, malgré tout, nous ne sommes pas des animaux. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rosa Montero, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Territoire des Barbares&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas des doigts suppliants, ne te révolte pas : il faut vieillir. Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme le rappel d'un départ nécessaire. Regarde-toi, regarde tes paupières, tes lèvres, soulève sur tes tempes les boucles de tes cheveux : déjà tu commences à t'éloigner de ta vie, ne l'oublie pas, il faut vieillir !
Eloigne-toi lentement, lentement, sans larmes ; n'oublie rien ! Emporte ta santé, ta gaieté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice qui t'a rendu la vie moins amère ; n'oublie pas ! Va-t'en parée, va-t'en douce, et ne t'arrête pas le long de la route irrésistible, tu l'essaierais en vain, - puisqu'il faut vieillir ! Suis le chemin, et ne t'y couche que pour mourir. Et, quand tu t'étendras au travers du vertigineux ruban ondulé, si tu n'as pas laissé derrière toi un à un tes cheveux en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un à un usés, si la poudre éternelle n'a pas, avant ta dernière heure, sevré tes yeux de la lumière merveilleuse - si tu as, jusqu'au bout, gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant, dors heureuse, dors privilégiée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les vrilles de la vigne&lt;/i&gt;, cité par Nancy Huston dans l'un des interludes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Professeurs de désespoir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est un état extraordinaire que celui de notre fragilité nocturne. Cela n'arrive pas toujours mais, parfois, après vous être mis au lit, la peur vous tombe dessus tel un prédateur. Alors, les dimensions des choses se disloquent ; les petits ennuis de la journée grandissent comme des ombres expressionnistes pour atteindre une taille démesurée et oppressante. Dans son roman &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Information&lt;/i&gt;, Martin Amis parlait de cette voix qui vous murmure la nuit que vous allez mourir, message inaudible le jour mais assourdissant dans votre demi-sommeil. Où est donc la vérité ? A quel moment est-on le plus proche de la réalité, dans les angoisses nocturnes ou dans la relative anesthésie des jours ? Il serait bon de se le demander. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rosa Montero, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je conseille d'avoir toujours un livre à la main, ainsi, quand la mort arrive et voit le livre, elle se penche pour savoir ce que vous lisez, comme je le fais moi-même dans le bus, et elle se laisse distraire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rosa Montero, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Une pensée qui n'est pas vraiment formulée mais qui le frappe soudain à la manière d'un doute l'aide à se cramponner et se maintenir. Il y a tellement de choses, de toutes sortes. La consolation est à trouver dans la multiplicité. Les composantes de cette multiplicité se consolent au moyen de leur pluralité. Tout est d'une richesse très variée et personne ne peut affirmer qu'il connaît le fond. C'est pourquoi nous pouvons toujours fouiller dans cette pluralité. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Harry Martinson, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/Martinson2.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Il faut partir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Comment font les gens, comment faisait-il jusqu'à présent ? Il n'avait pas été conscient de penser ou de ne pas penser... Maintenant il sentait tout le temps cette chose ronde sur ses épaules. Comment pense-t-on ? Avec des mots ? On fait des phrases ? C'est donc la même chose que de parler ? Un piano muet... Pourquoi un piano ? Un homme muet. Un homme qui ne parle pas tout haut, parle quand même, et tout le temps, en dedans... Quand on parle, on pense d'abord, faut croire. Mais avec quelle rapidité la pensée devient son, se traduit par du bruit ! On voit d'abord, on entend après... On voit l'éclair, puis on entend le tonnerre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elsa Triolet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le cheval blanc&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Adamsberg réfléchissait de manière vague en revenant à pied à son bureau. Jamais il ne réfléchissait à fond. Jamais il n'avait compris ce qui se passait quand il voyait des gens prendre leur tête entre leurs mains et dire « Bien, réfléchissons ». Ce qui se tramait alors dans leur cerveau, comment ils faisaient pour organiser des idées précises, induire, déduire et conclure, c'était un complet mystère pour lui. Il constatait que ça donnait des résultats indéniables, qu'après ces séances les gens opéraient des choix, et il admirait en se disant qu'il lui manquait quelque chose. Mais quand lui le faisait, quand il s'asseyait en se disant « Réfléchissons », rien ne se passait dans sa tête. C'est même dans ces seuls instants qu'il connaissait le néant. Adamsberg ne se rendait jamais compte qu'il réfléchissait, et s'il en prenait conscience, ça s'arrêtait. Ce qui fait que toutes ses idées, toutes ses intentions et toutes ses décisions, il ne savait jamais d'où elles venaient. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fred Vargas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'homme aux cercles bleus&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Surtout ne demande pas ton chemin
&lt;br /&gt;A celui qui le connaît trop bien
&lt;br /&gt;Car tu ne pourrais t'égarer
&lt;br /&gt;Donc t'étonner et donc te retrouver
&lt;br /&gt;C'est comme ça qu'on passe à côté
&lt;br /&gt;De son jardin caché et enchanté&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour pénétrer dans ton jardin secret
&lt;br /&gt;Tu peux y aller par n'importe quel sentier
&lt;br /&gt;Pourvu que nul ne l'ait connu
&lt;br /&gt;Un p'tit sentier pas comme tous les sentiers
&lt;br /&gt;Tu ne pourras pas te tromper
&lt;br /&gt;Car les grands ch'mins ne mènent vraiment à rien »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, « Surtout ne demande pas ton chemin », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Grains de beauté&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Au premier séjour à la montagne que j'ai fait, quelques mois après la mort de mon père, j'étais écrasée par une impression quasi cosmique de calamité. Ce qui ne m'empêchait pas de skier ni de voir comme jamais la splendeur des paysages de neige. J'avais même une énergie décuplée et ressentais comme le terrain le plus sûr les modulations de la vitesse sous mes skis. Je skiais exactement comme j'avais l'habitude de le faire en compagnie de mon père, avec cette seule différence que je pleurais. C'était un écoulement doux et continu qui me glaçait le visage. Je n'y pouvais rien et j'étais prête à ce qu'il en fût ainsi jusqu'à la fin des temps. Les mois, les années passeraient et je serais là à glisser et pleurer sur des pentes tour à tour grises ou ensoleillées, opaques ou claires. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je neige&lt;/i&gt;&#8221;, dit un personnage de Genet dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Balcon&lt;/i&gt;. A l'inverse, pour moi, dans cette station des Pyrénées, &#8220;il pleurait&#8221;. Il n'arrêtait pas de pleurer. Et tous mes gestes et mes paroles, mes visions de nuit et mes pensées de jour, se pliaient à cette force de liquéfaction, l'admettaient comme une donnée primordiale, une humeur d'exception. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Chantal Thomas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Souffrir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si je devais raconter un moment marquant de notre vie, il me semble que je n'en trouverais aucun plus &#8220;éclairé&#8221; que les autres. Notre vie entière est en lumière et je n'y vois aucune ombre, tout y est fort, neuf, éblouissant et en même temps étonnamment familier. Ce feu qui palpite, elle nue, moi nu sur elle parmi les coussins épars. Elle un bras replié gracieusement sous ses cheveux cuivrés qui débordent en lourdes vagues. Moi une jambe pesant sur son ventre, torse contre torse, lèvres contre lèvres murmurant. Dehors la nuit sereine. Au fond de la pièce la lampe au bec recourbé portant le globe orange au-dessus de la machine où une feuille enclenchée fait un blanc cru comme une flèche. Un peu à gauche le feu dans l'angle. Sur chaque fauteuil un chat qui dort. Dehors il neige. Si un jour je me suis mis à écrire c'est peut-être pour dire écrire raconter des choses aussi frêles aussi peu importantes apparemment. Pour dire que deux êtres se sont aimés pendant vingt ans comme au premier jour sans se quitter un instant, enracinés l'un dans l'autre. Drogués l'un de l'autre, comment appeler ça autrement ? Drogués intoxiqués de mutuelle présence. Nous avons fui la ville fui les autres pour venir ici dans ces forêts vivre ce qui nous faisait brûler. Et chaque jour restait derrière nous, peau morte, et chaque jour s'ouvrait devant nous aussi neuf et troublant. Certainement nous sommes le produit d'un monde décadent, certainement nous sommes les derniers hommes d'une espèce à jamais perdue. Nous le savons mais comment être autrement ? Autrement nous ne serions pas nous. Nous nous sommes retirés ici, ce fut notre façon de croire que quelque chose d'autre était possible maintenant, tout de suite. Nous avons vécu l'un par l'autre égoïstement, seuls dans ces forêts et c'est bien ainsi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mille Aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La vie n'est pas une construction individuelle. Une société n'est pas une addition d'individus. Le monde n'est pas une juxtaposition de sociétés. Le bonheur n'est pas une addition de réussites. Le malheur n'est pas une addition d'échecs. Il y a plus dans la marche qu'une suite de pas, dans l'amour qu'une suite de gestes, dans la pensée qu'une suite d'idées. Et plus dans une vie qu'une suite d'événements. En moi et hors de moi, entre chacun de nous et chacun des autres, existe cette forte et mystérieuse logique du passage, ce grand fleuve qui s'alimente de tout et que je veux bien que vous appeliez Relation si vous ne prenez pas, pour prononcer ce mot, l'air idiot de l'expert en nature humaine, s'il rameute en vous l'étrange et l'inavalable, le diamant et le caillou, s'il vous laisse silencieux et hébété, mais pourtant non accablé, si un peu d'eau sale dans une flache de banlieue, loin de vous pousser à la rumination morose de l'absurde et du contingent, vous reconduit à l'immensité, à l'Amazonie de la pensée, au Sahara du sentiment, au premier jour de tout. Nous existons dans un état de transport. Une vie individuelle n'a de sens que rapportée à l'intraduisible mouvement, qui, malgré tout, en dépit de tout, tel un pilote habile, ironique, farceur, la conduit. Et ce mouvement de moi à moi, quand je l'éprouve, je le vois tissé de A à Z de la présence des autres, une présence qui déborde, et de très loin, la conscience que j'en ai. Et la vie d'une société, la vie du monde, n'est rien d'autre que cette cascade de débordements incontrôlables qui fait jubiler les c&#339;urs de ceux qui se savent pauvres (très bien !) et grincer les dents de ceux qui se croient riches (parfait !). Vivre, c'est contempler cet excès primordial, se faire docile au mouvement qui y conduit. Vivre ensemble, c'est découvrir dans le scintillement charnel des rencontres le signe chaud du mouvement et de l'inachevé ; c'est se familiariser avec le mystère inapprivoisable de la réalité. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche7.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; VII&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'avais quatorze ans quand mes grands-parents décidèrent que je devais recourir à la chirurgie esthétique : il fallait me refaire le nez, recoller mes oreilles et, accessoirement, effacer la vilaine cicatrice de ma jambe gauche. Ils prirent rendez-vous avec un célèbre spécialiste, le Dr. F. Une date d'intervention fut arrêtée. Personnellement, j'hésitais. On me rassura : je pouvais jusqu'à la dernière minute revenir sur ce choix. Toutefois, c'est le Dr. F. lui-même qui mit fin à mes incertitudes : deux jours avant l'opération, il se suicida. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sophie Calle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nez&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Aucun devoir n'est plus sous-estimé que le bonheur. En étant heureux, nous répandons des bienfaits anonymes sur le monde, qui nous restent souvent inconnus ou, lorsqu'ils sont révélés, ne surprennent personne autant que leurs auteurs. (...) Le côté rayonnant [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'un homme ou d'une femme heureux&lt;/i&gt;] attire la bonne volonté, et leur entrée dans une pièce donne l'impression qu'on vient d'allumer une nouvelle bougie. Peu importe qu'ils puissent démontrer ou pas la quarante-septième proposition, ils font mieux, ils démontrent par la pratique le grand Théorème de la Viabilité de la Vie. (...) Mieux vaut être saigné à blanc par un neveu insolent que tourmenté quotidiennement par un oncle grognon. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une apologie des oisifs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Elle n'est point sans grâce, la ferveur nouvelle des femmes, qui quête des oracles auprès des dieux païens, et, pour lire au-delà de cent jours d'hiver, pour connaître le sort de nos armées, va se fier à la feuille, à la graine, suivre le vol triangulaire des oiseaux migrateurs, épier les gestes de la bête terrée, interpréter la sagesse obscure - et que nous n'avons pas su même nommer - du bourgeon et du tubercule...
&lt;br /&gt;(...) Elles rient, elles ont bu du thé, mangé un gâteau ; elles n'échangent que des paroles d'espoir, de confiance ; aucune pourtant n'ignore la fragilité de son sort, ni les menaces que porte cette heure, ni que la Seine charrie des glaces au lieu de charbon ; elles savent que de l'autre côté de la vitre commence une nuit pétrifiante d'hiver, une nuit qui entrouvre, au loin, des doigts gelés d'où glisse l'arme... mais les cornes de l'avoine ont viré vers l'est, et l'oignon n'a que deux pelures !
&lt;br /&gt;(...) L'oignon n'a que deux pelures, cela est vrai, cela est inconcevable. Que sait-il de l'hiver, et comment le sait-il ? Le message qui atteint l'animal, avant que la terre ne s'ouvre ou vomisse le feu, la plante ne le reçoit-elle pas aussi ? Et pourquoi des fibres, délicates assez pour pâmer à l'approche de la chaleur et ressusciter à cause d'une pluie encore suspendue, ne détiendraient-elles pas, en même temps que la prévision du cataclysme, la certitude de sa fin ? Un oiseau célèbre, en pleine tourmente, l'accalmie. Une petite bête thésauriseuse voit par-delà cent jours à venir ; un bulbe, en dépit du froid précoce, montre sa nacre sous deux robes légères...
&lt;br /&gt;Monsieur Angot [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;directeur du Bureau central météorologique de France, 1848-1924&lt;/i&gt;], songez-vous comme moi qu'il y a sans doute quelque part, pressée sous la terre durcie, ou nue dans le vent cruel, une créature végétale, bulbe, graine, racine, cryptogame, pour qui l'ouragan déchaîné par l'homme n'a plus de secret, un être déjà préparé au silence futur - un être qui sait quand finira la guerre ?... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La chambre éclairée&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un &#8220;gros dormeur&#8221; évoque un être sphérique, entier, qui est une planète à lui seul. Assurément, le sommeil est rond. Une figure de perfection.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Au passage, on remarque que ces heureux hibernants retrouvent spontanément la figure de la sphère : les petits mammifères s'enroulent sur eux-mêmes ; quant à la tortue, elle n'a qu'à rentrer pattes et tête pour retrouver une forme circulaire. Les hibernants savent que le sommeil est rond, comme le temps.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;J'ai une grande tendresse pour les hibernants, ils sont des modèles de sérénité et d'amour. Ils font confiance, ils savent qu'ils se réveilleront au moment juste et qu'il ne faut pas plus forcer le temps que les rythmes de la terre. Quand la nature entière est endormie, pendant la saison froide, que faire d'autre que s'accorder au sommeil général ? Le taoïsme fait de semblables recommandations, insistant sur l'influence qu'exercent les phénomènes atmosphériques sur notre corps (qui n'est lui-même qu'un phénomène atmosphérique...). Ainsi, le régime hivernal à adopter consiste à se coucher tôt et à se réveiller tard. Programme réjouissant. Pour moi, la plus belle déclaration d'amour serait : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai envie d'hiberner avec vous.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du sommeil et autres joies déraisonnables&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il n'y a que des méprises pour nous faire manquer d'assumer la vie. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Anne Dufourmantelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Blind date - Sexe et philosophie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; et j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent&lt;/i&gt;&#8221;, se persuadait Rousseau, comme Baudelaire notait son &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sentiment dès l'enfance de destinée éternellement solitaire&lt;/i&gt;&#8221;, comme Jacques Thibault se sentait &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toujours étranger, muré dans ses particularités, sans espoir d'en sortir ni de devenir semblable aux autres&lt;/i&gt;&#8221;. Pourtant cette solitude de la marginalité est la condition commune. Le comprendre, c'est découvrir que les autres sont comme moi, qu'eux aussi me voient dans le monde où je les vois, et qu'eux non plus ne se voient pas dans ce monde où je ne me vois jamais. C'est métaphysiquement qu'ils sont donc mes semblables, non comme ils m'apparaissent, en tant qu'êtres du monde, mais en tant que le monde leur apparaît, et qu'eux aussi en sont alors retranchés et invisiblement exclus. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tchouang-tseu propose une anecdote où un Chinois sagace, apercevant un arbre d'une taille gigantesque, s'approche et, après l'avoir étudié dans ses moindres détails (branches, feuilles, sève, odeur), finit par s'écrier : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cet arbre est vraiment inutilisable et c'est pourquoi il a pu atteindre une pareille taille. Ah ! l'homme divin, lui aussi, n'est que bois inutilisable.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du sommeil et autres joies déraisonnables&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Certains m'ont qualifiée d'atypique en regardant mon curriculum vitae, j'ai reçu cela comme une injure. Ils voulaient dire : inclassable, ingérable. Je n'avais pas le profil, comme ils disaient. Je préfère avoir un visage. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du sommeil et autres joies déraisonnables&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On oublie que le geôlier est, d'une certaine manière, lui-même captif : c'est un prisonnier sans horizon, il ne porte aucune mission, ce qu'il cherche n'est pas de réaliser sa liberté mais d'empêcher l'autre d'être libre, il est victime de lui-même. Le geôlier ne peut pas chanter car il ignore tout de la mélancolie, il n'a ni regret du ciel ni nostalgie de la mer. En revanche le prisonnier chante, parce que c'est sa seule façon d'éprouver et de prouver sa propre existence. Et au fond de lui, il se sent plus libre que son geôlier qui n'a pas conscience de sa propre liberté et de sa propre solitude. La poésie consiste à nous faire don de cette force-là, dût-elle être fictive. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, entretien à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 10-11 mai 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le visage humain ne s'immobilise pas en un instant, il est comme les vagues, il se renouvelle et revient, mais sans ressembler à l'image ou à la vague précédente. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alia Mamdouh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La passion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sonde-toi bien : y a-t-il un sentiment que tu aies eu qui soit disparu ? Non, tout reste, n'est-ce pas ? tout. Les momies que l'on a dans le c&#339;ur ne tombent jamais en poussière et, quand on penche la tête par le soupirail, on les voit en bas, qui vous regardent avec leurs yeux ouverts, immobiles. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je viens vous parler du rêve. Quand le vivant s'endort, il s'établit directement une communication entre son lit et sa tombe. L'endormi devient le réveillé de l'ombre ; il n'est pas immobile, il vole dans l'immensité ; il n'est pas aveugle, il voit dans l'infini ; il n'est pas sourd, il entend dans l'espace ; il n'est pas muet, il parle dans la mort ; il n'est pas couché, il est ailé ; il n'est pas étendu, il est planant ; il n'est pas tombé, il est ressuscité ; l'endormi est l'assaillant de la nuit ; tout sommeil fait le siège du mystère ; les rêves sont les projectiles des étoiles ; le jour tu vis, la nuit tu meurs ; les millions de soleils percent ton plafond et se mettent à éclairer ta chambre ; ta veilleuse est éteinte, un astre s'y allume ; ta lampe toute cette nuit va consumer une des gouttes de la Voie lactée ; ô assiégeur de la forteresse obscure ; mets, ô vivant, cette armure d'ivoire devant le donjon d'ébène et vois ; rêves, venez, tombez sur l'endormi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Procès-verbal de la séance de table tournante du dimanche 29 avril 1855, dix heures du soir, à Jersey. Ecrivant : Victor Hugo - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Tables tournantes de Jersey&lt;/i&gt;, exposition « &lt;a href=&quot;http://paris.fr/musees/Pavillon_des_arts/expositions/archives_expos/trajectoires/acceuil.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Trajectoires du rêve, du romantisme au surréalisme&lt;/a&gt; », Pavillon des Arts, Paris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Qui va donc la secouer un peu, cette jeunesse à tout asservie ? Qui va lui apprendre qu'un homme qui n'affronte pas sa solitude n'est pas vraiment un homme ; qu'une pensée qui ne se heurte pas au doute et au mystère n'est pas une pensée ; qu'une sagesse qui ne mène pas au risque n'est pas une sagesse ; qu'un avenir déjà connu est un passé raté ; qu'un plaisir qui ne bouleverse pas n'est pas un plaisir ; qu'affronter, très jeune, l'idée de la mort empêche de croupir toute sa vie dans les plans de carrière et les mamours des banquiers ; qu'il faut admirer sans retenue ce qui mérite de l'être et jeter le reste, sans colère inutile mais sans faiblesse, à la poubelle de l'oubli ; que, pour tout ce qui compte vraiment, l'excessif est la seule mesure. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/tandem.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Un tandem infernal&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quelle garantie t'apportera donc cette belle philosophie qu'on loue et qu'on doit placer en tête de toutes les activités et de tous les biens ? Bien évidemment, de préférer te plaire à toi-même plutôt qu'au peuple, d'évaluer les jugements au lieu de les dénombrer, de vivre sans peur des dieux ni des hommes, soit de triompher de tes malheurs, soit d'y mettre fin. Pour le reste, si je te vois célébré par les voix bienveillantes du vulgaire, si, à ton entrée, clameurs et applaudissements retentissent, ornements de pantomime, si par la cité tout entière, femmes et enfants te louent, pourquoi n'aurais-je pas pitié de toi, moi, quand je sais quelle route mène à cette misérable faveur ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sénèque, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres à Lucilius&lt;/i&gt;, placé par Olivier Razac en exergue de son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'écran et le zoo, Spectacle et domestication, des expositions coloniales à&lt;/i&gt; Loft Story&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Que reste-t-il des personnes quand la personne se dissout, disparaît, s'envole de l'autre côté de l'air, des choses du jour, de la limite indécise de la nuit, des requêtes impérieuses du prochain, de l'amour à présent presque inexistant qui un jour a embrasé le jour, de l'horizon infini du désert, des fleuves qui sont des chemins qui marcheraient pour ne jamais nous conduire dans un lieu commun, de l'aile des oiseaux, du corps tuméfié, dévoré d'un dieu et de ses sacrificateurs, du lieu de la clef et du trésor caché, de toi, de moi, que reste-t-il de l'ombre ?
&lt;br /&gt;Il resterait, peut-être une poignée innocente d'une très brève cendre et, dessous, la braise, les restes du feu qui palpite encore, de l'être qui a été, de celui qui sera encore, de celui qui ne sera jamais, de celui qui jamais n'est advenu.
&lt;br /&gt;Se dissoudre as-tu dit, ou naître pour toujours dans l'au-delà des masques. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;José Ángel Valente, « Masques », à Manolo Alvarez, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chansons d'Au-delà&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Là-haut, durant la longue accoutumance à son nouveau territoire, le funambule se sent seul. Sa silhouette restera longtemps inanimée. Agrippé des deux mains à la passerelle devant ce câble horizontal sur lequel il n'ose poser le pied, on croirait qu'il boit avec paresse le soleil tombant.
&lt;br /&gt;Il n'en est rien. Il gagne du temps.
&lt;br /&gt;Il mesure l'espace, palpe le vide, pèse les distances, surveille l'état des choses, en fixe la place. Il savoure sa solitude en tremblant : il sera funambule s'il passe, il le sait.
&lt;br /&gt;Il veut aligner à la verticale de ses pensées ses doutes et ses craintes pour hisser jusqu'à lui le courage qui lui reste.
&lt;br /&gt;Mais cela prend trop de temps.
&lt;br /&gt;Le câble gagne du terrain, le ciel devient sombre, c'est maintenant une centaine de mètres qui le séparent de la plate-forme d'en face. Le sol n'est plus au même niveau, il a encore baissé. Des cris viennent des bois. La fin du jour est proche.
&lt;br /&gt;Au plus fort de son désespoir le funambule empoigne son balancier et croyant devoir renoncer, pas à pas il progresse, pas à pas il passe.
&lt;br /&gt;C'est son premier exploit.
&lt;br /&gt;Il demeure là à le comprendre, les yeux posés sur ce plancher tout neuf, tandis que l'obscurité court au ras du sol. Lui, avec la cime des arbres, partage la lumière qui s'attarde plus légère que l'air.
&lt;br /&gt;Seul sur son fil, il s'enveloppe d'une allégresse âpre et sauvage par d'insouciantes traversées, sans ordre, dans l'humidité du soir. Il attache son balancier à la passerelle avant de prendre place au sommet du mât au sein d'un morceau d'espace noir et glacé pour recevoir sans angoisse la nuit qui entre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Petit, « Seul sur son fil », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité du funambulisme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[bouvier&lt;-]« Chaque soir tu regardes la timbale du soleil
&lt;br /&gt;plonger en hurlant dans la mer pommelée
&lt;br /&gt;clins d'&#339;il des forts matous lovés dans les cordages
&lt;br /&gt;les espadons bleus filent devant l'étrave
&lt;br /&gt;bande de bijoutiers en fuite&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voilà des mois que tu n'as pas reçu de lettres
&lt;br /&gt;tu es le dernier des parias à bord de ce navire
&lt;br /&gt;le c&#339;ur rendu, un torchon d'étoupe à la main
&lt;br /&gt;tout noir de souvenirs déjà&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;tu t'abolis dans le tremblement des hélices
&lt;br /&gt;tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Caillots ensoleillés de la mémoire
&lt;br /&gt;et dénombrement des merveilles
&lt;br /&gt;quand tu savais vivre de peu
&lt;br /&gt;ta vie t'accompagnait comme un essaim d'abeilles
&lt;br /&gt;et tu payais sans marchander
&lt;br /&gt;le prix exorbitant de la beauté. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Bouvier, « Ulysse », Praz-de-Fort, 1978 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Dehors et le Dedans&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Au moment de me dissoudre, je pousserai un cri. Qu'il résonne, terrible, par les millions de vallées, par les millions de montagnes ! La nuit pleurera. La terre roulera plus furieuse, et les hommes sentiront que les poètes ne meurent pas seuls. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Poètes », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cigogne et porc-épic&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous sommes quelques-uns à être rassemblés autour de cette table, alors même que par la pensée, qui plane au-dessus du présent, nous sommes ailleurs. C'est seulement le jour où nous serons devenus beaucoup plus subtils que le présent existera pour nous. Pour l'instant, je ne l'entrevois que de loin en loin. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Table d'hôte », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cigogne et porc-épic&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On gagne le ciel en jouant. L'enfer, c'est de ne plus vouloir jouer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Myriam Pfeffer, professeur de méthode Feldenkrais et rescapée des camps, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 3 mai 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suis né à huit heures et demie du soir
&lt;br /&gt;le mercredi 18 juillet 1934
&lt;br /&gt;Il y avait un orage
&lt;br /&gt;Une heure avant ma naissance
&lt;br /&gt;ma mère lavait les escaliers de son immeuble
&lt;br /&gt;pour qu'ils soient propres quand la sage-femme
&lt;br /&gt;marcherait dessus
&lt;br /&gt;Dans le quartier où vivait ma mère
&lt;br /&gt;on considérait les représentants du corps médical
&lt;br /&gt;comme des agents de l'autorité
&lt;br /&gt;J'ai été bombardé pour la première fois à cinq ans
&lt;br /&gt;Le bombardement a continué jusqu'à ce que j'aie
onze ans
&lt;br /&gt;Plus tard l'armée m'a enseigné neuf façons de tuer
&lt;br /&gt;Et à vingt ans j'ai écrit ma première pièce
&lt;br /&gt;Comme tous les gens en vie au milieu de ce siècle
ou nés depuis
&lt;br /&gt;Je suis un citoyen d'Auschwitz et un citoyen
d'Hiroshima
&lt;br /&gt;Je suis aussi un citoyen du monde humain
&lt;br /&gt;qui est encore à construire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward Bond, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autobiographie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'âme n'est ni au-dessus, ni au-dedans, elle est &#8220;avec&#8221;, elle est sur la route, exposée à tous les contacts, les rencontres, en compagnie de ceux qui suivent le même chemin, tout le contraire d'une morale de salut, enseigner à l'âme à vivre sa vie, non pas à la sauver. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gilles Deleuze, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dialogues&lt;/i&gt; avec Claire Parnet, cité par Elisabeth Lebovici dans sa critique de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Vie de Jésus&lt;/i&gt; de Bruno Dumont, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 12 mai 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La mort de chaque être humain est la mort de tous les hommes et la mort de chaque homme est la fin du monde. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fritz Zorn, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mars&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai déjà gagné, mais on peut continuer à jouer, si ça vous amuse (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;I won, but we may go on&lt;/i&gt;) : ça pourrait être la mort qui parle... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Chris Marker, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Level Five&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je n'ai rien guéri, rien sauvé, j'ai seulement traversé des instants, aussi précieux qu'une feuille à un arbre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Barbara, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 6 novembre 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous sommes faits de l'étoffe dont sont faits les songes, et nos petites vies sont cernées de sommeil. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Shakespeare, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Richard III&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand j'ai vécu le dernier tremblement de terre, à Los Angeles, ma première réaction a été de remercier la Terre. Car c'est la première fois que ma terre d'Islande venait me rattraper ailleurs dans le monde, qu'elle venait me donner une leçon d'humilité à l'étranger. Il est bon de se faire rappeler, parfois, que l'on n'est rien. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Björk, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 17 septembre 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Echanges</title>
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		<description>« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la Warner) quels étaient les grands auteurs américains de leur temps. Faulkner lui répondit posément : John Dos Passos, Ernest Hemingway, Willa Cather et moi. Pour la petite histoire, ajoutons que Clark Gable s'écria sans malice : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tiens ! Vous écrivez, monsieur Faulkner ?&lt;/i&gt;&#8221; Avec la même ingénuité, Faulkner lui demanda en retour : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous, monsieur Gable, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Vitoux, « Viva Willa ! », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 5 avril 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Selon Erving Goffman, quand deux personnes sont en présence l'une de l'autre, elles échangent deux types d'informations : celles qu'elles donnent et celles qui leur échappent. D'après lui, dans une rencontre réelle, ce sont les informations qui échappent aux gens qui sont essentielles, et non celles qu'ils donnent volontairement. Les informations que les gens laissent échapper malgré eux, si l'on peut dire, dépendent beaucoup de la façon dont ils utilisent leur corps (voix, yeux, posture), ce qui veut dire qu'une grande partie de nos interactions sont une sorte de négociation entre ce que nous contrôlons consciemment et ce qui échappe à notre contrôle. Cet écart, dans les interactions corporelles, entre ce que nous disons, l'image que nous voulons donner de nous-mêmes, et ce qui échappe à notre contrôle, veut dire qu'il est difficile de décrire les aspects les plus importants de notre moi à l'aide de mots, étant donné que c'est précisément ce dont nous ne sommes pas conscients qui a le plus de chances de produire une impression significative sur la personne que nous rencontrons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eva Illouz, « Réseaux amoureux » (étude sur les sites de rencontre en ligne), in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les sentiments du capitalisme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'autre n'est plus pour moi la clé du paradis, mais un compagnon de paradis. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marianne, 43 ans, restauratrice de tableaux, « Peut-on aimer sans souffrir ? », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt;, février 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est le mauvais temps qui me protégeait le mieux. Plus de travaux extérieurs, personne sur les échafaudages, plus de barbecues à minuit dans les jardins avec beuglantes en stéréo, blagues graveleuses et rires avinés. Je désirais follement les intempéries. Rien ne m'était plus délectable qu'un ciel de tempête. Je vouais un culte aux bourrasques, aux averses, à la grêle qui mitraille les chaussées et les toits. J'applaudissais l'annonce du crachin, j'exultais devant la grisaille. Si le temps virait à l'orage, c'était Noël. J'allumais des cierges dans mon for intérieur pour que l'orage éclate à pleins seaux, que les éclairs s'en mêlent, que le tonnerre explose, que les gouttes inondent les rues, les caniveaux, qu'elles noient la ville sous un édredon liquide. J'aurais aimé que la pluie enfle et se prolonge, comme la mousson. Le gel était une bénédiction, la neige une délivrance : je redoutais les glissades sur les plaques de neige molle, mais rien n'étouffe les bruits comme elle. (...) Le verglas m'incommodait, de même que le brouillard, j'en déplorais les désagréments, mais j'adorais la morsure du froid qui oblige à boucher les issues. Alors je n'avais plus à subir l'intrusion des autres, ils demeuraient chez eux enfermés à vaquer de leur côté sans s'introduire de force dans mon intimité. Le bruit des autres, le sans-gêne des autres, l'égoïsme des autres. De ceux qui envahissent l'espace entier, nos appartements, nos maisons, chacun des lieux où l'on réside. Ils entrent sans frapper. Ils s'accordent tous les droits, ils se permettent toutes les outrances. Rien ne les arrête, les autres. Personne ne les convie, ils entrent quand même. Les autres, ce sont &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les bruyants&lt;/i&gt;. Ils décident, ils s'imposent. Ce sont les prédateurs, les pollueurs de tympans, tous ces gens qui nous déversent des turbulences à pleins tonneaux dans les oreilles, qui nous volent notre liberté, qui nous arrachent à nous-mêmes. Les colonisateurs du silence, les termites du cerveau. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Michel Delacomptée, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de bureau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Là comme ailleurs, les clients dînaient le portable à l'oreille, chacun dans son univers, assourdissants. C'est comme les transports en commun, me disais-je, il suffit de les prendre pour être assailli par les conversations gueulées à des interlocuteurs invisibles, les gens alentour ignorés, niés, réduits en cendres, toutes frontières abolies entre les espaces public et privé à la manière des régimes totalitaires, éventrés que nous sommes par les sons d'autrui, ouverts aux quatre vents, attaqués de tous côtés, fourragés sans pitié, perforés de part en part. Paradoxe de l'individualisme, on ne disposait plus de périmètre infrangible, d'un quant-à-soi étanche, la collectivité s'imposait sans sauvegarde possible (...). Elle finissait par m'excéder, moi, cette utilisation tous azimuts des téléphones portables, à pied, en voiture, à vélo, en rollers, au lit, aux W.-C., même au spectacle, quasi un nouvel organe. Tous ces gens à déblatérer en public, chacun enfermé dans son monde comme des petits sapins en plastique sous les flocons dans leur globe. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Michel Delacomptée, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de bureau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous disons qu'il &#8220;y a du jeu&#8221; ou que &#8220;ça joue&#8221; quand, dans une représentation, tout en prenant en charge ce qui est initialement prévu par la mise en scène, les acteurs disposent d'assez d'espace entre les rouages pour que l'invention et le plaisir puissent s'y glisser, si bien qu'ils donnent l'impression de réinventer le mouvement dans le moment même où ils l'effectuent. Traditionnellement, la plupart des acteurs affirment qu'ils ne refont jamais exactement la même chose, soir après soir, et qu'ils tiennent plus ou moins compte, de manière quasi inconsciente, des réactions du public ou de l'atmosphère du plateau. Parfois, il s'agit aussi d'une façon de se concentrer. Tel acteur raconte que, chargé d'éplucher une orange à chaque représentation, en prononçant un texte compliqué, le jeu se glissait dans sa relation avec sa partenaire (l'orange) ; que tout dépendait de la qualité ou de l'épaisseur de sa peau, des éclaboussures du jus, de la petite difficulté à effectuer ce geste simple en public, sans ostentation mais sans, non plus, qu'il devienne mécanique. Dans ce cas, le jeu réside dans l'attention portée au partenaire, dans son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;écoute&lt;/i&gt;, fût-il un fruit ou un objet, dans la conscience de l'écart avec son état (sa qualité) de la veille. La mécanisation est l'opposé du jeu, et le paradoxe du théâtre est qu'il est indispensable de construire et de roder une mécanique pour qu'elle tourne, mais à peine est-elle construite qu'il faut veiller à ce que la mécanique ne l'emporte pas sur le vivant et sur la capacité des acteurs à garantir qu'ils sont bien présents, en jeu.
&lt;br /&gt;(...) En revanche, s'il est difficile d'apprendre à avoir de la présence, je crois, et c'est cela qui importe pour le jeu, qu'il est possible d'apprendre à être présent, disponible, à la fois immergé dans la situation immédiate, et cependant vacant, ouvert à tout ce qui peut la modifier. Cela revient par exemple, sur scène, à identifier et à bénéficier de tous les événements même minimes qui se produisent. A contrario, Peter Brook raconte de façon hilarante ces représentations où les acteurs passent et repassent sur un simple éventail tombé accidentellement à terre, sans que jamais personne ne songe à le ramasser, puisque ce geste n'est pas prévu par la mise en scène ! Naturellement, le public ne s'intéresse plus qu'au sort de l'éventail et à ses sinistres craquements. Pire, Brook raconte, et c'est presque trop beau pour être vrai, avoir vu un décor entier s'effondrer sans que personne sur scène ne bronche. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Pierre Ryngaert, « Les acteurs jouent aussi », revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article88.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'Autre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, volume 7, numéro 2, dossier « Jouer ! »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On s'appuie sur un coussin de paroles pour faire son solo&lt;/i&gt;&#8221;, dit un écrivain africain. L'idée est élémentaire mais l'emploi du mot &#8220;coussin&#8221; en transforme le sens, en multiplie la force et donne à une formule banale une dimension de profonde intériorité. Où les avons-nous entendues, ces paroles légères et chaleureuses qui nous ont revigorés ? Qui les a prononcées ? Comment, plume après plume, l'avons-nous composé, ce coussin ? Des paroles souples pour un repos actif, pour des projets sans outrance, sans défi, sans angoisse, sans crainte : il faut toute une vie pour ce coussin-là ; nul commerce, même s'il fait dans les idées, ne le propose tout cousu. C'est le kit de l'attention discrète, panoramique, clandestine, des relations mystérieuses entre souvenirs, pensées, sensations apparemment hétéroclites et qu'unissent, en dépit des erreurs et des fautes, des liens inespérés, inouïs, incompréhensibles. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche25.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 25&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ma mère est morte ce 11 mars, à plus de quatre-vingt-dix-sept ans, me laissant une grande fatigue. Il y a quelque temps, elle avait été brièvement hospitalisée. Je l'avais trouvée au milieu d'un aréopage de médecins, d'internes, d'infirmières qu'elle considérait avec circonspection. Soudain, n'y tenant plus, elle avait laissé les blouses blanches à leurs spéculations et, se tournant vers moi, avait articulé de sa voix retentissante d'ancienne sourde : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;S'ils s'imaginent qu'ils me font peur avec leurs histoires de cimetière !&lt;/i&gt;&#8221; Tu savais comme tout le monde, ma pauvre petite mère, que beaucoup de choses, ici-bas, ne sont qu'histoires de cimetière. Mais, toi, tu le disais, et, loin de t'abattre, ça te donnait la pêche. Les autres font semblant, vois-tu, ça les déprime. Allons, pitié pour eux, et cachons nos sourires ! J'essaye de faire comme toi, de ne pas confondre la vie et les histoires de cimetière ; c'est sans doute pour obtenir ce résultat que tu m'as tant emmerdé, toi la mère italienne, heureusement unique, d'un fils également unique. Naturellement, je crains que mon oraison funèbre ne t'aille pas : de toute façon, rien ne t'allait jamais. À mon avis, c'est quand même celle qui te dégoûtera le moins. Au revoir. Et même si les anges sont des créatures inférieures aux humains, ne sois pas trop sévère avec eux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;per favore&lt;/i&gt; ! »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche25.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 25&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il arrivait que ma grand-mère, ou une voisine, presse ma mère de venir assister à quelque événement du quartier ou d'aller apaiser quelque conflit entre ménagères. Elle glissait alors un regard désolé sur sa tenue négligée et ses cheveux pas trop coiffés puis, jetant son tablier, s'écriait fièrement, comme on prend la Bastille : &#8220;Tant pis, j'y vais comme ça !&#8221; C'était rare qu'elle sorte comme ça, sans ajustements, pomponnages et pomponneries, sans obsession de faire distingué. Ces déboulés enthousiastes vers le monde, c'est la meilleure leçon que je garde d'elle. »&lt;br&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche22.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 22&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il me semble d'ailleurs que c'est en Ecosse, cet été-là, que je me suis formulé avec un effroi libérateur qu'un jour peut-être je deviendrai hermétique à ces rougeurs impromptues du visage qui dénoncent en nous quelque chose dont nous ignorons nous-mêmes les enjeux, de même que je n'éprouverai plus, peut-être, la sensation des cheveux qui se hérissent au rythme d'une parole chargée d'émotions par trop incontrôlables. Si l'effroi était libérateur, c'est que cette menace d'une inertie mortifère du visage m'apparut bien pire que le malaise rémanent depuis l'adolescence de donner à voir des émotions que l'on voudrait taire, de ces émotions coupables ou non qui transpirent par le corps pour déborder les mots trop sages du discours, et qui les précipitent en vain dans la bouche, les mots, comme autant de petits cailloux dévalant la pente de la langue pour rattraper la lisibilité excessive du visage - étrange lisibilité externe du visage, de ce qui s'y déchiffre peut-être (comment le savoir, le mesurer ?), qui n'est donné à lire qu'aux autres et brouille à proportion de son évidence toute lecture de soi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Leclair, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le bonheur d'avoir une âme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je décidai donc de suivre une psychothérapie à l'arabe. Celle-ci consiste simplement à parler tout le temps et à tout le monde de ses problèmes sans se préoccuper de l'exaspération des auditeurs. Un jour ou l'autre, l'un d'entre eux dira quelque chose d'essentiel pour votre guérison, et vous vous serez épargné le souci et la dépense de consulter un spécialiste. La méthode est efficace mais elle a un inconvénient : elle vous fait perdre bon nombre de vos amis. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fatema Mernissi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le harem et l'Occident&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Deux Grecs, lorsqu'ils se quittaient pour longtemps, ou même lorsqu'ils pensaient que seuls leurs enfants seraient peut-être amenés à se rencontrer un jour, cassaient en deux une assiette ou un plat, chacun emportant avec lui une moitié. Ainsi, lors des retrouvailles futures, pourrait-on reconstituer le plat entier en collant bord à bord les deux moitiés. Ils appelaient de tels fragments des « tessères d'hospitalité », parce que chacun s'engageait à recevoir chez lui quiconque serait porteur de l'autre moitié, et à lui faire bon accueil. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Bonniot de Ruisselet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le nombril&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Depuis quelque temps, il préfère s'isoler au moment du repas ; à ceux qui insistent pour l'entraîner, il répond que son énergie sociale n'est pas illimitée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Mari, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résolution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand des femmes me demandent d'enlever mes lunettes pour qu'elles puissent voir mes yeux, je leur dis que cela fait tomber mon pantalon. En général, ça leur fait peur. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Newman, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt;, 15 janvier 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A l'Agence pour l'emploi, ils ont dit : Au tri des ordures, vous mettez une croix à chaque camion qui passe. - Ça sert à quoi ? j'ai demandé. - Pour nos statistiques. Mais il faut se lever de bonne heure, ça aide à garder les horaires. Et moi : - Merci bien, j'ai grasse mat'. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Saraï dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Daewoo&lt;/i&gt; de François Bon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Conduire sur les autoroutes m'a longtemps fait très peur. En fait, j'en étais totalement incapable : je voyageais par les nationales où j'étais curieusement plus à l'aise. J'en ai beaucoup parlé au psy parce que je ne comprenais pas pourquoi j'avais tellement peur, et aussi parce que c'était un vrai handicap pour le boulot et dans la vie en général. Et c'est un des rares sujets sur lesquels il a daigné me donner son avis... Il m'a dit qu'à bien y regarder, une voiture avait de nombreux points communs avec un cercueil... Que foncer à des vitesses pas naturelles sur une route où on ne sait rien des gens qui pilotent les autres cercueils donnait à réfléchir... Et que, dans ces conditions, il lui paraissait plutôt légitime d'avoir peur. Depuis, je n'ai plus peur. C'est rigolo, la psychanalyse... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Manu Larcenet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le combat ordinaire I&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A un arrêt d'autobus, j'avertis une dame, prête à s'asseoir, que le banc est déséquilibré : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qui n'est pas déséquilibré de nos jours !&lt;/i&gt;, me dit-elle, en se laissant choir de tout son poids et manquant de basculer... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Chantal Thomas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Souffrir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le moi doit moins être compris par analogie avec un corps chimique qu'on définit par ses propriétés, qu'avec une source qu'on définirait par sa pureté ou son débit, ou avec un foyer lumineux qu'on définirait par l'intensité de son rayonnement. Porté par la vie, il tend à la transmettre. Il est un simple médium. (...) Car c'est la vie qui constitue le moi, y enferme son énergie pour qu'elle en déborde, s'y concentre pour qu'il la diffuse, et s'y réfléchit pour être communiquée. Comme une source lumineuse ne s'éclaire qu'en rayonnant, le moi ne vit qu'en se diffusant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pas plus que l'eau qui dévale ne remonte à sa source, pas plus qu'on ne regarde le soleil mais les choses qu'il éclaire, pas plus cette extravasion de soi n'attend-elle de justice, de retour, ni de réciprocité. L'équité suppose le calcul, le calcul suppose la mesure ; cela est de l'ordre de la représentation ; mais l'expansivité de l'esprit passe toute mesure. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Une plaisanterie fuse, un mensonge solennel se perd dans un éclat de rire, et la parole s'élance hors de la routine quotidienne, dans les champs infinis de la nature, joyeuse et réjouissante comme de jeunes garçons à la sortie de l'école. La parole seule nous permet de connaître notre époque et de nous connaître nous-mêmes. Bref, le premier devoir d'un homme, c'est de parler ; voilà sa tâche principale dans l'existence ; et la conversation, qui est l'échange harmonieux entre deux personnes ou plus, est de loin le plus accessible des plaisirs. (...) Le piment de la vie, c'est la lutte ; même les relations les plus chaleureuses impliquent une forme de compétition ; et si nous ne voulons pas passer à côté de tout ce que l'existence peut nous apporter de bon, il nous faut sans cesse affronter quelqu'un, les yeux dans les yeux, et combattre corps à corps, que nous soyons amis ou ennemis. Et c'est encore par la force physique et la puissance du tempérament ou de l'intelligence que nous atteignons des plaisirs dignes de ce nom. Les hommes et les femmes s'affrontent dans des joutes amoureuses comme des hypnotiseurs rivaux ; les gens actifs et adroits se lancent des défis dans les sports physiques ; et les sédentaires s'assoient pour faire une partie d'échecs ou converser. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « Causerie et causeurs I », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une apologie des oisifs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Toute conversation à bâtons rompus est un feu d'artifice d'ostentation ; et suivant les règles du jeu, chacun accepte et flatte la vanité de son interlocuteur. C'est pour cette raison que nous prenons le risque de nous dévoiler autant, que nous osons faire preuve d'une éloquence si chaleureuse, et que nous acquérons aux yeux les uns des autres une telle envergure. Car les causeurs, une fois lancés, dépassent les limites de leur être ordinaire, s'élèvent jusqu'à la hauteur de leurs prétentions secrètes et se font passer pour ces héros, courageux, pieux, charmeurs et sages que, dans leurs moments les plus glorieux, ils aimeraient tant être. Ainsi érigent-ils en parole un palais de délices qu'ils habitent l'espace d'un moment, un temple doublé d'un théâtre où ils contemplent le cercle des grands de ce monde, festoient avec les dieux et goûtent aux plaisirs exquis de la gloire. Et quand la discussion s'achève, chacun va son chemin, ivre de vanité et d'admiration, traînant encore derrière soi des nuées de gloire ; chacun descend des sommets de ses bacchanales idéales, progressivement et en douceur. (...) L'effervescence d'une bonne conversation se ressent encore longtemps après dans le sang, on en garde le c&#339;ur battant, l'esprit en ébullition, et la terre danse autour de vous, dans les couleurs du soleil couchant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « Causerie et causeurs I », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une apologie des oisifs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand, après un bombardement, les copains demandent, en morse : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Etes-vous vivants ?&lt;/i&gt;&#8221;, Chappot et son groupe répondent, toujours en morse : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Et ta s&#339;ur ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Souvenirs de Verdun d'Henry Chappot, l'un des derniers poilus, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 30 octobre 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il est impossible de démêler les différentes émotions, la fierté, l'humilité, la pitié et la passion, que suscitent un regard d'amour heureux ou une caresse inattendue. Se faire beau, apprêter ses cheveux, parler avec éloquence, faire tout et n'importe quoi pour faire ressortir sa personnalité et ses attributs, et les magnifier aux yeux des autres, ce n'est pas seulement glorifier son propre être, mais offrir en même temps l'hommage le plus délicat. Et c'est dans cette dernière intention que les amoureux agissent ainsi ; car l'essence de l'amour est la bonté ; et de fait, la meilleure définition de l'amour est une bonté passionnée : une bonté, pour ainsi dire, devenue folle, importune et violente. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « Tomber amoureux », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Virginibus puerisque&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour ma part, je connais peu de choses plus désirables qu'une expression vivante et animée, à l'exception de qualités aussi indéniables que le sens de l'honneur, l'humour et la faculté d'émouvoir ; des regards qui correspondent à chaque sentiment, une élégance et une prestance telles que nous plaisions même dans les entractes de la séduction, telles que nos beaux discours ne soient jamais discrédités par des manières frustes, et telles que nous ne devenions jamais à notre insu notre propre caricature. (...) Il y a une créature (car je ne peux lui donner le nom d'&#8220;homme&#8221;) qui se signale par sa malchance. Je pense à celui qui a renoncé à son droit naturel d'expression, qui a cultivé des intonations artificielles, qui a enseigné maintes grimaces à son visage, comme à un singe apprivoisé, et qui a détourné ou coupé tous les moyens de communication qui le reliaient à ses semblables. Le corps est une demeure pleine de fenêtres : nous y sommes tous assis, à nous montrer et à crier aux passants de monter nous aimer. Mais cet homme a posé à ses fenêtres des vitres opaques et élégamment colorées. On aura beau admirer sa demeure pour son architecture, la foule aura beau s'arrêter devant les vitraux, le pauvre propriétaire languira toujours à l'intérieur, sans réconfort et perpétuellement seul. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « La vérité des relations humaines », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Virginibus puerisque&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Cette méfiance envers l'émotion est un héritage lourd, un verrou très ancien ; encore aujourd'hui, il est risqué de s'y frotter, d'oser dire, mais si, le sexe c'est de l'amour, il n'interdit pas l'émotion, il s'en nourrit comme la philosophie s'en nourrit, elle aussi. Pas de vraie pensée sans émotion, pas de sexe non plus. L'émotion est la signature de l'altérité. Elle est signe, précisément, qu'il y a de l'autre et que cet autre nous atteint. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Anne Dufourmantelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Blind date - Sexe et philosophie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les visiteurs arrivent en groupe.
&lt;br /&gt;Mais à la fin, ils partiront.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reste avec moi. Car nous n'avons qu'un seul refuge.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le besoin de l'aube, au moins une fois
&lt;br /&gt;Pour voir le lever de soleil sur ton visage
&lt;br /&gt;Le besoin du silence des étoiles dans le ciel
&lt;br /&gt;Pour entendre la suavité de ta voix
&lt;br /&gt;Le besoin de pluie un jour de canicule
&lt;br /&gt;Pour laver tes paupières du flux des sanglots
&lt;br /&gt;Le besoin de nuages dans le ciel
&lt;br /&gt;Pour nous entraîner ensemble à voler&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle que soit la situation, nous avons toujours besoin d'un récit,
&lt;br /&gt;Car nous pourrions ne pas nous revoir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alia Mamdouh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La passion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Regarder une image érotique aux côtés de n'importe qui, c'est gênant. On n'est pas gêné par sa présence, non : on regarde ce qu'on veut, et lui aussi, et on peut bien regarder la même chose, et on sait bien que ces choses-là existent, on n'est pas complètement cons. Il est là, pas bouger, bien sage : il regarde, juste, la même chose que moi : il a le droit. Mais sa pensée, elle, bouge, c'est ça qui est gênant. Je vois sa pensée qui durcit. Je sens sa pensée qui s'empare de l'image. Or cette image, là, elle est à moi. Nos pensées se battent. Elles opposent leurs visions. On peut partager la réalité, sous les traits d'une femme bien réelle : très franchement, ça ne pose aucun problème, la réalité vous embrasse et puis voilà. Mais partager une image en pensées : c'est bien plus difficile. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Laetitia Bianchi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyez-vous&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« D'un tort subi, il ne se vengeait jamais, et se vengeait peut-être du même coup suffisamment ainsi. Ceux qui ne le traitaient pas comme il l'aurait souhaité, il les laissait tomber, comme on dit, c'est-à-dire qu'il s'accoutumait à ne pas penser à bien des méchancetés. Il préservait ainsi sa vie intérieure de retomber à l'état sauvage, et ses pensées de prendre une dureté malsaine. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Wladimir », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Rose&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Toute la nuit on a parlé, et la lumière des mots
&lt;br /&gt;nous a tenu chaud »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nancy Huston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tu es mon amour depuis tant d'années&lt;/i&gt; (avec des calligraphies de Rachid Koraïchi)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'aime les Correspondances, leur ton de confidence, leurs singularités, leur goût du détail futile, de cet &quot;insignifiant&quot; - si plein de sens - qui tisse le quotidien. Sans échapper aux codes qu'un siècle épistolier a savamment réglés, elles ont, sur les autobiographies, l'avantage d'une spontanéité plus grande, d'une moindre mise en scène. Les gens y apparaissent non dans la posture de leurs rêves, mais dans le désarroi de l'instant, avec leurs maux de tête et leurs mouvements d'humeur, leurs tracas et leurs projets. Les Mémoires rationalisent et statufient, sélectionnent et finalisent ; les petites touches pointillistes des lettres, dans leur fugacité incertaine, dessinent les contours flous d'existences en devenir. Rien n'est joué encore, tout est possible. Du moins, l'auteur le croit. Pour nous, qui savons, c'est une source supplémentaire de mélancolie : celle de Dieu, sans doute, s'il est bon...
Les Mémoires sont monologues impérieux, actes d'un pouvoir qui trie et censure sans appel et sans contradicteur. Les Correspondances tentent sinon un dialogue, du moins un échange avec un interlocuteur complice ou indifférent, proche ou opaque. Les rencontres, les malentendus, les silences, par lesquels vivent et meurent un amour, une amitié, une relation, y esquissent un art de la fugue. Loin des cérémonies officielles, les Correspondances introduisent à l'intérieur des couples et des groupes. Elles montrent l'envers du spectacle, les fatigues du héros, ses doutes et son train-train. Aussi les thuriféraires hésitent-ils à les rendre publiques. Non pas tant par respect de l'intime, si aisément violé pour l'ennemi, mais par crainte de l'ombre que la grisaille de la pratique risque de jeter aux splendeurs de la théorie. C'est pourquoi sans doute les Correspondances, approche de vérité, nous touchent tant aujourd'hui. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michelle Perrot, « Les filles de Karl Marx, lettres inédites », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les femmes ou les silences de l'Histoire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il n'y a pas au monde d'acte plus individualiste que celui d'écrire. Cela ne veut pas dire, et peut-être même tout au contraire, qu'il s'agisse d'un acte égoïste (au-delà de la pratique adolescente du journal intime qui montre à quel point le geste d'écrire, qui fait passer les mots via la main du corps à la page, ce miroir, projection d'un dedans vers un dehors, est aussi une façon de tracer des frontières entre soi et le monde - ces frontières qu'il s'agira justement de franchir une fois qu'elles sont définies). Il ne s'agit pas d'un acte égoïste, et tout au contraire, en cela qu'écrire c'est toujours s'adresser, prendre la parole, et la prendre pour parler à un autre, serait-il idéal, la prendre pour sauver quelque chose entre soi et le monde, entre soi et l'autre, la prendre pour dire que l'échange véritable est impossible, mais le dire c'est déjà, par la voix qui s'élève et creuse un manque, le contredire. Il n'y a pas d'acte au monde plus individualiste, parce qu'il implique un retrait du monde, retrait paradoxal qui n'a de sens qu'à vouloir enfin saisir le monde qui sans cesse nous fuit, nous échappe, se dilue dans nos échanges, nos mensonges, nos silences. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Leclair, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Théorie de la déroute&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je travaillais à Milan sur un chantier de construction il y a plus de dix ans et j'avais le rare privilège d'habiter dans les parages. A midi je rentrais chez moi à pied pour manger et je revenais une heure plus tard. Sur mon chemin je rencontrais un mendiant, un homme aux cheveux blancs, âgé mais pas vieux. La première fois j'avais mille lires en poche, je les lui donnai. A quelques pas devant moi des jeunes avaient répondu à son geste quêteur en se moquant de lui. Je vis sur son visage le déclic musculaire d'une souffrance, le recul sous un coup reçu, c'est pourquoi je sortis mon billet de mille lires. Ainsi tous les jours je passais à l'heure de la pause et lui donnais mille lires. Puis je ne le vis plus. Finalement je m'aperçus qu'il se cachait sur mon passage pour ne pas me retirer cet argent. Ce fut donc lui qui me fit la plus grande charité, celle de me laisser avec mille lires de plus, lui qui eut un geste secret d'affection pour l'ouvrier fripé de midi. Et cela ne veut rien démontrer, mais dire seulement comme est infini entre deux êtres humains le degré d'attentions qu'ils peuvent échanger en se rencontrant au bord d'un trottoir, à ras de terre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Erri De Luca, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rez-de-chaussée&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ainsi, ils reviennent, ceux qu'on a oubliés ? Ceux dont on se croyait oubliés, les voici qui reparaissent, bien en dessous de la hauteur dont nous avons pris l'habitude, ils lèvent les yeux vers nous, s'immobilisent, et l'un et l'autre, celui-là qui est revenu et reprend ses droits après bien longtemps, d'une part, et celle-ci qui est forcée de revoir celui qui est revenu, d'autre part, également médusés, échangent des regards d'incompréhension et sont fort embarrassés de leur complicité d'autrefois. Etrangeté et familiarité se disputent encore. Que m'apportes-tu ? Veux-tu me faire éclater en larmes ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Lady, Lord, balayeuse de rue (Netty), soldat de marine », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cigogne et porc-épic&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On s'était tu. Une des femmes se remit à parler. Il s'agissait du froid qui devenait violent, pas assez cependant pour arrêter l'épidémie de fièvre typhoïde et pour permettre de patiner. Et chacune donna son avis sur cette entrée en scène de la gelée à Paris ; puis elles exprimèrent leurs préférences dans les saisons, avec toutes les raisons banales qui traînent dans les esprits comme la poussière dans les appartements. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Guy de Maupassant, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bel-Ami&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A vous, beau garçon ténébreux croisé à la rétrospective Brassaï le vendredi 5 mai après-midi,
&lt;br /&gt;Sans doute ne m'avez-vous pas remarquée, beau garçon ténébreux, mais moi soudainement je vous ai vu surgir devant moi, puis vous poster dans mon dos afin de contempler la photo devant laquelle je me tenais. Vous étiez grand et mince, beau jeune fauve longiligne, le vêtement branché mais négligé avec recherche ; un T-shirt, qui dans mon souvenir demeure bleu clair, mettait en valeur votre jolie petite gueule de beau brun, le cheveu et l'&#339;il sombres, le regard perçant, la mine sensiblement hautaine, l'air de dire &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'évolue bien au-dessus de vous, dans de hautes sphères dont vous n'avez pas idée, commun des mortels bas et vulgaires.&lt;/i&gt;&#8221; Assurément vous vous la jouiez, bel étalon mystérieux, et remarquablement, vous aviez l'air de sortir d'un film d'auteur dont vous auriez été le héros tourmenté, un séduisant jeune homme en proie aux affres de la création et des doutes existentiels, bouillant Alfred de Musset introverti du Centre Beaubourg. Je vous ai lancé un regard involontairement insistant et vaguement horrifié, que vous n'avez probablement pas noté, absorbé que vous étiez, magnifique et dangereux félin, avec votre air pénétré et supérieur, à affecter froideur et détachement, torride échantillon de l'espèce mâle : je vous ai pris pour Olivier Assayas, ce qui, somme toute, n'était pas confusion si stupide puisque vous aviez, sexy appât du désir féminin, un rôle dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Irma Vep&lt;/i&gt;. Mais il est heureux que je me fusse trompée sur votre identité, beau garçon ténébreux, car si je vous avais reconnu pour l'acteur que j'avais remarqué dans une scène avec Maggie Cheung, et non pour Olivier Assayas, peut-être aurais-je eu le courage, ou l'innocence, ou la naïveté, de vous adresser un &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous connais, vous&lt;/i&gt;&#8221; qui m'aurait rendue parfaitement ridicule, d'autant plus que d'évidence vous auriez dédaigné pareille inconscience, sinon, la politesse aidant, en vous fendant d'un grommellement lapidaire. Savez-vous que vous aviez l'air d'un astre, troublant objet de curiosité sexuelle, avec votre intrigant visage fermé, la lippe légèrement, oh très légèrement, boudeuse, et ce regard fiévreux dans une attitude un tantinet prétentieuse, d'arrogance et de hauteur mêlées ? Votre T-shirt clair comme une aigue-marine au milieu de la masse des visiteurs de photos noir et blanc vous rendait encore plus inaccessible, délicieux archétype de Parisien branché. Vous sembliez plein de morgue et de mépris pour autrui, exquis modèle de virilité, encore qu'afficher du mépris eût paru fort généreux de votre part. Ce vendredi à Beaubourg, il m'a été donné de croiser un vénéneux exemplaire de ce que le genre masculin peut produire de plus irrésistible et de plus déroutant à la fois, mais qui ne saurait que m'inciter à ne pas monter trop souvent à Paris, il ne fait pas bon être une fille seule, laide et transparente, quand on croise votre genre de fascinant animal en liberté, beau garçon ténébreux.
&lt;br /&gt;Une fille transparente. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier des lecteurs des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 16 mai 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a quelque temps, dans un aéroport, une femme s'est agrippée à ma jambe. C'était comme dans ces documentaires sur les Beatles ou sur Elvis. Elle avait un regard vide, perdu, comme si elle jouait un rôle. J'aurais voulu lui dire : &#8220;Ecoute, ça n'est que moi. Je suis vraiment, honnêtement, un type comme tout le monde. Tu n'as pas besoin de faire ça.&#8221; Mais elle ne m'aurait pas écouté, de toute façon. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Leonardo DiCaprio, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Talk Magazine&lt;/i&gt;, février 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Haroun s'aperçut que, lorsque Babilbouche jonglait, cela lui rappelait les plus grandes représentations données par son père, Rachid Khalifa, le Shah de Bla. Il retrouva assez de voix pour dire : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai toujours pensé que l'art du conteur ressemblait à celui du jongleur. On lance de nombreuses histoires différentes en l'air et on jongle avec elles, et, si l'on est adroit, on n'en laisse tomber aucune. Ainsi, jongler est peut-être aussi une façon de conter.&lt;/i&gt;&#8221;
Babilbouche haussa les épaules, rattrapa toutes ses balles d'or et les remit dans ses poches. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'en sais rien&lt;/i&gt;, dit-elle. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je voulais simplement que tu saches à qui tu avais affaire.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Salman Rushdie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Haroun et la mer des histoires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La grande facilité d'écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue théorique - une terrible dislocation des âmes : c'est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu'elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres... Ecrire des lettres, c'est se mettre à nu devant des fantômes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Franz Kafka, cité par Christian Salmon dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tombeau de la fiction&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'admire quand, de l'autre bout du monde, me parvient, depuis une main amie, un petit papier et qui ne se trompe pas : il est bien pour moi. A travers l'infinie multitude, nous avons la faculté de nous diriger, de nous atteindre, de nous reconnaître, infailliblement et sans approximation. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elzbieta, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Enfance de l'Art&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un cerveau comme ça rend voyeur. Alors on le chatouille, on lui impose des exercices douteux, histoire de le voir se contorsionner, s'exhiber avec ingénuité, dévoiler ses courbes affolantes. Et il démarre au quart de tour, jamais économe de sa grâce, prêt à tout dès la première question. Comme dans ces fascinantes installations de laboratoire de chimie, on voit la question passer en direct par les tubes les plus biscornus, les éprouvettes les plus saugrenues, les pipettes les plus alambiquées. Pourtant, même partie à des kilomètres de la question, embarquée pour un rodéo rocambolesque, la réponse, systématiquement, miraculeusement, retombe sur ses pattes, souvent par un dernier mot qui éclaire brillamment dix dernières minutes que l'on craignait être des divagations. Entre-temps, on aura eu le privilège rare d'être le témoin d'un cheminement de pensée de Björk, de visiter l'intimité de son cerveau. On nous a accusés de souvent interviewer Björk pour le seul plaisir de parcourir l'Islande. Faux, c'est sa seule cervelle qu'on adore arpenter, en godillots de marche, et souvent en sueur. D'un tel paysage avec geysers, chemins cabossés, volcans, sombres failles et cascades joyeuses, on tombe fatalement amoureux. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;JD Beauvallet, « Le cerveau de Björk », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 28 juillet 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Aujourd'hui, on a communément tendance à penser que seul un événement réel peut perturber quelqu'un. Freud s'est attaché à prouver le contraire. (...) Les plus grandes folies n'ont pas forcément leur origine dans un trauma réel, elles peuvent être causées par les relations imaginaires qu'un sujet entretient avec son entourage. (...) De manière surprenante, c'est un film qui suggère qu'il faut se réveiller, que c'est la vie qui compte, qu'il faut faire l'amour... C'est très banal, mais ce qui l'est moins, c'est qu'un éloge de la normalité vienne de Kubrick, qui a passé toute sa vie dans un imaginaire pervers. Et aussi que ce film sorte maintenant, alors que le cinéma s'attache plutôt, dans le domaine de l'intimité, à montrer la perversion. Kubrick risque ainsi de passer pour un grand naïf qui filme une histoire d'amour démodée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elisabeth Roudinesco, « Kubrick rétablit la puissance du fantasme », interview à propos de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eyes Wide Shut&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 15 septembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui m'éloigne de moi me sépare des autres. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Miss Tic, poétesse des murs parisiens, pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Regards&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est ainsi que se passe la vie pour les introvertis. On leur parle. Le temps qu'ils sortent de chez eux pour répondre, il n'y a plus personne. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gébé, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, 31 mars 1993&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est terrible de vouloir toujours être en contact avec les autres. J'aimerais bien faire un spectacle de vingt minutes dans lequel on proposerait toutes les solutions pour détruire les portables : avec un autocuiseur, un four à micro-ondes, une coulée de fonte. Ce serait un acte de violence agréable. On m'a dit qu'il y avait de faux portables : parler dans du plastique avec des fantômes, en revanche, ça devient très intéressant sur la détresse humaine. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Macha Makeieff, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 20 mars 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La vie est trop courte pour se passer des gens qu'on aime. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Carole Bouquet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Elle&lt;/i&gt;, 29 mars 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Paul, tu n'es pas là mais souvent il me semble que ton absence me chuchote dans le creux de l'oreille. Ça me tient compagnie.
&lt;br /&gt;Et là, ton absence me demande : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Esther, où est-ce que je suis ? Où est-ce que j'ai vraiment été, moi, moi-même, celui que je suis vraiment : Paul ? Je suis tellement perdu que je n'arrive plus à me retrouver...&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Et dans ma tête, moi je pense : c'est facile : tu étais et tu es encore dans ma foi, dans mon espoir et dans mon amour.
&lt;br /&gt;Et ton absence me demande encore : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce que je suis ton enfant, est-ce que je suis coupable, est-ce que tu peux me pardonner ?&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Et moi, dans ma tête, je te réponds : Tu as fait de ma vie un enchantement.
&lt;br /&gt;Et ton absence me demande : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cache-moi, protège-moi.&lt;/i&gt;&#8221; Et, comme Solveig, je te réponds : Dors, mon tout petit, dors... Toute la longue journée de la vie, nous l'avons passée à jouer, à courir, à chanter ensemble. Maintenant, mon enfant a besoin de se reposer. Alors ferme les yeux, mon p'tit gars, mon fiancé, mon amour. N'aie pas peur, ne crains rien parce que je veille sur toi...
&lt;br /&gt;Alors ton absence s'endort tout contre mon esprit.
&lt;br /&gt;Je te protège. Je pense à toi. Je t'embrasse.
&lt;br /&gt;Esther. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre d'Esther à Paul, Arnaud Desplechin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Depuis sa rupture avec Esther, Paul était hanté par l'idée qu'il ne l'avait jamais connue. Esther avait juste occupé pendant dix ans une place qui lui préexistait et qui lui survivrait. Ce cynisme involontaire lui semblait ruiner dix ans de souvenirs amoureux. Il n'avait donc aimé que lui-même...
&lt;br /&gt;&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je t'ai changé.&lt;/i&gt;&#8221; Avec cette seule phrase, Sylvia avait su lui rendre Esther, rendre Paul au monde. Bien sûr qu'il pouvait connaître autrui, puisqu'autrui le changeait. Peu importait son aveuglement.
&lt;br /&gt;Sylvia, qu'il n'avait vue qu'une dizaine de fois lors de rendez-vous clandestins, Sylvia que sa discipline adultère le forçait à ignorer les rares fois où il la croisait en compagnie de Nathan, Sylvia avait suffi à le changer ! Il se souvenait effectivement quel parfait imbécile il était avant qu'elle ne l'apprivoise. Si un tel miracle avait été possible avec un amour si ténu, c'était donc qu'Esther, elle, avait dû le changer du tout au tout ! Aujourd'hui il la quittait mais il la portait en lui d'une manière indélébile. Il serait toujours désormais &#8220;Paul qui fut dix ans avec Esther&#8221;. Le vieux Paul était mort. Il ne vivait donc pas pour rien. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La voix off en conclusion de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle&lt;/i&gt; d'Arnaud Desplechin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alfred de Musset, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On ne badine pas avec l'amour&lt;/i&gt;, II, 5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il est interdit au contrôleur de bavarder avec les distingués voyageurs. Mais que se passe-t-il si des interdits sont contournés, des lois transgressées, des avertissements de nature si délicate et philanthropique ignorés ? C'est fréquent. Une causerie avec le conducteur promet d'être une détente des plus charmantes et moi, justement, je sais presque toujours saisir une occasion de commencer une conversation amusante et fructueuse avec l'employé des tramways. Cela vaut la peine de ne pas respecter certains règlements, et tenter l'impossible pour faire parler les uniformes contribue au bien-être. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « En tramway », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Retour dans la neige&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Elle attrapait son verre et ses yeux se mouillaient de larmes. Je suis au regret de l'écrire aussi nettement, mais voilà, elle pleurait.
&lt;br /&gt;Les minutes passaient. Il s'agissait de très grosses minutes, très belles et très poussives, qui tombaient entre nous et prenaient comme du béton. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marie Desplechin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sans moi&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tu te tais, j'étais. Tu parles, je suis. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edmond Jabès&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vous voyez, vous refusez toute discussion sérieuse. Vous vous complaisez dans vos idées, d'où vous m'attaquez. Vous prétendez ignorer ce qui vous contrarie et vous me déniez toute crédibilité. (...) Vous craignez d'être entraînée dans un univers régi par une autre vérité. »
&lt;br /&gt;« Il ne peut y avoir que des versions différentes de ce qui s'est passé. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Howard Barker, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tableau d'une exécution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vos désespoirs et vos sourires me fascinent, pourquoi ne pas traquer une nuit la folie jusqu'au bout ? Je vous embrasse. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Grisélidis Réal, lettre à Jean-Luc Hennig, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Passe imaginaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Marcello et moi avons une amitié sans règles ni frontières, une vraie belle amitié fondée sur une totale et réciproque méfiance. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Federico Fellini parlant de Marcello Mastroianni&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Identité</title>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>

		<dc:subject>Altérité</dc:subject>

		<description>« Mon corps non plus n'est plus le même : je ne sais pas où j'ai lu que, tous les sept ans, nous renouvelons toutes les cellules de notre organisme. Aussi mes os, desquels j'aurais espéré une certaine persévérance et une certaine continuité, ne sont-ils même pas des présences fiables dans le temps. De l'astragale du pied au minuscule étrier de l'oreille, tous ces os grands et petits ont changé au cours des décennies. Aujourd'hui, il n'y a rien en moi qui soit identique à la Lucía d'il y a vingt ans. Rien, sauf mon (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Mon corps non plus n'est plus le même : je ne sais pas où j'ai lu que, tous les sept ans, nous renouvelons toutes les cellules de notre organisme. Aussi mes os, desquels j'aurais espéré une certaine persévérance et une certaine continuité, ne sont-ils même pas des présences fiables dans le temps. De l'astragale du pied au minuscule étrier de l'oreille, tous ces os grands et petits ont changé au cours des décennies. Aujourd'hui, il n'y a rien en moi qui soit identique à la Lucía d'il y a vingt ans. Rien, sauf mon obstination à me croire la même. Cette volonté d'être, c'est ce que les bureaucrates appellent l'identité ; ou les croyants, l'âme. Moi, j'imagine la pauvre âme comme une ombre s'entrelaçant poussivement à la gaze d'une toile d'araignée ; et cette ombre s'accrocherait avec des doigts transparents aux cellules vertigineuses de la chair (cellules véloces qui naissent et qui meurent à toute vitesse) en essayant de maintenir la continuité, de la même manière qu'un récipient, placé sous un robinet et plein à ras bord, impose au liquide une même forme, bien que l'eau qu'il contient soit toujours différente. Autrement dit, à bien y regarder, nous les humains ne sommes que des sortes de gargoulettes pleines à ras bord. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article68.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Rosa Montero&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fille du Cannibale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suis un obsessionnel volage. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Lejeune, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Signes de vie - Le pacte autobiographique 2&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On peut considérer que notre mémoire collective a été bien davantage celle de la représentation d'un corps en échange poreux avec le &#8220;cosmos&#8221;, comme avec le sacré, le diable - puisqu'à cette époque on croit que le corps peut être aussi bien le lieu du malin que celui de Dieu - ou le roi, nourrie de l'idée que l'on ne faisait partie que d'un seul corps. De nos jours, l'idée de la stricte séparation des corps, de leur individualisation, est complètement assimilée, mais il faut bien comprendre qu'elle n'est vieille que d'environ deux cents ans. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Arlette Farge, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quel bruit ferons-nous ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les identités fixes deviennent préjudiciables à la sensibilité de l'homme contemporain engagé dans un monde-chaos et vivant dans des sociétés créolisées. L'identité-relation semble plus adaptée à la situation. C'est difficile à admettre, cela nous remplit de craintes de remettre en cause l'unité de notre identité, le noyau dur et sans faille de notre personne, une identité refermée sur elle-même, craignant l'étrangeté, associée à une langue, une nation, une religion, parfois une ethnie, une race, une tribu, un clan, une identité bien définie à laquelle on s'identifie.
&lt;br /&gt;Mais nous devons changer notre point de vue sur les identités, comme sur notre relation à l'autre. Nous devons construire une personnalité au carrefour de soi et des autres. Une identité-relation, c'est une expérience très intéressante, car on se croit généralement autorisé à parler à l'autre du point de vue d'une identité fixe. Bien définie. Pure. Maintenant, c'est impossible. Cela nous remplit de craintes et de tremblements, et nous enrichit considérablement. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edouard Glissant, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt;, 31 décembre 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A travers le moi, tout se révèle, tout se réfléchit, tout s'exprime. Mais par rapport à ce dont il se fait ainsi le médium, le moi est-il autre chose que ce qu'est une vague sur la mer ? Elle se forme de très loin, enfle, monte, se précipite, elle explose, elle se brise ; et pourtant elle n'existe pas. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Simple médiation, le moi phagocyte une multitude de subjectivités différentes, s'assimile leur expérience, et compose sa propre personnalité d'imitations et d'emprunts qu'il fond en l'unité d'un style. Il faut entendre cette assimilation en un sens biologique : l'altérité s'y transmue en identité. C'est en imitant la singularité des autres que chacun construit son inimitable singularité. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'histoire de la Palestine a toujours été une histoire plurielle. Et le conflit qui nous oppose aux Israéliens, sur le plan conceptuel, tourne autour de cela. Eux voudraient que l'histoire de la Palestine commençât avec leur histoire, c'est-à-dire depuis les siècles où ils peuplèrent et régnèrent sur cette terre. Comme si l'histoire s'était cristallisée et qu'il n'y avait rien avant et rien après. L'Etat d'Israël d'aujourd'hui serait le prolongement naturel de cette période. Nous, nous pensons que l'histoire de la Palestine débute depuis qu'il y a des hommes, du moins les Cananéens. Et si elle se poursuit avec la période juive, et nous ne cherchons pas à le nier, l'histoire de la Palestine est plurielle. Elle englobe aussi bien les Mésopotamiens, les Syriens, les Perses, que les Egyptiens, les Romains, les Arabes, plus tard les Ottomans. Son histoire s'est peut-être faite dans la violence ; il n'empêche qu'elle est le fruit de la rencontre de tous ces peuples. Cette pluralité est une richesse. Et je me considère comme l'héritier de toutes ces cultures et ne me sens aucunement gêné de dire qu'il y a une part juive en moi. Je n'arrive pas à concevoir une possession exclusive de ce territoire. Je ne réponds pas aux Israéliens qui prétendent être dans le prolongement du royaume d'Israël que je suis le prolongement des Cananéens. Je ne cherche pas à dire que j'étais là avant eux, je dis seulement : je suis le produit de tout cela et je l'accepte et je l'assume. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, entretien à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 10-11 mai 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - Dans le monde arabe, l'antiaméricanisme charrie aussi de nombreux et puissants fantasmes : on attribue tous les maux aux Américains, à la CIA, ou aux Israéliens, pour s'exonérer de toute responsabilité.
&lt;br /&gt;- A qui le dites-vous ! Je passe mon temps à dire que nous, Arabes, ou musulmans, devons d'abord balayer devant notre propre porte. Malheureusement, chaque fois qu'un intellectuel comme moi analyse les responsabilités premières que portent les siens quant à leur malheur historique, son discours est immédiatement utilisé par les milieux et les médias anti-arabes. Il leur sert à nier toute responsabilité des Etats-Unis dans les problèmes des sociétés arabes. Bien sûr que ces fantasmes existent parmi les Arabes et les musulmans, et depuis le 11 septembre on assiste à une déferlante. Car ils émergent avec d'autant plus de vigueur que le moi est très malmené. Se voir nié produit des attitudes irrédentistes. &lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Les fantasmes existent de part et d'autre. Par exemple : &#8220;Les musulmans ou les Arabes sont culturellement incapables d'accéder à la modernité. Ils ont une propension naturelle à la violence.&#8221; Plus ceux-là subissent ces fantasmes, plus ils développent des fantasmes à rebours : l'Occident est corrompu, l'Amérique et Israël responsables de tous leurs maux. Le gros problème des sociétés arabo-musulmanes est qu'elles font face à des grandes puissances, à commencer par l'Amérique, qui les emprisonnent dans des stéréotypes. D'où la frustration, due au sentiment d'être prisonnier de la représentation de l'autre. Plus ils se sentiront diabolisés, plus ils tendront à démoniser l'autre.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;J'impute en premier lieu le déficit démocratique dans le monde arabo-musulman à la dynamique interne des forces de nos propres pays. Mais quand des universitaires américains me disent que mes analyses sont très importantes, c'est qu'à leurs yeux elles viennent renforcer leur conviction : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Arabes n'ont personne d'autre à blâmer qu'eux-mêmes.&lt;/i&gt;&#8221; C'est inacceptable. Beaucoup d'intellectuels américains font comme si l'Amérique était innocente de tout reproche, puisqu'elle est une démocratie. C'est ce que j'appelle le syndrome d'Athènes. (...) Athènes ne se préoccupait pas de savoir si Sparte était ou non acquise à la démocratie, tant qu'elle ne menaçait pas ses intérêts vitaux. L'essentiel pour Athènes la démocratique était de se protéger en dominant Sparte la non-démocratique. C'est ainsi que la démocratie se mue en son inverse dès qu'elle sort de ses frontières. La démocratie israélienne, &#8220;la seule du Moyen-Orient&#8221;, devient un argument pour justifier l'occupation des Palestiniens. La démocratie américaine devient un certificat de bonne conscience pour la défense des intérêts américains à l'étranger. C'est une traduction, à l'époque contemporaine, des arguments ressassés du colonialisme, mettant en avant sa modernité politique, économique et sociale pour justifier son emprise coloniale. Les valeurs de la démocratie deviennent alors identitaires, quasi raciales. C'est Berlusconi. La démocratie cesse d'être l'une des plus hautes valeurs de l'humanité, valable pour tous. Non, c'est une &#8220;valeur américaine&#8221;.
&lt;br /&gt;(...) Je souffre du déficit démocratique des sociétés arabes et musulmanes, et simultanément de l'incompréhension dont ces sociétés font l'objet en Occident, principalement aux Etats-Unis. Si j'étais antiaméricain, je ne serais pas resté vivre en Amérique. J'admire les réalisations occidentales en matière de libertés, dans la science et la culture. C'est pour nous, Arabes, une source d'inspiration, pourvu qu'on nous laisse y travailler à notre propre rythme et selon nos moyens, et que nos failles cessent de justifier des croisades contre nos sociétés. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Abdallah Hammoudi, professeur d'anthropologie à Princeton, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 8 janvier 2002. Propos recueillis par Sylvain Cypel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tôt ou tard, la découverte de son être propre métamorphose l'individu en brigand. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hakim Bey, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'art du chaos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je crois que le fait d'être extrêmement mal dans son corps, c'est quand même le regard des gens. Je crois que c'est l'éducation qui nous le donne et c'est la société qui nous entoure, c'est le regard porté, et ça, je ne suis pas seule dans ce cas. Moi qui fais tellement d'essais, je vois tellement de gens défiler, je vois bien qu'il n'y a que les enfants qui ont une conscience d'eux-mêmes qui est une conscience gracieuse. La plupart des gens sont assassinés sur place. La plupart, ça ne les rend même pas irréductibles parce qu'ils n'ont pas conscience d'être assassinés sur place. Parce qu'ils sont trop mal avec le fait que, quand ils entrent dans une pièce, ils se sentent mal, que quand on les regarde, ils ont le visage vidé de... comme s'ils avaient des poignards partout. Par exemple, ce qui est le plus difficile pour un acteur, c'est presque pas le gros plan dans lequel il pense qu'il y a un transfert amoureux de celui qui le regarde, qu'il a une valeur, mais le plan du corps, c'est-à-dire si on demande à un acteur de traverser une pièce et d'ouvrir une porte, c'est là qu'on voit à quel point il se sent mal. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Catherine Breillat, in « Moi et mon corps », numéro spécial des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 28 juillet 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suis un mélange de plusieurs choses, alors qu'aux Etats-Unis il ne faut avoir qu'une seule facette. Si tu es underground, tu es seulement underground, si tu es homosexuel, tu n'es qu'homosexuel, et moi je n'ai jamais voulu me laisser enfermer dans un ghetto, ni militer d'une façon outrée pour un seul aspect de ma personnalité. Je critique même la militance de certains groupes dont je suis censé être proche. Je ne participe pas, par exemple, au mouvement gay américain, je crois bien plus au métissage généralisé. Le problème de l'homosexualité est très réel aux Etats-Unis, mais les réactions de la communauté homosexuelle contre un film comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Basic Instinct&lt;/i&gt; témoignent d'un extrémisme identique à celui que cette communauté combat. Cette réaction des petits groupes contre certains films me semblent outrée et rend leurs objectifs très peu clairs. Que les homosexuels luttent contre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Basic Instinct&lt;/i&gt; me semble aussi farfelu que si tous les hôteliers du monde entraient en guerre contre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Psychose&lt;/i&gt; parce qu'on y voit un meurtre dans un hôtel. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pedro Almodovar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pedro Almodovar, conversations avec Frédéric Strauss&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Personne n'a le droit de se comporter à mon endroit comme s'il me connaissait. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Enfant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce pouvoir se donne souvent le nom d'universalité. L'assimilation comme méthode politique est un des produits de cette vocation culturelle des peuples latins : ceux-ci admettent volontiers que tous les hommes se ressemblent et se valent, mais dans la mesure où ils s'assimilent au peuple colonisateur, s'intègrent dans son histoire, se soumettent à ses valeurs et à ses autorités culturelles, et, bien entendu, où ils renoncent à leurs propres valeurs culturelles et spirituelles. C'est d'abord en réaction contre cette &#8220;assimilation&#8221; que les écrivains noirs francophones ont créé leurs oeuvres. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alioune Diop, fondateur de la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Présence africaine&lt;/i&gt;, novembre 1947&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Rêver de la personne que vous voudriez être revient à gaspiller la personne que vous êtes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si je ne peux me raconter à la première personne, réfléchir à ma guise, fouiller dans mon histoire, dans ma mémoire et dans mes rêves, dans mes délires et mes fantasmes, dire et me dédire, étaler mes interrogations, mes croyances et mes doutes au grand jour, les confronter à la critique bienfaisante, aux interrogations, croyances et doutes d'autrui, comment me soumettrai-je à la remise en question qui est pourtant la clef de toute marche en avant pour tendre, et c'est déjà beaucoup, vers la vraie liberté, qui est celle que l'on porte au fond de soi ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nina Hayat, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nuit tombe sur Alger la Blanche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je pense que l'identité est le fruit d'une volonté. Pas quelque chose donné par la nature ou par l'histoire. Qu'est-ce qui nous empêche, dans cette identité volontaire, de rassembler plusieurs identités ? Moi, je le fais. Etre arabe, libanais, palestinien, juif, c'est possible. Quand j'étais jeune, c'était mon monde. On voyageait sans frontière entre l'Egypte, la Palestine, le Liban. Il y avait avec moi à l'école des Italiens, des juifs espagnols ou égyptiens, des Arméniens, c'était naturel. Je suis de toutes mes forces opposé à cette idée de séparation, d'homogénéité nationale. Pourquoi ne pas ouvrir nos esprits aux autres ? Voilà un vrai projet. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward W. Saïd, « Ne renonçons pas à la coexistence avec les Juifs », interview au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 16 janvier 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'aime beaucoup Jean-Paul Sartre. Et surtout cette idée selon laquelle tout le monde joue la comédie : le garçon de café joue au garçon de café, le flic au flic et moi au sans-papiers, puisque c'est la peau qu'on m'a mise sur le dos. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ababacar Diop, interview au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 16 janvier 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« 1895, année particulière : naissance du cinéma, émergence de la psychanalyse et découverte des rayons X. Une année, écrit Monique Sicard, historienne au CNRS, qui a changé le regard des hommes sur eux-mêmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Boujut, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La promenade du critique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je crois que mon choix de devenir actrice n'est pas étranger à mon désir de confession. Or, on ne confesse pas sa beauté ou sa perfection, mais ses faiblesses et ses défauts. J'aime aller vers ce qui me fait honte. Dans ma vie personnelle aussi, je ne me donne pas le droit de me mettre en valeur. Je peux être très bien habillée, mais il y aura toujours un truc qui cloche. C'est ma manière à moi d'être vivante.
&lt;br /&gt;- N'est-ce pas aussi une manière de ne pas entrer en rivalité avec votre soeur Carla Bruni, top model ?
&lt;br /&gt;- Dans ce cas, en contrepartie, elle aurait cédé, du moins en apparence, sur sa sensibilité et son émotivité. Mais je n'aime pas faire ce genre de théories : elles sont toujours trop réductrices, même s'il peut y avoir quelque chose de vrai. Les choses sont tellement plus complexes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Valeria Bruni-Tedeschi au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouveau Quotidien&lt;/i&gt; (Lausanne), 14 août 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Henri Michaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Politique</title>
		<link>http://peripheries.net/article30.html</link>
		<dc:date>2006-02-04T21:28:00Z</dc:date>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>


		<description>« &#8220;Arbeit macht frei&#8221; : le travail libère. C'est la phrase écrite à l'entrée du camp d'Auschwitz. Et c'est malheureusement le slogan choisi par Tommaso Coletti, président de la province de Chieti, pour les dépliants et les encarts publicitaires vantant les Centres pour l'emploi. &#8220;Le travail rend libre. Je ne me souviens pas où j'ai lu cette phrase, écrit M. Coletti dans la publicité, mais c'est une de ces citations qui vous frappent immédiatement parce qu'elles renferment une immense vérité.&#8221; (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Arbeit macht frei&lt;/i&gt;&#8221; : le travail libère. C'est la phrase écrite à l'entrée du camp d'Auschwitz. Et c'est malheureusement le slogan choisi par Tommaso Coletti, président de la province de Chieti, pour les dépliants et les encarts publicitaires vantant les Centres pour l'emploi. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail rend libre. Je ne me souviens pas où j'ai lu cette phrase&lt;/i&gt;, écrit M. Coletti dans la publicité, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais c'est une de ces citations qui vous frappent immédiatement parce qu'elles renferment une immense vérité&lt;/i&gt;.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Repubblica&lt;/i&gt;, Milan, reproduit dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier international&lt;/i&gt; du 7 septembre 2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est à cause de cela que l'on se révolte : parce que l'on voit ou parce que l'on pressent d'autres réels possibles, pensables, praticables, à côté ou au-delà de ce qui envahit le champ de vision de la plupart. Il ne faut jamais s'en laisser conter par ce qui a l'air d'être là. Par &#8220;La&#8221; réalité : ce singulier est singulièrement totalitaire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[mari&lt;-]&lt;a href=&quot;http://www.mettis-editions.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/mari.jpg' width='100' height='149' style='float: right; border-width: 0px; width:100px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_654 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;« Parler d'un &#8220;sentiment de malaise&#8221; est même insuffisant, en ce qui me concerne : l'irréalité de bien des discours actuels, leur vide articulé en grossière satisfaction, leur volontarisme incapable de duper quiconque, leur mélange d'humanisme ranci et d'abstraction technicienne, m'inspireraient plutôt des bouffées de violence. Hommes politiques, notoriétés médiatiques, figures de l'intelligentsia, chefs d'entreprise, les cibles sont malheureusement innombrables. (...)
&lt;br /&gt;J'y insiste, ce processus d'irréalisation ne peut qu'alimenter des gisements de colère et de violence déjà considérables. Chez les inclus comme chez les exclus du système. D'autant que cette violence et cette colère n'ont plus du tout la possibilité de s'inscrire dans un imaginaire vengeur qui en atténuerait un peu la pression. Les sociétés qui nous ont précédés ont toujours pu tabler sur un certain &#8220;jeu&#8221; du monde et des événements qui ne laisserait pas les scandales impunis. La donne était mouvante, les coups fulgurants possibles à tout moment. On pouvait croire, et raisonnablement espérer, qu'un jour ou l'autre le châtiment allait fondre sur des discours et des pratiques qui inspiraient une énorme rage rentrée. La bourgeoisie grasse et philistine de l'époque de Napoléon III a été frappée de multiples manières : par la guerre de 1870, par Rimbaud, par Lautréamont. Devant le tribunal des siècles, elle ne s'en est pas relevée. Je pense également à ce que Jean-Luc Godard, un jour, avait développé avec beaucoup d'acuité : l'une des raisons de l'irruption de la Nouvelle Vague, disait-il, c'est qu'il n'était plus possible de parler comme dans les films français d'après-guerre, et que ces intonations grasseyantes, ces articulations soignées, cette rhétorique désuète étaient trop acoquinées avec les turpitudes d'un pays couché devant l'ennemi. En quelques répliques, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau et Jean-Pierre Léaud ont réglé son compte à une &#8220;façon de parler&#8221; qui était aussi une attitude morale et politique. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui, ce ressort de nos sociétés qui permettait de spéculer sur des foyers de &#8220;châtiment&#8221; fonctionne encore. J'ai peur que l'irréalité dont nous parlons ne demeure à jamais impunie, tout simplement parce que chacun trouve son compte à en intérioriser les mécanismes. Se faire agent d'irréalisation permet de conquérir un micro-pouvoir et de singer les &#8220;importants&#8221;... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article62.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Pierre Mari&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le côté du monde&lt;/i&gt;, conversations avec &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article173.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Jean Sur&lt;/a&gt;, éditions &lt;a href=&quot;http://www.mettis-editions.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Mettis&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Même si ce discours de haine de l'utopie n'est pas vraiment connu, il est néanmoins présent, il fonctionne de façon quasiment anonyme et d'autant plus qu'il a été réactivé par la critique du totalitarisme, qui n'hésite pas à identifier de façon abusive utopie et totalitarisme. La présupposition à la base de cette accusation est une identification entre le mythe de la société réconciliée et l'utopie. Or c'est bien mal connaître l'utopie, car dans la diversité de ses traditions, on peut rencontrer des utopies où est soigneusement préservée la pluralité de la condition humaine, au point de conjurer le fantasme de la société homogène et une, chez Fourier par exemple. D'un point de vue historique, il en va de même. Prenons le cas de l'Union soviétique, on remarque que tout ce qui pouvait avoir une valeur d'utopie a été liquidé, que ce soient les idées sur l'émancipation sexuelle ou l'éducation des enfants. Il faut plutôt penser une scène agonistique entre le totalitarisme et l'utopie : quand l'utopie décroît, le totalitarisme croît. Quant au nazisme, mieux vaut refuser d'en discuter. Le nazisme n'a rien à voir avec l'émancipation, ni avec l'utopie. Scandaleuse dans &lt;a href=&quot;http://expositions.bnf.fr/utopie/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;l'exposition sur l'utopie&lt;/a&gt; était la présentation du nazisme au motif qu'il aurait conçu une utopie du corps. Encore faudrait-il apprendre à distinguer entre utopie et mythe. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Miguel Abensour, entretien à la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.mouvements.asso.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Mouvements&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, « Le nouvel esprit utopique », no 45-46&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est bien de clamer qu'on défend la liberté d'expression. Mais ce n'est pas suffisant. Comme la liberté de pensée, celle du journaliste ne peut en aucun cas être tribale, collective, moutonnière. Par essence, elle est solitaire. Elle se méfie des consensus et des idéologies ou des &#8220;contre-idéologies&#8221; invisibles. Elle fait un pas de côté. Elle procède de la dissidence. Elle s'obstine à dire ce qu'on tait, à vendre la mèche, à rire des conformismes. Elle est incorrecte. Qu'est-ce à dire ? Qu'il n'est pas très difficile - même si c'est parfois héroïque - d'avoir l'esprit libre face à un adversaire ou une menace politique. Il est bien plus compliqué d'être libre à l'égard des siens, des proches, des amis, des gens de son camp ou de sa tribu. Hurler avec les loups est facile. La vraie liberté, ce n'est pas cela. (...) Il s'agit donc d'apprendre, jour après jour, à se libérer des prudences tribales, à refuser la douce injonction des amis, à s'écarter des tiédeurs de la troupe. Il faut rompre avec ce que les Grecs appelaient la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;doxa&lt;/i&gt;, c'est-à-dire l'opinion majoritaire. Ce n'est pas si facile. L'opinion dominante, c'est comme une vapeur qu'on respire, une tanière. C'est aussi une intoxication indolore. Elle tord le vocabulaire, piège les mots eux-mêmes. C'est ainsi qu'écrivent les perroquets. Ils sont foule, comme on le sait, dans la profession. Face à eux et à ces mille injonctions conformistes, il y a des gens plus têtus. Ceux que les pressions du groupe et de l'air du temps ne parviennent pas à mettre au garde-à-vous ; ceux qui n'étaient pas marxistes quand c'était la mode (années 1960), gauchistes quand il le fallait (années 1970) et néolibéraux bon teint comme tout le monde (aujourd'hui). (...) La vraie liberté d'expression n'est pas un discours grandiloquent. C'est un sport de combat. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Claude Guillebaud, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 9 mars 2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vous devez vous battre. C'est la seule conclusion que je puisse tirer, confronté à l'érosion redoublée de notre liberté de débattre de la question du Moyen-Orient. L'exemple le plus récent - et aussi le plus honteux - est la lâche décision du New York Theatre Workshop d'annuler la splendide production, par le Royal Court, de la pièce &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mon Nom est Rachel Corrie&lt;/i&gt;. Il s'agit de l'histoire - écrite par elle-même : ce sont ses mots, ce sont ses courriers électroniques - de cette courageuse jeune Américaine qui était allée à Gaza pour protéger des Palestiniens innocents et qui se tint debout, seule, face à un bulldozer israélien, essayant d'empêcher son conducteur de détruire une maison palestinienne. Le bulldozer lui est passé sur le corps, après quoi il a fait marche arrière pour l'écraser une deuxième fois. &#8220;J'ai le dos brisé&#8221;, eut-elle le temps de dire, avant de mourir. Bien qu'héroïne américaine, Rachel n'a reçu aucun bon point de la part de l'administration Bush, qui ne cesse pourtant pas une minute de faire tout un tapage autour de la liberté à reconquérir contre l'oppression. Le courage de Rachel n'était pas de bon aloi, et elle défendait la liberté du mauvais peuple. Mais quand j'ai lu que James Nicola, le soi-disant &#8220;directeur artistique&#8221; du New York Theater Workshop - il ne faut surtout pas oublier les guillemets, quand on cite son titre usurpé - avait décidé d'&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ajourner&lt;/i&gt;&#8221; la pièce &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sine die&lt;/i&gt;&#8221;, au motif (ami lecteur, respirez un bon coup) que &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;notre planning de pré-production et nos conversations et nos débats, dans nos diverses communautés&lt;/i&gt; (sic) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;new-yorkaises, ce que nous avons entendu dire, c'est qu'avec la maladie de Sharon et l'élection du Hamas... nous étions confrontés à une situation extrêmement délicate&lt;/i&gt;&#8221;, je ne savais plus si je devais éclater de rire, ou bien pleurer... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Fisk, « &lt;a href=&quot;http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=4449&amp;amp;type=analyse&amp;amp;lesujet=Victimes%20ISM&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Erosion de la liberté d'expression&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Independent&lt;/i&gt;, 11 mars 2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Une société peut (...) se permettre de sacrifier aux rites de la démocratie chaque fois que cela ne porte pas atteinte aux intérêts des puissants, mais ses dirigeants savent bien qu'elle changerait de visage si la démocratie était libérée de ses entraves. Voilà bien le danger. Pour tenter de l'écarter, il faut convaincre le grand public que, en dépit d'incontestables déficiences, la société libérale avancée est quand même plus agréable à vivre que tout autre modèle existant de par le monde. Aucun effort ne sera donc négligé pour dénoncer les tares - ostensibles, éclatantes - des autres systèmes. Et pourquoi pas, si un exercice aussi salubre ne détourne pas le regard des tares du système dans lequel on vit ? Mais la critique se porte plus volontiers sur autrui que sur soi et finit par donner un caractère anodin et bénin aux injustices commises chez soi.
&lt;br /&gt;Nous sommes ici, en Europe. Et c'est ici que nous pouvons nous battre, à l'intérieur même d'un système qui, dans ses propres frontières comme, par de multiples ramifications, bien au-delà de ses limites géopolitiques, n'a rien d'innocent. Les pouvoirs constitués ont mobilisé, à leur service, une nuée de compétences, d'intelligences - et aussi, de plus médiocres talents - pour entretenir et développer les mécanismes qui accaparent la richesse, la distribuent inégalement, nourrissent les privilèges, cultivent la corruption, sympathisent avec les dictatures, exploitent des centaines de millions de misérables, accumulent les ranc&#339;urs, les désespoirs et les haines, préparent l'explosion qui demain emportera tout ce que les hommes au pouvoir prétendent conserver.
&lt;br /&gt;Il est grand temps de procéder à des révisions radicales si l'on veut conserver ce à quoi nous sommes le plus attachés : libertés individuelles et publiques, pluralisme philosophique et politique, mode de vie, etc., toutes choses qui seraient irrémédiablement compromises si l'on s'agrippait à leurs formes extérieures plus qu'à leur contenu, à leurs apparences plus qu'à leur signification. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Claude Julien, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/JULIEN/12497&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le devoir d'irrespect&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juin 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Au bout du compte, le choix de celui qui écrit dépend de son tempérament plus que de ses analyses. Et souvent les précède. Voilà qui fournira une belle occasion de s'indigner ! Car, s'il en est ainsi, la réflexion n'aurait donc d'autre rôle que de servir d'obscures passions en les habillant d'arguments suffisamment élaborés pour leur fournir une indispensable parure de respectabilité ? Mais, à affirmer le contraire, on avancerait une insoutenable prétention : tout, la culture acquise, la somme des connaissances, la faculté de discernement, l'aptitude à trier, peser, jauger, apprécier, la subtile combinaison de l'intelligence et de la sensibilité, tous ces ingrédients qui nourrissent la pensée et concourent à l'écriture fonctionneraient avec l'implacable précision d'une machine, la rigueur d'une science excluant tout risque d'erreur mais aussi et surtout ignorant toute éthique, bref la raison raisonnante qui serait l'unique garante de toute sagesse, de toute vérité, de toute vertu.
&lt;br /&gt;(...) &lt;br /&gt;L'activisme n'a jamais constitué le meilleur moyen de s'inscrire utilement dans les débats contemporains. Se lancer au c&#339;ur de la mêlée ne garantit nullement que l'on sera présent à l'histoire, se replier dans une tour d'ivoire n'est pas nécessairement une trahison. Bien au contraire, la tentation en devient de plus en plus forte, et de plus en plus justifiée, au fur et à mesure que s'emballe la machine à broyer l'humain. A l'extrême opposé s'offre une autre possibilité, choisie par le plus grand nombre : le contemplatif a les mains propres, mais il n'a pas de mains - acceptons donc de nous salir les mains en entrant dans la bagarre où, après tout, nous ne ferons pas plus mal, et peut-être mieux, que d'autres. L'important devient alors de bien choisir sa place dans le déploiement des forces, de se porter sur les positions sensibles où se décidera l'issue des affrontements.
&lt;br /&gt;Désir d'efficacité ? Sans doute, mais aussi vanité de se savoir actif aux points stratégiques vers lesquels se portent tous les regards. Occuper une place importante, jouer un rôle : cette ambition paraît légitime, elle conduit pourtant aux pires errements. Car, inexorablement, elle entraîne l'individu vers les lieux de pouvoir où règne une autre logique que celle de l'intellectuel et de l'écrivain. Le vrai, ici, change de définition : est vrai ce qui réussit, tout le reste n'est que creuse songerie, tout juste bonne pour quiconque a choisi d'écrire au lieu d'agir, en se persuadant de surcroît qu'écrire c'est agir.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;En dehors du contemplatif, moins détaché qu'on ne le croit, et de l'ambitieux, fourvoyé, il reste un seul autre modèle possible : celui de l'intellectuel qui ne se propose pas de laisser un nom dans les chroniques, qui n'a même pas l'illusion de peser sur l'évolution des idées et des événements. Et qui malgré tout se bat, fût-il convaincu d'avance de perdre son combat. On le dira modeste, désintéressé : c'est pourtant lui qui atteint les sommets de l'orgueil et de la plus haute ambition, alors que tant d'autres s'égarent dans les marais d'une banale vanité. Pis : on le dira idéaliste, rêveur, accroché à une chimère, alors que, dédaignant la mousse qui pétille dans les salons, il s'attache à des réalités que les hommes de pouvoir ne savent pas ou ne veulent pas voir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Claude Julien, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/JULIEN/12497&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le devoir d'irrespect&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juin 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Comme ils ont en poche les clefs des prisons
&lt;br /&gt;Et qu'ils font métier de mentir
&lt;br /&gt;Ils s'appellent les réalistes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marcel Martinet, « Ce soir... », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Temps maudits&lt;/i&gt; (1917), publié dans la revue &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/revuemarginales/marginalesn5/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marginales&lt;/i&gt; numéro 5&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai suivi de près l'évolution qui a conduit les entreprises nationales de la logique de moyens, ressort du service public, à la logique de résultats, perspective purement financière. Ce qui, dans la logique de résultats, a séduit une génération de dirigeants, c'était moins l'idéologie libérale, à laquelle la plupart n'avaient pas accès, que la manière dont elle faisait écho à leurs angoisses et s'accordait avec leur volonté de puissance. L'exaltation de la compétition, l'infantilisme de l'équipe soudée et prête au combat, une sorte de scoutisme cruel leur étaient d'excellents alibis pour oublier leur immaturité et fuir leurs problèmes les plus brûlants. Ces faibles aimaient les mots d'ordre. Ils aimaient aussi privilégier les chiffres, les statistiques, toute cette vêture mathématique qui protégeait déjà leur adolescence de l'air trop frais des passions et de la liberté. L'entreprise leur donnait du pouvoir en leur rendant leurs quinze ans : les malheureux n'y résistaient pas, ils s'y grillaient tout vifs. Sort que veulent éviter leurs successeurs, qui travaillent parce qu'il faut bien vivre, mais en laissent beaucoup plus qu'ils n'en prennent. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche22.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 22&lt;/a&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Elle alluma une bougie.
&lt;br /&gt;Dans son visage replâtré s'ouvraient des yeux d'une immense bonté.
&lt;br /&gt;Longuement elle me dévisagea.
&lt;br /&gt;Puis, comme si elle extrayait chaque mot des profondeurs de son être, elle articula très lentement ceci : Je suis en relation télépathique avec le passé et je vais mettre en mouvement mon énergie fluidique pour visiter le vôtre. C'est ma façon, Monsieur, de résister au libéralisme.
&lt;br /&gt;Je me dis que j'étais tombé sur une dingue, et songeai à m'enfuir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lydie Salvayre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La méthode Mila&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Lorsqu'André Glucksman préconise de ne pas chercher à comprendre le terrorisme, il a néanmoins le mérite de la cohérence. Cela fait longtemps, pour ce qui le concerne, qu'il semble y avoir renoncé. Il est, en revanche, moins cohérent lorsqu'il s'applique de façon sélective les critères qu'il a lui-même définis. Son engagement en faveur de la résistance tchétchène est respectable. Mais pourquoi fait-il de ce conflit une exception historique ? Pourquoi, dans ce cas particulier, profère-t-il que le terrorisme est le fruit de conditions politiques et pourquoi n'étend-t-il pas ce jugement aux Palestiniens ? Après la sanglante prise d'otages dans une école de Beslan en Russie par un groupe tchétchène, il écrivit : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le calvaire de la Tchétchénie relève de deux critères : trois siècles d'oppression ont créé la rébellion. La sauvagerie de la dernière guerre favorise le terrorisme.&lt;/i&gt;&#8221; Il aurait pourtant pu appliquer grosso modo le même raisonnement au terrorisme palestinien. Pourquoi ne l'a-t-il jamais fait ? Le terrorisme obéirait-il à la théorie de la prédestination ? Y aurait-il des individus (ou des peuples) qui seraient destinés à devenir des terroristes dès leur naissance ? Dans ce cas, effectivement, nul besoin de réfléchir aux causes.
&lt;br /&gt;Mais comment expliquer dans ces conditions que, si l'on circonscrit le terrorisme au fait musulman, longs sont les temps durant lesquels l'islam n'a produit aucun acte terroriste ? Comment expliquer, si les Palestiniens sont par nature terroristes, qu'il fut des périodes où ils n'ont pas eu recours aux attentats pour se faire entendre ? Ceux qui interdisent de chercher à comprendre le terrorisme, au risque de l'excuser, veulent en fait nous entraîner dans l'impasse d'une solution purement militaire. Si certains peuples sont par essence voués à la violence terroriste, si le recours à ces méthodes n'est pas le fruit de circonstances politiques, alors il est inutile d'en chercher des raisons et de tenter d'y apporter des solutions politiques. Le seul horizon est celui d'une victoire militaire totale. Or, le bon sens et la raison le dictent avec force : on ne naît pas terroriste, on le devient, et ceci est vrai sous toutes les latitudes. Et dire cela n'implique en rien un esprit &#8220;munichois&#8221;, ni quelque complaisance que ce soit à l'égard du terrorisme. Mais pour ceux qui, tout en se disant favorables à la paix, se refusent à condamner l'occupation militaire et la répression armée, il est plus confortable de blâmer sans expliquer, s'évitant ainsi de risquer à la lumière du débat public leurs contradictions propres. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pascal Boniface, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/article1294.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Vers la quatrième guerre mondiale ?&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ces changements de vocabulaire font violence à la pensée et à la création. Lorsque des experts expliquent que l'économie actuelle et la mondialisation sont &#8220;incontournables&#8221; sans rien préciser d'autre, c'est en fait d'une extrême violence. &#8220;Incontournable&#8221;, voilà un des mots clefs qui somment celui qui les reçoit de rester immobile. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Arlette Farge, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quel bruit ferons-nous ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si vous me demandiez de définir d'un mot ce que je suis, je dirais : &#8220;communiste&#8221;. La démocratie libérale, qu'Alain Badiou appelle le capitalo-parlementarisme, ne peut fonctionner &#8220;pacifiquement&#8221; que par la fragmentation. Fragmentation du corps social éclaté en consommateurs individuels, en entrepreneurs d'eux-mêmes ; fragmentation du corps humain en organes indépendants par une médecine victime de son asservissement à toutes sortes d'industries ; fragmentation de l'information, répartie en rubriques étanches par les journalistes du maintien de l'ordre. Sans compter les bombes à fragmentation, spécialement étudiées pour les populations civiles. Se dire communiste, à mon sens, c'est travailler au déblaiement de ce champ de décombres pour pouvoir y construire du commun. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eric Hazan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Faire mouvement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La politique est davantage affaire de formes de vie que de prise de pouvoir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eric Hazan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Faire mouvement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De même que sous le régime colonial, la France a autrefois construit des distinctions entre les populations indigènes, les a dressées les unes contre les autres - la loi Crémieux, qui donnait aux juifs algériens la nationalité française en 1871, en est un bon exemple -, de même, dans la France d'aujourd'hui qui reste un Etat colonial, on parle des &#8220;ravages du communautarisme&#8221; en utilisant un discours faussement universalisant. Pourquoi quelqu'un comme moi, dont les parents ont été naturalisés en 1946, n'est-il pas considéré comme un immigré de la deuxième génération ? Comment les descendants d'immigrés des anciennes colonies ne seraient-ils pas amers de voir que l'on distingue l'antisémitisme des autres formes de racisme ? Cette distinction s'appuie sur une histoire dont les descendants de colonisés ne sont pas responsables, à savoir la collaboration française au nazisme. Il faut voir dans tout cela une volonté de séparer des minorités dont l'alliance serait une menace pour l'ordre existant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eric Hazan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Faire mouvement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Guy Braibant, l'un des pères fondateurs de la Charte des droits fondamentaux, hésite encore à voter &#8220;oui&#8221; le 29 mai et s'en explique dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Croix&lt;/i&gt; (14 avril) : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas la Charte initiale qui est incluse dans la Constitution&lt;/i&gt; (...)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;. Des termes&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ont été modifiés, en sorte que la portée des droits sociaux qu'elle contenait a été atténuée, assure cet ex-président de la section des Etudes au Conseil d'Etat. Nous avions fait de ces droits (droit à la santé, au logement, au travail, etc.) des obligations s'imposant aux Etats ; dans la nouvelle rédaction, ce ne sont plus que des possibilités.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;, 21 avril 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les Etats membres doivent continuer à réformer leurs marchés du travail et leurs systèmes de protection sociale afin de développer la flexibilité. Ces politiques économiques ne devraient pas donner lieu à un affrontement droite-gauche. Pour certains, le simple fait de parler d'ouverture des marchés et de libéralisation donne une mauvaise réputation à la Commission. Cela sonne comme un programme de droite ou cela rentre en contradiction avec l'objectif du développement durable. Nous ne devrions pas être des dogmatiques du marché, mais quand même, nous devons reconnaître que, dans beaucoup de situations, les marchés ouverts à la concurrence sont les meilleurs moteurs de croissance économique que l'expérience humaine a permis d'identifier. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce extérieur (succédant à Pascal Lamy), discours programmatique à Stockholm, 15 février 2005, rapporté par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanité&lt;/i&gt;, 18 février 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libre&lt;/i&gt;, Nicolas Sarkozy explique comment il s'adapte aux &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;exigences parfois castratrices de la société médiatique&lt;/i&gt;&#8221;. Il a compris depuis longtemps que &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;seule passe la mesure concrète, simple, immédiatement compréhensible.&lt;/i&gt;&#8221; (...) &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'intelligence et la tolérance n'y trouvent pas toujours leur compte. Mais la réalité est ainsi faite...&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 17 novembre 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce réel nous dit que tout ce qui est lancé en pâture à l'opinion publique ne repose en réalité pas sur des bases réelles et véritables. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ernest-Antoine Seillière, conférence de presse au Medef, 15 mars 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour les militants, tout est ici ; pour les esthètes, tout est ailleurs : deux facilités tristes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche17.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 17&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans d'admirables textes de Tchouang-tseu, des charrons ou des cuisiniers parlent avec tant de profondeur de leur métier et des découvertes qu'on peut faire en construisant une roue ou en découpant un b&#339;uf qu'on ne s'étonne pas de les voir traiter d'égal à égal avec l'empereur, qu'ils interpellent sans le moindre esprit de flagornerie : le niveau de langage et le degré d'être que supposent de telles conversations rendent cette simplicité toute naturelle. Quand la musique est belle, tous les hommes sont égaux. Impossible aujourd'hui. Les travailleurs, me dit un ami, sont devenus des accessoiristes. La compétence première exigée dans une entreprise, celle à laquelle sont subordonnés tous les apprentissages et toutes les qualités, c'est l'obéissance, généralement désignée par un euphémisme : le savoir être. Encore y a-t-il des degrés dans l'art d'obéir. La servilité trop marquée ne convient pas. Un bon esclave ménage la susceptibilité de son maître ; une image de négrier blesserait sa délicatesse. L'obéissance doit être prévenante, active, participative. Les plus habiles, qui savent à quel instant il conviendra de reculer et de présenter leurs excuses, la nuancent d'un simulacre de contestation qui confirme au seigneur la supériorité des valeurs démocratiques. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche17.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 17&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le travail intellectuel n'est pas celui du tribunal, pas celui de l'infirmerie, pas celui de l'école, pas celui du chantier. Il consiste à mieux comprendre quelle partition nous a été attribuée dans l'opéra fabuleux, et à la jouer, même si elle tient en trois mesures. Le reste est vieillerie dont on se raconte, pour ne pas l'envoyer au tri sélectif, que ça peut encore servir... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche17.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 17&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si vous les entendiez parler de la &#8220;réalité&#8221; qu'il faut regarder en face ! Ils ont une espèce de plaisir de la bouche et des mains à vous répéter qu'ils sont prisonniers comme vous, qu'il n'y a pas de choix, qu'il faut s'adapter, que personne ne peut rien contre. Je vous assure : le mot que j'ai fini par vomir, c'est bien &#8220;réalité&#8221;. Il a trop servi à tout tordre et dans tous les sens. Leur &#8220;réalité&#8221;, ça n'est qu'une manière de nous angoisser chaque jour un peu plus. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Mari, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résolution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Chacun a les &#8220;lieux communs&#8221; qu'il mérite : si la négation se fige en formules toutes faites, voire en banalités, c'est que le creusement n'a pas été assez loin, et que toutes les épaisseurs remuées n'auront servi qu'à donner un peu de piquant à la soumission quotidienne - à la colorer d'un semblant de vitalité. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Mari, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résolution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui me rappelle une histoire qui s'est passée un vendredi d'octobre 1987. Ce matin-là, tous les médias avaient annoncé que le plus grand krach boursier des six dernières décennies venait de commencer. Petit à petit, des milliers de gens venus de tous les coins de New-York confluèrent sur Wall Street. Sans trop comprendre, les policiers observaient cette masse immobile levant le nez au ciel. Jusqu'à ce que l'affaire s'éclaircisse. Tous attendaient que les premiers brokers désespérés se jettent par les fenêtres. Les images de 1929 étaient dans toutes les mémoires, et nul ne voulait rater l'événement en direct. La dépression des uns fait la joie morbide des autres. Certes, une crise financière n'aurait pas amélioré le sort des petites gens, du moins ne voulaient-ils pas rater le spectacle consolateur des maudits yuppies s'écrasant sur le bitume. La foule attendit longtemps sans que rien ne se passe. Et peu à peu, une rumeur circula : il n'allait rien se passer. Personne n'allait se défenestrer. Car depuis que la climatisation existe, il n'est plus possible d'ouvrir aucune fenêtre à Wall Street. Le petit peuple déçu rentra chez lui. Probablement pensèrent-ils : Foutre, même les joies les plus simples de l'existence sont gâchées par la technique moderne. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Guillaume Paoli, cofondateur des « &lt;a href=&quot;http://www.interdits.net/2003mars/chomeurs.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Chômeurs heureux&lt;/a&gt; », « Ne vous laissez pas aller », conférence à la Volksbühne (Berlin) dans le cadre du cycle « Capitalisme et dépression », mars 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Devant lui, des milliers de dos. Derrière lui, des milliers de visages. Il a oublié, ils ont tous oublié qu'il existe dans ce pays des milliers de personnes, et à l'intérieur de chacune de ces personnes vivent des cris, un tumulte qui se multiplie et donne son rythme à la marche. Mais il y a aussi un monde de silences, et nul n'entend le silence de l'autre. C'est pourtant ça l'idée qui le fait marcher. A chaque dos, à chaque visage il a envie de dire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;je veux entrer dans ton silence&lt;/i&gt;. Le bruit est la chose la mieux partagée, mais le silence, là où ça se noue à l'intérieur de toi, là où tu saignes du dedans comme un arbre qui ne donne pas à voir le travail du temps, le vide intérieur qui le fait soudain s'écrouler alors que tous le croyaient debout pour l'éternité ! &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je veux entrer dans ton silence.&lt;/i&gt; A dix heures la foule a tourné dans la grande avenue où le premier barrage de police attendait. Et l'étudiant a pensé que l'on pouvait crier ensemble, mais qu'à la fin des fins chaque homme meurt avec son silence. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lyonel Trouillot, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bicentenaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Juppé, Papon, Chirac, Le Floch-Prigent... Tous ces grands malades à immunité systématique nous montrent la voie : soyons fous, exigeons l'impossible et vivons tous aux frais de la princesse ! Et si un jour la princesse en a sa claque d'être mise au tapin par cette bande de sinistres maquereaux, elle reconnaîtra en nous non pas des ennemis, mais des explorateurs. Parce que nous, princesse, on t'aime pour de bon ! Ensemble, nous saurons dilapider les richesses avec bien plus de panache que ces tocards, parce que nous n'avons pas perdu le sens du partage. Nos 14 juillet ne seront plus témoins de mornes défilés de Gardes Suisses montés sur char d'assaut, mais de la destruction d'au moins une bastille par an. Comme dit si bien la Française des Jeux, &#8220;celui qui joue pas, il gagnera jamais&#8221;. Alors jouons, princesse. Jouons à vivre peinards. Jouons à leur faire peur. Jouons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Arraitz, « &lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=221&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Achevons l'Unedic, et chômons peinards !&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mai 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De grandes affiches dans Paris : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Solidays, 40 concerts, 200 artistes&lt;/i&gt;&#8221; : un vaste mouvement de solidarité mais sans qu'on sache clairement avec qui. C'est un aboutissement logique pour cette notion plus que suspecte : bien tranquille sur son balcon, on regarde les bagarres en bas dans la rue et on choisit d'être solidaire du PSG, ou contre le sida. Je ne me sens pas solidaire des journalistes qui font la grève de la faim au Maroc, ni des gamins karennis qui s'entraînent à la mitrailleuse dans le nord de la Birmanie, ni des inconnus qui attaquent les convois américains en Irak, ni des universitaires américains qu'on chasse de leur poste, ni de la maman palestinienne qui attend avec son bébé malade que le soldat du checkpoint décide si elle peut passer. Je ne me sens pas solidaire d'eux, je me vois dans le même camp dans la guerre civile, ce qui est bien différent. On ne saurait être solidaire de soi-même. Baudelaire, quand il s'adresse aux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Petites Vieilles&lt;/i&gt; - &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères !&lt;/i&gt;&#8221; - n'exprime aucune solidarité : il est des leurs et sa vraie position politique est là. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eric Hazan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique de la guerre civile&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Altermondialisme ? L'autre monde, il y a deux mille ans qu'on essaie de nous le vendre. Nous, c'est celui-ci que nous voulons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eric Hazan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique de la guerre civile&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Même pas percuté que ça tombait le même jour. Et pour ma femme, au moins, je suis sûr que c'est moi qui l'ai choisie... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un Algérien qui se marie le jour de l'élection présidentielle, rapporté par Florence Aubenas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 8 avril 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous, les Occidentaux, nous ne nous appartenons déjà plus et c'est en vain que nous tentons de te conjurer, adorable fléau, trop incertaine délivrance ! Dans nos villes, les avenues parallèles, dirigées du Nord au Sud, convergent toutes en un terrain vague, fait de nos regards de détectives blasés. Qui nous a confié cette affaire indébrouillable, nous n'en savons plus rien. La révélation, le droit de ne pas penser et agir en troupeau, la chance unique qui nous reste de retrouver notre raison d'être ne laissent plus subsister, durant tout notre rêve, qu'une main fermée à l'exception de l'index qui désigne impérieusement un point de l'horizon. Là, l'air et la lumière commencent à opérer en toute pureté le soulèvement orgueilleux des choses pensées, à peine bâties. L'homme rendu à sa souveraineté, à sa sérénité premières, y prêche, dit-on, pour lui seul, la vérité éternelle de lui seul. Il n'a pas notion de cet arrangement hideux dont nous sommes les dernières victimes, de cette réalité de premier plan qui nous empêche de bouger. Il ne s'agit pas encore une fois de partir, car cet homme ne peut faire moins que se porter à notre rencontre : il vient, il a déjà converti les meilleurs d'entre nous. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;André Breton, « Introduction au discours sur le peu de réalité » (septembre 1924), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Point du jour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Telle une lampe de chevet la ruelle du lit, la liberté n'éclaire que l'ombre d'un pas. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edmond Jabès, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit livre de la subversion hors de soupçon&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il est temps de dépasser les libertés formelles, de substituer aux arbres pétrifiés qui commémorent et dissimulent la forêt vivante, de nouvelles pousses retrouvant dans le terreau de la vie quotidienne la racine qui les vivifie. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raoul Vaneigem, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rien n'est sacré, tout peut se dire, réflexions sur la liberté d'expression&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suis pour ma part étonnée, en ce qui concerne l'éducation des jeunes et la lutte contre la délinquance, qu'on ait recours au football, par exemple, ou à d'autres activités collectives pour apprendre les règles du jeu de la société. On décrète ainsi étrangement que pour savoir vivre bien ensemble - sans cogner ni se tuer - il est obligatoire de vivre ensemble. Autrement dit, on fait passer le groupe, la bande, avant le sujet responsable, comme la charrue avant les b&#339;ufs, et on construit une fausse et fragile conscience collective qui n'est fondée sur aucune conscience de soi. Il paraît même peu croyable qu'aucun éducateur, aucun enseignant n'aient pensé à proposer une activité spécifique à chacun, afin de développer chaque individualité avant de les mélanger toutes. (...) Le mal endémique propre aux banlieues, aux cités surpeuplées, vient précisément de ce qu'on y manque de solitude. La promiscuité de l'habitat - appelé, ce n'est pas un hasard, un &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;grand ensemble&lt;/i&gt;&#8221; - me paraît à l'origine de la haine de l'autre, et la violence se répand moins par dés&#339;uvrement que par impossibilité de se retrouver seul, de se connaître soi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'esprit de solitude&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Faut-il le répéter ? La liberté de pensée ne se trouve ni à droite ni à gauche ni même dans l'anarchisme. Elle ne loge dans aucune religion, dans aucun système politique ou philosophique, pas plus dans l'athéisme que dans la laïcité. Tout cela représente des robes, des voiles et des attaches et Pensée va toute nue, tel le jeune François d'Assise abandonnant entre les mains de l'évêque les vêtements par lesquels le prélat voulait le retenir afin de le remettre dans le chemin balisé de la droite raison. Or la liberté n'a pas raison mais elle va son allure, impertinente, juvénile, elle déjoue la barbarie comme l'esprit de productivité, l'imposture intellectuelle comme la facilité. Elle est dans ce refus de tout conditionnement et de toute appartenance, elle se trouve dans la ville et dans le désert, elle passe tel un vent dans la forêt, une tempête sur la demeure provisoire. Elle n'a pas de dévots, elle n'a pas de suiveurs mais seulement des relais. On ne voit guère ses progrès dans la conduite des hommes mais elle avance, seule. Elle n'a pas de famille, de clan ni de parti, elle ne regarde jamais son visage et les années glissent sur ses épaules de jeune fille. Elle ne veut rien prendre mais tout dénouer. Elle avance mais on ne la remarque pas : elle est si nue, tandis que les passants sont engoncés dans leurs croyances, dans leurs principes. Elle est nue, elle va son chemin, elle ne requiert nulle acclamation. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'esprit de solitude&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Face à la situation actuelle du monde, je pense que je vais rester chez moi et dormir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jocho Yamamoto, Hagakuré, cité par Jacqueline Kelen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du sommeil et autres joies déraisonnables&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le peu de sympathie que je porte à George Bush ne me donne pas le droit de m'en tenir à quelques quolibets et à quelques slogans. Rien ne m'aurait poussé, par contre, à parler de lui, si je n'avais cru reconnaître, dans une expression particulière de son visage, un état d'âme, une manière d'être qui ne lui sont nullement particulières et que j'ai eu l'occasion d'apercevoir sur les visages de beaucoup de responsables, même s'ils étaient d'un bien moindre acabit. Qu'on observe donc le président américain, juste avant qu'il ne commence son discours, ou juste avant qu'il ne quitte son pupitre de Washington, le torse bombé, les bras comme des boomerangs, d'une allure de jouet mécanique. Dans le regard de cet homme, on voit comme un bref signal, empreint de satisfaction mais aussi de détresse. On le dirait, à cet instant, soulagé de se sentir encore là et terrifié de se savoir dans ce rôle. Comme s'il était à la fois l'écraseur et l'écrasé, l'oppresseur et l'opprimé. Un homme pris dans un étau qui est lui-même. (...) »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/tandem.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Un tandem infernal&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si je veux être en sécurité, c'est-à-dire protégé du flux de la vie, je veux être séparé de la vie. Néanmoins, c'est ce véritable sentiment de séparation qui m'empêche de me sentir en sécurité. Etre en sécurité signifie isoler et fortifier le &#8220;je&#8221;, mais c'est justement la sensation d'être un &#8220;je&#8221; isolé qui me fait me sentir seul et m'effraie. En d'autres termes, plus je serai en sécurité, plus j'en aurai besoin.
&lt;br /&gt;Pour le dire encore plus clairement : le désir de sécurité et le sentiment d'insécurité sont la même chose. Retenir sa respiration revient à perdre son souffle. Une société fondée sur la quête de la sécurité n'est rien d'autre qu'une compétition de rétention de respiration, dans laquelle chacun est aussi tendu qu'un tambour et aussi rouge qu'une betterave.
&lt;br /&gt;Nous recherchons cette sécurité en nous fortifiant et en nous enfermant de toutes sortes de manières. Nous voulons nous protéger en étant &#8220;exclusif&#8221; et &#8220;spécial&#8221;, nous cherchons à appartenir à l'église la plus sûre, à la meilleure nation, à la plus haute classe, à la bonne coterie et aux gens &#8220;comme il faut&#8221;. Ces défenses nous divisent, et mènent donc à davantage d'insécurité nécessitant davantage de défenses. Evidemment, tout cela est pétri de la certitude sincère que nous nous comportons bien et vivons de la meilleure manière ; mais cela aussi est une contradiction. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alan W. Watts, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eloge de l'insécurité&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nos plaies ouvertes saignent parce que les gens voient qu'un tas de connards à qui ils ne confieraient même pas un stand de hot-dogs dirigent leurs vies. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Tim Willocks, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les rois écarlates&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« En bien des occasions, [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marcos&lt;/i&gt;] se moque sans mesure du gouvernement [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mexicain&lt;/i&gt;], ainsi lorsqu'en juin 1998, il rompt quatre mois d'un &#8220;silence zapatiste&#8221; qui avait fait couler beaucoup d'encre en émettant un laconique communiqué qui laisse tout le monde pantois : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;yepa, yepa, yepa ! ándale, ándale ! arriba, arriba ! yepa, yepa !&lt;/i&gt;&#8221; (mais la farce a ses limites, et le jour suivant tombent seize pages d'analyse politique formant la cinquième Déclaration de la Selva). »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jérôme Baschet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'étincelle zapatiste&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tout le monde sait que l'égoïsme de chaque individu, du premier au dernier, dont les droits à l'égoïsme sont garantis par notre Constitution américaine, contient la ruine de notre pays, du monde, de la Terre elle-même. Notre Constitution affirme le droit de détruire le monde, et le monde sera détruit, complètement détruit, et ceux qui resteront dans les ruines seront dévoués, du premier au dernier individu, à eux-mêmes seulement, ne s'inquiéteront que de leur propre survie et, en toute légalité constitutionnelle, ils couperont le dernier arbre restant qui pourrait, si on le sauvait, produire assez de semences pour replanter les forêts du monde entier, ils tueront le dernier couple d'oiseaux qui pourrait, si on l'épargnait, se reproduire en masse pour remplacer tous les oiseaux du monde. La Société, à son apogée dans les inaliénables droits américains à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur, a évolué dans un sens intrinsèquement néfaste à la survie du monde. Tout à fait néfaste, mais telle est la vérité américaine fondamentale universelle : tu es toi et je suis moi, et je suis content que ta pauvreté ne signifie pas que je doive être pauvre, que ta maladie ne signifie pas que je doive être malade, que ta souffrance ne signifie pas que je doive souffrir, que le fait que tu sois noir ou juif ou homo ne signifie pas que je doive être noir ou juif ou homo, que ta mort ne signifie pas que je doive mourir. Je suis très content qu'aux Etats-Unis nous vivions individuellement et mourions individuellement. Si néfaste que ce soit, si destructeur de cette terre sur laquelle nous vivons telle qu'elle est, je suis content que la seule personne dont j'aie à m'inquiéter soit moi. Et cela fait de moi un Américain. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;David Plante, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Temps de la terreur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le rapport au travail ce n'est pas qu'une question de quantité, c'est d'abord le problème de la valeur que la société attribue au travail. (...) Il faut considérer l'enchâssement des différentes visions du travail, qui sont à la base des identités collectives. Les &#8220;travailleurs&#8221;, c'était une vision de soi en opposition aux non-travailleurs, aux possédants. Du coup, l'activité de chacun individuellement s'inscrivait dans un imaginaire commun quasi religieux : la classe ouvrière rédemptrice. Avec le néolibéralisme, le travailleur a été remplacé par l'entrepreneur. C'est aussi une image messianique. Aux Etats-Unis, elle produit du sens collectif : travail, performance, achievement, où la satisfaction de l'intérêt particulier doit réaliser le bonheur de tous. (...) En Europe, le caractère collectif des représentations du travail a disparu. La société se privatise, il n'existe plus de signifiants partagés. C'est vrai du côté des marxistes comme du côté des libéraux. Pour dire les choses simplement : tout le monde veut du travail mais plus personne n'y croit ; au sens d'une &quot;croyance&quot; pour tous. Le travail est toujours là, de plus en plus central, parce qu'il n'y a rien d'autre. C'est tout. Cela pose la question de statut même des valeurs de l'Europe. Face aux Etats-Unis, on a bien vu l'opposition. Il existe une autre fracture entre l'Europe du Sud, catholique, et l'Europe du Nord, protestante. L'héritage historique de l'Europe du Sud, qui remonte à l'Antiquité, considère que la civilisation c'est le loisir, le temps soustrait à la nécessité et au travail. C'est une valeur centrale, avec l'amitié, et le don. Ce n'est pas le refus de l'activité économique, mais sa subordination à ces exigences. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris X-Nanterre, directeur de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Revue du Mauss&lt;/i&gt; (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), dont le dernier numéro s'intitule « Le travail est-il (bien) naturel ? », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 14 décembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans la tragédie, il y a la grande discussion, et ensuite le mot &#8220;fin&#8221; ; puis un dieu apparaît, qui met un terme au conflit, qui tranche, qui décide. Mais on ne peut décider là où l'espace n'est pas défini, là où les frontières ne sont pas établies. Le drame contemporain - et Beckett (ou Ionesco d'une autre manière) l'a compris mieux que quiconque - est celui de la parole interminable ; un déplacement, une attente, une avancée, sans Dieu... le grand thème d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;. Le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;deus ex machina&lt;/i&gt; - qui résout - ne vient pas. Parce qu'il n'y a pas d'espace ! Dans quel espace voulez-vous qu'ils soient ? Où sont-ils ? Où est l'Agora ? Où est le Temple ? Où est le Tribunal où l'on pourrait décider ?... Parce que c'est bel et bien là que l'on décidait. Dans ce Temple, dans ce Tribunal, dans cette Agora ; c'est là que l'on assumait les décisions, à travers le conflit des paroles, on parvenait à une décision.
&lt;br /&gt;A travers le conflit de nos paroles contemporaines, à quelle décision peut-on parvenir ? Ce n'est pas à New York, ce n'est même pas à Paris que l'on peut décider. Qui décide ? Où les paroles ont-elles une fin ? Où met-on un terme aux paroles ? Où parvient-on à établir la conclusion du drame ? Qui sont les protagonistes du drame ? En cela, le théâtre contemporain est précisément la négation du théâtre tragique classique. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Massimo Cacciari, philosophe et ex-maire de Venise, entretien avec Yan Ciret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chroniques de la scène monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Fallengott : La monnaie est instable.
&lt;br /&gt;Léopold : La monnaie est toujours instable.
&lt;br /&gt;Fallengott : Pas à ce point-là.
&lt;br /&gt;Léopold : La monnaie et son instabilité me rendent malade. Je me dérobe devant l'idée qu'une seule existence, même celle d'un chien ou d'un pigeon, puisse être corrompue par la monnaie et ses cabrioles. Faites pendre la monnaie dans les arbres.
&lt;br /&gt;Fallengott : Au point où on en est... Elle est tellement inutile.
&lt;br /&gt;Léopold : J'ai le sentiment que le système monétaire a trouvé en toi un ami.
&lt;br /&gt;Fallengott : Pas du tout, mais -
&lt;br /&gt;Léopold : ÇA SUFFIT D'ETRE A GENOUX DEVANT LA MONNAIE, c'est un spectacle abject. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Howard Barker, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Européens - Combats pour l'amour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tout ce qui agit est cruel. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Antonin Artaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La dernière partie de l'exposition, dramatique, soulève la question des rapports de la pensée utopique avec l'exercice du pouvoir. La dernière salle, consacrée aux années 60 et au thème &#8220;Changer la vie&#8221;, montre que certaines tendances utopiques peuvent transformer la vie sans passer par le pouvoir politique. Je pense que c'est la leçon du stalinisme et du nazisme : l'utopie est légitime tant qu'elle se tient à l'écart de l'exercice du pouvoir. Le philosophe Paul Ric&#339;ur explique bien, dans un entretien diffusé en fin de parcours, qu'un projet utopique se transforme en cauchemar dès lors qu'il devient outil de légitimation d'un pouvoir qui prétend la mettre en &#339;uvre. Il dit joliment que l'utopie doit toujours être quelque part en exil. C'est pour cela que Thomas More avait raison de la mettre &#8220;nulle part&#8221; et d'user d'une formule assez énigmatique à la fin de son livre : il dit qu'il vaut mieux espérer l'utopie que la souhaiter. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Roland Schaer, commissaire de l'exposition « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 4 avril 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Comment décrire mieux le rapport que je perçois entre la politique, l'amour et le cinéma ? C'est le mot &#8220;arrachement&#8221; qui me vient à l'esprit. Un arrachement à ce qui est. Arrachement et incarnation. Il n'y avait rien, il y a quelque chose. Il y avait la répétition, l'idéologie dominante, la solitude. Il y a de l'invention, de l'amitié, des mots qui se comprennent, des gestes qui se répondent. On sent bien que dans une grève, dans un mouvement social, circule à certains moments quelque chose de l'amour. On s'en souvient longtemps. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Dominique Cabrera à propos de son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nadia et les Hippopotames&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rouge&lt;/i&gt;, 23 mars 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - On a souvent parlé de l'utopie du Théâtre du Soleil. Cette utopie peut-elle rester la même depuis trente-cinq ans ? Peut-elle rester la même quand la société a tellement changé, des années 1960-1970 à l'an 2000 ?
A. M. : Quant à moi, je ne parle jamais de l'utopie du Théâtre du Soleil. Pour vous qu'est-ce que cette utopie ?
&lt;br /&gt;- La troupe, un théâtre marginal par rapport à l'institution, un rapport privilégié à un large public, le partage...
&lt;br /&gt;- Je préfère parler de rêve de théâtre, et il me semble que plus un rêve est vrai, plus il résiste. Qu'est-ce que serait un rêve qui meurt au premier coup ? Quand, en 1964, j'ai dit que je voulais monter une compagnie théâtrale, un homme très gentil et honnête m'a répondu : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si tu n'as pas d'argent, c'est inutile d'essayer !&lt;/i&gt;&#8221; Le rêve aurait pu s'arrêter là ! Aujourd'hui, après trente-cinq ans, le rêve est peut-être cabossé, ou plutôt patiné, culotté, comme on le dit d'une pipe, mais il est bien là et il fonctionne toujours. Plus un rêve est battu en brèche, plus il est difficile, plus il a de chance d'être travaillé et de devenir cohérent. S'il s'effondre au moindre choc, ce n'était pas vraiment un rêve important. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ariane Mnouchkine, entretien avec Sylviane Bernard-Gresh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Regards&lt;/i&gt;, novembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'erreur fondamentale des avocats de la mondialisation est qu'ils sont animés par une foi aveugle dans le rôle central du marché, alors que celui-ci n'est en réalité qu'une institution dérivée. Ils croient que le commerce précède la culture, et que le simple développement des échanges internationaux crée les conditions d'un développement social bénéfique pour les populations... La réalité est qu'on n'a jamais vu de marchés se mettre en place et une économie fonctionner là où il n'y a pas au préalable une culture tissée d'échanges sociaux et de valeurs communes. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à voir ce qui se passe en Russie où on a créé une économie de marché qui est un échec parce que le communisme y a détruit le secteur social et les valeurs culturelles qui créent la confiance sans laquelle il ne peut y avoir d'échanges. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jeremy Rifkin à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 29 novembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Joyeux libertaires qui me sommez d'être autonome, vous vitupérez l'autorité mais vous ne cessez de vous contraindre, vous célébrez la paresse mais vous avez honte de ne rien faire pour la révolution. Votre haine de la marchandise abrite une haine plus profonde, celle qui vous atteint à vous voir, dans le miroir de la vie absente, de plus en plus semblables à ce que vous combattez. Ce qui vous intéresse dans la lutte finale, c'est d'en finir avec vous-mêmes.
Le refus de la société dominante est devenu aussi ennuyeux et contraignant que son acceptation parce que l'une et l'autre attitudes obéissent au même maître. Curés du négatif, héros de la pureté radicale, le vieux monde se perd désormais très bien tout seul. Puisque la marchandise progresse en se niant, elle s'engraisse d'autant mieux de vos critiques qu'elles découlent la plupart du temps de vos propres réflexes économiques : contrainte du paraître, travail de la volonté de puissance, culpabilité du règlement de compte, défoulement du manque à vivre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raoul Vaneigem, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Livre des Plaisirs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pourquoi les voitures assemblées en Palestine n'ont-elles que deux vitesses ? Parce qu'avant de pouvoir passer la troisième on a déjà atteint le check-point israélien. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Blague palestinienne rapportée par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, mars 1995&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Lorsque le candidat s'avance à la tribune, plusieurs bandes se mêlent dans des hurlements. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des visas, des visas. Si tu nous donnes des visas et un bateau pour foutre le camp, nous voterons pour toi. Garde le pays et l'argent que tu nous as volé, mais délivre-nous.&lt;/i&gt;&#8221; (...) Un autre groupe crie : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au moins, jette-nous des cigarettes !&lt;/i&gt;&#8221; (...) L'un d'eux porte sous le bras la tête d'un mannequin de devanture, auquel il a mis des lunettes de soleil. De temps en temps, il l'attrape par les cheveux et embrasse sa bouche, barbouillée au marqueur rouge en susurrant : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chérie, chérie&lt;/i&gt;&#8221;. Quelqu'un dit que Bouteflika a fini de parler et quitté la tribune. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Déjà ? C'était vraiment une belle journée.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Florence Aubenas, reportage en Algérie pendant la campagne présidentielle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 13 avril 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est la &#8220;Nuit des lycéens&#8221; [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sur Canal Jimmy&lt;/i&gt;]. Une vingtaine, de Nîmes, de Paris, de partout. Ils livrent leurs doutes, leurs envies. Le papotage est aimablement mené. Jusqu'à l'intervention d'Ophélie. Ophélie et son reportage sur le CLE, collège et lycée expérimental à Caen, son lycée. Un établissement où l'on tente l'autogestion, où les cours d'histoire-géo sur le Japon sont complétés par des séances d'art floral japonais.
&lt;br /&gt;Le reportage fini, c'est la ruée. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tu crois que c'est en faisant des bouquets japonais que tu vas réussir dans la vie ? Et puis d'abord combien y a de réussite au bac à ton lycée, hein ?&lt;/i&gt;&#8221; Etc.
&lt;br /&gt;Ophélie tente d'expliquer que, justement, le bac, ce n'est pas sa vie. Qu'elle s'enfonçait dans l'échec scolaire. Jusqu'à ce lycée, où elle apprend avec plaisir. Rien n'y fait.
&lt;br /&gt;&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On est là pour travailler, pas pour s'amuser&lt;/i&gt;&#8221;, jappe une brunette. Son bonheur, dit-elle, est d'avoir un prof de maths qui répète : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous êtes des cons.&lt;/i&gt;&#8221; &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ça me motive pour travailler&lt;/i&gt;&#8221;, assure-t-elle.
&lt;br /&gt;Ils régurgitent le discours parental. Bosse, et ferme-la. Tu l'ouvriras quand tu seras devenu cadre sup', tu seras exploiteur si tu ne veux pas être exploité.
&lt;br /&gt;Le plus beau viendra d'un grand gaillard, faussement pacificateur. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ophélie, des lycées comme le tien, je suis d'accord pour qu'il y en ait, mais plus tard, une fois que la société aura changé.&lt;/i&gt;&#8221; L'inverse ne lui viendrait pas à l'idée. (...) »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Anne Kerloc'h, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, 28 octobre 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Car ce ne sont pas les jeunes filles voilées qui remettent en cause l'école républicaine, mais tout un ensemble de faits qui en révèlent la crise. (...) L'enseignement qu'elle diffuse témoigne d'ailleurs d'une version étroitement nationalitaire du républicanisme. Si, pour de nombreux jeunes de culture musulmane, l'islam apparaît comme le seul pôle d'identification possible, c'est sans doute aussi parce que l'école ignore, par exemple, à peu près complètement les auteurs francophones qui ne sont pas français &#8220;de souche&#8221;. S'ils trouvaient dans leurs livres de classe, à côté des textes de Giono et de Camus, des extraits de Césaire ou de Kateb Yacine, ces jeunes se sentiraient valorisés. En outre, ces auteurs pourraient, au même titre que les écrivains français de souche, leur transmettre la notion d'universel. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Françoise Gaspard et Farhad Khosrokhavar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le foulard et la République&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La seule préoccupation des politiques, c'est le Front national. Mais, pour nous, c'est pas le problème majeur. Nous le problème, c'est la vie qui nous est faite, à nous et à nos parents. C'est contre ça qu'on veut lutter. Si les politiques veulent vraiment lutter contre le Front national, qu'ils viennent le faire avec nous. Pour l'instant, ils affrontent le Front national avec ses idées et contre nous. Pourquoi vous voulez qu'on se batte avec eux ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Madani, du quartier Valdegour à Nîmes, reportage d'Olivier Bertrand, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 27 octobre 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'espoir sera permis lorsqu'on cessera de parler de volonté populaire (dont je ne me suis jamais revendiqué) et qu'on évoquera le désir de chacun. (Je ne suis moi-même qu'un &#8220;chacun&#8221;.) Et lorsque chacun ira au monde avec sa propre subjectivité, en prenant ses distances avec le troupeau. Car seuls les troupeaux vont à l'abattoir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Y.B., &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comme il a dit lui, chroniques [au vitriol] d'Algérie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Trop de tendances massives semblent aller à l'encontre de l'émancipation. Malgré tout, la fin des centres n'est peut-être pas une apocalypse. Il faudrait y chercher au contraire les chances inattendues d'inventer des mondes parallèles. Certes, les risques ne sont pas minces de voir apparaître, effondrement monétaire et périls écologiques aidant, une inhumanité chaotique et terrible. Malgré tout, on peut espérer que naissent, sur les bords de gouffre, des individus hybrides et libres, capables de bonheurs incontrôlables. Des gens qui se trouveraient d'autant mieux qu'ils auraient accepté, dans leur propre tête, de ne pas être au centre d'eux-mêmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;« La fin des centres », chronique de Roger-Pol Droit consacrée au livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Société en réseaux&lt;/i&gt; de Manuel Castells, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 30 janvier 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Contre le mur d'une poste de Sarajevo apparut un jour l'inscription : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ici, c'est la Serbie&lt;/i&gt;&#8221; ; le lendemain, on pouvait lire : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Non, c'est la poste.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raconté par Zlatko Dizdarevic, ancien rédacteur en chef d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oslobodenje&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Berlusconi ? Il a dit : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la vie, je veux être Premier ministre ou rien.&lt;/i&gt;&#8221; Et il a réussi à être les deux en même temps ! »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Roberto Benigni&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« En dévastant le droit du travail et en contraignant un nombre croissant d'individus à l'inactivité et à la sous-activité, le capitalisme contemporain crée des non-citoyens et des sous-citoyens dont la multiplication vide de son contenu la notion même de vie collective. Au rythme où va la déréglementation du travail, celle-ci risque bientôt de n'être plus qu'une coquille vide de sens, alors même que la démocratie est déjà rongée de l'intérieur par la privatisation des individus, selon l'expression de Cornelius Castoriadis, cette maladie moderne où la boulimie de désirs éphémères ôte aux citoyens tout esprit critique, pour les faire sombrer dans le plus puéril des conformismes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Editorial du no2 de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'insoumis&lt;/i&gt;, janvier 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Celles et ceux qu'on a pris l'habitude de désigner comme les &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;exclus&lt;/i&gt;&#8221; (...) sont presque toujours aussi des exclus de la parole et de l'action collective. Que se passe-t-il lorsque au bout de plusieurs années d'efforts isolés et apparemment désespérés de quelques militants, nécessairement minoritaires, une action collective parvient enfin à briser le mur d'indifférence médiatique et politique ? D'abord, le risible affolement et la hargne à peine dissimulée de certains professionnels de la parole, journalistes, syndicalistes et hommes ou femmes politiques, qui n'ont vu dans ces manifestations de chômeurs qu'une remise en question intolérable de leurs intérêts de leurs intérêts boutiquiers, de leur monopole de la parole autorisée sur l'&#8220;exclusion&#8221; et le &#8220;drame national du chômage&#8221;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Bourdieu, Frédéric Lebaron et Gérard Mauger, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 17 janvier 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Comme beaucoup de Bosniaques d'origine, Marko Vesovic évoque avec nostalgie les règles et les traditions qui, pendant des siècles, ont garanti la coexistence quotidienne entre les différentes communautés. Les mères serbes et croates qui interdisaient à leurs enfants de manger dans la rue pendant la période du Ramadan. Les fêtes de Noël que catholiques et orthodoxes célébraient deux fois, aux dates de leurs calendriers respectifs. Et le baïram musulman auquel tout le monde était invité, sans distinction ethnique. En Bosnie, un mot d'origine turque désigne l'ensemble de ces règles de bon voisinage : le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;komsiluk&lt;/i&gt;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Audétat, « Bosnie, notre rêve se meurt », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Hebdo&lt;/i&gt; (Lausanne), 12 septembre 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'obédience que justifiait hier la crainte des dieux, les lois du marché, auxquelles ils ont cédé la place, l'exigent aujourd'hui des peuples avec la même fermeté. Nous sommes confits en dépendance, et d'aller seuls nous effraie davantage que de ne trouver d'autre appui qu'en ce qui branle. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raoul Vaneigem, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous qui désirons sans fin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Celui qui sert une révolution laboure la mer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Bolivar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Transformation du souci en souci de la transformation »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Prescription de la Compagnie Lubat, « Le vote des artistes », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 28 mai 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour lui, la vie était au comble de la fausseté sous sa forme globale et collective - le Tout est toujours le contraire du vrai, dit-il un jour - ce qui, poursuivait-il, donne toute sa valeur à la subjectivité, à la conscience individuelle, à ce qui peut échapper au carcan d'une société entièrement administrée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward W. Saïd parlant de Theodor Wiesengrund Adorno, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des intellectuels et du pouvoir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'intellectuel n'est pas une statue, mais une vocation individuelle, une énergie, une force obstinée engagée sous les traits d'une voix reconnaissable et impliquée dans la langue et dans la société, une voix destinée à éclairer et à soulever les questions liées aux enjeux de l'émancipation ou de la liberté. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward W. Saïd, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des intellectuels et du pouvoir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Aujourd'hui, &#8220;utopie&#8221;, pour moi, ça veut dire aussi hors de l'histoire. L'histoire, aujourd'hui, c'est l'Europe, la mondialisation, la centralisation. Mon utopie, c'est de dire : laissons les gens vivre au niveau du sol, comme disait Fernand Braudel. La cour [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;filmée dans&lt;/i&gt; Marius et Jeannette] c'est le niveau du sol. Je pense qu'il faut que soient préservés des pans entiers du monde à l'écart du mouvement précipité de l'histoire. Que des gens vivent en marge, dans le bon sens du terme. Je me souviens que Braudel disait que l'écart entre les chiffres officiels de la production de chaussures à Milan et les chiffres réels prouvait la bonne santé de la société italienne. Pour lui, c'était la preuve que le niveau du sol fonctionnait, et au niveau du sol les gens sont heureux. Contrairement au discours misérabiliste qui se lamente sur &quot;ceux que la prospérité économique laisse au bord du chemin&quot;, je pense qu'on peut être très heureux au bord du chemin. A condition de n'y être pas seul et de faire bloc. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Guédiguian, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Première&lt;/i&gt;, décembre 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Création</title>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>


		<description>« En reprenant les thèses de Vladimir Propp, Rafael Pividal admet implicitement que tout sujet d'&#339;uvre littéraire est construit lui-même d'une certaine manière, possède une certaine structure. En fait, pour Propp l'ensemble de ces structures-sujets semble être fini et dénombrable - il en fournit une liste exhaustive - proposition qui heurte curieusement le sens commun de nombre d'apprentis écrivains, alors que nul apprenti musicien ne se scandalise autrement de ne devoir composer le plus souvent qu'avec une (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« En reprenant les thèses de Vladimir Propp, Rafael Pividal admet implicitement que tout sujet d'&#339;uvre littéraire est construit lui-même d'une certaine manière, possède une certaine structure. En fait, pour Propp l'ensemble de ces structures-sujets semble être fini et dénombrable - il en fournit une liste exhaustive - proposition qui heurte curieusement le sens commun de nombre d'apprentis écrivains, alors que nul apprenti musicien ne se scandalise autrement de ne devoir composer le plus souvent qu'avec une douzaine de notes. Mais dès 1916, le même Victor Chklovski, qui fut un des maîtres de Vladimir Propp, en tirait un important corollaire : observant les coïncidences existant entre contes espacés parfois de plusieurs milliers d'années ou de kilomètres, il concluait (dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Art comme procédé&lt;/i&gt;) : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les coïncidences ne peuvent s'expliquer que par l'existence de lois spécifiques de l'affabulation. On aura beau admettre des emprunts, on n'expliquera pas l'existence de contes identiques à des milliers de kilomètres de distance.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En réalité les contes se désagrègent et se recomposent constamment en vertu de lois spécifiques et encore ignorées qui régissent l'affabulation.&lt;/i&gt;&#8221; (...)
&lt;br /&gt;Aussi, avant d'annoncer la mort du roman et d'entreprendre (ou de reprendre) l'exploration d'autres voies narratives, peut-on se demander si, de même que le conte a manqué disparaître faute de conteurs pour en perpétuer la tradition orale, le roman n'est pas menacé simplement de périr faute de romanciers exercés au métier, et si la crise du sujet précédemment évoquée ne relève pas tout bonnement d'une pure question de technique.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Les formalistes russes, force est de le constater, ne sont pas beaucoup mieux vus en France qu'ils ne le furent en leur temps en Union soviétique. Le seul fait de chercher à décrire les principes généraux qui gouvernent la composition d'un objet littéraire nous paraît une atteinte intolérable à la liberté de créer, et se préoccuper de la forme d'une &#339;uvre plutôt que de son contenu une attitude profondément réactionnaire. Le fait est d'autant plus étrange que le contraire paraît généralement admis dans tous les autres domaines des arts, y compris au cinéma. Il paraît encore plus singulier, si l'on songe que la littérature la plus en vogue actuellement en France - la littérature anglo-saxonne - a assimilé depuis longtemps la leçon des formalistes et ne se prive pas d'en appliquer, justement, ce qu'elle prend pour des recettes. Les universités américaines dispensent un enseignement pratique de la littérature, des écrivains y partagent leur expérience et leur métier : on peut y apprendre à écrire une nouvelle ou un roman, aussi bien qu'à résoudre des problèmes de physique par des méthodes d'analyse numérique. Mieux encore : alors même que les travaux de Vladimir Propp demeurent objets de suspicion en France, on les voit triompher à l'échelle (inter)planétaire, au terme d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guerre des étoiles&lt;/i&gt; qui, de l'aveu même de son réalisateur, en utilise toutes les ressources. &lt;br /&gt;Quant à Kenzaburo Oe, prix Nobel de littérature, voici ce qu'il écrivait dans un &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/OE/11473&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;article&lt;/a&gt; paru dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; en 1998 : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'Union soviétique a disparu, plusieurs de ses mouvements intellectuels si brillants des années 20 ou 30 gardent toute leur pertinence et font partie intégrante du patrimoine vivant du XXe siècle. Cela s'applique au formalisme russe. Disons, pour simplifier les choses, que les mots de l'écriture littéraire, par un procédé que les formalistes russes appelaient&lt;/i&gt; ostranenie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;- rendre autre -, retardent la transmission du sens et rendent cette transmission plus longue. Ce procédé permet de redonner aux mots la résistance qu'ont les choses elles-mêmes au toucher.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Or je dois confesser ici que ma vision du roman ou de la littérature en général se fonde sur cette théorie de l'&lt;/i&gt;ostranenie.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Lequesne, « Victor Chklovski au secours de la littérature française ? », postface à &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Technique-du-metier-d-ecrivain.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Technique du métier d'écrivain&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Victor Chklovski&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le moment approchant, un changement se produisait en Micheál. Son débit volubile devenait un maigre filet qui finissait par se tarir. Il avait tôt fait de se maquiller - cela se limitait en réalité à de simples retouches de son maquillage de ville - et de s'habiller (...). Assis devant le miroir, il restait à se dévisager, le regard hanté. Il semblait à peine entendre les annonces. Comme le lever de rideau devenait imminent, il se mettait à trembler. La sueur dégouttait à travers le fard. Il s'agrippait violemment à la table qui était devant lui, si bien que les jointures de ses mains devenaient toutes blanches. Le régisseur de plateau venait l'avertir qu'il était l'heure. Micheál tendait le bras pour me saisir la main : &#8220;Conduis-moi, disait-il. Je n'y vois rien, tu comprends.&#8221; Par le couloir tout noir, nous partions - Micheál me labourant la paume de ses ongles, tout en se signant de sa main libre à plusieurs reprises. &#8220;Jésus Marie Joseph ! Seigneur Jésus, protégez-moi. Jésus !&#8221; Nous arrivions au plateau. Je lui disais :
&lt;br /&gt;&#8212; Là, il y a trois marches. &lt;br /&gt;&#8212; Où ça ? &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Où ça&lt;/i&gt; ?
&lt;br /&gt;Je l'aidais à monter la première, puis la deuxième, puis la troisième. Il tripotait maladroitement le taps de coton noir, l'écartait, et se retrouvait en scène. Dans cette obscurité totale, la lumière vous aveuglait, mais j'entendais de chaleureux applaudissements, nourris, nombreux, et puis la voix de Micheál, d'une assurance inébranlable, comme s'il était déjà en scène depuis des heures : &#8220;To drift with every passion till my soul...&#8221; Je faisais discrètement le tour pour aller regarder de face ce personnage exubérant, méconnaissable, jongler avec les mots et les émotions ; attirant dans son cercle magique son public largement composé de bons petits bourgeois mûrissants de Belfast et leurs épouses, il les entraînait par le pouvoir de sa séduction dans un monde de raffinement et d'esprit qu'eux-mêmes eussent probablement exécré en toute autre circonstance, leur donnant, sans qu'ils sachent trop comment, l'impression de partager avec eux un secret et une sagesse. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Callow, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article306.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Dans la peau d'un acteur&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dire qu'il faudrait considérer un acteur comme une femme enceinte est peut-être pousser le bouchon un peu trop loin, mais ce qui est en train de se produire est bien un processus analogue de bouleversement interne. Te voilà en train de décomposer tes propres modèles de pensée pour essayer de les reconstruire de telle façon qu'ils épousent ceux du personnage, de t'ouvrir un chemin dans un territoire affectif qui pourra te paraître étrange et difficile, de chercher le centre énergétique d'une créature totalement étrangère. Certains troubles moteurs se déclarent, la coordination musculaire se délabre. Des mots du texte apparaissent confusément, tout au bout d'un long tunnel. Tes antennes mentales se tendent désespérément, à l'affût du moindre indice, tandis que ton système psychoaffectif semble faire des courts-circuits à tire-larigot, provoquant une horrible constipation des impulsions, une émotivité sous haute tension mais totalement inexpressive, que ne soulage nullement le fait de te retrouver pourvu, sans raison apparente, de six mains et de quatorze pieds. Déplacer une chaise d'un bout à l'autre du plateau, ou boire une tasse de thé, pose des problèmes insurmontables.&lt;br /&gt;
Edward ne voyait rien de tout cela. Peu de metteurs en scène le voient. La plupart, cependant, reconnaissent que le travail est difficile et réclame certaines conditions. Pas lui. Le bruit, les gens qui traversent la salle de répétitions, les spectateurs occasionnels, il n'y voyait pas d'inconvénient. Après tout, les gens dans les usines bossaient dans des conditions autrement incommodes. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oui&lt;/i&gt;, mais... Finalement, j'explosai. Nous répétions sur le plateau - le temps était précieux. Le décor était en place, ce qui était très utile ; mais, alors que j'attaquais ce fameux premier monologue qui avait demandé tant de travail, une perceuse Black et Decker se mit à forer des trous juste derrière moi. Je résistai quelques minutes, et puis :
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, ce bruit, ce bruit, ce BRUIT !
&lt;br /&gt;&#8212; Allons, allons, fit Edward. &lt;br /&gt;&#8212; Je ne peux pas bosser dans ce boucan. &lt;br /&gt;&#8212; Foutaises.
&lt;br /&gt;&#8212; Nom de Dieu ! hurlai-je, t'as bien le silence, toi, pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;écrire&lt;/i&gt; !
&lt;br /&gt;L'homme à la perceuse s'arrêta juste à ce moment-là, et j'ignore si Edward admit mon point de vue. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Callow, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article306.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Dans la peau d'un acteur&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui vous donne faim dans le roman, c'est sa dimension &#8220;omnivore&#8221;, comme l'écrit Marthe Robert dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Roman des origines et origines du roman&lt;/i&gt;. Le roman est un instrument de connaissance qui va au-delà de ce que l'on croit connaître et comprendre, et cet au-delà est tout ce que j'aime découvrir en écrivant ou en lisant un roman. Miser dans le roman la démarche par laquelle l'individu s'explique les choses comme il peut, puisque l'on ne vit pas sans chercher à s'expliquer les choses, mais miser en même temps, à chaque phrase, le point aveugle du monologue par lequel nous réfléchissons en permanence, miser l'au-delà de ce que nous croyons penser, l'à-côté, l'en deçà. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est par l'âme, l'idée du corps en tant qu'il est sexué, ce pourquoi l'on peut dire en guise de raccourci brutal que l'âme a un sexe, celui du corps qui le porte, c'est par l'âme que s'exprime une puissance libidinale dans la langue - tout particulièrement, évidemment, lorsqu'elle s'exerce sur la page, lisant ou écrivant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Leclair, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le bonheur d'avoir une âme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est là, entre autres, que je vois bien que je ne suis pas Flaubert ( !). Je ne pousse pas des cris de douleur en me roulant sur des canapés parce que la phrase ne vient pas. Elle vient toujours, je ne dois pas être assez exigeant... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Lejeune, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Signes de vie - Le Pacte autobiographique 2&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'image dispense de l'action, au contraire du discours qui, lui, incite à l'action, nous met &#8220;hors de nous&#8221;. Le discours est cette &#8220;flèche du désir tendue vers l'autre rive&#8221;. Il fait appel à l'imagination active : celle des conquérants. La projection verbale fut presque toujours l'étincelle des grandes migrations, des grandes secousses populaires, des grands bouleversements. Les mots tirent la pensée en avant, et la pensée extirpe l'homme du magma. Les mots chantent les fruits inaccessibles, les mots sont toujours avec eux au bout des plus fines branches et nous... nous sommes lourds, si lourds... alors on ne cueille jamais ces fruits et on invente de nouveaux mots toujours plus souples, plus exquis, on s'entoure d'un nuage de poudre d'or au travers duquel on croit voir trembler les murs chatoyants de la Cité Inaccessible.
L'homme des mots regarde loin devant lui, si loin qu'il en vacille et s'oublie... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le portrait ovale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La mère de l'écrivain anglais Edmund Gosse n'autorisait dans sa maison l'entrée d'aucun roman, qu'il fût religieux ou séculier. Dans sa petite enfance, tout au début du XIXe siècle, elle s'était divertie ainsi que ses frères en lisant et en inventant des histoires, jusqu'à ce que sa gouvernante calviniste la surprenne et lui fasse la leçon, en lui disant que ses plaisirs étaient mauvais. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dès lors&lt;/i&gt;, écrivit Mme Gosse dans son journal intime, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;je considérai qu'inventer une histoire de quelque sorte qu'elle fût était un péché. Néanmoins, le désir d'inventer des histoires me hantait avec violence ; tout ce que j'entendais et lisais alimentait mon insatisfaction. La simplicité de la vérité ne me suffisait pas ; il me fallait broder par-dessus mes imaginations, et la folie, la vanité et le mal qui accablaient mon c&#339;ur dépassent ce que je puis exprimer. Aujourd'hui encore, bien que je le tienne à l'&#339;il, que je prie et lutte contre lui, c'est le péché qui m'assaille le plus. Il a affaibli mes prières et contrarié mes progrès, et ainsi m'a beaucoup humiliée.&lt;/i&gt;&#8221; Elle avait vingt-neuf ans lorsqu'elle traça ces lignes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alberto Manguel, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une histoire de la lecture&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai longtemps confondu l'artiste et son &#339;uvre. Ce n'est que grâce à la psychanalyse, par étapes successives, que j'ai vaguement pu dissocier les deux : on peut être un grand artiste et un sale con. On peut faire des choses très belles en étant soi-même assez moche. On peut saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n'en jamais faire partie... C'est étrange : comment peut-on être à ce point dépassé par ce qu'on fait ? Mais si l'&#339;uvre est meilleure que l'artiste, pourquoi ne l'améliore-t-elle pas ? La main frôle le divin quand les deux pieds pataugent dans la médiocrité... Que l'on préfère l'un ou l'autre, le messager et le message ne se fondent peut-être jamais... Mon boucher est un bonhomme abominable, mais son jambon sec est un pur moment de bonheur... L'art et la charcuterie... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Manu Larcenet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le combat ordinaire II&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Chaque récit, chaque phrase, est d'abord crié dans une pièce vide : quand j'écris, je parle tout seul, toujours. Je crie, je profère des menaces, je pleure. Je suis incapable de faire cesser ces larmes. C'est seulement à la fin, lorsque le récit ou une partie du récit est terminé, que j'essuie mes larmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Varlam Chalamov, auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Récits de la Kolyma&lt;/i&gt; - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A propos de ma prose&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On écrit, on parle, on peint parce qu'on n'est pas capable de se taire. On se dit qu'entre les mots, les lignes, les couleurs, il passera bien un petit rayon de silence. »&lt;br&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche11.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; XI&lt;/a&gt; », sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Adieu, mon cher vieux. Relis et rebûche ton conte. Laisse-le reposer et reprends-le, les livres ne se font pas comme les enfants, mais comme les pyramides, avec un dessin prémédité, et en apportant des grands blocs l'un par-dessus l'autre, à force de reins, de temps et de sueur, et ça ne sert à rien ! et ça reste dans le désert ! mais en le dominant prodigieusement. Les chacals pissent au bas et les bourgeois montent dessus, etc. ; continue la comparaison. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gustave Flaubert, lettre à Ernest Feydeau, fin novembre 1857&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le Brésilien me regarde en souriant et me demande ce que j'écris là. Je lui réponds que je n'en sais rien moi-même, que ça fait je ne sais combien de temps que j'essaie de... comment dire ? de piéger la vie, de rendre compte de ce qui m'entoure. J'écris en même temps une pièce de théâtre, un roman qui se passe aux temps préhistoriques, un récit à propos de la taïga et des mammouths et aussi une sorte de conte où Lula et moi on échoue complètement nus sur l'île des Paons. En plus j'écris un essai sur les grandes révoltes de Sicile, j'écris des poèmes et aussi des chansons et quand je ne m'en sors pas je peins. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mille Aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Devant une rose, inexplicable est notre comportement.
&lt;br /&gt;Epris de sa beauté, d'un geste émerveillé, nous lui ôtons la vie.
&lt;br /&gt;Ecrire, c'est renouveler, sur soi, ce geste. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edmond Jabès, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit livre de la subversion hors de soupçon&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans un écrit, le mot-clé (...) est le mot qui ouvre le texte au texte, par conséquent à nous-mêmes.
&lt;br /&gt;Il n'est pas le mot du commencement, mais le mot de tout commencement. On le trouve aussi bien au début qu'à la fin d'une page d'écriture, au milieu, juste après les premiers mots ou avant les derniers.
&lt;br /&gt;On ne saurait, d'emblée, le reconnaître, car il opère généralement dans le secret ; mais son geste est lumière.
&lt;br /&gt;En vain, chercherait-on à le repérer. Il est le mot que tous les mots du texte qui le contient, en se rangeant, prononcent si bas qu'il ne peut être entendu d'aucun : mot de passe mystérieux, derrière lequel se tient le livre.
&lt;br /&gt;Et si le mot-clé n'était pas un mot mais une clé dont chaque mot pourrait se servir ? - Cela signifierait que nous ne pourrions entrer dans le livre qu'avec la complicité du mot qui détient, par-devers lui, la clé de la porte contre laquelle nous aurions buté : mot-clé pour la circonstance.
&lt;br /&gt;Ecrire ne serait, alors, que faciliter cet échange de clés entre les mots. C'est ce que j'appellerai le rapport instinctif avec le texte. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edmond Jabès, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit livre de la subversion hors de soupçon&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La magie vient accoucher les mondes. Son enjeu dernier, ce serait donc : faire exister (ce qui n'est pas, ce qui manque à être). Ce qui n'existe pas, il faudrait justement l'inventer... En ce sens, par un renversement bien naturel, il devient peut-être absurde, ou vain, de demander &#8220;si la magie existe&#8221;, puisque la magie a justement pour objet de faire advenir à l'être ce qui n'est pas. Et qu'au moment où elle réussit ce tour improbable, elle a cessé d'exister comme magie, elle s'est déjà retirée dans son antre infranchissable, là où elle se tient depuis toujours : pour les hommes, fidèle gardienne du non-être. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Xavier Papaïs, « Trois formules sur la magie », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; « 2000 ans de magie », revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique&lt;/i&gt;, juin-juillet 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sans doute une &#339;uvre ne se crée-t-elle jamais que dans la solitude, mais pour en exorciser la fatalité. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Grimaldi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité des solitudes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai le regret de vous annoncer que l'autofiction n'est plus &#8220;tendance&#8221;. C'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lire&lt;/i&gt;, le magazine de la littérature conformiste, qui nous l'apprend dans sa dernière livraison. Apparemment, personne chez eux ne s'est rendu compte que l'hyperréalisme façon 11 septembre et l'autofiction sont les cornes d'un même animal obtus, le réalisme quotidien individualiste (comme on a eu un réalisme socialiste).
&lt;br /&gt;Ce réalisme a l'immense mérite d'être simple à fabriquer (encore plus simple que le réalisme socialiste). On remplace son regard par la chose regardée. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! un flipper !&lt;/i&gt;&#8221; s'écrie l'écrivain réaliste, tout estomaqué de découvrir un flipper dans un bar, et il nous sert une description minutieuse de ce rare phénomène. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! une agence de voyages !&lt;/i&gt;&#8221; et le voilà qui recopie scrupuleusement la longue liste de voyages proposés. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! un gros attentat à la télévision !&lt;/i&gt;&#8221; et dans sa fulgurance il se dit que les victimes n'ont rien vu venir... C'est inépuisable et ludique. Le monde est rempli de merveilles littéraires qui ne demandent qu'à être cueillies. Petit veinard d'écrivain réaliste ! Il n'est jamais en manque d'inspiration. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! Je bande !&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Matérialiste jusqu'à l'insignifiance, nombriliste et fier de l'être comme les plus débiles performances de l'art contemporain, le réalisme quotidien individualiste passe son temps à flatter le lecteur en calibrant son univers littéraire tantôt sur le night-club du coin, tantôt sur l'actualité (télévisuelle de préférence).
&lt;br /&gt;J'y reviendrai à ce réalisme-là, je ne le laisserai pas tranquille. C'est une question d'instinct de survie. Il me déteste, je le déteste. S'il pouvait me tuer, il le ferait. Déjà, on [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Beigbeder dans&lt;/i&gt; Windows on the world&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, ndlr&lt;/i&gt;] met en exergue cette citation de Tom Wolfe, le garde-chiourme : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un romancier qui n'écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l'époque où nous vivons.&lt;/i&gt;&#8221; Papa Jdanov [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;troisième secrétaire du Parti communiste d'URSS, qui veilla au respect de la ligne définie par le Parti dans le domaine des lettres, ndlr&lt;/i&gt;] n'aurait pas mieux formulé. Quant à Papa Staline, l'espiègle, n'a-t-il pas lancé dès 1932 son &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ecrivez le réel&lt;/i&gt;&#8221;, mot d'ordre repris plus tard dans les statuts de l'Union des écrivains soviétiques : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On exige une représentation de la réalité qui soit vraie et historiquement concrète.&lt;/i&gt;&#8221; On a la littérature qu'on mérite. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Iegor Gran, « Tintin au pays du réalisme individualiste » (Journal de la semaine), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 6 septembre 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est la lenteur de l'art d'écrire, dans son exécution mécanique, qui depuis des années déjà me rebute parfois et me décourage : le temps perdu pour un écrivain à jeter les mots sur la page, comme pour le musicien les notes sur la portée. Un travail de transcripteur et de copiste, par intervalles dégrisants comme un jet d'eau froide, s'interpose entre l'agitation chaleureuse de l'esprit et la fixation matérielle de l'&#339;uvre. Ce que j'envie aux peintres et aux sculpteurs, ce qui rend (du moins je l'imagine tel) leur travail si sensuellement jubilant et régulier, c'est l'absence complète de ces temps morts - si minimes soient-ils - c'est le miracle d'économie, le feed back de la touche ou du coup de ciseau qui dans un seul mouvement à la fois crée, fixe et corrige ; c'est le circuit de bout en bout animé et sensible unissant chez eux le cerveau qui conçoit et enjoint à la main qui non seulement réalise et fixe, mais en retour et indivisiblement rectifie, nuance et suggère - circulation sans temps mort aucun, tantôt artérielle, tantôt veineuse, qui semble véhiculer à chaque instant comme un esprit de la matière vers le cerveau et une matérialité de la pensée vers la main. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Julien Gracq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En lisant, en écrivant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je n'ai pas besoin de dire à mes confrères que je me trouvais maintenant au moment le plus intéressant de la vie d'un auteur : les heures et les jours qui suivirent furent comme une parenthèse de fièvre créatrice et de joie sans mélange. (...) Mais je dois renoncer hélas à faire sentir au lecteur ce que fut mon bonheur : ce sont des joies à ce point immatérielles, évanescentes, que les mots peuvent à peine les décrire. Tapies dans les recoins secrets de l'esprit, accompagnées ou suscitées par d'infinitésimales variations de trame, elles ont pourtant un si grand empire sur l'auteur et peuvent remplir le corps d'un tel bien-être que ni l'appétit ni la vertu, ni l'admiration ou la vanité, ou l'amour, ne peuvent leur être comparés dans l'échelle des bonheurs humains. Les scènes se déroulent avec une évidence si forte devant l'&#339;il intérieur, les personnages s'avancent sur la scène si humainement, avec une telle puissance et une telle compréhension que le créateur en ces instants a le sentiment d'habiter et de se mouvoir dans les êtres qu'il crée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;A propos du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Maître de Ballantrae&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essais sur l'art de la fiction&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'avais entamé (et terminé) la rédaction de bien d'autres livres mais je ne me rappelle pas m'être attaqué à aucun d'entre eux avec autant de plaisir. Il n'y a pas à s'en étonner outre mesure, car, comme dit le proverbe, l'eau que l'on vole est toujours plus douce. J'aborde là un chapitre délicat. Il ne fait pas de doute que le perroquet a autrefois appartenu à Robinson Crusoé - et pas de doute non plus que le squelette vient d'Edgar Poe. Mais ce ne sont que des points de détail, des futilités, auxquelles je n'attache guère d'importance : personne ne peut prétendre au monopole des squelettes, ou à l'exclusivité des oiseaux parleurs. La palissade, me dit-on, se trouve déjà dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Masterman Ready&lt;/i&gt; [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;roman pour enfants de Frederic Marryat&lt;/i&gt;]. C'est possible, et je m'en moque éperdument. Ces précieux écrivains ont simplement réalisé ce que dit le poète : en partant ils ont laissé derrière eux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des empreintes de pas dans le sable du temps
&lt;br /&gt;Des empreintes de pas que peut-être un autre...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et j'étais cet autre ! Non, c'est ma dette envers Washington Irving qui me tracasse la conscience, car rarement le plagiat fut poussé aussi loin. Quelques années auparavant, alors que j'envisageais de composer une petite anthologie des écrits en prose, j'avais eu la chance de mettre la main sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tales of a traveler&lt;/i&gt;. Le livre me frappa, d'abord, puis m'emballa : Billy Bones, son coffre, la réunion dans le salon, tout l'esprit intérieur et une bonne part des détails matériels de mes premiers chapitres - tout était déjà là, tout appartient donc à Washington Irving. Mais j'étais loin de m'en douter tandis que j'écrivais, assis au coin du feu, dans ce qui me paraissait être l'effervescence printanière de l'inspiration - et pas plus lorsque jour après jour, au sortir du repas, je faisais lecture à ma famille de mes travaux de la matinée. Ils me semblaient alors originels, comme le péché lui-même, ils étaient ma création, m'appartenaient en propre, autant que mon &#339;il droit. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « Mon premier livre : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Ile au Trésor&lt;/i&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essais sur l'art de la fiction&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans une histoire il y a toujours une autre histoire imbriquée en elle tout comme chaque oignon porte dans ses rondelles un autre oignon plus jeune et plus soyeux. »&lt;br&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Abdourahman A. Waberi, « La légende du soleil nomade », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cahier nomade&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ecrire est comme la sécrétion des résines, non pas acte mais lente formation naturelle. Mousse, humidité, argiles, limon, phénomènes du fond, et non pas du sommeil ou des songes, mais des boues obscures où fermentent les figures des songes. Ecrire ce n'est pas faire, mais se loger, être là. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;José Ángel Valente, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trois leçons de ténèbres&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tu sais, entre parenthèses, je pense beaucoup ces derniers jours à l'histoire du roi Midas que j'ai relue en Crète. Ne pourrait-on interpréter cette légende comme une allégorie de l'écriture ? L'écriture qui, elle aussi, si on ne s'en garde pas, peut devenir un cadeau empoisonné ? On pense vouloir et pouvoir tout transformer en or, en mots dorés, phrases scintillantes, pages éblouissantes... On s'entraîne, et peu à peu on s'aperçoit que oui, parfois ça marche... Mais le risque qu'on court est de ne plus pouvoir toucher directement ce dont on a besoin : les êtres qui nous sont chers, les choses auxquelles on tient nous deviendraient aussi inaccessibles que la nourriture au roi Midas ; à force de tout métamorphoser en écriture, nous serions coupées de la réalité, interdites de vie... Nos enfants ne nous en voudront-ils pas, un jour, d'avoir parfois préféré écrire sur eux plutôt que d'être avec eux ? Fin de la parenthèse, que tu peux mettre sur le compte de la sempiternelle culpabilité des mères. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nancy Huston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres parisiennes&lt;/i&gt;, correspondance avec Leïla Sebbar, 1984&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Avant cela, j'ai eu un autre ami. Un artiste. Il peignait. Nous voulions également nous marier. Tout allait bien jusqu'au jour où je l'ai entendu, par hasard, parler au téléphone avec un ami. Je suis entrée dans son atelier alors qu'il criait dans le combiné : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle chance ! Tu ne te rends même pas compte de la chance que tu as !&lt;/i&gt;&#8221; C'était surprenant de le voir aussi agité, lui qui était tellement calme et flegmatique d'habitude. J'ai vite compris ce qui motivait son enthousiasme. Son copain habitait dans un foyer d'étudiants et, dans une pièce voisine, il venait de voir une jeune fille qui s'était pendue. Il l'avait décrochée. Et mon ami me racontait cela avec des trémolos d'excitation dans la voix : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tu ne peux pas t'imaginer ce qu'il a vu ! Ce qu'il a vécu ! Il l'a portée dans ses bras ! Il a touché son visage... Elle avait de l'écume aux lèvres... Viens ! Viens vite, on arrivera peut-être à temps pour la voir !&lt;/i&gt;&#8221; Il n'a pas eu la moindre compassion pour la fille morte. Il voulait juste la voir et la graver dans sa mémoire pour la dessiner... Je me suis aussitôt rappelé les questions qu'il me posait : quelles étaient les couleurs de l'incendie de la centrale, si j'avais vu des chiens et des chats abattus, dans les rues, comment les gens pleuraient, si j'en avais vu mourir... Après cela, je n'ai pas pu rester avec lui... (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après un silence.&lt;/i&gt;) Je ne sais pas si je serai d'accord pour vous revoir. Il me semble que vous me percevez de la même manière que lui. Que vous m'observez, tout simplement. Que vous essayez de garder mon image, comme pour une expérience... Je ne peux pas me défaire de cette impression. Je ne le pourrai plus... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Témoignage de Katia P. recueilli par Svetlana Alexievitch dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Picasso dessine&lt;/i&gt;] des hommes dont il essaie de transfuser la force vive dans le dedans de la peinture jusqu'à ce que la peinture s'anime, mais c'est une folie. Peindre est-il toujours cette folie ? Peindre est-il toujours cet acharnement insensé pour abolir l'écart entre la présence et l'image ? Peindre est-il toujours cette volonté obstinée d'obtenir que l'image agisse directement sur nos nerfs avec autant d'évidence que la réalité plaquée devant nos yeux ? Un jour, dit-il, un jour il y aura une figure qui sera aussi vraie que la vraie. Un jour elle prendra chair, elle aura le vif du vivant, et le monde enfin ressemblera à la peinture. Un jour, elle sortira du cadre, et mettra la réalité dans son tort, folie des folies. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lydie Salvayre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le vif du vivant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ecrire, c'est unir la vie intérieure à la vie extérieure. C'est attendre longtemps, sans avoir peur, avant de pouvoir lier l'histoire du monde à son histoire. C'est enfin découvrir la mer bleue et magnifique derrière une rangée de roseaux serrés. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nina Bouraoui, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 9 juin 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il m'arrive parfois d'abandonner des passages entiers d'un poème, pour la seule raison que mon idée ne s'y exprime pas par le biais des sens. A ce propos, j'ai lu, il y a quelques jours, un vers du poète irlandais Heaney qui dit : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il arrive souvent que les mots intègrent le sens du toucher.&lt;/i&gt;&#8221; Et je crois que le texte dont la langue ne touche pas aux sens du toucher, de l'odorat, du goût, souffre d'un déséquilibre dans la vision poétique et la pratique de l'écriture. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Palestine comme métaphore&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ecrire, c'est essayer de savoir ce que nous écririons si nous écrivions. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marguerite Duras&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand tous comprendront clairement comment je fais, tous écriront. La vie sera imprégnée de littérature. La moitié de l'humanité se consacrera à la lecture et à l'étude de ce que l'autre moitié aura écrit. Et le recueillement occupera le plus clair de son temps qui sera ainsi arraché à l'horrible vraie vie. Et si une partie de l'humanité se rebelle et refuse de lire les élucubrations des autres, tant mieux. Chacun se lira soi-même. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Italo Svevo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Si j'étais un arbre, je ferais des feuilles. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mario Merz, peintre et dessinateur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 18 août 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;René Char&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Que puis-je faire de mes sentiments, sinon les laisser frétiller et crever dans le sable de la langue, comme des poissons ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Poètes », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cigogne et porc-épic&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A mes dépens, j'ai eu le temps d'éprouver que la tentation du passé est chez moi plus véhémente que la soif de connaître l'avenir. La rupture avec le présent, le retour en arrière et, brusquement, l'apparition d'un pan de passé frais, inédit, qu'ils me soient donnés par le hasard ou par la patience, s'accompagnent d'un heurt auquel rien ne se compare, et duquel je ne saurais donner aucune définition sensée. Haletant d'asthme parmi la nuée bleuâtre des fumigations et le vol des pages une à une détachées de lui, Marcel Proust pourchassait un temps révolu. Ce n'est guère le rôle des écrivains, ni leur facilité, que d'aimer l'avenir. Ils ont assez à faire avec l'obligation de constamment inventer celui de leurs héros, qu'ils puisent d'ailleurs dans leur propre passé. Le mien, si j'y plonge, quel vertige ! Et quand c'est son tour d'émerger, imprévu, d'offrir à la lumière actuelle sa tête de sirène mouillée, ses jeux décevants d'hôte des profondeurs, je tiens à lui encore plus fort. Outre la personne que je fus, il me révèle celle que j'aurais voulu être. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Lune de pluie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suppose qu'on se met à griffonner, à noter des choses, afin de résoudre une énigme, de découvrir comment c'est exactement. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Edward Bond, interview, 1972&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a aussi le lien physique du tableau noir, accessoire a priori terriblement encombrant mais qui, comme un couteau multifonctions, gagne bientôt ses galons de fait-tout : paravent religieux lors des épousailles, mais aussi sec, cloison de la chambre nuptiale. Instrument de l'éducation mais aussi planque pour se protéger de la mitraille. Jusqu'à servir de pharmacie de fortune, l'instituteur Reeboir n'hésitant pas à le débiter pour en faire une attelle sur une jambe d'enfant brisée. Cette ode au bricolage, à l'improvisation, à l'intelligence rusée, à l'esprit d'à-propos, est le plus bel hommage en acte qu'on pouvait rendre au cinéma : l'art de transformer les contraintes en liberté, ou ce qui revient au même, la boue en lumière. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gérard Lefort, critique du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Tableau noir&lt;/i&gt;, de Samira Makhmalbaf, Cannes 2000, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 13-14 mai 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le génie, c'est l'intérêt. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertolt Brecht&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De tous les points de vue, cette expérience a été catastrophique pour moi. Me retrouver sur un plateau, entourée de centaines de personnes, jour après jour, quel cauchemar ! Chaque matin, je me réveillais et ils étaient là, sous mon nez, tous... Les gens ne le remarquent peut-être pas, mais je suis très introvertie. En studio, quand j'enregistre mes disques, je ne suis entourée que d'une ou deux personnes, des gens que je connais depuis longtemps et en qui j'ai confiance. Je suis le plus souvent retranchée chez moi, en Islande, protégée... Mon travail s'effectue en collaboration, mais de manière intime (...). Tandis que là, tout était envahi. (...) J'ai appris que je devais rester fidèle à la musique. Là, j'ai eu l'impression de la négliger, de la cocufier. Je me suis rendu compte que j'avais la chance d'avoir trouvé ma voie, de gagner ma vie avec. J'ai donc le devoir d'être plus loyale vis-à-vis de la musique, de ne plus flirter stupidement avec d'autres métiers. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Björk à propos du tournage de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dancer in the dark&lt;/i&gt; de Lars von Trier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 9 mai 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« D'après moi, la vie n'a pas de linéarité narrative, elle est faite de plusieurs lignes. J'ai été fascinée par le roman de Virginia Woolf, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mrs Dalloway&lt;/i&gt;, parce qu'elle y juxtapose parfaitement deux mondes : le monde imaginaire, qui mêle rêves et souvenirs, et le monde rationnel, la vie de tous les jours. L'écriture est un parfait interface, qui permet aussi d'équilibrer ces deux mondes. Parce que le risque, c'est que l'un prenne le dessus sur l'autre : ça s'appelle la schizophrénie. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Laura Kasischke, écrivaine américaine, aux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 9 mai 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[elzb&lt;-]« Le dessin est une entreprise de magie. Prenez une feuille de papier. Tirez un trait horizontal d'un bord à l'autre et vous avez séparé la terre des eaux.
De ce premier trait de pinceau, les Chinois disent qu'il crée le monde. Et tout enfant est prêt à y reconnaître la plage et la mer. Une virgule en plus suffira pour qu'il y ait aussi un oiseau dans votre paysage. Par quel miracle ? Cela ne ressemble en rien à la nature, je vous le certifie. Il ne s'agit pas d'un simulacre du réel, mais d'une idée. Pourtant nous sommes prêts à jurer que les choses se présentent à nous ainsi. Umberto Eco observe avec pertinence, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Structure absente&lt;/i&gt; : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si je dessine à la plume sur une feuille de papier la silhouette d'un cheval en le réduisant à une ligne continue et élémentaire, chacun sera disposé à reconnaître dans son dessin un cheval ; pourtant l'unique propriété qu'a le cheval du dessin (une ligne noire continue) est l'unique propriété que le vrai cheval n'a pas.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elzbieta, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Enfance de l'Art&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est l'occasion ou jamais de comprendre à quoi toute sa vie Matisse s'est confronté. Techniquement, le problème se pose en ces termes : comment attribuer au fond et à la figure la même valeur ? Métaphysiquement, il ne s'agit rien moins que de réintégrer l'être au sein du paradis perdu, tâche qui trouvera son apogée, sinon son achèvement, avec la décoration de la chapelle du Rosaire à Vence, dont on peut admirer ici quelques spécimens. Fond et figure, pourquoi ne réussissent-ils pas à faire bon ménage ? Parce que dès qu'une représentation anthropomorphe et, en particulier, un visage, pointe le nez, elle capte l'attention et contribue à fabriquer l'illusion selon laquelle le sujet se trouve devant le décor. (...) En schématisant, les arts orientaux développent une esthétique de la démultiplication apte à engendrer une prolifération contrôlée des formes ; en contrepartie, la figure y est (presque toujours) congédiée. A l'opposé, l'Occident post-renaissant organise son iconologie autour de la figure centrale de l'être humain, ce dernier venant occuper la place de Dieu laissée vacante pour cause d'obsolescence. Matisse veut tout. Et le sujet et le décor. Ainsi se comprennent les quelques exemplaires présentés des grands Nus bleus, papiers découpés qui n'ont rien de marocain, mais n'auraient pu voir le jour sans le lent travail de maturation entamé à Tanger. Bleu et blanc, les figures découpées ne délivrent ni intérieur ni extérieur. En clair, le bleu n'est pas plus délimité par le blanc que celui-ci ne l'est par celui-là. (...) On saisit alors où Matisse voulait en venir. Le paradis n'est pas le territoire d'où l'homme a été chassé et qu'il aspire (peut-être) à réintégrer. Ils entretiennent tous les deux, grâce à la visualisation que la peinture de Matisse en fournit, une relation de contiguïté et d'adhérence qui les autorise à échanger leurs tons et leurs valeurs. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hervé Gauville, compte-rendu de l'exposition « Le Maroc de Matisse » à l'Institut du monde arabe, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 1er décembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La forme, c'est le fond qui remonte à la surface. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Charlotte Perriand&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Devant une belle page blanche, j'aimerais avoir vingt ans. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Charlotte Perriand, catalogue de sa dernière exposition au Musée des arts décoratifs, 1985&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Et vous menez ici cette misérable vie de poète, dit-elle avec mépris. Elle s'apprêtait à quitter la mansarde avec un sentiment de fier dédain.
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cette misérable vie de poète me rend fier et joyeux&lt;/i&gt;, dit-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et cela aussi vous le comprenez décidément trop peu. Je suis heureux d'habiter dans cette chambre d'apparence si misérable qui ressemble à une prison. Oui, jolie madame, c'est ainsi, et vous êtes incapable de le croire possible. Ici, je suis moi-même, et nulle part je ne puis monter plus haut. Vous concevez qu'il est beau de mener grand train et de jouir d'une vaste notoriété, mais vous ne concevez pas qu'il soit beau d'apparaître très pauvre extérieurement si, en revanche, on est riche intérieurement en émotions et en sentiments d'abnégation, de courage, d'énergie, d'accomplissement du devoir. En menant cette misérable vie de poète, j'accomplis mon devoir, et cela me rend joyeux, et vous n'y comprenez rien.&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;La femme s'en alla et le poète se remit à l'ouvrage. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, « Peintre, poète et dame », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rêveries et autres petites proses&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il ne s'agit pas d'aller glaner l'expérience humaine au marché. Si tel était le cas, cela voudrait dire que l'expérience existe en dehors de soi et attend d'être collectée. En fait, il s'agit de voir ce qui est là. L'expérience est ce qui est déjà arrivé. L'expérience des choses, comme l'amour et la haine, commence chez soi, dans la chambre à coucher, dans la cuisine. Elle survient au moment où les êtres sont ensemble, ou séparés, quand ils se désirent, quand ils s'aperçoivent qu'ils n'aiment pas les oreilles de leur amant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hanif Kureishi, « Mon père voulait être écrivain », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bradford&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je n'ai jamais aimé jouer la comédie ! Je ne suis pas une bonne interprète. Quand vous jouez, c'est quelqu'un d'autre qui crée un univers à votre place. Et moi, j'aime bien être le patron ! &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[Rires.]&lt;/i&gt; Quand vous dirigez un film, même si ce n'est pas vous qui jouez, vous devenez un peu chaque personnage du film à travers vos acteurs. Je ne pourrais pas interpréter une superbe adolescente blonde [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;comme celles de son film&lt;/i&gt; Virgin Suicides&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, ndlr&lt;/i&gt;]. Mais, si je la mets en scène, je me glisse dans sa peau, en quelque sorte. Et puis, je n'aime pas me préoccuper de mes cheveux ou de la tête que j'ai ! J'aime travailler sans avoir à y penser. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sofia Coppola à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Numéro&lt;/i&gt;, octobre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On ne peut pas donner de la dignité, ni dans la vie ni dans la littérature. Tout ce qu'on peut faire, c'est avoir assez de patience pour que cette dignité apparaisse... Il y a une expression italienne que j'aime bien. A propos de quelqu'un de très malin, on dit qu'il pourrait vendre des confettis dans un cimetière. Voilà ce qu'il faut essayer de faire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;John Berger à propos de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;King&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 6 octobre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le projet de passer d'un champ à l'autre est un projet essentiel de la modernité, elle-même inspirée de la conception romantique : l'idée de l'&#339;uvre d'art complète, de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt;, de l'absence de cloisonnement entre les différents domaines intellectuels. On a perdu cette pensée, puis on l'a retrouvée, avec l'impression naïve de la découvrir. Il s'agit, selon moi, d'un mouvement naturel, dont le moteur essentiel est la curiosité. En France, le cloisonnement entre les champs de la création est à son degré maximum. Chacun doit rester dans sa petite boîte : la mode, l'architecture, etc. Cela révèle un défaut dans la compréhension de l'art : l'art est lié à la vie et ne peut être pris dans une quelconque gangue, il se situe dans des flux, des flux de rencontres entre les champs existants. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Christine Macel, commissaire des expositions du Printemps de Cahors, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Parpaings&lt;/i&gt;, juin 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il ne faut pas se préoccuper de l'originalité de son travail mais être sincère dans l'esthétique et dans le langage que l'on choisit. Plus on est sincère, plus on est moderne. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pedro Almodovar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pedro Almodovar, conversations avec Frédéric Strauss&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je ne voulais pas faire de cinéma, je ne voulais rien faire de particulier, juste vivre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elia Suleiman au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde&lt;/i&gt;, 9 avril 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un livre, c'est toujours mieux que toi. S'il n'est pas plus appréciable que ta petite personne, ce n'est pas la peine de le faire sortir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rafael Chirbes, écrivain espagnol, à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 14 octobre 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vous avez compris, Larry, que la vérité ne pouvait pas être triste, l'Être tout entier et toute &#339;uvre d'art nous en faisant foi, que le fait seul qu'il y ait des poètes parmi nous est une garantie de l'apokatastase et de la survie universelle. Oh ! vous ne l'auriez pas dit dans ces termes, sans doute : vous étiez bien trop bouddhiste pour cela, mais - me pardonnerez-vous, là où vous êtes ? - je n'ai jamais pu prendre au sérieux votre bouddhisme. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Vladimir Volkoff, préface au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quatuor d'Alexandrie&lt;/i&gt; de Lawrence Durrell&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai parlé de la vanité de l'art, mais pour être sincère, j'aurais dû dire aussi les consolations qu'il procure. L'apaisement que me donne ce travail de la tête et du c&#339;ur réside en cela que c'est ici seulement, dans le silence du peintre ou de l'écrivain, que la réalité peut être recréée, retrouver son ordre et sa signification véritables et lisibles. Nos actes quotidiens ne sont en réalité que des oripeaux qui recouvrent le vêtement tissé d'or, la signification profonde. C'est dans l'exercice de son art que l'artiste trouve un heureux compromis avec tout ce qui l'a blessé ou vaincu dans la vie quotidienne, par l'imagination, non pour échapper à son destin comme fait l'homme ordinaire, mais pour l'accomplir le plus totalement et le plus adéquatement possible. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lawrence Durrell, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Justine&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Quatuor d'Alexandrie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Assembler un livre est intéressant et enthousiasmant. C'est suffisamment difficile et compliqué pour requérir toute ton intelligence. C'est la vie à son plus haut degré de liberté. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Dillard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En vivant, en écrivant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Qui m'apprendra à écrire ? désirait savoir un lecteur. La page, la page, cette blancheur éternelle, la blancheur de l'éternité que tu couvres lentement, affirmant le griffonnage du temps comme un droit, et ton audace comme une nécessité ; la page, que tu couvres opiniâtrement, que tu détruis, mais en affirmant ta liberté et ton pouvoir d'agir (...) ; la page de ta mort, à laquelle tu opposes toutes les excellences défectueuses que peut réunir ta force vitale : cette page t'apprendra à écrire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Dillard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En vivant, en écrivant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Certains jours, j'étais taraudée par un sentiment de responsabilité envers le moindre changement de lumière à travers les vitres de la véranda. Qui en garderait la trace ? Qui serait la mémoire de notre temps et du vent, dehors, qui fouettait les branches de marronniers ? Il fallait quelqu'un pour cela, quelqu'un pour défendre becs et ongles tous ces jours qui passaient, sinon le spectacle aurait été donné en vain. Que l'entreprise fût impossible ne m'effleurait même pas. Mais pour ce travail, pour cette tâche, je ne connaissais pas de mot. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Dillard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une enfance américaine&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le soir, il se sentait brisé comme s'il avait fauché tout le jour ; brisé de corps, avec une fatigue aux jambes, un battement aux tempes, un front lourd et gonflé ; et devant ses yeux, par moment, un voile gris tombait, qui était le signal pour lui de s'arrêter. Mais à cette fatigue du corps répondait au dedans une vivacité nouvelle : comme une augmentation en lui de tous les principes de vie, et il apercevait son être augmenté soudain en tous sens. Etroit, à l'ordinaire, creusé en profondeur, il s'élargissait brusquement, avec des facultés inconnues de joie, avec des puissances de lutte, avec des faims de mouvement, avec des besoins de plaisir (...). Mais le regret et cette nostalgie d'espaces seulement entrevus, et non pas explorés continuait à durer en lui. Jusqu'où nous pourrions aller, presque toujours, nous l'ignorons, nous tournons en rond au bout d'une chaîne et nous n'osons pas la briser. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;C.-F. Ramuz, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aimé Pache, peintre vaudois&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je crois qu'on ne peut pas s'empêcher de devenir adulte ; ça arrive, c'est tout. Et alors, la dépression, les pensées sombres tendent à se dissiper, et même si vous aimeriez garder ce côté ado, il vous échappe... alors je ne sais pas si je suis encore un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;brat&lt;/i&gt; [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un adolescent&lt;/i&gt;]. Je sais en revanche que c'est très difficile d'être un adulte quand on est un artiste. On vit comme sur une île, seul la plupart du temps, occupé à créer, sans responsabilités - sans famille, sans boulot, sans obstacles... On est dans un état d'adolescence attardée nécessaire pour créer, mais qui peut aussi être préjudiciable pour le reste, en particulier dans vos rapports avec les autres... mais c'est une autre histoire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bret Easton Ellis à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 26 septembre 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a trop longtemps que je pense à cette histoire pour qu'elle me pose encore des problèmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;George Lucas à propos des nouveaux épisodes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Guerre des Etoiles&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Studio&lt;/i&gt;, mars 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Peindre, c'est être arrogant. Décrire le monde et jeter le résultat à la face de ce même monde, c'est être arrogant. Essayer de dépasser la nature en peignant une fleur, ou Dieu en améliorant les paysages, c'est encore de l'arrogance. Peindre est une vantardise. Et si tu n'aimes pas te crier sur les toits, tu devrais cesser de peindre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Galactia, peintre vénitienne, à sa fille Supporta, dans la pièce de Howard Barker &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tableau d'une exécution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'art est un problème. L'homme ou la femme qui s'exposent à l'art s'exposent à un problème supplémentaire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Howard Barker, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quarante-neuf apartés pour un théâtre tragique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'éclat des lumières, irrésistible le soir dans les rues de la capitale, les gens, mon frère. Moi dans l'appartement de mon frère. Un trois-pièces tout simple, que je n'oublierai jamais. C'est comme s'il avait eu un ciel, avec des étoiles, des nuages, et la lune. Romantisme, merveilleux pressentiments ! Mon frère jusque tard dans la nuit au théâtre, où il faisait les décors. Il revenait vers trois ou quatre heures du matin et me trouvait encore à ma table, ensorcelé par toutes les idées et les images qui me passaient par la tête ; je n'avais plus besoin de dormir ; penser, écrire, veiller me tenaient lieu de sommeil et le monde pour moi n'était plus rien d'autre que mon bureau, durant des heures. Jouissance, délassement et repos tout en un. Le bureau, sombre et de forme si ancienne qu'il faisait penser à un vieux magicien. Lorsque j'ouvrais ses petits tiroirs, qui étaient d'un fin menuisier, je m'imaginais en voir bondir les mots, des paroles, des phrases entières. Les rideaux blancs, le chant du gaz dans la lampe, la chambre, plus longue en s'obscurcissant vers le fond, le chat, et tout le calme de la mer dans ces nuits lentes et pleines de pensées. De temps en temps j'allais chez les filles dans leur cabaret, cela faisait partie des choses. A propos du chat : il s'asseyait toujours sur les feuillets que j'avais écrits et mis sur le côté et il cillait en me regardant de ses yeux insondablement jaunes, avec un air à lui de m'interroger. Je dois peut-être beaucoup à cette bête tranquille et gentille que sait-on ? De façon générale, plus j'écrivais et plus je me sentais gardé et comme protégé par un être bienveillant. Un voile se tissait autour de moi, doux, fin et spacieux. Il faut que je mentionne également la liqueur qui était sur la commode. Je lui rendais hommage aussi souvent que je m'en sentais le droit et encore la force. Tout ce qui m'entourait me faisait du bien. Il y a tout à coup de ces circonstances ou rencontres qui ne se reproduiront peut-être plus jamais, ou alors seulement le jour où on les aura le moins prévues. Prévisions et supputations ne sont-elles pas quelque chose de profane, d'impertinent et de brutal ? L'écrivain doit se laisser aller, avoir le courage de se perdre, d'oser tout, chaque fois ; il doit espérer, il ne peut qu'espérer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Walser, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Neue Merkur&lt;/i&gt; 1914, récit de la rédaction des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Enfants Tanner&lt;/i&gt;, en janvier-février 1906 à Berlin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ecrire et faire l'amour. Je sens un lien essentiel entre les deux&lt;/i&gt;&#8221;, écrit-elle. (...) C'est le récit d'une soirée avec un jeune homme amoureux qui n'aurait pas manifesté son désir si elle n'avait passé la main dans ses cheveux. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le souvenir de ce geste, par-dessus tout, me remplissait de jouissance. J'ai pensé qu'il était de même nature que celui qui consiste à écrire la phrase inaugurale d'un livre. Qu'il supposait le même désir d'intervenir dans le monde, d'ouvrir une histoire. Et j'ai senti que, pour une femme, la liberté d'écrire sans honte passait par celle de toucher la première, avec désir, le corps d'un homme.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Propos d'Annie Ernaux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 16 janvier 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Proust dit dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Prisonnière&lt;/i&gt; que tel morceau de musique est &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une vérité de plus dans le monde&lt;/i&gt;&#8221;. Je sais que c'est très ambitieux de dire cela, mais j'ai le sentiment de participer à ce petit plus de vérité dans le monde quand j'écris. (...) Avec ce livre, je ne suis pas tranquille. Comme pour d'autres, dont &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Passion simple&lt;/i&gt;, je me dis : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mais qu'est-ce que j'ai fait !&lt;/i&gt;&#8221; Et pourtant, quand je suis dedans, je sais ce que je fais. Ces derniers mois où je suis restée presque tout le temps chez moi en passant des heures sur une phrase, j'avais le sentiment de faire quelque chose de vraiment nécessaire, et pas seulement pour moi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Ernaux à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt;, mars 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ecrire sincèrement - presque sincèrement ! J'en espère un soulagement, cette sorte de silence intérieur qui suit un cri, un aveu. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Etrangers</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>

		<dc:subject>Altérité</dc:subject>

		<description>« Ils étaient partis en Egypte pour que Nahed montre à sa famille qu'elle avait bien trouvé un mari, malgré son travail de danseuse de cabaret, et pour que Stanley voie les pyramides et le Sphinx, qu'il monte sur un dromadaire et pour qu'il fume du haschich. Mais, arrivés au Caire, il s'était mis à l'insulter, elle et tous ses compatriotes, chaque fois qu'il voyait un âne famélique ou un mulet ployant sous son fardeau : &#8220;Regarde ! Mais regarde ! On voit ses côtes ! Vous êtes tous des sauvages !&#8221; &lt;br /&gt;Un beau (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot4.html" rel="tag"&gt;Altérité&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ils étaient partis en Egypte pour que Nahed montre à sa famille qu'elle avait bien trouvé un mari, malgré son travail de danseuse de cabaret, et pour que Stanley voie les pyramides et le Sphinx, qu'il monte sur un dromadaire et pour qu'il fume du haschich. Mais, arrivés au Caire, il s'était mis à l'insulter, elle et tous ses compatriotes, chaque fois qu'il voyait un âne famélique ou un mulet ployant sous son fardeau : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Regarde ! Mais regarde ! On voit ses côtes ! Vous êtes tous des sauvages !&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Un beau matin, Nahed finit par jeter ses vêtements par-dessus le balcon de l'appartement de ses parents au Caire. Les voisins les ramassèrent dans la rue, et sa mère, à qui ce gendre plaisait bien, ne cessait de les rabrouer tous les deux : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mais enfin ! Vous vous disputez pour des ânes que vous ne connaissez même pas !&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hanan El-Cheikh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Londres mon amour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'abbé Grégoire [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans son&lt;/i&gt; Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, en 1788&lt;/i&gt;] consacre plusieurs pages à la condition de la femme chez les juifs. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un autre obstacle à leur réforme&lt;/i&gt;, pense-t-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est le peu d'estime qu'ils ont toujours eu pour les personnes du sexe.&lt;/i&gt;&#8221; Il continue en écrivant que &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la considération pour les personnes du sexe est la mesure du progrès d'une nation dans la vie sociale&lt;/i&gt;&#8221;, après avoir cité la prière que les mâles juifs prononcent pour bénir Dieu qui ne les a pas faits femmes. Et Jacques Chirac [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans son discours sur la laïcité&lt;/i&gt;] de faire écho : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le degré de civilisation d'une société se mesure d'abord à la place qu'y occupent les femmes.&lt;/i&gt;&#8221; On finirait par croire que la France est féministe depuis le XVIIIe siècle. (...) Il ne reste rien à ajouter, sinon à souligner les similitudes observables dans le traitement des juifs et des musulmans sur une relative longue durée. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Esther Benbassa, « Le président Chirac en nouvel abbé Grégoire », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La République face à ses minorités - Les juifs hier, les musulmans aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Coupable d'avoir écrit &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Art d'aimer&lt;/i&gt; et, pour ce crime, exilé dans une région de réputation douteuse, Ovide y reçut une lettre d'un ami romain qui, après l'avoir couvert de bonnes pensées, le plaignait d'avoir à vivre parmi des barbares. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est moi le barbare&lt;/i&gt;, répondit le poète, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;puisque je ne les comprends pas !&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/tandem.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Un tandem infernal&lt;/a&gt;, sur &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ma mémoire s'abat sur moi dans les villes, les exils, semblable à un fleuve qui coule, envahi par les herbes et les boues, résidus de fleuves différents, et elle s'avance sur les terres d'autrui. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alia Mamdouh, « Bagdad : ces villes qui meurent dans nos bras », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autodafé&lt;/i&gt; (revue du Parlement international des écrivains), septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A part le ciel sans oiseaux
&lt;br /&gt;les noms mouillés des rues
&lt;br /&gt;les îles d'antan toutes submergées
&lt;br /&gt;comme une leçon oubliée de géographie
&lt;br /&gt;à part ma langue perdue à jamais
&lt;br /&gt;mes mots traduits à l'aide d'un dictionnaire
&lt;br /&gt;sans histoire sans terre sans eau
&lt;br /&gt;à part la presque douleur
&lt;br /&gt;de mon troisième exil
&lt;br /&gt;ça va. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Aris Alexandrou (1922-1978), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Acceptation&lt;/i&gt;, poème écrit durant son exil à Paris pendant la dictature des colonels en Grèce, 1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Vivre à l'étranger m'a permis d'avoir, vis-à-vis du pays d'origine et du pays d'adoption, un petit recul critique : je les perçois l'un et l'autre comme des cultures. La même chose vaut pour la langue : ce n'est qu'à partir du moment où plus rien n'allait de soi - ni le vocabulaire, ni la syntaxe, ni surtout le style -, à partir du moment où était aboli le faux naturel de la langue maternelle, que j'ai trouvé des choses à dire. &#8220;Ma venue à l'écriture&#8221; est intrinsèquement liée à la langue française. Non pas que je la trouve plus belle ni plus expressive que la langue anglaise, mais, étrangère, elle est suffisamment étrange pour stimuler ma curiosité. (Encore aujourd'hui, si je dois faire un article en anglais, je le rédige d'abord en français pour le traduire ensuite : perversion peut-être, perte de temps sans doute, mais sans cela j'aurais l'impression de me noyer dans des évidences trompeuses.) »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nancy Huston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres parisiennes - Histoires d'exil&lt;/i&gt;, correspondance avec Leïla Sebbar, 1983&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ainsi donc, un sondage commandé par la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) révélerait une progression du racisme et de l'antisémitisme en France. Voyons un peu. Seulement 29% des sondés ont déclaré ne pas être racistes du tout. Pour le reste, 63% ont affirmé qu'il y avait trop d'Arabes dans leur entourage, 38% qu'il y avait trop de Noirs et 31% estiment que les Juifs auraient trop de pouvoir sur leurs vies de merde. Belle fourchette, messieurs ! Mais quelle sorte de Français a-t-on interrogé pour arriver à de tels résultats ? Il n'y aurait donc pas de Juifs français, ni d'Arabes français, ni de Noirs français dignes d'être sondés dans notre exemplaire pays de cocagne ? A moins que les 29% ayant déclaré ne pas être racistes du tout représentent effectivement ces Noirs, ces Arabes et ces Juifs, ce qui en effet projetterait une progression inquiétante de leur présence sur &#8220;notre&#8221; territoire ! En vérité, ce n'est pas en faisant un sondage raciste que l'on arrivera à dénoncer au mieux le racisme, lequel demeure, hélas, une des tares les mieux partagées de l'humanité. Ce qui d'ailleurs ne doit absolument pas rester une fatalité, fût-elle exotique. Venceremos ! »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Toulouse la Rose, courrier des lecteurs des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 21 mars 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est vrai qu'aujourd'hui, je suis à cheval entre deux cultures. Je vis dans le no man's land que je me suis créé. Aujourd'hui, je ne suis plus déchirée comme il y a quelques années lorsque j'allais au Caire et que je devais serrer dans ma poche les clés de mon appartement à Londres pour me rappeler qu'il faudrait partir. Aujourd'hui, je n'ai plus de nostalgie. Je vis à Londres, je vais régulièrement dans le monde arabe, mais je ne pense pas que j'y vivrai à nouveau. J'ai mes habitudes de travail à Londres. Et puis il est difficile de se passer de la démocratie quand on y a goûté. Au Liban, c'est mieux qu'ailleurs mais ce n'est pas suffisant. Je n'ai qu'une vie, pourquoi subir et souffrir ? Je viens d'une société où les individus ne sont pas considérés comme des êtres humains tant qu'ils n'ont pas un certain statut social. Bien sûr, en Occident, je paye le prix de cette liberté d'une solitude sans appel. En quittant un pays, on se quitte un peu soi-même, et on n'y revient pas comme ça. Mon écriture change aussi : j'ai écrit deux pièces pour le Hampstead Theater dont les héros sont des Arabes vivant en Europe. Les identités déchirées m'intéressent de plus en plus. Cela dit, je continue et je continuerai à écrire en arabe. Finalement, mon pays, c'est ma langue. Ce qui manque le plus, c'est la musique, le chant du muezzin, la lumière de l'après-midi, avant le coucher du soleil. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hanan El-Cheikh, écrivaine libanaise, à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 6 avril 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il se peut que les écrivains qui se trouvent dans ma situation, exilés, émigrés ou expatriés, soient hantés par un sentiment de perte, par la nécessité de reconquérir un passé, de se retourner vers lui, au risque d'être transformé en statue de sel. (...) Mais nous ne sommes plus capables de reconquérir ce qui a été perdu ; (...) nous créerons des fictions, non pas des villes ou des villages réels, mais des patries imaginaires, invisibles, des Indes de l'esprit. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Salman Rushdie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Patries imaginaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A l'école, un de mes professeurs s'adressait toujours à moi avec un accent indien à la Peter Sellers. Un autre refusait de me désigner par mon nom et m'appelait systématiquement &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Pakistanais&lt;/i&gt;&#8221;. Refusant, à mon tour, de l'appeler par son nom, je me mis à utiliser son surnom. Ce qui ne manqua pas de m'attirer des ennuis : vives discussions, retenues, fugues et, au bout, la suspension. Tout cela faisait mon affaire. C'était l'idéal.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;A la télévision, les comiques utilisaient les Pakistanais comme têtes de Turcs. Leur humour était hautement politique : il encourageait une certaine vision du monde. Cette réduction de la haine raciale à un sujet de plaisanterie avait deux effets. Elle exprimait une vue collective (cautionnée par sa diffusion à la BBC) et légitimait dans les millions de foyers anglais l'éloge du mépris. A cause de cela, j'avais peur de regarder la télé. C'était trop humiliant, trop dégradant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hanif Kureishi, « Le Signe de l'Arc-en-ciel », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bradford&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour les immigrants et leurs familles, désordre et étrangeté sont les conditions mêmes de l'existence. Ils aspirent à une vie nouvelle et au progrès matériel qui l'accompagne. Mais après s'être arrachés à un monde pour se jeter dans un autre, ils ont aussi besoin, afin de maintenir leur unité, de tradition, d'idées coutumières, de stase. La vie dans le pays que vous avez quitté peut évoluer, mais la vie dans la diaspora est souvent figée dans une étrange suspension, comme si le fait même de s'exiler avait déjà causé une perturbation excessive. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hanif Kureishi, « Mon père voulait être écrivain », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bradford&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Selon les auteurs du rapport, les immigrés ont servi d'&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;amortisseurs de crise&lt;/i&gt;&#8221; pour les travailleurs français. Le rapport fait d'abord litière de l'idée reçue - mais tenace - selon laquelle &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chaque fois qu'un étranger occupe un emploi, c'est un Français qui en est privé&lt;/i&gt;&#8221; (Alain Peyrefitte, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Figaro&lt;/i&gt;, 22 novembre 1985). Les économistes en ont depuis longtemps démontré la fausseté. L'Espagne n'est-elle pas le pays européen dont le chômage est le plus élevé et l'immigration la moins importante ? La Suisse n'est-elle pas dans la situation inverse ? (...) &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si les nouveaux arrivants sur le marché du travail ont exactement les mêmes comportements que les anciens en matière d'activité, d'épargne ou de consommation, de fécondité, etc., leur arrivée ne fait qu'augmenter l'échelle de l'économie, sans en modifier les paramètres fondamentaux&lt;/i&gt;&#8221;, constate le rapport. (...) En France, selon Cerc-Association, la présence des immigrés a atténué la violence de la crise sociale pour les travailleurs français. Entre 1975 et 1990, le taux de chômage des étrangers (non communautaires) a augmenté plus vite que celui des Français : il est aujourd'hui trois fois plus important. Mais, dans le même temps, leur niveau de consommation (et donc leur contribution à la croissance et à l'emploi) s'est rapproché de celui des Français. &#8220;Cette évolution renforce la présomption d'un impact positif de la présence des immigrés sur le chômage des Français&#8221;, conclut l'étude. (...) La précarité des immigrés, selon Cerc-Association, est en partie entretenue par des barrières légales. Environ 6,5 millions d'emplois stables et généralement qualifiés sont réservés à des Français (fonction publique, Sécu, médecins, avocats...). La &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;préférence nationale&lt;/i&gt;&#8221; chère aux extrémistes (et à Edouard Balladur) existe déjà en France, et Cerc-Association accuse ces législations de légitimer les discriminations illégales. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pascal Riché, « Les immigrés, pare-chocs de la crise », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 17-18 avril 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Où donc est ma patrie ? Ma patrie est où je suis, où personne ne me dérange, où personne ne me demande qui je suis, d'où je viens et ce que je fais. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;B. Traven, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Jamais partis, jamais arrivés. Leurs c&#339;urs sont des amandes dans les rues. Les places étaient plus vastes qu'un ciel qui ne les recouvrait point. Et la mer les oubliait. Ils distinguaient leur nord de leur sud, lâchaient les colombes de la mémoire vers leurs premières tourelles et capturaient chez leurs martyrs un astre qui les guidait à l'ogre de l'enfance. Chaque fois qu'ils disaient Nous y sommes..., le premier d'entre eux dégringolait l'arc des commencements. Toi le héros, laisse-nous que nous puissions te porter vers une autre fin. Périsse le commencement ! Toi le héros ensanglanté des longs commencements, dis-nous, longtemps encore notre voyage ne sera que commencement ? Toi le héros qui gis sur les pains d'avoine et le duvet des amandes, nous embaumerons de rosée la plaie qui tarit ton âme, nous l'embaumerons du lait d'une nuit éveillée, de la fleur de l'oranger, de la pierre qui saigne, du chant, notre chant, et d'une plume prise au phénix.
&lt;br /&gt;Et la terre se transmet comme la langue. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au dernier soir sur cette terre&lt;/i&gt;, placé par Elias Sanbar en ouverture de son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Palestiniens dans le siècle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On se débarrasse à bon compte des voyageurs et du voyage en alléguant que presque tous les départs sont des fuites. Peut-être. C'est oublier qu'il y a des choses devant lesquelles on ne peut que fuir : des lieux familiers, des &#8220;raisons&#8221; qui nous chantent une chanson si médiocre qu'il ne reste qu'à prendre ses jambes à son cou. On part pour s'éloigner d'une enfance étouffante, pour ne pas occuper la niche que les autres déjà vous assignent, pour ne pas s'appeler Médor. A l'origine de bien des aventures il n'y a que ce refus pour motifs. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Bouvier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Echappée belle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On ne vit pas tous au même pays : les eaux territoriales sont aussi dans les airs... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fullenbaum, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit livre des casseurs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[arti&lt;-]« Être étranger crée une naturelle difficulté, parce qu'elle nous sépare du nationalisme. Elle nous démarque de la mentalité indigène : dès que notre histoire ose réfléchir nous n'appartenons plus à un pays, car nous bouleversons sa tradition, nous l'abattons. Nous devenons d'authentiques rebelles, indigents parce que les indigènes nous trouvent toujours un accent qui n'est pas des leurs. Je tiens l'étranger en moi - je le préserve - pour ne pas appartenir à une meute. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Louis Arti, 1994&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Géographie</title>
		<link>http://peripheries.net/article25.html</link>
		<dc:date>2006-02-04T18:08:00Z</dc:date>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>


		<description>« Le soir il y a foule devant la mer, toutes les familles s'installent en bas de la plage, plus haut des milliers de lampes à gaz éclairent des étalages de bibelots en coquillages, sur toute la longueur des kilomètres de plage. Le grondement des vagues paraît moins violent, il est émaillé par le son des centaines de cornes de brume en coquillage qui sont vendues comme souvenirs, l'océan est devenu une présence obscure, de grandes langues d'eau noire glissent sur le sable presque horizontal, forment de (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le soir il y a foule devant la mer, toutes les familles s'installent en bas de la plage, plus haut des milliers de lampes à gaz éclairent des étalages de bibelots en coquillages, sur toute la longueur des kilomètres de plage. Le grondement des vagues paraît moins violent, il est émaillé par le son des centaines de cornes de brume en coquillage qui sont vendues comme souvenirs, l'océan est devenu une présence obscure, de grandes langues d'eau noire glissent sur le sable presque horizontal, forment de gigantesques miroirs qui ne reflètent que la nuit, du noir le plus parfait, bordé par un fin liseré d'écume blanc qu'éclairent les lampes à gaz, les centaines de mèches des cuisines ambulantes qui passent d'un groupe à l'autre et plus haut les néons du front de mer. Des couples de bourgeois marchent en tenue de ville sur les miroirs noirs, les reflets de leurs habits, la robe rose d'une femme brillent sur l'eau lisse comme des apparitions dans un rêve. Un enfant riche pleure parce que ses parents ne lui ont pas acheté le souvenir qu'il voulait, j'ai envie de le secouer pour lui dire comme le monde est beau. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Antonin Potoski, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hôtel de l'Amitié&lt;/i&gt; (en Inde)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je devais aller chercher mon père à Roissy très tôt le matin, avec ma mère et sa 2CV. Déjà, c'est un sport particulier que de conduire une 2CV. Au retour, le jour se lève, Paris est vide, je prends la rue du Faubourg-Saint-Martin. C'est une rue légèrement courbée qui, tout à coup, débouche sur la porte Saint-Martin. Et là, au soleil levant, comme une idiote, j'ai connu une expérience spirituelle : j'ai enfin vu une ville. Oui, c'est ça, c'est Paris, c'est serré, mais il y a toujours de la lumière au bout. Et je me suis dit, moi qui n'étais plus d'ailleurs, je serai d'ici, je suis de cette ville. Faire du cinéma, c'est s'en foutre plein la gueule de ce genre de sentiment, c'est fixer un peu plus longtemps qu'une persistance rétinienne ces instants furtifs où tout vacille, ces petits moments où l'heure et le lieu remettent les choses à leur place. Je tiens ça de Koltès qui commence souvent ses pièces par : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En ce lieu, à cette heure.&lt;/i&gt;&#8221; Deux propositions qui ne sont pas forcément liées, mais qui créent une rencontre à l'endroit exact de la virgule les séparant. Peu importe le quartier, une ville commence à une heure et dans un lieu précis quand quelque chose de la vie d'ici-bas se dégage. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Claire Denis, « Et je me suis dit : je serai d'ici », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 2 août 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous avons vu, en Grèce, dans le massif du Pélion, des sentiers muletiers en marbre blanc. Ces dallages de la largeur d'un pas de mule s'entrecroisent à travers les forêts de châtaigniers, longent la mer par les oliveraies, remontent de colline en colline, deviennent des marches puis de nouveau des sentiers, traversent des torrents pour aboutir finalement aux villages, couvrant ainsi des centaines de kilomètres d'un réseau compliqué et apparemment capricieux.
&lt;br /&gt;Ces pavages de marbre blanc sont polis par les sabots des bêtes. Ils semblent vieux comme la Thessalie. Aujourd'hui encore ils servent à la circulation des villageois montés sur leurs mules. Le soir ces chemins de marbre se couvrent de troupeaux ; des montures sur lesquelles somnolent des vieillards précèdent ces petites migrations quotidiennes, et ainsi on peut voir des populations entières se déplacer du bord de la mer vers les villages accrochés sur les hauteurs. Ce va-et-vient paisible me paraît aussi nécessaire à l'homme que la circulation de son sang au fond de sa chair. La beauté de ces cheminements, leur tracé antique parlent. Un cavalier parcourant ces sentiers de marbre blanc - qui chaque soir le mènent de la mer au bourg fortifié et chaque matin le ramènent à l'oliveraie ou à l'orangeraie de la plage - est un homme de lignage. Cette circulation est une écriture, et chaque aller et retour est une ligne du livre de sa vie. L'usure du chemin de marbre, son poli si doux parle, atteste son lignage. Cet homme du Pélion n'est pas homme de nulle part puisqu'il peut lire sur ce chemin, écrite, la circulation de sa race entière. Ces sentiers de marbre usé sont intimes, secrets, ils vont d'un lopin à l'autre, ils déterminent des Lieux, contournent, évitent, invitent, se détournent... A chaque pas ils disent l'histoire de ces communautés rassemblées sur la montagne des Centaures. Ces chemins sont un blason, ils paraissent indestructibles...
&lt;br /&gt;Et pourtant d'un coup de pelle de bulldozer nous avons vu ces étroits sentiers blancs soulevés, brisés. Une détestable coïncidence a voulu qu'au moment précis de notre séjour dans le massif du Pélion de larges pistes soient ouvertes sous nos yeux. En quelques semaines nous avons vu les sentiers de marbre se vider de leurs processions.
&lt;br /&gt;Maintenant, les cavaliers et les troupeaux cheminent dans la poussière de nouvelles pistes hideuses comme des plaies. L'année prochaine ils suivront une route. Le goudron aura remplacé le marbre. Alors les paysans vendront leurs bêtes et au besoin leurs terres pour avoir le moyen d'utiliser ces routes nouvelles. Un concessionnaire Toyota jetait déjà des prospectus sous les platanes des places antiques au moment de notre départ.
&lt;br /&gt;J'ai choisi ce petit souvenir du Pélion. Le marbre blanc donne à cet exemple une force d'art qu'un simple sentier de terre battue n'aurait pas eu. Cependant nous connaissons ici, en France, dans les Maures, les restes d'une écriture du cheminement d'une complexité, d'un style aussi purs que ceux des pavages de cette Grèce agricole. Il suffit de s'égarer dans le maquis pour lire une histoire tout aussi paisible et intime.
&lt;br /&gt;La circulation est un langage - le premier assurément. De la sente invisible, marquée par une succession de brindilles cassées, à l'autoroute, on peut lire à sa façon de se déplacer les différents degrés d'évolution mentale de l'homme. Du sentier chuchoté du forestier au ruban de bitume du camionneur-prolétaire, on mesure le chemin parcouru.&quot;
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Non, la nostalgie ne me tire pas en arrière mais vers autre chose. On souhaiterait une évolution moins grossière. Plus de tact. Moins de violence et de disproportion dans les moyens mis en &#339;uvre. Plutôt que nostalgie appelons ça regrets. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Divagation sentimentale dans les Maures&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le récit revint et le timbre si particulier de la voix de mon père, avec ses cadences et ses pauses.
&lt;br /&gt;Le récit revint, musique rassurante à l'aube, qui berçait mes yeux ensommeillés, musique qui, ce matin, accompagnait le paysage défilant de part et d'autre de la route, haie d'honneur pour l'enfant qui rentre, vues magnifiques et simples, surgissant et s'estompant comme si elles coulissaient sous la poussée d'autres encore plus belles. Mon pays se bousculait pour me voir. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elias Sanbar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Bien des absents&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe, pour attendre la pluie. Celui qui n'a pas de lieu n'a pas non plus de saisons. Pourras-tu me transmettre l'odeur de notre automne dans tes lettres ? Emmène-moi là-bas, s'il reste encore une place pour moi dans le mirage figé. Emmène moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans, sur le papier, au téléphone... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux moitiés de l'orange&lt;/i&gt;, lettre écrite pendant son exil parisien à Samih al-Kassem, son ami resté en Palestine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le théâtre existe dans la mesure où l'Un vole en éclats (...). Le théâtre commence avec l'Un démembré. Et où le logos, la parole, essaye, péniblement, de mettre en relation ces différents, ces distincts - c'est la métaphore de l'archipel. Mais dans cette relation qui est celle des îles de l'archipel, et non pas en constituant une terre ferme, un seul et même agglomérat. Le théâtre voit les morceaux et essaye d'en faire un archipel. C'est cela le théâtre. Quand tu es sur la terre ferme - et c'est pour cela que l'Asie n'a jamais produit un grand théâtre tragique semblable à celui des Grecs - quand il n'y a que la terre ferme à perte de vue, il ne peut y avoir de théâtre. Mais il ne peut y avoir de théâtre non plus si tu te contentes de regarder les morceaux - parce que le travail de la parole, le labeur de la parole - qui est lié au labeur du concept - Platon dramaturge ! - doit s'accomplir ensuite, pour mettre en relation les morceaux, pour mesurer les distances entre les éléments. Pour établir les routes entre les éléments. Voilà le théâtre.
&lt;br /&gt;Sarajevo était peut-être la dernière ville-archipel. Elles étaient nombreuses alors dans la Méditerranée. Quand je parle de ville-archipel, je parle d'une ville dans laquelle il y a tragédie. Cela n'a rien à voir avec l'idée d'une ville où tout le monde s'embrasse et s'aime. Mais les grandes villes du Maghreb étaient des villes-archipels, Constantinople-Byzance-Istambul, Smyrne, Thessalonique, étaient des villes-archipels qui étaient aussi le lieu de tragédies... Qu'on me comprenne bien, je ne suis pas en train de pleurer sur un passé idyllique perdu (...). Ces villes étaient faites de morceaux en conflit, qui luttaient les uns avec les autres et se reconnaissaient à travers cette lutte. Des villes pleines de violence, d'hybris [passion, démesure]... très exactement l'espace tragique du théâtre... Et ces villes ont disparu, cela ne fait pas de doute. Elles n'existent plus. Il n'y a plus de juifs dans les villes du Maghreb, il n'y a plus de chrétiens à Istambul... La dernière ville-archipel était Sarajevo... Et l'Europe l'a laissée mourir. Parce que l'Europe ne prête plus aucune attention, n'a plus soin de l'Archipel. L'Europe, qu'on le veuille ou non, est en train de devenir toujours plus une Europe franco-carolingienne, détachée de Rome, détachée de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mare nostrum&lt;/i&gt;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Massimo Cacciari, philosophe et ex-maire de Venise, entretien avec Yan Ciret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chroniques de la scène monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On pense toujours que le problème est en Afrique et la solution ailleurs. C'est l'inverse qui est vrai. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Aminata Traoré, ancienne ministre malienne, à Porto Alegre, 29 janvier 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La pensée méridienne existe aujourd'hui sous des formes fragmentées et parfois malades et il faut apprendre à la chercher : on peut la trouver dans nos Suds intérieurs, dans une folie, dans un silence, dans une halte, dans une prière de remerciement, dans l'inaptitude des vieux et des enfants, dans une fraternité qui sait éviter la complicité et la loi du silence, dans une économie qui n'a pas répudié les liens sociaux. On peut la trouver dans les sentiments où cohabitent plusieurs patries, où les nombreux voiles de la vérité remplacent la simplicité du oui et du non, où la beauté redevient une récompense pour ceux qui l'ont cherchée longtemps, et non pas un droit généralisé pour lequel il suffit de payer, où la difficulté de combler les distances et le tissu des interdictions ne sont pas que d'absurdes répressions mais aussi des obstacles contre le fanatisme de la possession et de la consommation, le début des histoires et des fantaisies qui balisent le parcours. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Franco Cassano, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La pensée méridienne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - (...) Ce n'est pas le monde réel, pas du tout.
&lt;br /&gt;- Oh, non ? répliqua Babilbouche. C'est le problème avec vous, les types des villes tristes : un endroit a besoin d'être misérable, sinistre comme un égout pour que vous le trouviez réel. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Salman Rushdie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Haroun et la mer des histoires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est si beau Alger ! Vous savez d'où elle vient, la lumière du ciel au-dessus de la ville ? De la mer. De la surface de l'eau qui fait exploser le soleil jusqu'au sommet des collines. Et tant pis pour le couvre-feu. Cette lumière est imprenable. Elle donne du courage. Etre victime, ce serait oublier ce miracle de la nature : la lumière d'Alger. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Faure, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est beau Alger&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La ville des morts. Tous les gens qui y vivent sont des morts vivants, ils ne réagissent pas, mais ils ont plein de magasins branchés. Les maisons sont faites en forme de tombes. Dans leurs écoles, les profs apprennent aux enfants la science et l'art de tuer et comment découper les membres pour décorer leurs maisons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Amal, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/atel/FB97bobigny.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La ville inventée&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, atelier d'écriture de François Bon avec des collégiens de Bobigny&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je suis méditerranéen. Je me demande parfois dans quelle mesure le lyrisme, ou une certaine existence surévaluée du verbe, ne me vient pas de mes origines. Car dans ce que je vois il n'y a pas seulement le moment dans lequel je vis mais il y a toute l'histoire derrière. Et l'histoire a un poids, une vérité. Je retrouve le monde entier au rendez-vous de cette histoire. Même dans ce lieu, la Méditerranée, qui s'est pris comme nom, à la manière des Chinois, le cinquième point cardinal : celui du milieu, celui de la mer intérieure. La mer au bord de laquelle je suis né, j'ai évolué. La mer dont je vis la mort actuellement. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Gatti à Jean Royer, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ces rendez-vous pris dans l'enfance&lt;/i&gt;, 1985&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Est du sud, tout pays qui bruisse d'espoirs clandestins. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Jacques Temple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Et demain à nouveau un jour d'espoir, car il y a toujours quelque part ce grand pays de l'ombre du Sud où l'âme est nue, qui m'attend inlassablement. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Isabelle Autissier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 3 décembre 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les gens du Nord assimilent souvent le Sud et la Méditerranée : quelque chose les attire vers elle, même lorsqu'ils restent attachés à leur pays natal. Plus que le simple besoin d'un soleil chaud et d'une lumière plus vive. Je ne sais s'il est permis de qualifier cela de &#8220;foi dans le Sud&#8221;. Il est possible, indépendamment du lieu où l'on est né et où l'on vit, de devenir méditerranéen. La Méditerranéité ne s'hérite pas, elle s'acquiert. C'est une distinction, non un avantage. Il n'est pas question seulement d'histoire ou de traditions, de géographie ou de racines, de mémoire ou de croyances : la Méditerranée est aussi un destin. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Predrag Madvejevitch, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bréviaire méditerranéen&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>(Cinq) sens</title>
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		<dc:date>2006-02-04T17:40:00Z</dc:date>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>


		<description>« La fois suivante je l'ai invité à dîner. Chinois. Pour le tigre. Se barbouiller les doigts de crevettes au sel et au poivre, l'espionner dans ses choix. Poulet au curry ! Mais quelle banalité Arnaud, regarde un peu mieux, canard sauce thaï, essaye ! Echappe-toi, sois curieux. Ça pique ? Sûrement, comme les orties, traîtreusement, tu ramasses des boutons d'or dans un pré et tout à coup ta main foisonne d'un essaim de fourmillements, le canard thaï c'est pareil, tu l'attaques, tu ne sens pas tout de suite et puis (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La fois suivante je l'ai invité à dîner. Chinois. Pour le tigre. Se barbouiller les doigts de crevettes au sel et au poivre, l'espionner dans ses choix. Poulet au curry ! Mais quelle banalité Arnaud, regarde un peu mieux, canard sauce thaï, essaye ! Echappe-toi, sois curieux. Ça pique ? Sûrement, comme les orties, traîtreusement, tu ramasses des boutons d'or dans un pré et tout à coup ta main foisonne d'un essaim de fourmillements, le canard thaï c'est pareil, tu l'attaques, tu ne sens pas tout de suite et puis le parfum et le piment t'envahissent. Je n'ai jamais cueilli de boutons d'or. Dommage. Tu crois que c'est un handicap majeur dans la vie ? Ce qui est grave c'est de ne pas avoir appris à se piquer avec des orties, les boutons d'or fanent vite, leurs pétales commencent à se disperser dans ta main et le lendemain matin ils sont étalés sur la table en dessous du vase comme une pluie d'or, sur les tiges il ne reste que les étamines. Et la piqûre d'orties ? Elle est passée avec les fleurs fanées. Le soir ma mère nous faisait de la soupe avec. Les boutons d'or ? Mais non grand dadais, la soupe de boutons d'or c'est pour les petites filles qui jouent à la dînette, de la soupe aux orties. Tu racontes n'importe quoi, c'est des manigances de pythies, on ne fait pas de soupe avec les orties. Bien sûr que si, et délicieuse en plus, ça ressemble un peu à de la soupe à l'oseille. Jamais mangé non plus. Mais qu'est-ce que tu manges ? De la soupe Liebig en boîte, du jambon, des pâtes, et du fromage blanc. C'est tout ? A peu près. Jamais de restaurant ? Jamais, sauf le MacDo. &lt;br /&gt;Normal qu'il ne sache pas faire l'amour, peut-être qu'en commençant par des vapeurs, cinq merveilles, je parviendrai à l'introduire dans un monde plus sensuel. Comment vivre sans boutons d'or ni soupe aux orties. Sans pudding de Noël noir comme du cirage, confit de raisins et d'écorces d'oranges : pendant la guerre on n'avait rien de ce qu'il fallait pour le préparer mais Mamie se servait de pommes de terre à la place de la farine, de figues sèches à la place des raisins, trouvait un fond de cognac ou d'armagnac et ça marchait ! Et le reste aussi marchait, malgré la guerre. A cause du pudding, des valeurs de désir à conserver. Le pudding de guerre de ma grand-mère aussi dérisoire dans sa fonction d'ersatz que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Verfügbar aux enfers&lt;/i&gt; de Germaine Tillon à Ravensbrück. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pomme Jouffroy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/ecrits/fictions/jouffroy_res.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Res nullius&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Par le vent, l'arbre se laisse étreindre - le vent qui s'engouffre, qui s'ébat dans sa frondaison. J'entends, grâce au peuple de l'arbre qu'unit son enthousiasme, le bruissement de l'Illimité.
&lt;br /&gt;Toutes, elles bénéficient de l'allègre caresse du vent : pas une feuille qui soit oubliée, négligée par lui ! Sa célérité n'y faisant pas obstacle, aucune il n'omet d'enlacer ! En dix mille doigts experts il se divise sans pour autant se séparer de soi. Cela, l'intellect le sait, mais ne peut se le représenter. Et pour cause. Le souffle des ailleurs sans confins ne se mêle-t-il pas à cet autre infini qu'est le feuillage en son détail inépuisable ?
&lt;br /&gt;Un infini impalpable, donc, visite, en se jouant, un infini concret.
&lt;br /&gt;En résulte un ruissellement de contacts et, pourtant, la vivante unité ne se perd pas. Aérienne marée. Dans l'effervescence des bruits brassés, j'entends ceux que tissent ensemble les vagues. La course du flot, je l'écoute dans la forêt de l'arbre. Sous des espèces différentes, la même palpitation puissante se donne cours. Semblable profusion, majestueuse, sujette à des accès de frénésie. Identique soigneuse ubiquité : la rafale, au sein de l'assemblée mouvante, se ramifie, comme se détaille la mer au gré du dédale des rochers. &lt;br /&gt;Le Sans-Borne ainsi se rend présent au tangible, à l'ici-même. Avec la multitude des feuilles dont chacune s'offre en son contour, se distingue par sa frontière, l'Indivis, plus précisément, s'entretient. A la foule volubile et une comme le torrent, échoit une pluie de caresses.
&lt;br /&gt;Amours vigoureuses et déliées ; empressées, emportées.
&lt;br /&gt;Le vent a beau avoir cessé, demeure son passage en mon oreille. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article3.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Henri Raynal&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tombe la pluie sur l'eau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A cause de la petitesse de la cerise, de la finesse de sa chair et de l'immatérialité de sa peau - à peine plus solide que la surface d'une goutte d'eau -, son noyau paraissait toujours incongru. La dégustation d'une cerise ne vous préparait jamais à son noyau. Quand vous le recrachiez, il semblait n'avoir aucun rapport avec la pulpe qui l'entourait. On eût dit un précipité de votre propre corps, un précipité mystérieusement causé par la dégustation de la cerise. A chaque bouchée, vous crachiez une dent cerise.
&lt;br /&gt;Les lèvres, si on les sépare du reste du visage, ont le même éclat et la même malléabilité qu'une cerise. Leur peau aussi est celle d'un liquide. C'est une question de capillarité. Faites un test pour voir si notre mémoire est fiable, ou si les morts exagèrent. Mettez une cerise dans votre bouche, ne la croquez pas encore, et remarquez, une fraction de seconde, combien la densité, la douceur et la tonicité du fruit correspondent à la nature des lèvres qui le tiennent enclos. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article194.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;John Berger&lt;/a&gt;, « Quelques fruits tels que s'en souviennent les morts », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'ici là&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dormir, longtemps dormir ; dormir la nuit, le matin, l'après-midi ; dormir sans entrave, savourer cette manière d'être à demi, dans le dialogue avec son désir... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des couteaux contre des femmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'homme est entré dans les maisons, les a réchauffées et embellies, non pas tant pour s'abriter des intempéries, que pour y faire l'amour. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des couteaux contre des femmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui rend le corps apte au Paradis - et l'esprit capable de le revendiquer -, ce sont ses bords. Par notre peau, nos yeux, nos cinq sens, nous sommes des êtres de bord. Le bord du corps, peau et organes sensoriels, est la marque de sa séparation, de sa section, de son sexe ; c'est une cicatrice, en quelque sorte - d'une ancienne blessure qui, tout le temps de la vie, ne sera peut-être jamais entièrement guérie. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aspects du Paradis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Au XVIIe siècle, peloter était un terme employé pour le jeu de paume : c'était échanger des balles pour le plaisir de s'échauffer, avant une partie réglée. On parlait ainsi de « peloter en attendant partie », à propos d'un galop d'essai, d'une première tentative. Très vite, la tentative devint amoureuse. Si bien que peloter suppose toujours qu'on espère davantage. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Luc Hennig, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Brève histoire des fesses&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Et puis, on ne peut, dans ces régions chaleureuses - ni nulle part -, se livrer au rut à longueur de temps. Le pas esquissé dans la promenade, la marche dansante à tout bout de rue : dans les magasins, les restaurants, les cafés, les marchés, les banques et les administrations, les cours de récréation des écoles, aux bords poissonneux des ports, sur les trottoirs, sur les places, sur les plages, sont une manière de maintenir en soi dans la constance cette énergie érotique que sa dépense sexuelle rend discontinue. C'est en apprivoiser le reste dans la dilution de sa profusion. L'acte sexuel ne consume de cette énergie qu'une part, l'autre continuant sur un mode qui n'est pas celui du désir avide et séquentiel, mais celui d'un désir capable de s'autosatisfaire en demeurant désir : artiste donc. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des blessures et des jeux - Manuel d'imagination libre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Jouer avec la musique, c'est révéler en nous cette énergie joyeuse de l'âme corporelle quand le réel s'efforce de nous en déposséder. On m'a conté l'histoire d'un homme qui, durant la guerre du Liban, entre 1975 et 1990, n'a rien fait d'autre, hors d'assurer son maigre ravitaillement, que de se jouer sur son poste - sur son walkman muni d'écouteurs quand le fracas des bombes était par trop violent - l'intégrale des &#339;uvres de Haendel et de Mozart. Quand l'électricité manquait - souvent -, il mettait en marche son générateur personnel bricolé, ou bien il achetait des piles qui, fort heureusement, n'ont jamais fait défaut, non plus que le whisky ni les cigarettes de contrebande, dans les petits étals d'alimentation. Cet homme qui probablement vit encore aujourd'hui, mais qui savait à tout instant, comme tous, sa vie ne tenir qu'à un fil, a passé la guerre, dit-il, aussi heureusement qu'il était possible - par-delà tout chagrin et toute pitié. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des blessures et des jeux - Manuel d'imagination libre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il existe une &#8220;mauvaise&#8221; répétition : mauvaise de l'enfermement dans un passé qui ne permet pas au sujet d'éclore. On y ramène toutes sortes de symptômes : tics, bégaiements, évitements, rituels, gestes compulsionnels, &#8220;névroses de destinée&#8221;, sans compter les &#8220;idées obsédantes&#8221;, le remâchage et les ressassements des scrupuleux.
&lt;br /&gt;Mais il existe un autre aspect, originaire, de la répétition. Elle structure autant la périodicité du plaisir que celle du déplaisir. Enfants, parents et éducateurs savent le plaisir pris dans la répétition à l'identique : la fable qu'il faut redire avec les mêmes mots, la fête qu'il faut refaire selon les mêmes rites, les promenades qu'il faut refaire selon le même parcours. (...) Quel plaisir de répétition éprouve aussi un enfant sur une balançoire, ou lorsqu'un adulte joue à le jeter en l'air : encore ! encore ! De la même manière, un accroissement continuel de jouissance nous vient de l'audition répétée d'une musique. La première audition n'emporte pas notre adhésion. C'est à la deuxième, à la troisième, à la suivante que le plaisir s'affirme, semblable à ce rythme propre du corps tout de scansion, de répétition : parcours d'un même espace, réitération d'un même geste ; cette demande qu'on fait dans le coït, comme le petit enfant qu'on berce, jette en l'air, soulève, balance : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Encore !&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Séverine Auffret, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des blessures et des jeux - Manuel d'imagination libre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ebaucher les chairs dans l'ombre avec tons chauds, tels que sienne brûlée, laque jaune et jaune indien, et revenir avec des verts tels que ocre - vert émeraude ; de même les chairs avec tons chauds, ocre et blanc vermillon laque jaune, etc., ne pas craindre quand le ton de chair est devenu trop blanc par l'addition de tons froids de remettre franchement les tons chauds du dessous pour les mêler de nouveau. (...) La chair est une buveuse insatiable de lumière et une échangeuse de reflets inépuisable. Elle reflète tout et se reflète sur elle-même. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eugène Delacroix, propos rapportés par George Sand, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Impressions et souvenirs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, coups d'éventail des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet d'eau... Ô tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de vous rendre à moi ! »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, « Rêverie de nouvel an », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Vrilles de la Vigne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a moins de printemps parmi ces roses, sous ces orangers lumineux d'oranges mûres, que dans un seul jour de dégel, là-bas, en mon pays aux collines voilées !... Joli Midi menteur, je donnerais toutes tes roses, toute ta lumière, tous tes fruits, - pour un tiède et frais après-midi où, dans le pays que j'aime, la neige bleuâtre fond lentement à l'ombre des haies et découvre, brin à brin, le jeune blé raide, d'un vert émouvant... Sur l'épine encore noire, un merle verni glougloute mélodieusement, égoutte des notes limpides et rondes, - et le parfum de la terre délivrée, l'arôme sûr qui monte du tapis de feuilles mortes macérées quatre mois, triturées par le gel et la pluie, emplissent mon c&#339;ur de l'amer et incomparable bonheur printanier... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Colette, « Printemps de la Riviera », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Vrilles de la Vigne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Tout est léger à une certaine espèce de catholiques. Amour, politique, société, bienfaisance, culture : dans ces parages-là, ils sont comme les oiseaux dans le ciel. Tout leur est occasion de joyeux pépiement parce que tout leur paraît y faire diversion au monstre qui dort au creux de sa tanière, ou de la leur. Dans ce que le sexe ne semble pas trop contaminer, vous les trouvez si guillerets, si agiles, si taquins ! »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche16.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 16&lt;/a&gt; », sur &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je ne profiterai pas de l'air du temps pour prendre le genre avantageux du libéré. Je n'aime pas l'ombre des confessionnaux ; elle triche avec la lumière. Mais je n'aime pas non plus la lumière trop vive des sensualités triomphantes ; elle triche avec l'ombre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Sur, « &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/marche16.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le marché de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; 16&lt;/a&gt; », sur &lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il était une fois dans les années soixante quelques mamans japonaises qui en avaient ras-le-bol de nourrir leurs pitchounes aux pesticides, aux engrais et aux radiations nucléaires. Elles s'en allèrent trouver un paysan et lui dirent : « Paysan, nous en avons assez de manger de la merde. Nous te proposons un pacte. Nous t'achetons ta récolte de l'année prochaine et nous te payons dès aujourd'hui. En échange, tu nous vendras des légumes sains et nos enfants seront en bonne santé. &lt;br /&gt;- D'accord&#8221;, dit le paysan. Ainsi naquit le premier Teïkeï. &lt;br /&gt;Belle utopie ? Pas du tout. Ce type d'association entre consommateurs et producteurs existe bel et bien. Ils se développent partout dans le monde, en snobant superbement les multinationales et leur sacro-sainte économie de marché. Au Japon, un foyer sur quatre participe aujourd'hui à un Teïkeï (seize millions de personnes). En Amérique du Nord, ce sont déjà cent mille familles qui se sont regroupées. En Grande-Bretagne, on compte plus de mille fermes reconverties. En Nouvelle-Zélande, en Hongrie, au Ghana, en Australie... Partout le phénomène prend de l'ampleur. En France, la première expérience a commencé en 2001 près de Toulon. Elle se répand depuis comme une traînée de poudre sous le nom d'Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (&lt;a href=&quot;http://alliancepec.free.fr/Webamap/index.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;AMAP&lt;/a&gt;). Vingt projets de ce type ont été montés en 2002 en région PACA. En ce moment même, en France, quatre-vingts AMAP sont en train de voir le jour. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Grite Lammane, « Manger bon et pas con », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 15 octobre 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La cuisine raffinée japonaise n'est pas une réunion autour de quelques plats généreux comme en Europe : on partage une aventure, un grand voyage où chaque étape, chaque bouchée, est différente de la précédente, on ne revient jamais deux fois sur le même goût, on avance pas à pas dans un monde cruel, présenté dans des couleurs rassurantes, où les séparations entre l'animal, le végétal et l'humain ne sont plus évidentes, jamais auparavant ma bouche n'avait osé s'aventurer si loin au milieu des règnes : petit calmar phosphorescent que l'on croque en une bouchée et dont l'intérieur du corps explose dans la bouche, tranche de tentacule de pieuvre sucré, déclinaison d'&#339;ufs de poissons, sushis d'anguille au basilic et aux champignons, radis vert épicé que l'on râpe sur une peau de requin, poissons crus et bébés bambous, bol de bouillon à l'oursin avec de petits trèfles, lamelles de méduse, grosses crevettes avec du safran, viande d'autruche que l'on recouvre soi-même de pétales de fleur de pissenlit, blancs d'&#339;ufs brouillés aux coquilles Saint-Jacques, c&#339;urs de perdrix crus, dessert de champignons gluants avec des fruits, minuscules poissons transparents dans de la glace pilée avec du sucre et du vin de prune... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Antonin Potoski, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hôtel de l'Amitié&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le matérialisme implique qu'il n'est pas d'éthique possible sans diététique : la machine nécessite un carburant avec lequel il faut jouer. La nourriture suppose l'ingestion de matière à destination de la matière, pour entretenir sa conformation. Manger, c'est agir sur les rouages internes de la mécanique corporelle, soit en facilitant, soit en entravant l'ordre dynamique. (...) La gastronomie a des visées morales, c'est avec elle qu'on produit l'organisme qui, à son tour, produira la pensée. La matière se nourrit de matière, les corps se constituent avec des corps, le mouvement de la nature est dialectique : ingestion, digestion, combustion - la pensée est tout simplement l'une des modalités de cette combustion. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Onfray, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'art de jouir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'art de jouir suppose la soumission de la conscience à la jouissance : savoir et vouloir cette catalepsie, la désirer, l'appeler, consentir à l'émancipation libératrice de l'énergie en soi, mettre la totalité des sens, des sensations, du corps, de la chair, de la matière au service de cette opération qui vise le ravissement. Le jouisseur est un grand affirmateur, producteur du plaisir à des fins apaisantes : il vise la volupté comme l'état de suprême félicité, le contentement et la béatitude maximales. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le plaisir ressemble à l'esprit aromatique des plantes ; on en prend autant qu'on en inspire ; c'est pourquoi vous voyez le voluptueux prêter à chaque instant une oreille attentive à la voix secrète de ses sens dilatés et ouverts ; lui, comme pour mieux entendre les plaisirs, eux, pour mieux le recevoir.&lt;/i&gt;&#8221; (La Mettrie) »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Onfray, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'art de jouir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ça râle. A l'écran, Goucem, l'héroïne du film de Nadir Moknèche, est nue. On entend des halètements. Une spectatrice se retourne. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chut.&lt;/i&gt;&#8221; Les râles continuent sur l'écran. La fille se met à pouffer. Sa copine aussi. Puis, toutes les deux, plus fort, amusées. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chuuuuut.&lt;/i&gt;&#8221; Comme un jeu, à nouveau : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chuuuuuuut.&lt;/i&gt;&#8221; Le type derrière : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ne vous énervez pas. C'est dans le film, pas dans la salle.&lt;/i&gt;&#8221; Gros silence, le temps de réaliser. Les deux filles ensemble : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le film !&lt;/i&gt;&#8221; On les entend râler à voix basse : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors là, ça va trop loin.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Florence Aubenas, récit d'une projection de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Viva Laldjérie&lt;/i&gt; de Nadir Moknèche à Alger, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 7 avril 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans un éblouissement ensoleillé je nous avais revus tous les deux couchés face au soleil. Je me disais : profite, profite, ultime sursis... toi, elle, nous deux, cette terre vallonnée, la mer le ciel, tout ça déjà presque passé, détruit. Bientôt il ne restera plus rien de ce cap sauvage, pins rochers maquis odorant, odeurs calmes... ah, fini, fini, fini... Et je fermais les yeux et je cherchais à tâtons ta main, ta main, ma Lula, aux longs doigts arqués, ta main de femme byzantine. J'avais pêché des oursins que nous avions ouverts, assis au bout des rochers. Un peu plus loin sur le sable les pages d'un journal, tournaient toutes seules, frémissaient dans la brise de mer et par moments je voyais les photos des monstres lunaires se dresser et retomber contre la mer. J'avais ricané : date historique. Les dingues ont posé le pied sur la Lune. Et un peu plus tard, pendant que Lula coupait les tomates, j'avais lu en clignant des yeux dans le soleil. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mille Aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce que l'on mange nous manque. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Anne Dufourmantelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Blind date - Sexe et philosophie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La jouissance du parfum se brise toujours comme un sanglot, faute de pouvoir jamais être accomplie. Entre le nez et la rose, je jouis et m'exaspère de sombrer indéfiniment au seuil infranchissable de la jouissance. Enfant, je finissais par manger les pétales ; avec plus de rage que de plaisir. C'est autre chose que j'aurais voulu. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Leclerc, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Parole de femme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Elle poursuivait hommes et femmes, effervescente, bouillonnante, ne se présentant à l'autre que partiellement. Elle suçait son propre corps devant lui, se parait de manière obscène et paraissait toujours sur le qui-vive. Elle donnait un rendez-vous à Mus'ab, un autre à M. Rami, son proche parent, un troisième à Chaker son cousin, et un quatrième à son riche voisin marchand de tapis. Elle arrangeait les chaises et plongeait dans les coussins moelleux du vaste sous-sol, lorsque sa tante partait pour la ville d'Al-Emara... Elle échangeait avec elle-même des regards en coin, indolents, tout en attendant. Et si l'un d'entre eux tardait, elle finissait par se lasser du sous-sol et montait à la terrasse. Là, elle s'étendait sur le sol nu, posait ses mains sur sa taille et se tortillait. C'était une femme de caractère hivernal, aimant la pluie et les ouragans, les vents et les tempêtes. Elle prenait la terre entre ses deux mains et embrassait l'eau. Et lorsque venait l'hiver, elle restait là des heures durant et commençait à ôter ses vêtements et à les jeter devant elle. Elle dénouait le ruban qui retenait ses cheveux et les laissait retomber sur son visage, sa nuque et ses joues. Et elle bondissait, courait et chantait tout en caressant l'eau et en se retournant entre ses molécules, en se frappant le corps, en riant aux larmes et en criant : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rien n'est suffisant. Ni ma beauté, ni le chant, ni la voix, ni l'enrouement aguichant. Ni mon corps dont le bruit frappe mes oreilles... Et moi, je monte, puis je descends jusqu'ici. Je commence au sous-sol et finis à la terrasse. Je me gifle dans le lit et la salle de bains... Dans les chambres et entre les chemises de nuit... Cela ne suffit pas. Rien ne suffit. Ni les cours de couture et de dessin, ni la représentation de fin de semaine au théâtre universitaire. Pas plus que ne suffisent les cours où j'apprends à me tenir sur une seule jambe pour voir ce qui se passe dans les chambres secrètes entre hommes et femmes, femmes et femmes, les femmes et leur corps, hommes et hommes... J'élève la voix, je remonte mes jupes, ainsi que mes cheveux, tout en criant. Jusqu'où va aller ma beauté, alors que je ronfle en dormant ? Chaker ne suffit pas, et quant à Mus'ab, ah ! Hoda, il m'a tellement désirée. C'est lui qui meurt littéralement lorsque j'enlève mes vêtements ou que je fais monter ma voix. Hoda, ne crois pas en l'amour. Regarde-le, regarde-moi, nous ne distinguons pas l'amour, c'est une chose floue. Ne le recherche pas dans le c&#339;ur de Mus'ab et n'évoque jamais cela avec lui... La seule chose réelle et solide, c'est cela. Regarde-le, c'est mon seul lien en ce monde. Et je ne me contente même pas de lui. Il ne suffira pas, mon corps va me détruire sans me suffire...&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alia Mamdouh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La passion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La cuisine est un état de délire propre à l'ensemble des choses, et c'est la main de l'homme qui essaie de décupler la jouissance de la vie. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alia Mamdouh, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La passion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« D'abord la brasse.
&lt;br /&gt;Plus facile à explorer que le crawl. A cause de la composition en deux mouvements nettement distincts. C'est encore un peu comme sur terre. L'un après l'autre. Le jour et la nuit. Tu travailles puis tu te reposes. Le corps à corps puis la jouissance. D'abord l'affrontement, ensuite l'abandon.
L'eau se trouve dans un premier temps repoussée - brassée -, autorisant le temps second de détente consentie. La besogne conjuguée des bras, des jambes, de la poitrine aspirant sa pleine bolée d'air, reçoit son immédiate récompense en ce déplacement lisse et sans effort au fil de l'eau.
D'abord il y a l'instant où tu affrontes l'eau autre, ensuite l'instant où tu approuves l'eau même. L'intime plaisir de nager n'est accordé - en pointillés donc - qu'en résolution de l'effort. Si le premier instant, par la vigueur du quant-à-soi, la fermeté du face à face, te remet en jeunesse, le second, trop vite achevé, t'initie à un autre temps, un temps de tous les temps, pourvu que dure autant que possible la bonne extension vivante, corps, visage, souffle abandonné, emportée en son simple essor en matière liquide et consentie. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Leclerc, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eloge de la nage&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'eau.
&lt;br /&gt;Si on se glisse en elle sans la déranger, elle approuve, elle aime, elle s'enroule au corps, l'emporte et sourit avec lui.
&lt;br /&gt;Pour peu qu'on la frappe, qu'on la force, elle réplique immédiatement avec une énergie incroyable.
&lt;br /&gt;Au jeu de la violence, c'est elle qui l'emporte.
&lt;br /&gt;L'eau surenchérit.
&lt;br /&gt;Elle ne cède qu'à l'effusion onctueuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et d'ailleurs, son nom le disait déjà, mais c'était de façon si discrète qu'on n'entendait pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je dis bien, je répète : Eau. A-t-on jamais vu, lu, manipulé un mot semblable ? un mot juste fait de son eau. Un mot d'eau imprenable, impossible à mordre, à cogner contre les dents, inodore et sans saveur, glissant entre les doigts.
&lt;br /&gt;J'écris eau. E. A. U.
&lt;br /&gt;Oh, ça alors...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nulle consonne où agripper le mot, pas plus que la chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(...) &lt;br /&gt;Eau sans prise aucune.
&lt;br /&gt;Eau qui ne connaît que la déprise. De soi en elle, au travers d'elle.
&lt;br /&gt;Eau qui ne commence ni ne finit, me révélant mon indéfinité accordée à la sienne. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Leclerc, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eloge de la nage&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A huit cents mètres au-dessus de la mer, le mont Epomeo domine, du haut de l'île d'Ischia, un orgueilleux point de vue. Son flanc sud est couvert de genêts, son flanc nord de châtaigniers, le sommet est une crête de tuf. A l'intérieur de celle-ci, des moines ont creusé leur demeure, dont un aubergiste a hérité. Sa pénombre était un tombeau étrusque, mais dégageait une bonne odeur de cuisine. J'y montais pour dîner face au soleil couchant, et l'aubergiste me faisait choisir une bouteille, parmi les plus poussiéreuses et couvertes d'araignées. Il tirait du fond du tas un vin d'un rouge sombre et épais, à contre-jour, le verre montrait un spectre violet : c'était le Per'e Palummo, le &#8220;Pied de pigeon&#8221;, nom donné à un vignoble des lacets, implanté sur les terrasses de Forio. C'était le vin d'un seul cépage, il imposait silence à la bouche, faisait regarder au loin. Il n'était pas adapté à un jeune de vingt ans, mais son âpreté me convenait. Dans la cuisine aux pierres disjointes, l'aubergiste faisait sauter dans une poêle, avec du vin blanc et des petites tomates séchées, de la viande de lapin aromatisée aux herbes cueillies sur les sommets de l'île. Avec un peu de cette sauce, il oignait une poignée de bucatini. Il cuisinait avec des gestes lents, mâchait longuement, imposant à mes mouvements son propre rythme.
&lt;br /&gt;Il m'avait attendu. En me voyant déboucher du sentier, il criait en guise de salut : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Erri, mannaggia ‘o core tuio&lt;/i&gt;&#8221; (&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Erri, que soit maudit ton c&#339;ur&lt;/i&gt;&#8221;), une insulte affectueuse. Il était borgne de l'&#339;il droit, une cartouche qui avait explosé l'avait privé de l'&#339;il qui sert à viser. Il lui restait celui de l'amitié. Rien n'a jamais été aussi bon avec moi que ces nourritures qui descendaient dans mon gosier, face au soleil qui descendait dans la mer. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Erri De Luca, « Ile », « Fragments », dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Pensée de Midi&lt;/i&gt; numéro 5-6 (octobre 2001)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La nuit est un temps de mortelle monotonie sous un toit ; en plein air, par contre, elle s'écoule, légère, parmi les astres et la rosée et les parfums. Les heures y sont marquées par les changements sur le visage de la nature. Ce qui ressemble à une mort momentanée aux gens qu'étouffent murs et rideaux n'est qu'un sommeil sans pesanteur et vivant pour qui dort en plein champ. La nuit entière il peut entendre la nature respirer à souffles profonds et libres. Même, lorsqu'elle se repose, elle remue et sourit et il y a une heure émouvante ignorée par ceux qui habitent les maisons : lorsqu'une impression de réveil passe au large sur l'hémisphère endormi et qu'au-dehors tout le reste du monde se lève. C'est alors que le coq chante pour la première fois. Il n'annonce point l'aurore en ce moment, mais comme un guetteur vigilant, il accélère le cours de la nuit. Le bétail s'éveille dans les prés ; les moutons déjeunent dans la rosée au versant des collines et se meuvent parmi les fougères, vers un nouveau pâturage. Et les chemineaux qui se sont couchés avec les poules ouvrent leurs yeux embrumés et contemplent la magnificence de la nuit. &lt;br /&gt;Par quelle suggestion informulée, par quel délicat contact de la nature, tous ces dormeurs sont-ils rappelés, vers la même heure, à la vie ? Est-ce que les étoiles versent sur eux une influence ? Ou participons-nous d'un frisson de la terre maternelle sous nos corps au repos ? Même les bergers ou les vieilles gens de la campagne qui sont les plus profondément initiés à ces mystères n'essayent pas de conjecturer la signification ou le dessein de cette résurrection nocturne. Vers deux heures du matin, déclarent-ils, les êtres bougent de place. Et ils n'en savent pas plus et ne cherchent pas plus avant. Du moins est-ce un agréable hasard. Nous ne sommes troublés dans notre sommeil, comme le voluptueux Montaigne, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;qu'afin de le pouvoir mieux savourer et plus à fond&lt;/i&gt;&#8221;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Robert Louis Stevenson, « Une nuit dans la pineraie », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyages avec un âne dans les Cévennes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Toute une petite mythologie tend à nous faire croire que le plaisir est une idée de droite. A droite, on expédie d'un même mouvement vers la gauche tout ce qui est abstrait, ennuyeux, politique et l'on garde le plaisir pour soi (...). Et à gauche, par morale (oubliant les cigares de Marx et de Brecht), on suspecte, on dédaigne &#8220;tout résidu d'hédonisme&#8221;. A droite, le plaisir est revendiqué contre l'intellectualité, la cléricature : c'est le vieux mythe réactionnaire du c&#339;ur contre la tête, de la sensation contre le raisonnement, de la &#8220;vie&#8221; (chaude) contre &#8220;l'abstraction&#8221; (froide) : l'artiste ne doit-il pas, selon le précepte sinistre de Debussy, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chercher humblement à faire plaisir&lt;/i&gt;&#8221; ? A gauche, on oppose la connaissance, la méthode, l'engagement, le combat, à la &#8220;simple délectation&#8221; (et pourtant : si la connaissance elle-même était délicieuse ?). Des deux côtés, cette idée bizarre que le plaisir est chose simple, ce pour quoi on le revendique ou on le méprise. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Roland Barthes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« En ce moment le feu dans la salamandre rougeoie derrière le mica, et les arbres sans feuilles font un dessin rigide à travers le ramage des rideaux transparents. Plus tard cette même chambre s'assombrira des verts de jungle de l'été, les fenêtres s'ouvriront sur les vibrations tendues des cigales... Ce matin il pleut. Il pleut depuis hier. Il pleut comme il pleut dans le Midi, régulièrement, lourdement. Il n'avait pas plu depuis des mois et nous n'avions plus d'eau. Revenus aux temps anciens quand il fallait toujours penser à économiser. Tout à l'heure nous allons enfin pouvoir prendre un merveilleux bain tous les deux dans la salle de bains bien chaude ! Ce matin j'avais la flemme d'écrire mais je me disais que si je ne m'y mets pas un peu chaque jour je n'y croirai jamais assez pour continuer. Déjà hier je m'étais donné l'excuse de faire des gâteaux pour le thé ; la maison est encore tout embaumée de parfum de cannelle et de gingembre. Aujourd'hui je suis tentée de trouver qu'il pleut trop, que c'est sinistre... on n'y voit plus rien par la fenêtre... bien qu'au contraire la chambre n'en paraisse que plus intime, plus chaude avec la lumière des petites cloches en pâte de verre orangée. La chatte dort en boule sur la couverture de fourrure, poil contre poil, petite touffe blonde sur l'immensité fauve. Le feu est rouge à travers le mica de la salamandre et les fleurs du tapis sont douces sous mes pieds... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Danièle Rezvani, citée par Rezvani dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le roman d'une maison&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Parmi les peupliers à tronc blanc, en longs sentiers, suivant les premières ondulations de la dune, avec des parfums retrouvés de sève et de résine, j'ai l'illusion de me perdre en forêt. C'est une sensation très douce et très pure que teinte par moments de sensualité l'haleine plus lointaine d'un bouquet d'acacias en fleur. - Que j'aime la verdure exubérante et les troncs vivants, plissés d'une peau d'éléphant, de ces figuiers gonflés d'un lait amer, autour desquels bourdonnent des essaims de mouches dorées !
&lt;br /&gt;Dans ce jardin surpris en pleine aridité j'ai passé des heures longues, couchée à la renverse, me grisant d'immobilité sous la caresse tiède des brises, à regarder les branches, à peine agitées, aller et venir sur le fond éblouissant du ciel, comme les agrès d'un navire balancé doucement. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Isabelle Eberhardt, « Eloignement », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'ombre chaude de l'islam&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le soleil s'élève lentement. Il nage en un océan de lueurs carminées qui se fondent insensiblement dans l'or vert du zénith. Je pense à des toiles de Noiré, le seul peintre qui ait compris toute la délicatesse des matins du Sud.
Tout ici chante en couleur, s'anime graduellement d'émotion solaire. Le sable se dore et les pierres s'irisent. Des reflets verts, des reflets orangés ou rouges mettent une floraison de lumière sur l'aridité de cette colline. J'y vois vivre la lumière. Elle devient ma palette de rêve.
&lt;br /&gt;Et puis, derrière cet écran merveilleux, il y a encore tant de choses. C'est d'abord une vallée étroite comme un ravin. Je m'y suis promenée, j'en ai remué du pied les écailles de pierre noire avec le frisson de marcher sur une peau de serpent. Après, viennent les sebkhas salées, coupées de palmeraies sombres ; puis des dunes s'enchevêtrent ; et c'est la route de l'oued Guir...
&lt;br /&gt;Quand je monte sur ma petite montagne de lumière, je vois à mes pieds toute la douce vie colorée. Le ksar me semble bâti pour mes yeux, j'en aime la teinte d'ensemble chaude et foncée, tenant du violet sombre et du rouge brun, avec quelques murailles plus neuves, où la terre a encore des teintes d'or mat ou de chamois argenté, comme le sable des dunes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Isabelle Eberhardt, « Montagne de lumière », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'ombre chaude de l'islam&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quel soulagement, quelle joie toute physique, cette arrivée à l'ombre, où la brise est un peu fraîche, où nos yeux douloureux se reposent sur le vert profond des beaux palmiers, sur les grenadiers aux fleurs de sang et sur les lauriers roses en touffes.
&lt;br /&gt;Après l'eau de mensonge [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le mirage&lt;/i&gt;], le goût de la vérité.
&lt;br /&gt;Nous nous étendons à terre, pour n'entrer à Béchar que vers le soir, après la sieste.
&lt;br /&gt;Djilali s'endort, et moi je regarde ce décor nouveau qui ressemble à d'autres que j'ai aimés, qui m'ont révélé le charme mystérieux des oasis. J'y retrouve aussi cette légère odeur de salpêtre, si spéciale aux palmeraies humides, cette odeur de fruit coupé qui pimente tous les autres parfums de la vie à l'ombre.
&lt;br /&gt;Dans la quiétude profonde de cette clairière isolée, d'innombrables lézards d'émeraude et des caméléons changeants se délectent dans les taches de soleil, étalés sur les pierres.
&lt;br /&gt;Pas un chant d'oiseau, pas un cri d'insecte. Quel beau silence ! Tout dort d'un lourd sommeil, et les rayons épars glissent entre les hauts troncs des dattiers comme des chevelures de rêve... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Isabelle Eberhardt, « Montagne de lumière », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'ombre chaude de l'islam&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'étais pour la propreté mais contre l'hygiène.
&lt;br /&gt;L'ambiance familiale m'y avait préparé aussi. &lt;br /&gt;Ainsi ma belle tante Adma, la s&#339;ur de ma mère, réputée pour sa très bonne cuisine, ses descriptions désespérantes de détails et ses bains interminables.
&lt;br /&gt;Une scène me revient en mémoire. &lt;br /&gt;Nous sommes réunis dans le salon de ma tante. Délimitée à ses deux extrémités par deux rangs d'arcades reposant sur de fines colonnes de marbre, la pièce donne sur la rue d'un côté, la Méditerranée, de l'autre. Il fait frais et un vent léger remue les rideaux. Adma raconte sa toilette du matin à ma mère : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aaaah, ma s&#339;ur. Ce matin, après mon café, je suis entrée dans la salle de bains, je me suis dit profites-en ma fille avant que les hommes ne se réveillent et qu'ils ne commencent à crier : Mon café, Ya Adma ! Ma chemise repassée, Ya Adma ! Je suis entrée dans la salle de bains, j'ai fait couler l'eau, et lave que tu laves, sept fois, sept fois je me suis lavé les cheveux, et sept fois je me suis savonnée, et sept fois devant le miroir, j'ai aspergé d'eau fraîche mon visage, khayyy, ça rafraîchit le c&#339;ur ma s&#339;ur, cette eau, intarissable, quoi de plus beau que la propreté, et vous qu'est-ce que vous croyez, je vous amuse ? Riez, riez mes chéris, c'est le meilleur de la vie. Il a crevé, Semaan pour m'épouser, il était amoureux de moi, mais moi j'ai aimé votre oncle, lui aussi il n'en croyait pas ses yeux, et comment ! Une jeune femme si belle et de bonne famille, ah oui j'étais si belle, même aujourd'hui. Regardez ces cuisses, des cuisses de cette qualité ça ne se trouve plus. Ça, des cuisses ? De l'albâtre, oui.&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Elias Sanbar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Bien des absents&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Quand m'embrasseras-tu ?
&lt;br /&gt;Quand je croirai qu'il m'est donné de croire que ces deux lèvres sont ouvertes pour moi.
&lt;br /&gt;Pour qui, sinon ?
&lt;br /&gt;Pour une voix surgie d'une constellation lointaine. Sais-tu que tes yeux peuvent donner à la nuit les couleurs que tu veux ?
&lt;br /&gt;Embrasse-moi !
&lt;br /&gt;La pluie derrière la vitre, une braise de l'autre côté. Pourquoi faut-il qu'il pleuve autant ?
&lt;br /&gt;Pour que tu restes en moi...
&lt;br /&gt;Le plaisir naît du plaisir. La pluie qui ne cesse, un feu qui ne s'éteint, un corps qui ne finit. Un désir qui disperse les ombres et les membres. Nous ne dormons que pour être éveillés par le sel assoiffé de miel, par l'odeur du café à peine brûlé par les embrasements du marbre. Glaciale et torride est cette nuit, glaciale et torride est cette plainte. Me brûle une soie que rien ne peut froisser, qui se tend davantage chaque fois qu'elle rencontre ma peau et crisse. L'air est une pelote d'aiguilles, caresse humide et tiède entre mes orteils, sur mes épaules comme une vipère qui se dresse et siffle sur les braises. Une bouche qui dévore les présents du corps. Ne reste de la langue que le cri de la chambre close où s'ébattent des animaux familiers.
&lt;br /&gt;Mort que nous nous donnons l'un l'autre, de l'autre côté de la fenêtre. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mahmoud Darwich, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une mémoire pour l'oubli&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce n'est que par le vécu qu'on est soi-même. Un vécu réel, pas reproduit ni singé, mais ressenti. Il est là, l'intérêt majeur du goût, qui vous rappelle que vous ne pouvez parler d'une sensation que ressentie. On finira par se rendre compte un jour que, si on ne se construit pas par cette voie sensorielle, si on n'associe pas son corps à sa propre évolution, il reste sur la touche. Il se déplace, il avale, il regarde la télé, mais il est dépourvu de perceptions et de références personnelles, exclu de la vraie vie. L'écoute des aliments est le premier apprentissage du goût. A force de manger des produits muets, un homme devient muet à son tour, il n'a rien à raconter. Consommant des produits faux et déguisés, il parle faux et déguise sa pensée. (...) La culture américaine est une culture (...) du passif, qui donne satisfaction à une société physique cherchant à se remplir la panse, à obtenir la satiété sans connaître d'émotion. C'est pourquoi l'obésité fait de tels dégâts outre-Atlantique et commence d'en faire chez nous. Tentez cette expérience, prenez un fromage sans caractère sensoriel précis : vous allez en manger la moitié sans pain et sans plaisir, jusqu'à vous être rempli la panse ; mais s'il s'agit d'un munster, avec son passé et son caractère, vous en mangerez moins, vous y associerez le pain, peut-être le vin, et vous éprouverez une telle densité émotionnelle que vous vous arrêterez de manger à temps. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Puisais, entretien à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 27 décembre 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je ne suis éveillé qu'en ce que j'aime et désire jusqu'à la terreur - tout le reste n'est que linceul, anesthésie quotidienne, cervelle fécale, ennui sous-reptilien des régimes totalitaires, censure banale et douleur inutile. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hakim Bey, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'art du chaos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On se connaît peu soi-même si l'on n'a jamais senti une excitation sur la peau en entrant dans la mer, puis le lent accord avec l'eau, si l'on ne sait pas ce que c'est qu'accepter de lui appartenir, et se laisser aller, en flottant. Notre corps découvre un monde quand il accepte de se confier sans peur au mouvement du ressac, quand nous contemplons le ciel étendu sur la mer et plongeons nos oreilles dans son ventre sonore, en acceptant de nous donner à elle avec une confiance filiale. Dans cet exercice, dans cette familiarité avec la grammaire de l'eau réside une sagesse ancienne, qui suggère la possibilité d'un temps autre. Sans l'infini de la mer, nous coulons à pic, entraînés dans le tourbillon de notre anthropomorphisme. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Franco Cassano, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La pensée méridienne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - L'image que je fais n'est pas plus belle qu'une autre.
&lt;br /&gt;- Mais si !
&lt;br /&gt;- Non, je ne crois pas ; mes images sont tout simplement plus charnelles, moins spirituelles ; car ma conviction est que l'acte cinématographique doit se résoudre en un processus d'incarnation. Je dis souvent à mes collaborateurs : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ne pensez pas qu'un verre soit simplement un verre, il a un visage, une face, un dos.&lt;/i&gt;&#8221; C'est ce que Godard disait à sa manière provocatrice quand il affirmait qu'un arbre devait être filmé de face. Alors, quand je veux filmer des patates, je demande à l'accessoiriste de réfléchir, de m'apporter des patates susceptibles d'avoir un visage. Ensuite, je veille à ce que le chef opérateur éclaire de manière à le faire apparaître. Dans mon cinéma, tous les objets doivent prendre forme humaine. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Tran Anh Hung à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Elle&lt;/i&gt;, à l'occasion de la sortie de son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A la verticale de l'été&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sure I must perish by your charms
&lt;br /&gt;Unless you save me in your arms. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Henry Purcell, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;If music be the food of love&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il n'est pas perdu, le pain perdu, puisqu'on le mange. Il n'est pas perdu, le temps perdu, puisqu'on y touche à la fin des temps et qu'on y mange sa mort, à chaque seconde, à chaque bouchée. Le temps perdu est le temps abondant, nourricier. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Christian Bobin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Petits plaisirs de la paresse&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La vie devint dure et cruelle. Si cruelle que les hommes, et plus encore les femmes, n'arrivaient pas à souhaiter la vie. Mieux valait ne pas naître, et mieux encore, disaient-ils, ne pas donner naissance, ce qui fut décidé. Alors, Dieu dut inventer les gestes qui promettent du plaisir sexuel. L'un après l'autre, il les inventa. Depuis ce temps-là, quand ils font l'amour, les femmes et les hommes pardonnent à cette vie et en entrevoient d'autres... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;John Berger, « Deux chats dans un panier », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Photocopies&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il faut pardonner à la beauté
&lt;br /&gt;comme à un chien
&lt;br /&gt;qui mord en pleurant. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Denis Vanier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le baptême de Judas - Les herbes rouges&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Mon expérience avec les curés fut monstrueuse, mais elle ne m'a guère affecté. Il est plus original de faire un film autour des religieuses qui ne soit pas anticlérical. Je suppose que pour moi, la religion ne doit pas être un problème. Je ne la considère pas comme une ennemie contre laquelle il me faille lutter. Je ne me sens pas entamé par toutes les balivernes proférées par Jean-Paul II. S'il essayait de mettre le péché à la mode, je n'en deviendrais pas pour autant un pécheur : le péché a totalement disparu de ma vie. (...) ça ne m'intéresse pas de faire un film revanchard. Il faut beaucoup de mémoire et de ranc&#339;ur pour prendre sa revanche après que les années se sont écoulées. Je n'ai ni l'une ni l'autre. C'est dommage, parce que la mémoire et la haine ont une puissance créatrice énorme. Je le répète, je n'ai ni l'une ni l'autre. Je vis le présent et le présent doit être absolument nouveau - du moins pour moi. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pedro Almodovar, « Auto-interview », 1984, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Patty Diphusa, la Vénus des lavabos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les pratiques sexuelles sont banales, pauvres, vouées à la répétition, et cette pauvreté est disproportionnée à l'émerveillement du plaisir qu'elles procurent. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Roland Barthes, préface aux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tricks&lt;/i&gt; de Camus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'érotisme est un élément clef de cette vision comme de tout l'univers romanesque de Saikaku, dont l'aventure littéraire est ancrée dans l'exploration du monde des plaisirs et des valeurs du kôshoku. Ce terme, composé de deux caractères : kô, bien ou aimer, et shoku, couleur ou forme au sens bouddhique de réalité phénoménale, désigne donc le goût et la culture du beau, de l'élégance et de ce qui suscite le désir amoureux, en somme l'amour dans toute la diversité de ses expressions, depuis le plaisir sexuel le plus brut et le rire suscité par la plaisanterie grivoise jusqu'aux formes les plus raffinées élaborées au cours de la grande période classique de la cour de Heian, du IXe au XIe siècle. Dans ces &#8220;mauvais lieux&#8221; que sont les quartiers de courtisanes et les quartiers de théâtres, le kôshoku constitue le système de valeurs dominant. Véritable idéologie parallèle s'appuyant sur les traditions artistiques des courtisanes, mais aussi sur la grande tradition de la littérature amoureuse classique et ses chefs-d'&#339;uvre comme les Contes d'Ise ou Le Dit du Genji, le kôshoku concurrence les codes sérieux imprégnés de confucianisme que sont l'éthique du guerrier ou la morale marchande, alors en voie d'élaboration. Dans ses manifestations les plus abouties, il prend la forme d'une véritable science du c&#339;ur humain et débouche sur une vision à la fois joyeuse et lucide de la vie, professant à la suite des Heures oisives d'Urabe Kenkô que &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est son impermanence qui fait le prix de ce monde&lt;/i&gt;&#8221;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Daniel Struve, introduction à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Arashi, vie et mort d'un acteur&lt;/i&gt;, de Saikaku
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Merveilleuse est la poignée de neige dans la bouche
&lt;br /&gt;des hommes qui souffrent de la chaleur d'été
&lt;br /&gt;Merveilleux les vents de printemps
&lt;br /&gt;pour les marins qui ont soif de hisser les voiles
&lt;br /&gt;Et plus merveilleux encore le simple drap
&lt;br /&gt;sur deux amants dans un lit. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;John Berger, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qui va là ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On ne mange jamais à la cantoche, c'est trop la mort. Des trucs comme ça, on n'en parle jamais dans les manifs. Mais ils se foutent de nous, c'est imbouffable. Après ça, y a un tas de cons pour expliquer dans les médias que les jeunes ne pensent qu'à aller au MacDo, qu'ils perdent le goût, tout ça. On les collerait devant cette bouffe pendant une semaine, et ils prieraient pour se taper un Cheese. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Julie, du lycée Mounier à Grenoble, reportage de Michel Holtz, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 7 novembre 1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'érotisme, c'est une veine importante en littérature. Je ne vois pas pourquoi, dans le cinéma, le cul est toujours sous-jacent. Des pornos, j'en ai vu beaucoup, je ne m'en lassais pas. On dit que quand on en a vu un, on les a tous vus. Moi, j'avais cette impression avec le cinéma normal. Alors que le porno, j'étais toujours émerveillé. Ça m'a passé, ça m'ennuie maintenant. J'allais dans tous les clubs de la rue Saint-Denis. Avec mon frère, on s'échangeait les cassettes, on n'y allait pas ensemble, quelle horreur, mais il m'a raconté qu'il dealait des cartes d'abonnement contre des places à mes spectacles. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Caubère à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 17-18 mai 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pourquoi personne n'imprime dans les journaux
&lt;br /&gt;Que la vie est bonne ! Je te salue, Marie :
&lt;br /&gt;Que c'est bon de pisser sur des accords de piano
&lt;br /&gt;Que c'est divin de baiser dans les roseaux affolés par le vent. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bertolt Brecht, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;De la séduction des anges&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Eros, dieu moniste, mêle soma et psyché. Il les entrelace, les combine, opère leur fusion, et laisse paisible après l'orage l'organisme inondé d'hormones et de tendresse. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Marc Pradier, « La Chair du péché », in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le corps tabou&lt;/i&gt;, Internationale de l'imaginaire, Babel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le plateau de repas semble un tableau des plus délicats : c'est un cadre qui contient sur fond sombre des objets variés (bols, boîtes, soucoupes, baguettes, menus tas d'aliments, un peu de gingembre gris, quelques brins de légumes orange, un fond de sauce brune), et comme ces récipients et ces morceaux de nourriture sont exigus et ténus, mais nombreux, on dirait que ces plateaux accomplissent la définition de la peinture, qui, selon Piero della Francesca, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'est qu'une démonstration de surfaces et de corps devenant toujours plus petits ou plus grands suivant leur terme&lt;/i&gt;&#8221;. Cependant, un tel ordre, délicieux lorsqu'il apparaît, est destiné à être défait, refait selon le rythme même de l'alimentation ; ce qui était tableau figé au départ, devient établi ou échiquier, espace, non d'une vue, mais d'un faire ou d'un jeu ; la peinture n'était au fond qu'une palette (une surface de travail), dont vous allez jouer au fur et à mesure que vous mangerez, puisant ici une pincée de légumes, là de riz, là de condiment, là une gorgée de soupe, selon une alternance libre, à la façon d'un graphiste (précisément japonais), installé devant un jeu de godets et qui, tout à la fois, sait et hésite ; de la sorte, sans être niée ou diminuée (...), l'alimentation reste empreinte d'une sorte de travail ou de jeu, qui porte moins sur la transformation de la matière première (objet propre de la &#8220;cuisine&#8221; ; mais la nourriture japonaise est peu cuisinée, les aliments arrivent naturels sur la table ; la seule opération qu'ils aient subie, c'est d'être découpés), que sur l'assemblage mouvant et comme inspiré d'éléments dont l'ordre de prélèvement n'est fixé par aucun protocole (vous pouvez alterner une gorgée de soupe, une bouchée de riz, une pincée de légumes) ; tout le fait de la nourriture étant dans la composition, en composant vos prises, vous faites vous-même ce que vous mangez ; le mets n'est plus un produit réifié, dont la préparation est, chez nous, pudiquement éloignée dans le temps et dans l'espace (repas élaboré à l'avance derrière la cloison d'une cuisine, pièce secrète où &#8220;tout est permis&#8221;, pourvu que le produit n'en sorte que composé, orné, embaumé, fardé). D'où le caractère vivant (...) de cette nourriture, qui semble en toutes saisons accomplir le voeu du poète : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! célébrer le printemps par des cuisines exquises...&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Roland Barthes parlant de la cuisine japonaise, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A l'endroit où le Nil pénètre en Egypte, les gens accoutumés à cette besogne jettent le soir leurs filets déployés dans le fleuve ; et quand le matin arrive, ils y trouvent les denrées précieuses qu'on apporte dans le pays, gingembre, rhubarbe, bois d'aloès et cannelle. On dit que ces épices viennent du paradis terrestre, tombent sous le vent des arbres du paradis, comme le bois sec que le vent abat dans la forêt... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Joinville cité par Jacques Le Goff&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Elles montaient dans ces escaliers délabrés, étroits, rayés, par endroits, d'ébauches de madones endormies au milieu de champs de fleurs. Au cours de la remontée, Zaïd, la fantaisiste, rappelait à ses compagnes l'odeur du couscous, des viandes rôties, des dattes, des poules cuites dans des sauces aux herbes, et, avec une malice enfantine, elle parlait des garçons, blancs, et noirs, et chinois, qui les attendaient à la sortie du volcan, avec des grenades à la main et des vêtements d'or. Les autres riaient : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Raconte, raconte encore, Zaïd. Ainsi la remontée nous paraît plus facile&lt;/i&gt;&#8221;. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bonaviri, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Silvinia ou le voyage des égarés&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'amour, c'est le temps et l'espace rendus sensibles au c&#339;ur. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marcel Proust&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dire Daoua est tout près. On devine, droit devant, les lumières de la ville. Quand le train repart dans l'épaisseur de la nuit, nous sentons accourir vers nous quelques odeurs identifiables : le beurre fondu, l'Eucalyptus un peu sucré, l'injera aigrelette, le gingembre poivré et le café qu'on grille sur le seuil des maisons. &lt;br /&gt;Vois, Raymond, même dans le noir nous reconnaissons l'Ethiopie... »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Claude Guillebaud, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Porte des Larmes, retour en Abyssinie&lt;/i&gt;, avec Raymond Depardon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'appartement du cinquième étage a de hauts plafonds, de grandes fenêtres et les pieds des meubles y sont fins. Un appartement fait pour les longues conversations. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ninon chez sa mère Zdena, John Berger, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qui va là ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'évitais les occasions qui pouvaient m'arracher à mon obsession, lectures, sorties et toute activité dont j'avais le goût avant. J'aspirais au désoeuvrement complet. J'ai refusé avec violence une charge supplémentaire de travail que mon directeur me réclamait, l'insultant presque au téléphone. Il me semblait que j'étais dans mon bon droit en m'opposant à ce qui m'empêchait de m'adonner sans limites aux sensations et aux récits imaginaires de ma passion.
&lt;br /&gt;Dans le RER, le métro, les salles d'attente, tous les lieux où il est autorisé de ne se livrer à aucune occupation, sitôt assise, j'entrais dans une rêverie de A. A la seconde juste où je tombais dans cet état, il se produisait dans ma tête un spasme de bonheur. J'avais l'impression de m'abandonner à un plaisir physique, comme si le cerveau, sous l'afflux répété des mêmes images, des mêmes souvenirs, pouvait jouir, qu'il soit un organe sexuel pareil aux autres. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Annie Ernaux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Passion simple&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Médias</title>
		<link>http://peripheries.net/article20.html</link>
		<dc:date>2006-02-03T20:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique14.html">Guillemets</category>

		<dc:subject>Médias</dc:subject>

		<description>« Sur la quatrième de couverture de son livre, Philippe Val pose sept questions brèves qui sont comme les sept sceaux de la connaissance : &#8220;L'aventure humaine touche-t-elle à sa fin ? L'homme du XXIe siècle agit-il librement ? L'athéisme est-il un tabou ? L'amour nous éloigne-t-il de la guerre ? Les singes sont-ils fascistes ? Pourquoi avons-nous peur ? Comment être un homme des Lumières aujourd'hui ?&#8221; &lt;br /&gt;On est saisi, intimidé, par l'importance de ces questions, et on ne peut s'empêcher de songer (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique14.html" rel="category"&gt;Guillemets&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot2.html" rel="tag"&gt;Médias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sur la quatrième de couverture de son livre, Philippe Val pose sept questions brèves qui sont comme les sept sceaux de la connaissance : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'aventure humaine touche-t-elle à sa fin ? L'homme du XXIe siècle agit-il librement ? L'athéisme est-il un tabou ? L'amour nous éloigne-t-il de la guerre ? Les singes sont-ils fascistes ? Pourquoi avons-nous peur ? Comment être un homme des Lumières aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;On est saisi, intimidé, par l'importance de ces questions, et on ne peut s'empêcher de songer aussitôt à la question, la huitième, celle qui les résume toutes : &#8220;Est-ce que le ridicule tue ?&#8221; &lt;br /&gt;Philippe Val étant directeur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, on pourrait croire à un gag. Mais non. Depuis longtemps déjà, l'avatar d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hara-Kiri &lt;/i&gt;mensuel a pris sa devise au premier degré, il est devenu bête et méchant, et seul le sérieux qu'il y met prête encore à sourire. &lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rien ne me prédestinait à écrire ce livre&lt;/i&gt;&#8221;, annonce Philippe Val, ébloui par l'inattendu enfantement de ce monument. Elevé chez les Oratoriens, il aurait dû rester idiot, catho, facho, mais voilà qu'un jour, en allant faire pipi au côté d'un condisciple, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans l'enthousiasme du soulagement&lt;/i&gt;&#8221;, lui vient la révélation que Dieu n'existe pas. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce lieu d'aisances m'a été ce que le chemin de Damas fut à saint Paul.&lt;/i&gt;&#8221; Alléluia ! Voilà donc Fifi le Terrassé, contraint &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'arrêter net ses études à 17 ans pour faire de la musique, des chansons et du théâtre&lt;/i&gt;&#8221;. Mais ne croyez pas qu'il va se désintéresser de la culture, au contraire : Montaigne, Spinoza, Shakespeare, Freud, Schopenhauer, Deleuze, tous y passent et conduisent, que dis-je, destinent le jeune athée à écrire cet incroyable &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité de savoir-survivre&lt;/i&gt;. C'est l'&#339;uvre d'un homme à part, décidément, un homme libre qui n'hésite pas à braver ses origines sociales et culturelles pour affirmer avec force qu'il a &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;conscience d'avoir conscience&lt;/i&gt;&#8221;, formule qu'il répète une cinquantaine de fois, comme pour la réinventer. C'est qu'on s'autorise beaucoup quand on est libre. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La liberté n'est rien d'autre que le chemin à parcourir pour accroître nos possibilités d'être heureux.&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Pour Philippe Val, le sommet de la liberté de jouir à laquelle chacun de nous aspire, c'est l'amour aux chandelles, avec une bouteille de &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Château Pétrus sur la table de nuit&lt;/i&gt;&#8221;. Dommage, il n'y a pas de &#8220;Château Pétrus&#8221; (Pétrus est un seigneur qui n'a pas besoin de titre), mais on aura repéré au passage l'influence de Michel Onfray. Les grands esprits jouisseurs se rencontrent. Val, c'est du Onfray, mais en plus simple, si c'est possible, encore plus facile à comprendre, une sorte de vulgarisation de la vulgarisation qui n'est pas dépourvue d'une certaine vulgarité. C'est le risque quand on veut plaire : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lecteur, si mon livre te donne l'intuition que la joie est moins inaccessible qu'il n'y paraît, j'aurai atteint mon but.&lt;/i&gt;&#8221; C'est beaucoup nous demander en effet, que notre joie demeure à la lecture de ce traité. Le désagréable, ce n'est pas l'inculture ou l'erreur - nous sommes assez grands pour ouvrir de vrais livres - c'est l'arrogance et le bruit qu'elle fait. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Christophe Donner, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt;, 13 janvier 2007 &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(lire aussi sur ce site « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article187.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'obscurantisme beauf&lt;/a&gt; »)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il y a quelques années, dans une interview à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Var-Matin&lt;/i&gt;, j&amp;rsquo;avais dit que Bertrand Py [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le directeur éditorial d&amp;rsquo;Actes Sud&lt;/i&gt;] était le seul éditeur de ma connaissance qui lisait au moins quatre fois les manuscrits qu&amp;rsquo;il publiait. Dans l&amp;rsquo;article, c&amp;rsquo;était devenu : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bertrand Py est le seul éditeur de ma connaissance qui lit au moins quatre pages des manuscrits qu&amp;rsquo;il publie.&lt;/i&gt;&quot; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rezvani, débat autour de son &amp;oelig;uvre à la Garde-Freinet, 9 juillet 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L&amp;rsquo;approche pseudo-équilibrée des médias, en particulier, me fait hurler. J&amp;rsquo;ai coutume de blaguer en disant que si Bush affirmait que la terre est plate, les journaux titreraient le lendemain : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Forme de la terre : les vues divergent&lt;/i&gt;&quot;. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Paul Krugman, éditorialiste du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;New York Times&lt;/i&gt;, au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 4 novembre 2004&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Est-ce que je te demande d&amp;rsquo;où tu viens, moi ? Tout ce que je veux savoir, c&amp;rsquo;est si tu as toujours été aussi jolie et qu&amp;rsquo;est-ce qu&amp;rsquo;il faut faire pour que tu arrêtes de parler ta langue de machine à savoir, ta langue sèche de rapporteuse syndiquée, et que tu parles enfin ta langue d&amp;rsquo;intérieur, celle qui va avec le sourire, celle des formes lisibles sous la robe tout à l&amp;rsquo;heure quand je t&amp;rsquo;ai vue de dos, celle qui n&amp;rsquo;a rien à voir avec ta langue de métier, ta carrière, ton gagne-pain. Je ne suis pas où tu me cherches. Si tu veux que l&amp;rsquo;on se comprenne, parle-moi ta langue de haute mer, ta langue de jeunesse, car au fond tu n&amp;rsquo;es guère plus âgée que moi, malgré ta carte de presse et tes frais de voyage. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Monologue intérieur de Lucien l&amp;rsquo;étudiant haïtien face à la journaliste étrangère, Lyonel Trouillot, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bicentenaire&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les trois animateurs avaient, de toute évidence, une idée et une seule : leur invité allait les confirmer dans la certitude que le duo Chirac-Villepin était en train de mettre l'Europe à feu et à sang. L'aspect comique de la chose vint de ce que M. le Commissaire, cool comme Raoul et resplendissant d'optimisme, n'était pas du tout, mais pas du tout, de cet avis. La crise irakienne ne changerait rien à rien. Rien aux finances européennes, rien à l'économie européenne, rien à la politique européenne. Notre trio crut avoir mal entendu ; il renouvela ses questions avec plus d'insistance. Nenni. Tout restait calme à Bruxelles comme à Strasbourg. On pensait à une erreur de casting. Tête en avant, (...) nos trois amis attaquaient sous tous les angles, se relayaient, tels des inspecteurs de série B cuisinant un malfrat, pour arracher à leur hôte, syllabe après syllabe, le constat catastrophique qui les aurait apaisés, mais qui hélas ! ne venait pas. Matou européen plein de civilité, M. le Commissaire sautait gentiment par-dessus toutes les barrières qu'on dressait devant lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le comique de répétition finit par lasser. Et le fond de l'affaire n'était rien moins que drôle. L'effet paradoxal de la position française verrouillait ces trois importants dans un inextricable réseau de méfiance et de soupçon. On eût dit des compagnons menacés ensemble par une noyade prochaine et trouvant dans cette situation une solidarité extrême, mais d'adhérence plutôt que d'adhésion. Le souffle que retrouvait la politique française finissait pour eux en frisson glacé qui parcourait désagréablement leur échine. Une seule chose semblait leur importer : s'assurer qu'aucun poil de liberté ne dépasserait jamais de ce conditionnement socio-économico-politico-culturo-médiatique qui est le territoire inviolable de leur compétence, leur pain et leur vin, leur passion nécessaire, l'échiquier de leur scepticisme, l'image aseptisée et rassurante de l'univers cruel où ils souffrent pourtant avec nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le monde comme réseau d'influences que des spécialistes analysent et commentent : les médiateux éternuent s'ils sortent de cette couette ; alors, tout leur devient danger. C'est de là-dessous qu'ils observent, qu'ils conseillent, c'est là-dessous qu'ils se sentent intelligents. L'air ordinaire ne leur vaut rien. On dirait que la vie les contourne. Je parie pourtant que ces trois complices auraient donné cher, ce soir-là, pour avoir la simplicité d'approuver Chirac. Impossible. À partir d'une certaine altitude, ils ne respirent plus. Ce que le peuple peut sentir, et ressentir, et consentir, ils se le sont interdit. Je voudrais comprendre. Pourquoi des gens ont-ils été dressés à snober le souffle qui passe ? Parce qu'ils le veulent éternel et qu'ils ont peur d'être déçus ? Pourquoi épousent-ils la cause du vide qu'ils décrivent ? Pourquoi s'interdisent-ils, ces jansénistes de l'image, la couleur, la surprise, un gramme d'abandon heureux ? Qui le leur impose ? Pourquoi ? Et pourquoi cèdent-ils ? »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Jean Sur, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/tandem.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Un tandem infernal&lt;/a&gt; »&lt;/i&gt;, sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://perso.wanadoo.fr/js.resurgences/index.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Résurgences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C&amp;rsquo;était au moment de la guerre entre le Viêt-Nam et le Cambodge, on commençait à découvrir toutes les atrocités qui avaient été commises sous le régime de Pol Pot, alors j&amp;rsquo;ai pensé que ce serait une bonne idée de faire une tribune libre à ce propos dans le Temps et de solliciter un article de Bernald Thorer. Histoire de le faire cogiter sur autre chose que sa déprime. J&amp;rsquo;ai attendu, attendu, l&amp;rsquo;article ne venait pas, mais chaque fois que ma secrétaire l&amp;rsquo;appelait, il répondait que ça allait venir, qu&amp;rsquo;il avait encore besoin de réfléchir. On a reporté la tribune pendant deux semaines entières, je me suis dit que décidément les écrivains n&amp;rsquo;avaient aucune idée de ce que représentait l&amp;rsquo;actualité : déjà la situation politique du Cambodge avait évolué et je commençais à m&amp;rsquo;énerver sérieusement. Enfin, je trouve une enveloppe sur mon bureau avec marqué dessus : expéditeur, Bernald Thorer, et cetera. Je l&amp;rsquo;ouvre et j&amp;rsquo;en extrais&amp;hellip; un feuillet unique. J&amp;rsquo;ai cru à une mauvaise plaisanterie. Il y avait presque rien écrit dessus, à peine quelques mots : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est horrible&lt;/i&gt;&quot;, &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;non&lt;/i&gt;&quot;, &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c&amp;rsquo;est - - - - -&lt;/i&gt;&quot;, des mots illisibles, et même des sortes d&amp;rsquo;onomatopées genre bande dessinée : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aaaargh.&lt;/i&gt;&quot; Je me suis dit : mais il se moque du monde ! J&amp;rsquo;étais vraiment en colère. J&amp;rsquo;ai décidé que c&amp;rsquo;était la dernière fois que j&amp;rsquo;essayais de rendre service à Bernald Thorer. La tribune libre est parue le lendemain, sans lui évidemment. Je ne mesurais pas encore la gravité de sa maladie. Je n&amp;rsquo;ai parlé à personne de la lettre que j&amp;rsquo;avais reçue, sauf à Marilyn, et elle a dit qu&amp;rsquo;elle la trouvait plus intelligente que les articles qu&amp;rsquo;on a publiés. Très drôle. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Nancy Huston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les variations Goldberg&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Depuis des années, les programmes de radio ou de télévision sont hachés par des pauses publicitaires à la fois plus bruyantes et plus envahissantes. A leur tour, ces programmes sont diffusés dans les cafés, dans les restaurants, dans les supermarchés. Tout cela se fait naturellement, sans résistance. Imagine-t-on la réaction des responsables des médias, des auditeurs et des passants si toutes les dix minutes un porte-parole du gouvernement intervenait dans toutes les émissions - c'est-à-dire aussi dans les cafés, dans les restaurants, dans les supermarchés - pour y lire un communiqué officiel ? Le scandale serait épouvantable ; on hurlerait à la domestication des ondes, à la dictature. On aurait raison. Est-ce alors parce qu'il est vendu au plus offrant, c'est-à-dire aux plus riches, que le pouvoir de débouler sans cesse dans les cerveaux et dans les âmes serait devenu moins redoutable ? Le droit de l'argent vaut-il dorénavant absolution pour toutes les manipulations de l'esprit ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Serge Halimi, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Liberté de la presse, censures de l'argent »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, août 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La seule honnêteté réside dans la subjectivité et non pas dans le consensus. Je pense qu&amp;rsquo;on ne peut pas vivre sans juger, sans se juger soi-même, sans juger les autres, sans juger chaque pas qu&amp;rsquo;on fait dans la vie, chaque idée qu&amp;rsquo;on a ou qu&amp;rsquo;on entend, chaque livre, chaque phrase qu&amp;rsquo;on lit. Tout le monde le fait, mais la plupart ne l&amp;rsquo;avouent pas. Le journaliste doit cependant garder, non pas une déontologie (j&amp;rsquo;ai horreur de ce mot), mais un idéal qui consiste tout simplement à vouloir rendre compte de la réalité avec des moyens honnêtes et subjectifs. C&amp;rsquo;est un rôle de héros, d&amp;rsquo;autant plus qu&amp;rsquo;on est tous de plus en plus perdus dans la vie. (&amp;hellip;) Dans l&amp;rsquo;esprit des gens, l&amp;rsquo;objectivité correspond en général à la neutralité, or c&amp;rsquo;est une notion qui ne peut pas exister. Il faut assumer ses choix, sa vision personnelle, puis il faut faire confiance au fait qu&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;est pas tout seul, que d&amp;rsquo;autres subjectivités peuvent, elles aussi, rendre compte de la réalité. Mais la réalité, elle, existe. Si on veut décrire l&amp;rsquo;éléphant quand on est aveugle, il suffit de se mettre à douze ou à vingt et de tâter ses cuisses. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Marcel Ophuls, entretien avec Antoine Spire, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après les grands soirs, &lt;/i&gt;revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement&lt;/i&gt;, septembre 1996&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Toutes les formes de communication devraient être angéliques - le langage lui-même devrait être angélique &#8211; une sorte de chaos divin. Au lieu de cela, il est infecté de virus autoreproducteurs, cristallisé à l&amp;rsquo;infini par la séparation, par une grammaire qui nous empêche de tuer notre Père le Néant une bonne fois pour toutes. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Hakim Bey, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;art du chaos&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui m&amp;rsquo;intéresse, c&amp;rsquo;est cet espace lisse qui peut être peuplé de façon créative. Le cinéma, c&amp;rsquo;est plein, c&amp;rsquo;est souverain, ça a toutes les formes. Mais la télévision est encore à venir et c&amp;rsquo;est ce qui est beau dans la télévision. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Pierre Chevalier, responsable de la fiction de La Sept-Arte, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération, &lt;/i&gt;12 mai 2000&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce que je ne veux pas, c&amp;rsquo;est le reporter télé ; ça, c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;horreur. Les reporters télé sont grillés. Ils ont acquis des techniques cyniques, des approches méprisantes. Ils font la chasse aux cons, tout ce que je déteste. Ils volent quelque chose, ils ont un instinct de tueurs. (...) La télé, elle, marche de façon abjecte : on définit à l&amp;rsquo;avance des caractères, on fait un casting pour les reportages et il y a des trous du cul qui vont les chercher. Si ça ce n&amp;rsquo;est pas idéologique ! Ce serait moi le journaliste engagé et pas eux ? Ce sont eux les vrais journalistes engagés. Claire Chazal est mille fois plus engagée que moi ! Elle risque sa peau pour Balladur, sur qui elle écrit un bouquin. (...) J'ai fait de la télé avec Pascale Breugnot, dans une émission qui s'appelait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moi je&lt;/i&gt;. (...) J'en garde un très mauvais souvenir : une expérience courte mais infernale. Faire de la télé, c&amp;rsquo;est infamant. A l&amp;rsquo;époque, je ne savais pas encore comment la télé fonctionnait. Aujourd&amp;rsquo;hui, on connaît bien ce &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cynisme conformiste&lt;/i&gt;&quot;, comme dirait Castoriadis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart des journalistes sont assignés à l&amp;rsquo;événement. Pour eux, l&amp;rsquo;événement, c&amp;rsquo;est ce qui surgit ; on attend, on regarde les dépêches et on part. Nous, à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Là-bas si j&amp;rsquo;y suis&lt;/i&gt;, on ne regarde pas les dépêches, on se dit &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Où est-ce qu&amp;rsquo;on pourrait partir ?&lt;/i&gt;&quot; C&amp;rsquo;est une autre question. 90% des journalistes ne comprennent pas ça. On n&amp;rsquo;est pas assignés à l&amp;rsquo;événement, on se demande ce qui est important en ce moment. En 1991, on est allés en Russie, en pleine euphorie générale, et on nous a dit : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est la merde.&lt;/i&gt;&quot; On est passés pour des staliniens, alors qu&amp;rsquo;on avait rapporté des témoignages d&amp;rsquo;anciens du goulag, que personne n&amp;rsquo;avait eus par ailleurs. En gros, on a pas mal reflété l&amp;rsquo;époque, avec nos moyens à nous et avec notre style. D&amp;rsquo;une manière pas si militante que cela. On a seulement été un peu chauds sur notre temps, en s&amp;rsquo;énervant sur notre époque, mais avec une vraie jubilation. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Daniel Mermet,&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, 1er février 2000&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De toute façon, Laetitia [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Casta&lt;/i&gt;] dort debout. Elle avance dans son rêve multimédia comme une belle girafe, en broutant son néant avec une grâce et un flegme absolus. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Lançon, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Laetitia, casse-toi !&lt;/i&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après coup&lt;/i&gt;, chronique télévisuelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 20 décembre 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce sont les femmes qui s&amp;rsquo;occupent de ce que Véronique Nahoum-Grappe appelle &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les soins de proximité&lt;/i&gt;&quot;. Elles entretiennent à la fois la maison, les objets, mais aussi le lien social et familial. Et ça, dans la presse quotidienne, elles ne le trouvent pas beaucoup. Elles ne trouvent pas beaucoup non plus&amp;hellip; de femmes, tout simplement ! Elles trouvent beaucoup d&amp;rsquo;hommes politiques, de sport ou de combats des chefs : tel patron contre tel autre, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En revanche, que trouve-t-on dans les magazines féminins ? Des femmes ! Ce n&amp;rsquo;est pas rien. Certes, elles ne sont pas toujours présentées comme elles le souhaiteraient&amp;hellip; mais au moins, elles sont présentes. Ces journaux, accusent-elles, montrent une femme objet, superficielle, infantile, niaise. (...) Mais ils donnent la parole aux femmes, ce qui n&amp;rsquo;est pas le cas ailleurs !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a aussi la question du ton, qui est très importante. Dans la presse féminine le ton est très différent de celui de la presse d&amp;rsquo;information. Le locuteur dit souvent &quot;je&quot;, est impliqué dans son discours, alors que le langage de la presse quotidienne est au contraire très distancié. (...) Pour les femmes, la parole consiste à tisser un réseau. Pour les hommes, la parole consiste à se placer dans une hiérarchie. Donc les hommes ne sont pas dérangés par cette parole un peu didactique des quotidiens. Les femmes, elles, sont en recherche d&amp;rsquo;une parole en réseau, avec des termes d&amp;rsquo;adresse, des phrases impliquantes. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Sylvie Debras, auteur d&amp;rsquo;une étude sur la presse féminine et ses lectrices, interview dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;, 18 novembre 1999&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« On a l&amp;rsquo;impression, en écoutant les enquêtées, que la presse, pour elles, pourrait être un espace de parole, de bavardage, qui viendrait remplacer l&amp;rsquo;échange qui ne se fait plus au quotidien, l&amp;rsquo;expérience qui ne se dit plus de la mère à la fille, les confidences qui ne se font plus entre voisines, à cause des emplois du temps minutés, des cellules familiales rétrécies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les femmes, mine de rien, vivent des situations extrêmes. Qui a fait l&amp;rsquo;expérience d&amp;rsquo;une grossesse et d&amp;rsquo;un accouchement sait que ce n&amp;rsquo;est pas rien ! On se retrouve à la sortie de la maternité totalement vide, triste sans savoir pourquoi. Avant, il y avait un relais : la mère, la tante, la cousine&amp;hellip; Là, on se retrouve soudain entre quatre murs avec un enfant qui pleure, papa qui rentre à 19 heures et n&amp;rsquo;a pas forcément conscience que le désarroi de sa femme est normal. Cette situation n&amp;rsquo;existe pas dans la presse quotidienne : on n&amp;rsquo;a rien à en dire. Il faut lire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Parents&lt;/i&gt; pour se rassurer ! Il faudrait que la presse généraliste arrête avec ses &quot;sujets nobles&quot; et qu&amp;rsquo;elle accepte le fait que la vie de tous les jours c&amp;rsquo;est noble aussi d&amp;rsquo;en parler. Pourquoi ne pas faire intervenir des scientifiques qui travaillent sur le post-partum, par exemple ? Après tout, on fait bien des unes sur le Viagra ! »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Sylvie Debras, auteur d&amp;rsquo;une étude sur la presse féminine et ses lectrices, interview dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;, 18 novembre 1999&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Comme ça, s'il n'y a pas de chiens écrasés, ils les feront eux-mêmes. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Guignols de l'info&lt;/i&gt;, 7 novembre 1999, à propos des journalistes d'i-télévision, la chaîne d'info régionale de Canal+, qui sillonnent la France à bord de leurs camionnettes high tech&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je voudrais vous parler de ma cité sous son vrai jour. Pas comme les médias nous la montrent ou comme les différents clichés que l'on peut entendre. Il n'y a pas que du rap, des pitbulls, de la violence et des voyous. Bien sûr je ne dis pas du tout qu'il n'y en a pas, je vous mentirais. Je crois que les gens voient tout de suite les côtés négatifs et ne s'attardent pas à observer les effets positifs. J'ai l'impression qu'ils ne préfèrent pas le faire. Ça me rappelle une histoire de cerveau droit. J'ai appris ça dans mon cours d'arts plastiques. Se servir du cerveau droit perfectionne les capacités à voir les côtés cachés du dessin. Par exemple lorsqu'on dessine deux profils exactement pareils aux deux extrémités de la feuille, on se rend compte que ça forme un vase au milieu. J'essaie souvent de me servir de mon cerveau droit avec les gens que j'ai du mal à comprendre. C'est ma méthode. Peut-être que si tout le monde faisait la même chose, on se comprendrait mieux. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Faïza Guene - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.inventaire-invention.com/librairie/fichiers_txt/gauthier_txt.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Petit traité topographique du Pantin d&amp;rsquo;une collégienne&lt;/a&gt;, ou la géographie affective de Faïza, 14 ans&lt;/i&gt;, par Marie Gauthier, dans la revue littéraire en ligne &lt;a href=&quot;http://www.inventaire-invention.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inventaire/Invention&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Cette sacro-sainte déesse Information, devant laquelle ils feignent la prosternation, les journalistes la traitent en privé comme une marchandise avariée, monotone, répétitive. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Daniel Schneidermann commentant le documentaire de William Karel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le journal commence à 20 heures&lt;/i&gt; (consacré aux coulisses du journal de France 2 et diffusé sur Arte), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 17-18 octobre 1999.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La priorité doit être redonnée à l&amp;rsquo;expérimentation, parce qu&amp;rsquo;elle ouvre, à tâtons, le champ des possibles. Cette posture de recherche et de découvertes permanentes, est infiniment plus pertinente que la pédagogie de la contemplation des &amp;oelig;uvres, des savoirs constitués, du spectacle de l&amp;rsquo;actualité immédiate, de la course à la consommation. (&amp;hellip;) Se pose la question de la transmission de la mémoire, du savoir-faire, du patrimoine, des idéaux. Même si ces idéaux ont été sensiblement malmenés par les événements du siècle, nous devons chercher les passerelles qui redonnent du sens à l&amp;rsquo;idée d&amp;rsquo;une communauté complexe et vivante qui se construit en capitalisant les acquis des &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;géants qui nous ont précédés&lt;/i&gt;&quot;, selon la belle expression de Newton. (&amp;hellip;) Plus qu&amp;rsquo;une &quot;révolution triomphale&quot;, la déferlante numérique constitue une opportunité. Qu&amp;rsquo;attendons-nous pour la saisir ? »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Pierre Bongiovanni, codirecteur du Centre international de création vidéo (&lt;a href=&quot;http://www.cicv.fr&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;CICV&lt;/a&gt;), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour un usage éclairé du Net »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 23 avril 1999&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Evidemment, ce ne sont pas quelques émissions de télévision qui vont retourner une opinion publique. Mais je continue de croire que nous avions raison d&amp;rsquo;enfoncer un coin de la propagande, si minimes soient nos résultats. J&amp;rsquo;en veux beaucoup aux Occidentaux, qui n&amp;rsquo;ont rien fait ces dernières années pour aller écouter des discours différents à Belgrade. Depuis les accords de paix en Bosnie, on considérait Milosevic comme un interlocuteur, il ne fallait pas l&amp;rsquo;embêter chez lui. Jusqu&amp;rsquo;en 1997, le ministère des Affaires étrangères ouvrait ses banques de programmes audiovisuels à la télévision officielle serbe. Vous ne croyez pas qu&amp;rsquo;on aurait pu choisir d&amp;rsquo;autres partenaires ? »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Serge Gordey, ancien réalisateur de documentaires démocratiques et intercommunautaires sur les télévisions locales à Belgrade, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 14 avril 1999&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je me trouvais bien à ma place : je pensais, j&amp;rsquo;étais libre d&amp;rsquo;associer mes idées, a contrario de mes confrères du journal parlé, ou plutôt lu, qui rapportaient les faits avec le même degré de liberté de parole que les porte-voix qui annoncent la météo. Je me disais, pauvres acteurs, éternels interdits de séjour, ils ne sont présents que dans leurs mimiques et les temps morts de leurs ponctuations incantatoires. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Michel Steiner, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mainmorte&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pour le moment, en tout cas, l&amp;rsquo;humanité subit une réduction d&amp;rsquo;avenir et un licenciement du passé, cependant que les médias assaillent les gens d&amp;rsquo;un nombre sans précédent d&amp;rsquo;images, dont beaucoup sont des visages. Ces visages nous apostrophent sans cesse, suscitant l&amp;rsquo;envie, de nouveaux désirs, l&amp;rsquo;ambition ou parfois la pitié, jointe à un sentiment d&amp;rsquo;impuissance. De plus, toutes ces images de visages sont traitées et sélectionnées de manière à nous apostropher aussi bruyamment que possible, si bien que l&amp;rsquo;appel de l&amp;rsquo;un de ces visages supplante et élimine l&amp;rsquo;appel précédent. Et dire que ces êtres humains en viennent à dépendre de ce bruit impersonnel pour se prouver à eux-mêmes qu&amp;rsquo;ils sont en vie !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Imaginez alors ce qui se produit lorsqu&amp;rsquo;on se trouve en face du silence des portraits du Fayoum, qu&amp;rsquo;on s&amp;rsquo;arrête devant des images d&amp;rsquo;hommes et de femmes qui ne lancent aucun appel, qui ne demandent rien, mais qui déclarent qu&amp;rsquo;ils sont en vie et que toute personne qui les regarde l&amp;rsquo;est aussi ! Ces visages incarnent, dans toute leur fragilité, un respect de soi oublié. Ils confirment, envers et contre tout, que la vie était, et demeure, un don. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;John Berger, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1999/01/BERGER/11510.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Enigmatiques portraits du Fayoum&lt;/a&gt; »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, janvier 1999&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le virtuel est vieux comme le monde. C'est la chanson de Brassens : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je pense à Fernande, je bande&lt;/i&gt;&quot;... »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Michel Serres à 00h00.com&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Clichés, métaphores usées jusqu'à la corde, paresse d'écriture, sont des manifestations du délabrement de la langue. Il en résulte que l'esprit s'engourdit, et que la langue, comparable à la musique de fond d'un supermarché, amollit le cerveau et l'amène en douceur à l'acceptation passive d'idées et de sentiments qu'il n'a pas acceptés. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;George Orwell &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Politique et la Langue anglaise&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'un de mes rêves secrets, je l'avoue, serait de m'introduire un jour à la télévision, m'asseoir à la place du speaker et donner les nouvelles en grammelot [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;imitation, sans contenu, des sonorités d'une langue&lt;/i&gt;] pendant toute l'émission. Je parie que personne ne s'en apercevrait. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Dario Fo, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le gai savoir de l'acteur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Engranger l'insignifiant dans la mémoire des résignés. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le rôle des médias défini par Raoul Vaneigem, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous qui désirons sans fin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Mon &amp;oelig;il, c'est mon âme. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Joël Robine, photographe AFP, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt;, 13 novembre 1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je crois que c'est ça notre métier : c'est de faire compliqué. Moi je crois que le terme d'objectivité est un terme qui n'a aucun intérêt dans les débats sur le journalisme. Ce qui est important, c'est qu'avant de proposer une grille d'analyse et d'explications, ce que chacun d'entre nous peut et doit faire, il faut rentrer dans la complexité des choses. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Dominique Vidal, actes du colloque &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Être journaliste en Méditerranée&lt;/i&gt;, revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Méditerranéennes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un reportage sur l&amp;rsquo;Algérie ? Intitulé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vivre en Algérie&lt;/i&gt; ? Comment dire... On a beau y croire, ce qu&amp;rsquo;on entend une fois de plus, c&amp;rsquo;est Mourir en Algérie. On y va donc, mardi soir, à reculons. Il fait nuit, il pleut sur la France et on aimerait bien vivre. (...) Comme on ne connaît pas l&amp;rsquo;Algérie, le regard s&amp;rsquo;est enlisé depuis longtemps dans des images, toujours les mêmes, de témoins et de survivants des massacres, dans de gros plans sur miliciens, policiers, soldats en opération, dans des vues sur cadavres hypocritement effleurés par les focales. (...) Mais le c&amp;oelig;ur, le mauvais esprit, l&amp;rsquo;humour, où sont-ils donc passés ? Le regard du téléspectateur s&amp;rsquo;est perdu en Algérie comme ailleurs : on l&amp;rsquo;a noyé.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et soudain le documentaire de Rachid Nafir, réalisateur de retour au pays pour y filmer ses amis, restitue ce qui manquait : la vie -dans le désastre et la peur, certes, mais la vie tout de même, et par-dessus tout. A Annaba, il installe d&amp;rsquo;abord sa caméra devant une table, face à une ancienne militante féministe, ronde et comique. &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi as-tu choisi d&amp;rsquo;être filmée dans ta cuisine ?&lt;/i&gt;&quot; lui demande-t-il. &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ah ! C&amp;rsquo;est une longue histoire !&lt;/i&gt; dit-elle. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand il y a eu tous ces problèmes, on était très angoissés. Et quand je suis très angoissée, quand j&amp;rsquo;ai peur le soir qu&amp;rsquo;on vient me tuer, la seule chose que j&amp;rsquo;aie trouvée, c&amp;rsquo;est de faire une pizza à mes enfants.&lt;/i&gt;&quot; Devant elle, un bouquet de fleurs. Derrière, sa fille gourmande, qui grignote debout. &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, la pizza, je prenais tout mon temps, je la faisais avec un tel amour que mon angoisse partait. Et je les ai gavés de pizzas, mes enfants !&lt;/i&gt;&quot; (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle raconte ça avec bonheur, sur un ton de fantaisie. Quelques minutes plus tôt, sur TF1, on a vu déjeuner deux ouvriers des chantiers du Havre. Il y avait, sur la table, une bouteille de Valstar, le mauvais jambon, le pain et les paroles d&amp;rsquo;angoisse. Il y avait ces gros plans sur les visages aux yeux rougis d&amp;rsquo;inquiétude, et l&amp;rsquo;on sentait que la caméra ne leur faisait pas de cadeau, à ces deux-là, qu&amp;rsquo;elle les empaillait dans leur apparence, en archétypes dévitalisés de victime prolétarienne. La femme d&amp;rsquo;Annaba, elle, rit et fleurit sur ses douleurs : &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Par la suite&lt;/i&gt;, conclut-elle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;j&amp;rsquo;ai remplacé la pizza par la confiture. Pourquoi la confiture ? Parce que la confiture, ça se conserve. Comme ça, je pourrai peut-être rester en vie.&lt;/i&gt;&quot; Les personnes interrogées sont ainsi : tout en actes et en dérision. Ce reportage leur rend à tous une énergie que tant d&amp;rsquo;images leur avaient retirée. »
&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Philippe Lançon, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Pizza et confiture »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après coup&lt;/i&gt;, chronique télévisuelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 29 octobre 1998&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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