Périphéries

Fortune médiatique des Ni putes ni soumises
et des filles voilées

Aïcha et les « gros tas »

30 octobre 2003

« Je n’ai rien à attendre de ma famille, poursuivit-elle
avec une colère rentrée. Non seulement ils sont pauvres, mais en plus
ils sont cons. Il y a deux ans, mon père a fait le pèlerinage de La Mecque ;
depuis, il n’y a plus rien à en tirer. Mes frères, c’est encore pire :
ils s’entretiennent mutuellement dans leur connerie,
ils se bourrent la gueule au pastis tout en se prétendant les dépositaires
de la vraie foi, et ils se permettent de me traiter de salope
parce que j’ai envie de travailler plutôt que d’épouser un connard dans leur genre.
- C’est vrai, dans l’ensemble, les musulmans c’est pas terrible...
émis-je avec embarras. »
Michel Houellebecq, Plateforme

Comme à peu près tout ce qui nous arrive, c’était déjà dans Plateforme. En tant qu’écrivain, Michel Houellebecq stupéfie par son indigence, mais en tant que baromètre des obsessions majoritaires, il se défend. On le sait, il voue aux gémonies les musulmans ; il invective aussi les femmes voilées (des « gros tas », estime-t-il, avec cette subtilité de langage qui le caractérise). La seule par qui son héros se laisse attendrir, c’est Aïcha, la beurette en lutte contre son père et ses frères, des bouseux obscurantistes. Or, récemment, ces deux catégories de femmes ont suscité autant d’émotion les unes que les autres : ce sont respectivement les filles voilées, ces ingrates, et les Ni putes ni soumises, unanimement célébrées. Ces dernières défendent une cause juste et urgente ; mais elles n’ont peut-être pas assez pris garde aux risques d’une récupération qui, en attribuant la violence sexiste à une culture et en confortant les stéréotypes racistes, desservirait, à terme, jusqu’à leur propre combat. Quant au débat sur le voile, habilement relancé en avril par Nicolas Sarkozy, il a d’ores et déjà, en libérant tous les démons, causé des dégâts épouvantables. Ce climat d’hostilité envers la culture arabo-musulmane ne peut que priver les descendants d’immigrés de la latitude dont ils auraient besoin pour exercer tranquillement leur droit d’inventaire vis-à-vis de leur héritage : il les pousse à en adopter, par réaction, les attributs les plus caricaturaux. Ou comment les laïcards enragés (même si parler de laïcité dans cette histoire est une vaste blague) provoquent eux-mêmes ce qu’ils prétendent prévenir.

On a déjà expliqué ici pourquoi ce qu’écrit Michel Houellebecq ne saurait, à nos yeux, entrer dans la catégorie de littérature. Ses livres présentent cependant l’avantage de fournir des raccourcis ou des traductions crues, et souvent avec une longueur d’avance, de ce qui, ailleurs dans le grand café du commerce médiatique, se dit plutôt à mots couverts, ou n’est que sous-jacent. La sympathie que le narrateur, dans ce passage de Plateforme, exprime envers Aïcha (« intellectuellement, je parvenais à éprouver une certaine attraction pour le vagin des musulmanes », ajoute-t-il élégamment), alors que par ailleurs il ne rate pas une occasion de se répandre en invectives contre les musulmans, est ainsi révélatrice d’une conviction qui sourd de partout dans les débats actuels : chez les musulmans (ou chez ceux qu’on choisit de désigner comme tels), tous obscurantistes et violents, comme chacun sait, les seules dignes d’être sauvées, les seules récupérables, ce sont les femmes. Certes, semble-t-on dire, il existe un fossé entre les sociétés civilisées, c’est-à-dire celles dominées historiquement par le christianisme et le judaïsme, et les sociétés barbares dominées par l’islam (Houellebecq affirmait dans Lire que l’islam est « la religion la plus con » et qu’on est « effondré » en lisant le Coran, alors que « la Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire, ce qui peut excuser beaucoup de choses »), mais les femmes musulmanes, par dérogation exceptionnelle, méritent d’être gardées du bon côté de la barrière.

On suppose que, comme toutes les créatures instinctives et vulnérables (les enfants, les animaux...), les femmes savent en général reconnaître les gentils des méchants. A condition naturellement que ces derniers ne les aient pas déjà gagnées à leur influence néfaste : il faut donc qu’elles en donnent des gages et se montrent dignes de la faveur qu’on leur accorde. Les ingrates qui se voilent, par exemple, ne peuvent plus y prétendre. Dans une diatribe islamophobe que Houellebecq choisit lâchement de mettre dans la bouche d’un personnage musulman, les femmes voilées sont d’ailleurs qualifiées de « gros tas de graisse informes qui se dissimulent sous des torchons » (toujours cette agressivité bilieuse, haineuse, qui fait de la lecture de Plateforme une épreuve, y compris pour qui ne fait pas partie des diverses catégories de population que l’auteur, après en avoir grossièrement tracé les contours, bombarde des clichés les plus imbéciles et les plus injurieux).

En mai dernier, un incident a parfaitement illustré ce théorème : la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a organisé à Paris un grand « rassemblement républicain », en s’associant au Grand Orient de France et à l’Union des étudiants juifs de France (UEJF). Il s’agissait pour elle de « montrer sa détermination à combattre le communautarisme » - que l’événement soit co-organisé par une association communautaire, ou du moins en l’absence d’associations d’autres confessions, semble n’être apparu à personne comme contradictoire. Tout le gratin de la droite et du Parti socialiste s’y pressait ; étaient également présents Alain Finkielkraut, SOS Racisme et les Ni putes, ni soumises. Et la journaliste de Libération (7 mai 2003) racontait cette scène : « Au fond du parvis, quatre jeunes filles et deux garçons sont restés debout, alignés sagement les uns à côté des autres. (...) Les filles portaient le voile et de longues robes. Elles sont venues sans pancarte ni revendication apparente, défendre leur propre conception de la laïcité, qui est, selon l’une d’elles, “la liberté de faire coexister les religions les unes à côté des autres”. Les CRS, sortis des cars stationnés dans les rues voisines, ont discrètement écarté le petit groupe. » Le Monde (même jour) précisait : « Six jeunes musulmanes voilées ont brandi des drapeaux tricolores, avant d’être évacuées discrètement car une dizaine de jeunes militants juifs extrémistes commençaient à se faire menaçants. “On est venu pour casser du bougnoule”, avouaient-ils à un militant du mouvement pacifiste Shalom Archav. »

Comme la lutte contre l’antisémitisme,
la lutte contre le sexisme sert à certains
de bouclier pour affirmer en toute impunité
leur racisme anti-arabe

Récemment, dans la presse, les catégories houellebecquiennes des « Aïcha » et des « gros tas » ont fait couler autant d’encre les unes que les autres : les premières, ce sont les Ni putes ni soumises, dont la « marche » à travers la France a eu lieu au printemps dernier ; les secondes, les filles voilées, qui défraient (à nouveau) la chronique depuis six mois. Penchons-nous d’abord sur les Ni putes ni soumises : que les filles des cités luttent contre les machos, qu’elles réclament le droit de vivre leur vie, de s’habiller comme elles veulent, d’être autonomes et respectées, c’est une excellente chose - et pas non plus totalement nouvelle : des associations de femmes des quartiers existent depuis longtemps, comme Africa, créée à la Courneuve en 1987. Mais le contexte actuel devrait pousser à un très grand souci de clarté dans ce combat. Comme la lutte contre l’antisémitisme, qui sert à certains de bouclier pour affirmer en toute impunité leur racisme anti-arabe, la lutte contre le sexisme fait l’objet de récupérations douteuses. Au nom de justes causes, on accrédite ainsi l’idée que les jeunes d’origine maghrébine seraient tous violents, antisémites et misogynes... Ce qui, on l’avouera, est le meilleur moyen de faire en sorte que ceux qui, parmi eux, ne le sont pas - et qui n’intéressent guère les médias - le deviennent. On peut même se demander si le tabac qu’ont fait les Ni putes ni soumises ne tenait pas, plus ou moins consciemment, au fait que le mouvement collait parfaitement avec cette représentation - et, pour certains, offrait la possibilité de la conforter.

Or qui peut croire qu’il soit dans l’intérêt des filles des quartiers de contribuer à la diabolisation de leurs frères et de leurs copains ? Qui peut croire que cela va faire avancer leur cause ? A notre sens, elles devraient au contraire veiller avec la plus grande vigilance à ce que ça ne soit pas le cas. Mais on en est loin. Lorsqu’on l’avait rencontrée, avant le début de la marche, Fadela Amara, la présidente du mouvement, nous disait pourtant : « Là où les hommes souffrent, les femmes trinquent. Le déclin de leurs libertés a coïncidé avec l’apparition du chômage de masse, qui a frappé de plein fouet les habitants des banlieues dans les années 90. Parler des femmes, c’est parler d’emploi, d’intégration, de politique de la ville... Et, du coup, mettre en place des processus d’émancipation pour elles, c’est travailler à l’émancipation de tous les habitants des quartiers. » Ou encore : « Notre propos n’est pas de montrer du doigt un père, un frère, ou les mecs des quartiers en général. Ils ne naissent pas loups : ils le deviennent. Sans compter que les problèmes sont toujours causés par une minorité ultra-violente qui prend tout le monde en otage. » Mais cette partie-là de son discours - peut-être parce que ce n’est pas celle qu’on a choisi de retenir - s’est perdue en cours de route. Si elle affirmait au début « s’opposer à la dérive sécuritaire de Nicolas Sarkozy » (L’Humanité, 27 novembre 2002), elle a par la suite, pendant la marche, accepté et même sollicité le soutien du ministre de l’Intérieur. Récemment, Elle (29 septembre 2003) rapportait qu’elle « ne se privait pas de lui rendre hommage » : « Je le respecte, car il a tenu ses promesses comme celle de faciliter l’intégration des femmes immigrées, mariées de force à un conjoint français d’origine étrangère, et donc expulsables si elles divorcent. » Ça ne s’appellerait pas « diviser pour mieux régner », ça ?

Fadela Amara a aussi proposé elle-même à Jean-Louis Debré de tapisser les grilles du Palais-Bourbon de photos géantes de beurettes en bonnet phrygien. Les clichés des marcheuses posant tout sourire aux côtés du président de l’Assemblée nationale offrent une illustration saisissante de ce message qu’on croit déceler partout : les femmes d’origine maghrébine, oui, on en veut bien, mais pas les hommes - pour eux : rien que la répression. Pour un politicien, jouer au matamore impitoyable face aux hommes d’origine immigrée et tendre galamment la main à leurs femmes (beaucoup plus photogéniques qu’eux, qui plus est), c’est sans doute tout bénéfice en termes d’image. Mais, à long terme, il n’est pas sûr que celles qui se prêtent au jeu s’y retrouvent.

Nicolas Sarkozy à Malek Boutih :
« Je ne résiste pas au plaisir
d’apaiser les inquiétudes
d’un haut responsable socialiste,
s’il trouve que je n’en fais pas assez
pour la sécurité
 »...

Par ailleurs, Ni putes ni soumises est issu de la Fédération nationale des maisons des potes, c’est-à-dire, en gros, de SOS Racisme ; SOS Racisme dont l’ancien président, Malek Boutih, qui a apporté son soutien actif au mouvement, s’est distingué par son discours pour le moins musclé justifiant la politique sécuritaire. Il dénonçait par exemple dans une interview au Monde (13 juin 2002) « les barbares des cités », « cinq mille gangsters [qui] terrorisent les quartiers, violent les filles en tournantes, cament leurs petits frères jusqu’à l’os, s’équipent en armes de guerre et tiennent chambres de torture dans les caves ». Il martelait : « Il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité. » Ce qui supposait, estimait-il, de « remettre la police au boulot » : « Le plus grand nombre de bavures n’est plus son fait, c’est la racaille qui tue le plus dans les cités. » Une comptabilité inepte qui ne pouvait aboutir qu’à dédouaner la violence policière. Le Monde le qualifiait alors de « dynamiteur de tabous » (effrayant comme, depuis quelque temps, quand quelqu’un annonce qu’il va parler « courageusement » ou « sans tabous », il y a toujours lieu de s’attendre au pire...) et d’« éradicateur d’idées reçues » (idées reçues de gauche s’entend, parce que les idées reçues de droite, elles, se portent bien, merci pour elles).

Fin août, son nouveau statut de responsable socialiste n’a pas empêché Malek Boutih d’aller débattre avec Nicolas Sarkozy, dont il est lui aussi un grand admirateur, dans un lieu choisi : l’université d’été du Medef, le syndicat patronal. Comme il s’inquiétait (à juste titre, par ailleurs !) de voir les intégristes prendre trop de place dans le Conseil français du culte musulman créé par le ministre de l’Intérieur, celui-ci s’est fendu de cette réplique cruellement ironique (rapportée par Libération, 29 août 2003) : « Je ne résiste pas au plaisir d’apaiser les inquiétudes d’un haut responsable socialiste, s’il trouve que je n’en fais pas assez pour la sécurité... » Dans un portrait que lui consacrait Libération (12 août 2003), la journaliste expliquait que Boutih avait « pigé le règlement intérieur de la politique, écrit par et pour la télé ». Et le citait : « Qui a marché ces dernières années ? Le Pen et Tapie. Je l’assume totalement. Sinon, on ne va parler qu’à une couche sociale intégrée culturellement. Si on veut parler à la France des HLM, faut faire comme ça. Et ça m’arrange, c’est plutôt mon style. » Tu m’étonnes. Tout ça rappellera furieusement quelque chose à ceux qui ont vu récemment sur Arte, la chaîne des gens intégrés culturellement, Les années Tony Blair, le film de Peter Kosminsky retraçant la métamorphose du Labour britannique. Un conseiller en communication en campagne y expliquait notamment comment « vendre » un candidat travailliste « à des misérables lisant le Sun et le Mail ». Inutile de préciser que le toilettage ne se limitait pas vraiment à des questions de forme, et que c’était aussi la raison d’être du Labour et l’honneur de ses militants qui passaient par-dessus bord dans l’opération. Malek Boutih est le parfait représentant de cette gauche française qui court après la droite, laquelle court elle-même après l’extrême droite : au final, qui tirera les marrons du feu, d’après vous ?... Mais je m’égare.

« Ce qui ne va pas, c’est l’amalgame
entre jeunes des quartiers et violeurs.
Déjà qu’on a l’étiquette du délinquant,
ça va quoi, on n’en peut plus !
 »

Faut-il absolument que la défense des droits des femmes dans les cités aille de pair avec le fait de cautionner ou d’encourager la répression à tout crin dont sont victimes les garçons ? La question n’a malheureusement jamais été posée aux Ni putes ni soumises. Ou presque jamais. A Asnières, quelques jeunes hommes ont accueilli les marcheuses avec des pancartes qui clamaient : « Ni machos ni proxos ». Libération (6 mars 2003) rapportait leurs protestations : « Je ne veux pas être mis dans le même sac que deux ou trois connards qui foutent la merde. La banlieue n’a pas le monopole du sexisme. » Ou : « Ce qui ne va pas, c’est l’amalgame entre jeunes des quartiers et violeurs. Déjà qu’on a l’étiquette du délinquant, ça va quoi, on n’en peut plus ! » Une fille disait : « Vous avez raison de faire ce que vous faites, mais vous donnez une image des gars trop difficile. C’est vrai qu’on est des victimes, mais tous les mecs ne font pas ça. » La journaliste semblait cependant considérer qu’il n’y avait là rien d’autre qu’un refus de regarder la réalité en face - l’article était d’ailleurs titré « Ni putes, ni soumises, ni comprises » (1).

Le mouvement Ni putes ni soumises a bel et bien donné l’illusion que la banlieue avait « le monopole du sexisme ». Il a fallu la mort de Marie Trintignant, cet été, pour qu’on se rappelle dans un sursaut que la violence contre les femmes traverse toute la société, indépendamment des classes ou des origines. Quelques exemples en guise de piqûre de rappel : en mars 2002, les journalistes Katie Breen et Catherine Durand avaient dressé dans Métro, boulot, machos (Plon) un état des lieux édifiant du sexisme au travail. Il y avait cette femme à qui son patron tendait une liasse de billets : « Qu’est-ce que tu fais pour ce prix-là ? », ou cette autre à qui un supérieur hiérarchique martelait : « D’accord, tu es à égalité avec tes camarades, mais n’oublie pas que tu es d’abord une paire de seins et de fesses et que c’est principalement pour cela qu’on te met sur une mission. » Par ailleurs, en octobre 2002, des militantes de l’association de chômeurs Apeis, qui vendaient leur journal dans le cortège de la manifestation des salariés d’EDF, s’étaient entendu lancer des amabilités du genre : « Je t’achète ton canard si tu suces », ou : « Avec la paire de nibards que tu as, tu devrais quand même trouver des gosses à garder ». « Une jeune copine qui faisait sa première manif a éclaté en sanglots, s’indignait Malika Zediri, la présidente de l’association, dans une lettre ouverte envoyée par la suite aux centrales syndicales. Quelle différence entre ce que nous avons entendu pendant cette manif et le jeune qui entreprend dans les mêmes termes les nanas au bas de sa cage d’escalier ? »

Certains jeunes peuvent invoquer l’islam
pour justifier leur machisme.
Mais on n’est pas obligé de les croire !

Effectivement, parmi tous ces gros cons, aucun, semble-t-il, n’était « d’origine maghrébine ». Il y a un grand danger à laisser penser que la violence sexiste pourrait être corrélative à une origine culturelle ou à une religion - alors qu’elle les traverse toutes. Ce danger, le mouvement Ni putes ni soumises n’a pas su le prévenir. Pourtant, dans l’interview qu’elle nous avait donnée, Fadela Amara le disait clairement : « Ce qu’il faut avant tout, c’est casser les ghettos. C’est le ghetto qui porte en lui tous les germes de violence, qui fausse les relations entre hommes et femmes en instaurant la loi du plus fort. On a parqué des populations de mêmes origines, de même condition sociale, dans un habitat qu’on a laissé se dégrader. Il s’y développe une névrose généralisée, à laquelle se greffent une misère sexuelle, une misère culturelle... Cet environnement conditionne les jeunes et les pousse à commettre des actes qui sont des crimes. Rétablir la mixité sociale, ce serait déjà résoudre la moitié du problème. » Au lieu de ça, on a vu s’affermir la conviction plus ou moins sournoise que, si certains jeunes hommes des cités étaient violents, et en particulier violents envers les femmes, c’était à cause de leur culture, de leur religion.

Evidemment, certains d’entre eux, encouragés ou non par des prédicateurs intégristes, peuvent invoquer l’islam pour justifier leur machisme. Mais on n’est pas obligé de les croire ! Si on les croit, on va croire aussi que c’est en luttant contre l’islam qu’on libérera les femmes, ce qui est une tragique erreur (mais présente l’avantage d’être bien plus facile et plus démagogique que de casser les ghettos, évidemment). Or ce n’est pas l’islam qui est en cause ! La religion ne jouerait aucun rôle s’il n’y avait pas ce terreau social-là. Toujours considérées comme impures, coupables d’inciter au péché de chair, les femmes ne sont particulièrement à la fête dans aucune religion. N’importe laquelle, et pas seulement l’islam, peut devenir un instrument d’oppression contre elles, pourvu que les conditions sociales s’y prêtent : la misère culturelle et sexuelle dont parle Fadela Amara, la misère tout court, la soif de pouvoir des intégristes, et/ou le sentiment que la communauté à laquelle on appartient est une citadelle assiégée, avec la crispation identitaire que cela induit... Toutes ces conditions-là sont réunies dans les cités - les catholiques et les juifs intégristes, eux, se contentent le plus souvent des deux dernières. Quand le niveau économique est correct, que la mixité sociale est assurée, qu’aucune menace - réelle ou fantasmatique - ne pèse, les religions sont tenues en respect et prennent leur forme la plus inoffensive, rentrant d’elles-mêmes à la niche. (Vous me direz, en ce moment, ce n’est pas souvent. Certes. Mais ça n’empêche pas que la religion est un faux problème.)

Les valeurs ne sont pas inhérentes
à la culture

Prétendre qu’il en va autrement, que l’islam est intrinsèquement, plus qu’une autre religion, porteur de violence ou de misogynie, revient à en faire une essence figée dans laquelle on enferme des populations entières, indépendamment des individualités, des conditions sociales, historiques... Cela s’appelle l’islamophobie, et c’est une forme de racisme qui, en désignant une communauté comme maléfique en tant que telle, cautionne les pires dérives. C’est la position, par exemple, de Claude Imbert, directeur du magazine Le Point, qui déclarait sur la chaîne LCI, le 24 octobre 2003 : « Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire. L’islam - je dis bien l’islam, je ne parle même pas des islamistes - en tant que religion apporte une débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme, et en plus un souci de supplanter la loi des Etats par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe. » On attend maintenant la ferme condamnation de son chroniqueur Bernard-Henri Lévy, si prompt à requérir contre Tariq Ramadan, pour des propos d’une virulence bien moindre (quoique également très douteux, il est vrai)...

D’une manière générale, il semblerait qu’on ait beaucoup trop tendance à confondre les cultures et les valeurs. Un jour, posant à la flamboyante écrivaine irakienne Alia Mamdouh (2) cette question, « y a-t-il des éléments de la culture occidentale qui vous sont utiles, par exemple dans votre lutte pour les droits de la femme ? », je m’étais attiré cette réponse, que j’avais bien cherchée : « Ni l’Occident, ni l’Orient n’ont inventé la vérité, dès lors pourquoi veut-on que moi l’Irakienne, dont le pays est livré au massacre et à la destruction, j’aie confiance dans l’Occidental, l’Américain, et que j’accepte qu’il détienne seul la vérité dans le monde et l’univers, alors qu’il ne fait pas un pas vers ma culture, mon existence, ma langue ? » Et c’est vrai, après tout : en quoi la lutte pour les droits de la femme est-elle un « élément de la culture occidentale » ? L’Occident en général et la France en particulier ont en effet connu des avancées politiques qui ont constitué des progrès immenses et infiniment précieux pour leurs ressortissants - des progrès de civilisation ; on peut en citer pêle-mêle de très divers : abolition de la monarchie, déclaration des droits de l’homme et du citoyen, séparation de l’Eglise et de l’Etat, abolition de la peine de mort, légalisation de l’avortement... Mais le fait même qu’il y ait eu des situations antérieures à tous ces bouleversements montre bien que ce n’est pas de culture qu’il s’agit - puisque la culture, elle, était déjà là !

Là non plus, les rodomontades d’une société qui, accusée par d’autres d’être arriérée, brandit en réaction sa culture, grossièrement résumée à sa religion dominante, ne doivent pas faire illusion : ce n’est pas de religion qu’il s’agit. L’oppression des femmes, par exemple, peut sembler à première vue en adéquation avec des principes religieux ; mais le seul fait que l’adéquation ne soit pas complète suffit à prouver que ce n’est pas le cas : dans les pays musulmans où on pratique l’excision, comme l’Egypte, les chrétiens la pratiquent aussi, alors que par ailleurs, en Arabie saoudite, autre pays musulman, on n’excise pas ; il ne s’agit donc pas d’une pratique religieuse. Les libertés individuelles qu’une société accorde ou non à ses membres, le degré de civilisation auquel elle parvient, ne dépendent pas de sa culture. Il serait sans doute plus juste de dire que dans toutes les cultures, à toutes les époques, des progressistes et des rétrogrades s’affrontent, avec des moments décisifs où le rapport de forces bascule dans un sens ou dans l’autre, où des acquis se perdent, se créent, se renforcent, s’affaiblissent... Les raisons pour lesquelles ce sont tantôt les uns, tantôt les autres qui ont l’avantage sont innombrables et, peut-être, inextricables.

On a de plus en plus de mal à entendre
dans le mot « République »
autre chose qu’un nom de code
pour « la France moins les Arabes »

Le problème, c’est qu’en Occident, on a tôt fait d’essentialiser la liberté ou la démocratie, d’en faire un apanage qui serait quasiment inscrit dans nos gènes - et, symétriquement, du manque de liberté ou de démocratie, une tare qui serait inscrite dans les gènes des autres. Ainsi, aujourd’hui, les Occidentaux qui font du manque de démocratie dans les pays arabes une sorte de handicap congénital insultent tous ceux qui, dans ces pays-là, se battent pour la démocratie ; ils leur coupent l’herbe sous les pieds. Non seulement ils les effacent du paysage, mais, en s’appropriant la démocratie, ils laissent entendre que ces hommes et ces femmes lutteraient pour des « valeurs occidentales » : le pouvoir auquel ils s’opposent aura alors un argument tout trouvé pour les discréditer aux yeux de la population, en les présentant comme des agents de l’étranger (on a déjà eu l’occasion souvent de citer à ce propos les analyses indispensables de Sophie Bessis dans L’Occident et les autres).

Les Français ont quelques raisons d’être fiers de leur histoire. Mais ils s’exposent peut-être à ne plus en avoir autant, s’ils ne se méfient pas de leur tendance à défendre la liberté, la démocratie, l’égalité des sexes, comme leur apanage propre, comme des particularismes culturels, et non comme des valeurs réellement universelles, potentiellement appropriables par chacun, selon des modalités diverses. Une phrase d’Eric Conan dans son article de L’Express (30 octobre 2003) consacré au livre de Chahdortt Djavann Bas les voiles ! est très révélatrice de cette logique : « Il est aussi inquiétant qu’émouvant de constater que cette Française très récente, d’origine iranienne, exprime et défend mieux les valeurs de liberté et d’égalité que certains dignitaires de l’académisme universitaire. » Comme si « défendre les valeurs de liberté et d’égalité » était immanent à la nationalité française... On sent bien, aujourd’hui, à la manière dont certains brandissent la laïcité, la République, etc., qu’ils le font comme on défend son identité face à un envahisseur, et c’est là quelque chose de redoutablement excluant : on a de plus en plus de mal à entendre dans le mot « République » autre chose qu’un nom de code pour « la France moins les Arabes ». Il découle de cette autosatisfaction un stupéfiant manque de curiosité pour les autres cultures, considérées uniquement - en dehors d’un peu de folklore sympathique - comme d’affligeantes arriérations : personne n’imagine que, quand on vient d’ailleurs, on puisse désirer autre chose que l’assimilation complète au mode de vie « gaulois » (un seul exemple : a-t-on jamais vu des enfants d’immigrés encouragés à apprendre la langue de leurs parents, à la considérer comme une richesse ?). Dans un inénarrable papier pour Paris-Match (23 octobre 2003), l’Académicien Jean-Marie Rouart craint qu’une mesure d’exclusion des jeunes filles voilées « leur ôte toute chance de réinsertion dans le mode de vie occidental ». « Réinsertion », rien que ça...!

Jean Daniel :
« L’anticolonialisme nous a conduits
au culte de la différence tolérée.
Le civisme républicain doit exiger
la recherche de la ressemblance.
 »
Eh bien, bonne chance !

Les immigrés qui, à l’inverse, manifestent haut et fort leur désir d’assimilation totale et leur amour de la culture française classique, que ce soit les Chinois vénérant Balzac (de toute façon, ils n’ont pas d’écrivains, en Chine, c’est bien connu), les intellectuels algériens se réclamant de Voltaire ou aujourd’hui Chahdortt Djavann, s’assurent un vif succès, et gagnent immédiatement leur ticket pour une émission de Bernard Pivot. On peut partager à cet égard la perplexité de Y.B., qui nous disait il y a quelques années : « Tu vas aller vers autrui pour montrer que tu n’es pas autre que lui... Qu’est-ce que ça veut dire ? En quoi tu fais avancer le schmilblick, en disant que tu te revendiques de Diderot et de Voltaire, que tu vis dans un pays où il n’y a que des barbares sauf toi et qu’ils veulent tous t’égorger ?... » En revanche, on voit bien que face à un cas comme celui d’Alma et Lila Lévy, les deux lycéennes voilées d’Aubervilliers, l’opinion est décontenancée : par leur père, elles sont françaises depuis plusieurs générations ; mais, comme leur mère est algérienne, le jour où elles ont eu envie de se bricoler une religion, elles se sont tournées vers l’islam. Ce qui semble susciter une certaine surprise : si on retient qu’elles sont françaises, on juge anormal qu’elles portent le voile, puisqu’une Française, dans l’idée qu’on s’en fait, ce n’est pas ça ; et si on retient qu’elles ont des origines étrangères, on a du mal à se persuader qu’elles sont vraiment françaises. Qu’elles puissent à la fois être françaises et revendiquer leur culture d’origine, on dirait que ça dépasse tout le monde.

Des propositions comme celle visant à réintroduire l’uniforme à l’école traduisent bien cette peur panique de voir évoluer le contenu de la nationalité française. On veut à toute force qu’un Français, ça continue à ressembler à ce à quoi ça ressemblait jusqu’à hier, et même, si possible, jusqu’à avant-hier. (Sans vouloir relancer inconsidérément une polémique sanglante, on se dit d’ailleurs qu’il y avait peut-être bien, dans le succès d’Amélie Poulain, l’expression de ce fantasme nostalgique : des Français bien franchouillards, un Arabe dont on s’aperçoit à peine qu’il est arabe...) Quand Jacques Julliard écrit par exemple, à propos du voile, que « la sociologie compassionnelle (...) est devenue à force de tolérance l’agent de la pénétration de l’intolérance dans le corps social français » (Le Nouvel Observateur, 16 septembre 2003), il use d’un vocabulaire qui laisse rêveur. Dans le même journal, sous le titre « Têtes nues » (24 avril 2003), Jean Daniel allait jusqu’à asséner : « L’anticolonialisme nous a conduits au culte de la différence tolérée. Le civisme républicain doit exiger la recherche de la ressemblance. » Eh bien, bonne chance (3) !... Quant au porte-parole de l’UMP, François Baroin, auteur d’un rapport sur la laïcité, il clame : « C’est l’identité nationale qui est en jeu » (Le Nouvel Observateur, 3 juillet 2003), ne craignant pas d’affirmer : « A un moment donné, il faut avoir le courage de dire que les droits de l’homme et la laïcité peuvent être contradictoires. » (Quand on vous disait qu’il faut se méfier de ceux qui vous annoncent des déclarations « courageuses »...)

Deux crispations identitaires
s’alimentant mutuellement
en une calamiteuse escalade

Et pourtant... Il va falloir s’y faire, car c’est ainsi : les barbares sont bien récalcitrants. Ils s’obstinent à conserver des éléments de leur héritage culturel propre, à refuser de les gommer. D’accord, me direz-vous, mais le voile, ce n’est pas un élément culturel comme un autre ! C’est un élément religieux, et même le signe d’une interprétation rigoriste de la religion, puisque beaucoup de musulmanes croyantes et pratiquantes ne le portent pas ! Oui, d’accord. Mais le problème, c’est que, plus on pousse les descendants d’immigrés à s’assimiler intégralement, plus on manifeste de mépris ou d’hostilité vis-à-vis de leur culture d’origine, et plus on les pousse à surenchérir, à réagir radicalement. Plus on les enferme dans un préjugé, et plus on les pousse à le revendiquer, à le renverser positivement. Le politologue Vincent Geisser, observant qu’« il y a dix ans, un jeune ne se serait jamais dit musulman », déclare (Libération, 27 octobre 2003) : « Je fais l’hypothèse d’une convergence entre le discours public qui fait que ces jeunes sont perçus comme musulmans indépendamment de leur pratique, et la montée chez eux d’une religiosité nouvelle. » L’historien Marc Ferro, lui aussi, estime que les regards extérieurs sont en train de « réislamiser » les populations d’ascendance musulmane. Dans un climat aussi hystérique et tendu que le climat actuel, on ne peut que voir se renforcer ce sentiment, évoqué plus haut, de la communauté comme d’une citadelle assiégée : dans un contexte où se multiplient, comme en ce moment, les manifestations de défi et d’hostilité vis-à-vis de ceux qu’on englobe dans la dénomination de « musulmans », comment veut-on que les enfants d’immigrés puissent opérer tranquillement leur bricolage identitaire, adopter ce qui leur plaît à la fois dans la culture française et dans leur culture d’origine, sans avoir l’impression de renier leurs origines, leur famille, de se renier eux-mêmes ? En leur mettant cette pression phénoménale, on les prive de la marge de manœuvre qui seule leur permettrait d’exercer leur esprit critique et d’user de leur « droit d’inventaire » vis-à-vis de leur héritage. On les pousse à en revendiquer indistinctement les éléments les plus caricaturaux, les plus archaïques ; on les condamne à n’exister que sur un mode réactif. Deux crispations identitaires s’alimentant mutuellement en une calamiteuse escalade : ne peut-on vraiment pas envisager d’autre possibilité ?

Car, évidemment, c’est un cercle vicieux : la différence fait peur, alors on hurle au loup ; et plus on hurle au loup, plus on suscite un sentiment d’agression qui radicalise encore la différence - donnant aux loups toujours plus de raisons de hurler, et ainsi de suite... Il ne fait aucun doute que le débat sur le voile, relancé il y a bientôt sept mois, a d’ores et déjà causé des dégâts considérables : il a libéré tous les vieux démons. Il n’est pas étranger au coming out islamophobe d’un Claude Imbert, par exemple. Il y a aussi eu cette déclaration pour le moins malheureuse de Xavier Darcos, ministre délégué à l’enseignement scolaire : « Quand on n’aime pas la République, on va ailleurs » (les filles voilées sont pourtant chez elles autant que lui !). On a eu droit à toutes les outrances : Libération (27 avril 2003) a publié la lettre d’une lectrice qui tempêtait contre la « vision la plus obscène de l’année » (elle ne doit pas regarder beaucoup la télévision) : une journaliste française rendant compte d’un pèlerinage religieux en Irak, la tête couverte d’un voile. « Comment ne pas interrompre cette diffusion ? Comment pouvez-vous insulter votre public féminin à ce point ?... » Puis, quelques mois plus tard (14 octobre 2003), la lettre d’un lecteur qui estime que ne pas exclure les filles voilées de l’école, ce serait « aller à Munich » : euh... Est-ce qu’on ne pourrait pas arrêter un peu les conneries ?...

Tous les pantins de Sarko !

Le mal est fait, et il serait dommage d’oublier à qui on le doit. On a déjà eu l’occasion de l’évoquer brièvement ici : qu’est-ce qui a relancé le débat sur le voile ? Une augmentation alarmante du nombre d’affaires dans les écoles, du nombre de foulards comptabilisés ? Non : la médiatrice de l’Education nationale, Hanifa Cherifi, nommée en 1994, avait recensé cette année-là 2000 cas litigieux. Elle les évalue aujourd’hui à 150 par an... Ce qui a relancé le débat, c’est l’intervention de Nicolas Sarkozy au congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), le 19 avril dernier, quand il a rappelé à l’assemblée l’obligation de poser sans voile sur les photos d’identité. Il n’y a apparemment pas qu’aux musulmanes qu’il faut le rappeler : le Canard Enchaîné a révélé quelques jours plus tard (7 mai 2003) qu’une religieuse catholique, « sœur Adalberta, mère supérieure de la Congrégation des sœurs carmélites de l’Enfant Jésus de Bornes-les-Mimosas (paroisse de Brégançon) », avait obtenu une dérogation spéciale pour pouvoir poser avec son voile, et ce, grâce à l’intervention expresse de Bernadette Chirac auprès des autorités préfectorales... Mais, bref. Toujours est-il que Nicolas Sarkozy - l’avait-il prévu, ou est-ce lui prêter trop de machiavélisme ? - s’est évidemment fait siffler. Et, quand les sauvages sifflent, comme au Stade de France lors du match France-Algérie, en octobre 2001, on sait ce qui se produit immanquablement : les commentateurs s’effarouchent, poussent des cris d’orfraie, y vont tous de leur numéro spécial sur le thème « peut-on vraiment vivre avec ces gens-là qui nous veulent tant de mal ? »...

Le ministre de l’Intérieur a ainsi relancé le débat ex nihilo, pour le seul plaisir semble-t-il de semer la zizanie (si la gauche était moins rétamée, on le soupçonnerait d’avoir voulu la diviser). Tous ceux qui, des mois après, débattent avec acharnement de cette question entre la poire et le fromage ou près de la machine à café, tous ceux qui produisent des tonnes de littérature sur le sujet (moi comprise, donc), tous doivent avoir bien conscience qu’ils sont, ce faisant, les pantins de Nicolas Sarkozy. Libération (10 mai 2003) relevait d’ailleurs : « Le bruyant retour de l’affaire du voile a au moins fait progresser une cause : celle de Nicolas Sarkozy. Sans jamais rejoindre ceux qui prônent l’interdiction par la loi, il a eu l’habileté de se faire siffler par des jeunes musulmanes voilées. S’il ne fait pas avancer d’un pas la laïcité, ce geste aura sans doute eu le mérite de renforcer encore la popularité du ministre de l’Intérieur à droite et au-delà. » Confirmation dans la bouche de Fouad Immaraïne, porte-parole du Collectif des musulmans de France, interviewé par Politis (8 mai 2003) : « Pour l’UMP de Nicolas Sarkozy, le débat sur le foulard islamique, au-delà des préjugés culturels qu’il fait renaître, permet d’anticiper les discussions à venir lors des prochaines élections régionales. Nous avons affaire à un discours électoraliste. » Partis de rien, ces débats enragés et ravageurs ont cependant modifié la réalité en instaurant un climat détestable et en envenimant considérablement les rapports entre les gens.

Chahdortt Djavann comparant le voile
à l’excision nous rappelle Alain Finkielkraut
parlant de l’« année de cristal »
qu’on aurait vécue en France

Tous les discours alarmistes sur le sujet ont en commun de ne pas porter sur le voile en lui-même, mais sur ce qu’il est censé annoncer : l’invasion, la communautarisation, l’islamisation de la France... Comptabiliser le nombre de fois où on a vu revenir l’expression « ce serait la porte ouverte à... » serait épuisant. Mais ceux qui l’utilisent ne se rendent pas compte que c’est justement eux qui, par leurs démonstrations d’animosité, sont en train de provoquer ce qu’ils redoutent ! Pourquoi ne pas considérer le voile avec indifférence, ou au moins avec sérénité, au lieu de rameuter les caméras dès qu’on en aperçoit un ? Et ceux qui soupçonnent ces filles de se voiler pour créer une filière parallèle à la Star Ac’ et passer à la télé sont les mêmes que ceux qui braquent les projecteurs sur elles !

Pourquoi ne pas plutôt garder son calme, et prendre le parti de considérer le voile pour ce qu’il est, ici et maintenant : un morceau de tissu par lequel une jeune fille dissimule certaines parties de son corps ? Non, il n’est pas équivalent à l’excision, comme a pu l’affirmer Chahdortt Djavann (L’Humanité, 9 octobre 2003, et un peu partout ailleurs) : prétendre cela, c’est banaliser l’excision, qui est une mutilation physique, irréversible, qui traumatise les femmes, leur cause d’atroces souffrances et transforme leur vie sexuelle en enfer. Ces excès de langage si médiagéniques, ce goût irresponsable pour les discours apocalyptiques, qu’on s’autorise sans scrupules pour flatter l’opinion lorsqu’on sait le sujet consensuel, ne sont pas sans nous rappeler ceux d’Alain Finkielkraut, le voisin de collection de Chahdortt Djavann chez Gallimard, lorsqu’il parlait de l’« année de cristal » qu’on aurait vécue en France avec les incidents antisémites. Quant à Elisabeth Badinter, elle en vient semble-t-il à trouver la prostitution (qui relève, dit-elle, « du droit chèrement acquis à disposer librement de son corps ») moins préjudiciable pour les femmes que le port du voile... Comme le faisait remarquer l’association Mix-Cité (Le Monde, 17 mai 2003), elle reproche à ses consœurs féministes de considérer les prostituées comme appartenant « au camp des enfants et des aliénés » et de leur refuser la parole, mais elle-même la refuse aux filles voilées, qui, dit-elle, « n’ont jamais pris conscience de la signification de leur acte »... Porter des vêtements très couvrants serait donc plus dommageable que vendre son corps à n’importe qui ?! On croit rêver... Déjà, en octobre 2002, une féministe lyonnaise avait reproché à une femme voilée « de se faire la complice de la domination masculine, et donc des viols collectifs avec actes de barbarie » (Libération, 28 octobre 2002) : qu’est-ce que c’est que ce délire ? Est-ce qu’il ne serait pas temps d’arrêter un peu avec cet aveuglement dogmatique ?

En France, on n’oblige personne
à faire quelque chose qu’il ne souhaite pas faire,
ce qui est quand même l’essentiel, non ?

« Mais c’est une insulte à toutes celles qui, dans le monde, se battent pour l’enlever ! » entend-on partout. Dans Elle (22 septembre 2003), Chahdortt Djavann cite, comme pays-repoussoir, l’Irak, « où les femmes doivent se cacher par crainte des hommes », en oubliant d’en préciser la raison : comme l’occupant n’est pas foutu d’assurer la sécurité, les enlèvements et les viols, qui ne sont plus punis, se multiplient, comme cela se produirait n’importe où ailleurs dans une situation de chaos - ce qui pousse les femmes à se voiler massivement. L’Organisation pour la liberté des femmes en Irak estime que « depuis le début de la guerre, plus de quatre cents femmes ont été violées, enlevées et parfois vendues » (Libération, 4 septembre 2003). Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, pas vrai ? Quatre cents femmes, ce n’est pas cher payé pour accéder au nirvana de la démocratie ! Par ailleurs, l’argument péremptoire de Chahdortt Djavann selon lequel, ayant elle-même porté le voile pendant dix ans, elle « sait de quoi elle parle », est d’une portée singulièrement limitée : Marjane Satrapi, pour ne citer qu’elle, a elle aussi porté le voile en Iran, et raconte dans Persepolis 4 (l’Association) la résistance insolente et jubilatoire qu’elle opposait alors à la condition que faisait aux femmes le régime des mollahs. Elle demandait par exemple à un religieux, devant ses camarades des Beaux-Arts de Téhéran : « Comment se fait-il que moi, en tant que femme, je ne puisse rien éprouver en regardant ces messieurs moulés de partout mais qu’eux, en tant qu’hommes, puissent s’exciter sur mes cinq centimètres de cagoule en moins ? » Un autre jour, courant pour attraper le bus, elle se faisait arrêter par des agents de la police des mœurs, qui lui reprochaient les « mouvements impudiques de son derrière » quand elle courait... Excédée, elle leur criait dessus - si fort qu’ils en oubliaient de l’arrêter : « Eh bien vous n’avez qu’à pas regarder mon cul ! » Pour autant, vivant aujourd’hui elle aussi en France, elle est loin de tenir un discours aussi virulent que Chahdortt Djavann sur les jeunes Françaises voilées. Dans Le Monde (16 octobre 2003), elle dessinait deux personnages qui réfléchissaient à haute voix sur la question du voile et avouaient surtout leur perplexité. Après avoir fait observer que « la laïcité absolue n’existe pas » (on part en vacances à Noël, à Pâques, à la Toussaint...), ils ajoutaient : « Si c’est le choix des filles, il faut le respecter... Et si elles sont obligées, l’école sera leur seul espace de liberté ! »

On est en France, et le fait est qu’en France, le foulard n’est pas imposé par le pouvoir, ce qui fait une énorme différence : on n’oblige personne à faire quelque chose qu’il ne souhaite pas faire, ce qui est quand même l’essentiel, non ? Si une fille est forcée par ses parents à porter le voile, bien sûr qu’il faut l’aider à s’en libérer, en parlant avec la famille, en organisant des médiations... Mais l’immense majorité de celles qui le portent le font par choix. « On ne le porterait jamais dans un pays où c’est obligatoire ! » ont d’ailleurs assuré les facétieuses Alma et Lila Lévy à leur père (Libération, 22 septembre 2003). Respecter leur liberté, dans ce cas précis, c’est donc les laisser le porter, ou du moins accepter de discuter avec elles - mais de discuter vraiment. C’est tout, sauf faire preuve de cette fermeture d’esprit haineuse, comme si elles étaient des monstres ou des pestiférées, et non plus des adolescentes banales. Sur France-Culture, Miguel Benasayag rapportait un matin l’histoire d’une femme voilée qui, chassée d’un amphithéâtre de fac par un professeur, avait cherché à aller lui parler à la fin du cours, et s’était entendu répondre : « Je t’emmerde. » Dans Charlie Hebdo (3 mars 1999), lors de l’affaire de Flers, Cavanna, se prononçant en faveur de l’exclusion, écrivait : « Et tant pis pour les filles qui ont eu la malchance de naître chez des connards. » Une façon pour le moins originale de lutter pour l’égalité des sexes et le bien des femmes... Il s’attirait d’ailleurs cette réplique très énervée de Charb : « Ça, c’est viril ! Ça, c’est fort ! Ça, c’est du laïque républicain avec du poil au menton ! Sacrifier une poignée de gosses enfoulardées pour que la France demeure une terre de liberté, c’est un mal nécessaire ! Au nom de combien de “c’est un mal nécessaire” on a brisé la vie de gens ? Mais on s’en fout, c’est que des gens, il en poussera d’autres ! » Ou comment lutter contre la misogynie par la misogynie.

« Laïcité »,
le nouveau nom pour
« défense de la civilisation
judéo-chrétienne » ?

Il est surprenant que, dans cette histoire, on nous rebatte encore les oreilles avec la laïcité : de toute évidence, ce n’est pas de ça qu’il s’agit - sauf si, là encore, « laïcité » est le nouveau nom pour « défense de la civilisation judéo-chrétienne ». Ni la croix catholique ni la kippa n’ont jamais « indisposé » personne (pour reprendre le terme utilisé par des enseignants d’Aubervilliers), même si les faux-culs proposent maintenant de les interdire elles aussi à l’école, histoire de donner le change. Chez les juifs religieux, les enfants qui ne vont pas en classe le samedi n’ont jamais été exclus pour autant : personne ne voit ça comme les prémices du déclin de la France ! Non ; ce qui pose problème, c’est bien le statut de la femme que symbolise le voile. Cela dit, il y a quelques jours, Jean-Pierre Raffarin et son épouse, ainsi que Bernadette Chirac, ont assisté au Vatican à la béatification d’une petite vieille qui s’obstinait à porter un voile blanc bordé de bleu cachant absurdement ses oreilles, sans que quiconque ait l’idée pour autant de considérer que cela la réduisait à un « objet sexuel » et lui « ôtait le statut d’être humain », ni que cela indiquait qu’elle se « sentait coupable car elle pouvait susciter le désir sexuel chez l’homme » (Chahdortt Djavann dans Elle, 22 septembre 2003). Bon, d’accord, là nous parlons du « bon » voile, celui des vertueuses catholiques, porté par les seules religieuses... Mais, même porté par une musulmane, le voile, lorsqu’il est choisi, peut revêtir des significations très diverses. Ne pas voir l’être humain singulier sous le foulard, l’oblitérer par le stéréotype menaçant en quoi il transforme instantanément, à nos yeux, la femme qui le porte, est une tragique erreur.

Quand il s’agit d’adolescentes, on ne peut s’empêcher de se demander si la religion ne rencontre pas idéalement les tourments de la puberté : le rapport qu’entretient une adolescente avec ce corps de femme qui vient de lui tomber du ciel est rarement simple. Au collège, au lycée, y compris en dehors des banlieues chaudes, les regards des garçons comme des autres filles jaugent impitoyablement, favorisés par la promiscuité forcée des cours. Une élève peut parfaitement ressentir le besoin de soustraire autant que possible son corps aux regards. Elle portera alors des vêtements larges, sombres, s’attachera les cheveux, s’acharnera à gommer tout signe extérieur de féminité... Son entourage aura beau lui répéter qu’elle serait plus jolie en minijupe, c’est comme ça qu’elle se sent bien, et pas autrement. Le plus probable est que ça lui passera. La forcer à changer serait lui faire une violence : le droit de ne pas mettre en valeur sa féminité est aussi un droit de la femme. Bien sûr, le problème, c’est qu’un professeur interrogé par Le Monde (15 octobre 2003) constate que les garçons ont tendance à considérer les filles non voilées comme des « gibiers à drague ». Il a cette réflexion : « Si des élèves en sont venues à penser le foulard comme une protection, c’est que nous ne nous sommes pas donné les moyens d’imposer un comportement correct aux garçons. » C’est vrai. Et, du coup, une interdiction du voile n’aurait peut-être pas d’autre effet que de transformer toutes les filles en « gibiers à drague ». D’ailleurs, si on déplore, à juste titre, que des filles en viennent à se voiler à cause du comportement des garçons, les obliger à se dévoiler pour protéger leurs copines serait aussi les forcer à agir en fonction du comportement des garçons. Est-ce vraiment le voile le problème ? Ne faut-il pas plutôt réfléchir aux raisons de cette dégradation des rapports entre les sexes ?

Ce sont ceux qui crient au loup
qui l’introduisent dans la bergerie

Dernier argument répertorié : « Oui, mais elles sont manipulées ! » Peut-être, mais le plus souvent, c’est de très loin. Allez démêler les différentes influences plus ou moins subtiles, plus ou moins néfastes, que subit chacun d’entre nous et qui le conditionnent, même quand ça ne se traduit pas par le port d’un voile... On peut être voilée et opprimée, on peut ne pas être voilée et être opprimée, on peut être voilée et pas opprimée. Les associations islamistes, expliquait Vincent Geisser (au Nouvel Observateur, 9 octobre 2003), « n’ont malheureusement pas vraiment besoin de manipuler. Il existe aujourd’hui dans la jeunesse, et notamment dans la jeunesse musulmane, un retour d’une morale sexuelle puritaine. Et au lieu d’analyser sereinement ce néoconservatisme - qu’on peut voir aussi dans certaines communautés juives ou catholiques -, on se demande toujours : est-ce qu’ils sont dangereux ? » Alors que, en effet, il est assez peu probable que la gamine qui porte le voile « se mette à égorger son voisin de table au nom d’Allah tout-puissant », comme l’écrivait encore Charb. Alma et Lila Lévy, par exemple, n’ont été converties par personne, et se font leur petite cuisine personnelle chez elles, en touillant les ingrédients récoltés ici et là. Elles écoutaient bien des cassettes de Tariq Ramadan, mais elles l’ont rencontré pour la première fois... sur le plateau de Tout le monde en parle, l’émission de Thierry Ardisson sur France 2, le 18 octobre. « On était d’ailleurs étonnées qu’il soit si beau et qu’il ait une si petite barbe », confient-elles ingénument à Elle (27 octobre 2003). Les RG n’ont plus besoin de planquer pour surprendre les contacts des gamines avec leurs mentors secrets : il leur suffit de regarder Ardisson à la télé.

Qu’il y ait les islamistes en embuscade, on ne le nie certainement pas ! Mais justement : pour eux, cette polémique est pain bénit. Ce sont ceux qui crient au loup qui l’introduisent dans la bergerie. Quand une jeune fille a choisi de porter le voile sans subir d’influence directe, les problèmes qu’elle rencontre sont la première occasion pour les islamistes de l’approcher, pour la conseiller, la soutenir, lui donner des armes juridiques... Ils ont beau jeu, alors que se multiplient, à l’occasion du débat sur le voile, les vociférations les plus odieuses contre l’islam et les Arabes, de faire valoir aux garçons comme aux filles que cette société ne veut pas d’eux, qu’ils doivent se réfugier dans leur culture d’origine, revenir à leur religion... On pourrait légitimement attendre des autorités qu’elles soient bienveillantes envers les jeunes filles voilées et ne fassent aucune concession aux fondamentalistes. Nicolas Sarkozy a fait exactement le contraire : il a déclenché la curée contre les filles voilées et il a donné à une organisation comme l’UOIF une légitimité inespérée par la façon dont il a organisé le Conseil français du culte musulman (CFCM) ; cela, sous le prétexte un rien léger qu’ils sont « mieux dedans que dehors ».

Soheib Bencheikh :
« Ce Conseil n’est pas représentatif
de l’islam français, un islam
largement majoritaire, à l’aise
dans la laïcité. Par précipitation
ou par ignorance,
on a donné le pouvoir
à des courants obscurantistes
 »

On avait déjà vu, avec Esther Benbassa, que ce genre d’instance représentative comporte toujours des dangers, car il donne l’illusion d’une communauté homogène là où il n’y en a pas. Reprochant aux hommes politiques de céder au « mirage communautaire », elle nous disait en juillet 2002 : « Le risque est de n’organiser que les tendances les plus extrémistes de l’islam, et d’obtenir le même résultat que pour le judaïsme : une centralisation renforçant le pouvoir de notables qui se croient tout permis. La République donne aujourd’hui au Consistoire et au Crif [Conseil représentatif des institutions juives de France] un poids qui leur permet non seulement de parler au nom d’une communauté qu’ils représentent peu, mais aussi d’orienter son destin. Je suis républicaine, je crois en ce pacte républicain, surtout depuis le 11 septembre, mais je suis bien consciente que c’est aussi la République qui, en renforçant des notables par réflexe centralisateur, a créé les communautés. Pour le gouvernement, c’est évidemment plus simple : il a des interlocuteurs avec qui dialoguer et régler les problèmes concrets qui se posent. Mais en même temps, ce système est un véritable piège. »

Lorsqu’on crée quand même une telle instance (ce qui peut aussi se justifier par la nécessité de donner naissance à un islam français échappant aux influences étrangères), il faudrait au moins faire très attention à ne pas favoriser les extrêmes. Pour le coup, c’est vraiment raté. Cela a notamment valu à Nicolas Sarkozy ce coup de colère de Soheib Bencheikh, le mufti de Marseille, qui siège lui-même au CFCM : « Ce Conseil tel qu’il est ne peut pas fonctionner. D’abord il n’est pas représentatif de l’islam français, un islam largement majoritaire, à l’aise dans la laïcité, qui a accepté la privatisation de sa foi et qui est aujourd’hui quasiment absent du Conseil. Par précipitation ou par ignorance, on a donné le pouvoir à des courants obscurantistes, dont les exigences rétrogrades sont aujourd’hui partout combattues, même dans les pays musulmans. Où réclame-t-on des horaires de piscine spéciaux pour les femmes, des séances de cinéma non mixtes, des tenues islamiques “total look” ? Où essaie-t-on de faire admettre qu’un professeur homme ne puisse pas interroger une fille musulmane à l’oral d’un examen ? Uniquement en Arabie Saoudite, en Iran et... en France ! » (Le Nouvel Observateur, 4 septembre 2003) Ceux qui s’excitent contre quelques malheureuses filles voilées en qui ils voient, au risque de se tromper, des marionnettes des intégristes, feraient mieux de s’attaquer aux intégristes eux-mêmes. Et de demander des comptes au ministre de l’Intérieur.

Mona Chollet
Dessin aimablement fourni
par Charb

(1) 08/11/03 : Un lecteur nous envoie ces précisions : « En ce qui concerne “Ni machos ni proxos” : moi aussi j’ai cru, sur la foi d’une affiche placardée à la cité du Luth, à Gennevilliers, qu’il s’agissait d’une réaction saine à “Ni putes...”. Je suis allé à leur réunion à Asnières, et là, il était clair qu’il s’agissait d’une magouille du maire UMP, une réunion électorale. Le maire assis au premier rang parlait tout le temps, du genre : moi je finance la mosquée, quand on sait y faire pas de problème dans les cités, etc. Au-delà des considérations locales, il s’agissait pour l’UMP de lancer un mouvement rival à “Ni putes...”. Visiblement, ils y ont renoncé, trop dangereux, il y avait surtout des garçons dedans, et puis finalement ils ont pu récupérer à peu de frais “Ni putes...”. » Jànos

(2) Ne pas manquer son magnifique texte « Une seule année sans vous tous » (sur Al-Oufok).

(3) Au passage, on a droit à ce morceau d’anthologie : « Ce que personnellement j’ai appelé le “crime” de Le Pen n’est évidemment pas d’évoquer les questions “normales” d’insécurité ou d’immigration. C’est au contraire et précisément d’avoir empoisonné à tel point les débats sur ces questions qu’il a culpabilisé ceux qui prétendaient les affronter. Par crainte de fortifier Le Pen, Valéry Giscard d’Estaing a dû retirer le mot d’“invasion”, Jacques Chirac s’est excusé d’avoir évoqué les “odeurs”, Laurent Fabius s’est repenti d’avoir déclaré que Le Pen faisait de mauvaises réponses à de bonnes questions, Michel Rocard passe son temps à corriger une simple observation selon laquelle la France ne peut accueillir toute la misère du monde, et Edouard Balladur s’en veut d’avoir préconisé la “préférence nationale”. Ce n’est pas, il s’en faut, que toutes ces formules m’aient paru heureuses, et j’en ai combattu quelques-unes avec véhémence, mais elles émanaient d’hommes politiques qui n’étaient en rien racistes et elles auraient dû provoquer un débat national. »

Liens et références :
* Le site de Ni putes ni soumises. Ce qui est assez comique, c’est que, parmi les témoignages qu’on peut y lire, et dont l’authenticité est difficilement vérifiable, il y a à boire et à manger : le bon vieil inceste de village y côtoie la tournante de banlieue. On lit même le témoignage de « Laure » : « Je suis née dans une famille bourgeoise, française, catholique pratiquant, bien-pensante. Je devais tout le temps me taire, obéir, ne pas réfléchir et le pire, faire croire que j’en étais très heureuse. Si je refusais, ma famille me disait “garçon manqué”, ma mère me poursuivait avec un couteau en hurlant “je vais te tuer” (je suis heureusement très vive et rapide), et mon père me disait “tais-toi”, “tu me rends malade”, “tu seras responsable de notre mort”... A tout âge, ils m’obligeaient d’aller à la messe, communier, sinon j’étais privée de repas. Or à l’adolescence, j’avais très faim. »

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Femmes
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Périphéries, 30 octobre 2003
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