Périphéries

Carnet
Décembre 2001

Au fil des jours,
Périphéries explore quelques pistes -
chroniques, critiques, citations, liens pointus...

[09/12/01] Une « explosion de l’antisémitisme » ?

Dans son éditorial de L’Express, qui titre cette semaine sur « les chiffres noirs de l’antisémitisme », Denis Jeambar écrit : « Pourquoi les actes antisémites qui, jour après jour, se multiplient dans notre pays laissent-ils les gouvernants et les médias sans voix ? Les faits sont pourtant accablants. Depuis le déclenchement de la deuxième Intifada, en septembre 2000, en Israël, une onde de choc traverse notre société et un climat de violence, sans précédent depuis des décennies, y menace les juifs. » Silence médiatique, vraiment ? Ce qui est sûr, c’est qu’on a vu dans la presse de nombreuses tribunes sur le sujet : « Trop de silence face à la flambée antisémite », clamait Marc Knobel, vice-président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) dans Libération (12 novembre 2001) ; le président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), Patrick Klugman, dénonçait dans Le Monde (21 novembre) les « antifeuj ». Enfin, le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le 1er décembre, a été l’occasion pour son nouveau président, Roger Cukierman, de faire part de ses inquiétudes au Premier ministre Lionel Jospin ainsi qu’aux représentants de tous les partis politiques. Le même jour était publié un document établi par le service de protection de la communauté juive, et faisant état d’une recrudescence des actes antisémites.

Sur les raisons de ce « silence » médiatique et politique, L’Express, comme les personnalités qu’il a interviewées, a sa petite idée. « L’empressement politique à relativiser ces agressions et leur minoration médiatique traduisent, bien sûr, la peur d’importer chez nous “les passions du Moyen Orient”, selon la formule de Lionel Jospin, écrit Denis Jeambar. Car, c’est un fait, ces actes sont commis, pour l’essentiel, par des musulmans. » Dans le dossier, on lit : « Ces actes relèvent désormais essentiellement des milieux issus de l’immigration. (...) Or, hommes politiques, presse et associations antiracistes manifestent une gêne évidente devant ce profil nouveau (...), comme si la personnalité de l’auteur d’un acte antisémite avait plus d’importance que l’acte lui-même, dont la nature ne change pourtant pas. » On se permettra de contester ce dernier point. L’article de L’Express est illustré par la photo d’une Torah brûlée dans l’incendie d’une synagogue à Bondy, en octobre 2000 ; si ce genre d’image a de quoi réveiller des souvenirs atroces, on ne peut se départir de l’impression qu’elle est ici instrumentalisée pour frapper les esprits et nous faire croire que nous serions revenus, d’un coup de baguette maléfique, aux années trente.

Théo Klein :
« Je ne vais tout de même pas
reprocher aux jeunes Arabes
d’éprouver envers les Palestiniens
la même solidarité que les jeunes juifs
éprouvent envers Israël !
 »

C’est oublier que les actes perpétrés sont motivés - même si cela ne les justifie en rien - par une raison bien précise : le conflit au Proche-Orient. Marc Knobel, dans sa tribune, l’admet implicitement lorsqu’il écrit : « Ces jeunes gens voient des affrontements très violents à la télé ; ils se sentent solidaires et, par amalgame, s’attaquent à des symboles juifs, à défaut de cibles israéliennes. » Pierre-André Taguieff peut dénoncer, dans L’Express, « une judéophobie d’obédience islamiste qui semble idéologiquement inaudible », ou le journaliste qui l’interviewe parler d’un « déplacement des sources de l’antisémitisme de l’Europe au monde islamique » : il faut admettre que ce « déplacement » interdit d’assimiler cet antisémitisme à celui des années trente. Il l’inscrit dans un contexte géopolitique précis, celui du conflit israélo-arabe, dans lequel la palme du racisme est âprement disputée. Dans une interview au Monde (4 décembre), Théo Klein, l’ancien président du Crif, déclare : « Ces violences sont motivées par un sentiment de solidarité avec les Palestiniens - que je peux comprendre. Je ne vais tout de même pas reprocher aux jeunes Arabes d’éprouver envers les Palestiniens la même solidarité que les jeunes juifs éprouvent envers Israël ! »

Si, avant le dossier de L’Express et un autre du Figaro, l’alarmisme dans la presse quant à une recrudescence de l’antisémitisme s’est cantonné - à notre connaissance - aux pages « opinions », et si les journalistes se sont contentés de faire état des inquiétudes de certains responsables communautaires sans les reprendre à leur compte, ce n’est donc pas forcément, comme il est suggéré ici et là, à cause d’un « politiquement correct » qui les empêcherait de dénoncer la violence congénitale des jeunes d’origine maghrébine. C’est peut-être avant tout parce qu’ils ne sont pas convaincus par les chiffres brandis : « Le ministère de l’Intérieur note une baisse des violences antisémites en 2001 », titrait même Le Monde le 6 décembre. C’est peut-être ensuite parce que le contexte - après-11 septembre, conflit au Proche-Orient - permet effectivement de « relativiser » ces violences. Et de les mettre sur le même plan que celles dont souffrent toutes les communautés dans le climat actuel. Le dossier de L’Express laisse entendre qu’au-delà des agressions recensées, « le “chiffre noir” (les faits non recensés) reste très important, notamment pour les petites agressions, menaces et intimidations ». Mais ne peut-on pas parier alors que les incidents non recensés dont sont victimes les Noirs ou les Arabes sont aussi nombreux ? Comment Patrick Klugman peut-il asséner que « 80 % des actes racistes commis sur notre territoire ces douze derniers mois étaient dirigés contre des juifs » ? On rappellerait que les victimes les plus récentes de meurtres racistes en France étaient des Noirs et des Arabes, s’il n’y avait pas quelque chose de vain et d’absurde dans cette course à la victimisation.

Israël, qu’on le veuille ou non,
est ce pays où « un Palestinien
né à Jaffa n’a pas le droit
d’y revenir,
alors qu’un juif né à Paris
peut, lui, s’y installer
 »

On partage donc l’analyse de Théo Klein lorsqu’il affirme - dans Le Figaro, cette fois (3 décembre) - que ce qui se passe aujourd’hui « n’est pas un problème d’antisémitisme mais le prolongement d’un conflit territorial par des jeunes qui n’ont d’autre moyen d’expression que la violence ». Interrogé dans L’Express, Patrick Klugman se plaint de cette assimilation des juifs de France à Israël (1) : depuis le 11 septembre, dit-il, « les responsables politiques n’ont cessé de prendre la parole pour dire qu’il ne fallait pas assimiler islam et islamisme, alors qu’ils n’ont pas fait d’efforts similaires pour dire que les juifs de France ne devaient pas être tenus pour responsables des avatars de la politique israélienne ». Même analyse, dans le même journal, chez Sammy Ghozlan, président du conseil des communautés juives de Seine-Saint-Denis : « Le Français juif est de plus en plus souvent assimilé à Israël, dérive encouragée par certaines caricatures parues dans Le Monde (2) ou Libération, représentant le “méchant” Israélien en juif orthodoxe, c’est-à-dire en juif religieux plus qu’en citoyen israélien, ce que ne sont pas les juifs de France. »

Le problème est qu’on ne saurait nier l’histoire unique et la nature particulière de l’Etat d’Israël, fondé précisément sur la religion - parler de « l’Etat juif », comme tout le monde le fait couramment, relève-t-il donc d’un scandaleux amalgame ? Israël, qu’on le veuille ou non, est ce pays où, comme le rappelle le cinéaste israélien Eyal Sivan dans une tribune du Monde (7 décembre), « un Palestinien né à Jaffa n’a pas le droit d’y revenir, alors qu’un juif né à Paris peut, lui, s’y installer ». Pourtant, certains, ne craignant pas de faire la bête à force de vouloir faire l’ange, nient l’évidence de la spécificité d’Israël : « Pendant la guerre en Tchétchénie, même au moment des pires massacres, on aurait trouvé aberrant que quelqu’un dépose une bombe devant une église orthodoxe russe ou aille jeter des pierres dans la vitrine du cabaret Raspoutine, écrivait Gérard Biard dans Charlie Hebdo l’année dernière (18 octobre 2000). Alors qu’aujourd’hui personne ne s’étonne qu’on foute le feu à des synagogues ou à des bâtiments abritant des associations juives un peu partout en France. »

De nombreux juifs se désolidarisent de la politique israélienne et refusent qu’elle soit menée en leur nom. Ce n’est toutefois pas le cas de la plupart de ceux qui se plaignent du fait que les juifs de France sont « tenus pour responsables des avatars de la politique israélienne » : les plus virulents à dénoncer actuellement une hypothétique recrudescence de la violence antisémite se rangent du côté des faucons plutôt que des colombes. Interrogé dans le dossier de L’Express, Jacques Tarnero s’était distingué par une tribune parue dans Le Monde (11 septembre), où, sous le titre « De Jérusalem à Durban, les jouisseurs de haine », il interrogeait : « La folie qui nourrit les passions arabes se résorbera-t-elle avec la création de l’Etat palestinien ? N’y a-t-il pas là une majestueuse illusion ? » On ne saurait mieux appeler à la guerre totale... Dans un autre texte, publié par Le Figaro (4 décembre) après les récents attentats-suicides en Israël, il enfonce le clou : « On ne peut pas faire la paix avec celui qui veut votre mort. » Reprenant pour la énième fois l’argument mensonger - et maintes fois réfuté, notamment par des protagonistes américains des négociations - des « offres généreuses » faites par Ehud Barak à Camp David, en juillet 2000, et refusées par un Yasser Arafat qui, en bon Arabe, ne songeait qu’à en découdre, il absout entièrement Israël : « La radicalisation israélienne n’est que la conséquence du refus palestinien. »

Pour les intellectuels pro-israéliens,
« le problème des Palestiniens
n’est pas la colonisation juive,
l’occupation militaire,
ou l’asphyxie économique,
mais leur propre folie
 »

Dans un dossier de Politis (1er novembre), Denis Sieffert, analysant la « bataille d’opinion » à laquelle le conflit israélo-palestinien donne lieu dans la presse française, décèle, chez la plupart des intellectuels pro-israéliens, « une sorte d’invariant qui échappe à tout contexte économique et social : les Arabes, pour ne pas dire l’Arabe, refusent la paix. Ils sont comme ça ». Tarnero en offre une illustration exemplaire, quand il écrit : « Les passions qui agitent le monde arabo-musulman se situent ailleurs, dans un autre registre que celui du politique. » (Le Monde, 11 septembre). Ou : « Les bombes qui viennent de frapper Israël ne sont pas des paroles de désespoir ni l’expression ultime d’une revendication insatisfaite, mais des gestes jubilatoires qui se situent dans une logique de mort. » (Le Figaro, 4 décembre). « Pour Tarnero, souligne Denis Sieffert, le problème des Palestiniens n’est pas la colonisation juive, l’occupation militaire, ou l’asphyxie économique, mais leur propre folie. » Il cite aussi Marc Levy, membre du comité directeur du Crif, qui s’interroge (dans Libération, 19 octobre) : « Pourquoi certains, comme les Kurdes, les Rwandais ou d’autres, les résistants à tant d’occupations et tant de malheurs du monde, soumis à ces mêmes facteurs (d’injustices et d’inégalités) n’ont pas versé dans le terrorisme ? » Il est vrai qu’au Rwanda, la moitié de la population s’est sagement contentée de génocider l’autre moitié... A quoi riment ces comparaisons ?

Mais peu importe ; on devine bien la réponse odieuse qu’induit cette question toute rhétorique : le terrorisme palestinien s’explique non par le désespoir, mais par le fanatisme islamiste (ce qui est peut-être vrai, mais qu’est-ce qui conduit au fanatisme, si ce n’est le désespoir ?). L’an dernier, Michel Polac osait écrire dans Charlie Hebdo (18 octobre 2000) : « La “rectification des frontières” à Yalta a chassé des millions de Polonais et des millions d’Allemands (...), il n’y a pas eu d’attentats terroristes de la part des expulsés, sans doute parce qu’il n’y avait pas de "ville sainte" en jeu. » Commentant un dessin de Cabu qui, la semaine précédente, renvoyait dos à dos l’occupant et l’occupé sur le thème « Arrêtez tout, Dieu n’existe pas ! », il disait : « [Cette couverture] était géniale, mais si un Israélien sur deux (ou trois, je ne sais pas) pourrait le dire, aucun musulman dans le monde ne l’oserait (pensez à la fatwa sur Rushdie). » Autrement dit, si un chômeur de Gaza, confiné dans un territoire d’une exiguïté infernale, confronté aux humiliations quotidiennes, privé de tout avenir, ne riait pas aussi fort au dessin de Cabu (qui, soit dit en passant, n’est pas drôle) qu’un employé d’une start-up de Tel Aviv, cela ne pouvait être qu’à cause de son obscurantisme religieux, et non à cause des conditions économiques et sociales de son existence... (Même si l’exemple est peut-être mal choisi, l’avenir d’un employé de start-up n’étant pas forcément, on en convient, ce qu’on fait de plus sûr.) Un Israélien est un Israélien ; un Palestinien est avant tout un « musulman ».

Les actes des Arabes s’expliquent
par le fait qu’ils sont arabes,
et les critiques envers les Israéliens,
par le fait qu’ils sont juifs

Ainsi, la source de tous les problèmes réside dans la nature profonde des Arabes. Il n’y a pas d’oppression, pas de préjudice, pas de violence infligée par Israël, qui ne fait que se défendre contre ces enragés qui refusent la paix. Ce déni, ou cette inconscience de la domination exercée par la puissance occupante, la journaliste israélienne Amira Hass (3), interviewée par Télérama (5 décembre 2001), l’explique ainsi : « Peut-être est-ce le cas de beaucoup d’armées d’occupation : l’armée française en Algérie ne se vivait pas comme occupante. Les militaires devaient être convaincus qu’ils défendaient simplement leur pays. Cela relève juste de la mentalité colonialiste, et peut-être aussi de la mentalité de tous les dominants : le déni est plus facile à vivre. » Le problème est qu’avec la « paix » d’Oslo, le déni n’a plus été le fait des seuls Israéliens, mais du monde entier. « Jusqu’en 1993, dit Amira Hass, le combat était clair : Israël occupait et les Palestiniens luttaient contre, même les bombes qu’ils posaient s’inscrivaient dans un affrontement net. Mais, depuis 1993, les Palestiniens ont, de fait, continué à vivre occupés alors que le monde entier donnait à leur situation le nom de paix. Et ils étaient aussi opprimés par l’Autorité palestinienne. Beaucoup m’ont dit : nous sommes désormais sous deux occupations, l’une gouverne notre vie et l’autre nous oblige à nous laisser gouverner. C’était un piège à double mâchoire. » Résultat : aujourd’hui, l’assimilation de l’Intifada au terrorisme des réseaux Ben Laden passe comme une lettre à la poste auprès de l’opinion mondiale. Rien ne semble plus pouvoir faire pénétrer dans les consciences la réalité de l’occupation israélienne et de son injustice.

Si tous les actes des Palestiniens s’expliquent par ce qu’ils sont, et si Israël n’y est pour rien, toutes les attaques contre la politique des Israéliens ne peuvent s’expliquer, elles aussi, que par ce qu’ils sont : des Israéliens, c’est-à-dire des juifs. Cette vision qui emprisonne les deux peuples dans une logique identitaire figée mène tout droit à la catastrophe. Dans son texte intitulé « L’Etat juif, de l’utopie au cauchemar », Michel Staszewski, animateur de l’Unions des progressistes juifs de Belgique, analyse : « Plus la politique de l’Etat juif se heurte à la résistance des Palestiniens et à la réprobation de l’opinion publique internationale, plus la majorité de l’opinion publique juive israélienne et diasporique, confortée dans le sentiment que les juifs sont encore et toujours les victimes de l’hostilité des non-juifs, se raidit dans une attitude intransigeante. Ce qui favorise le développement, chez les Palestiniens, de sentiments de colère, d’humiliation voire de haine et de désespoir, ce désespoir qui amène de plus en plus de jeunes Palestiniens, ne trouvant plus de sens à leur vie, à chercher à en donner un à leur mort, en perpétrant des attentats-suicides au cœur d’Israël. Nous sommes là dans un tragique cercle vicieux. La paranoïa collective dont sont victimes la majorité des Israéliens les aveugle : ils ne voient pas que les actes de violence auxquels se livrent les Palestiniens s’expliquent essentiellement par les conditions de plus en plus insupportables dans lesquelles ils vivent, par l’oppression et les humiliations continuelles qu’ils subissent de la part de l’armée israélienne. Pour eux la violence des Palestiniens s’explique par leur antisémitisme, qui serait entretenu et renforcé par une éducation à la haine dont ils seraient les victimes depuis des générations. Cette haine antisémite les aurait collectivement déshumanisés. »

Dénoncer un regain d’antisémitisme
en France pour faire croire à l’existence,
chez les « jeunes de banlieue »,
de la même violence innée
que chez les Palestiniens...

Expliquer tous les comportements des Arabes par le fait qu’ils sont arabes - c’est-à-dire musulmans, c’est-à-dire, par nature, fanatiques, violents, belliqueux, antisémites -, cela porte un nom. « Tarnero tente par avance de parer l’attaque, écrit Denis Sieffert dans Politis. Il n’est pas raciste. C’est culturel évidemment. Et il le dit. Le Palestinien qui hurle parce que sa maison a été détruite et son fils tué est en fait, même s’il ne le sait pas, l’héritier de mondes arabe et musulman qui “depuis la chute de Cordoue, la bataille de Lépante ou la dislocation de l’Empire ottoman construisent et entretiennent l’idée d’une revanche à prendre contre un ennemi protéiforme” (Tarnero, Le Monde, 8 novembre 2000). » C’est « culturel », certes ; mais le terme de « culture » n’est-il pas devenu un synonyme, plus acceptable, de « race » ? « Pour parler de l’Arabe, résume Denis Sieffert, le docteur Tarnero revêt la blouse blanche du psychiatre. Plutôt que de nous accabler avec ses histoires de colonisation et d’occupation, le Palestinien ferait mieux de se libérer de ses obsessions. » Dans L’Express, ce sont les jeunes de banlieue que Jacques Tarnero allonge à leur tour sur le divan : il voit chez eux « un potentiel de violence contenue, de ressentiment et de frustration qui s’exprime contre la France, l’Occident, le monde qui n’est pas le leur ». Ces jeunes lui semblent victimes de deux attitudes simultanées : « La première, celle du rejet ou de la répression, la seconde, celle de la compassion et de la charité révolutionnaire », qui « laisse tout passer au nom de l’excuse sociologique ». Curieux, comme les discours présentant la tolérance zéro comme une faveur faite à ceux à qui on l’applique fleurissent ces derniers temps... On pense à Marylise Lebranchu, ministre de la justice, qui, invitée de Stéphane Paoli sur France-Inter, à la fin du mois de novembre, écoutait sans ciller une auditrice réclamer qu’on ne tienne aucun compte, dans l’administration des peines, de l’âge des coupables - « Si un enfant de cinq ans casse sa maternelle, il doit être puni ! » -, avant d’abonder dans son sens, en affirmant que la sévérité était un service rendu aux jeunes délinquants... une manière de les intégrer à la société... Décidément, il ne fait pas bon être jeune par les temps qui courent. Alors, jeune arabe... « On peut être à la fois victime du racisme et raciste soi-même », conclut doctement le dossier de L’Express sur « l’antisémitisme » des jeunes issus de l’immigration maghrébine. Outre qu’elle ne constitue pas vraiment un scoop, la remarque est assez ironique, puisqu’on peut la retourner assez facilement à l’expéditeur. La dénonciation alarmiste d’un regain d’antisémitisme en France semble bien relever, en effet, de la simple tentative de faire croire à l’existence, chez les « jeunes de banlieue », de la même violence innée que chez les Palestiniens.

... ou pour encourager
l’émigration vers Israël
des juifs de France ?

Mais à lire la tribune d’Eyal Sivan, apparaît ce qui pourrait être l’autre motivation de cette dénonciation d’une explosion de l’antisémitisme. « Israël est aujourd’hui le seul endroit du monde où les juifs sont menacés physiquement en tant que tels, écrit le cinéaste, qui vit en France. Le Crif déclare pourtant que les juifs de France, “inquiets de voir les jeunes musulmans transporter en France le conflit du Proche-Orient”, sont prêts à envisager d’émigrer en Israël pour s’y réfugier. Une minorité de juifs de France prend au sérieux la grande angoisse de la société juive israélienne face à l’évolution démographique favorable aux Arabes et émigre en Israël. Pour la plupart religieux intégristes, ils choisissent de s’installer dans les colonies de peuplement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Si la majorité des juifs de France (de loin la plus grande communauté d’Europe) restent attachés à une République qui leur permet de vivre leur judaïsme dans toutes les nuances qu’on lui connaît aujourd’hui, ils représentent pourtant, selon les propres termes de l’Agence juive, le “dernier réservoir” d’immigration vers Israël. Dans les synagogues et les centres communautaires juifs, le drapeau israélien et la collecte d’argent au bénéfice d’Israël ont tendance à prendre la place des symboles religieux traditionnels. Les fonctionnaires de “l’office israélien de l’explication” et de l’ambassade d’Israël en France comme des officiers de l’armée israélienne accompagnent des dirigeants communautaires. (...) Identifiés comme des institutions de soutien à Israël, les synagogues et centres communautaires deviennent, dans cette confusion, des cibles d’attaques criminelles, qui, par ailleurs, doivent êtres punies en tant que telles. » Comment se plaindre de ce que les autres font l’amalgame entre Israël et les institutions juives de France, si ce que rapporte Eyal Sivan est vrai, et si cet amalgame est un fait ? Comment dénoncer efficacement un antisémitisme qui « prend le masque de l’antisionisme » (L’Express), si judaïsme et sionisme tendent à se confondre, et si les membres de la communauté juive ne font rien pour s’y opposer ?

Qu’il ne soit pas facile, au sein de la communauté juive, de se montrer critique envers Israël, on veut bien le croire : recevant Claude Lanzmann sur Paris-Première, en octobre dernier, Thierry Ardisson lui a demandé ce qu’il pensait d’un propos de Rony Brauman qui déplorait l’instrumentalisation de la Shoah par certains pour légitimer la politique d’Israël. Réponse : « Ce monsieur est né en Israël. Il y a des traîtres à leur pays. » Denis Sieffert, qui rapporte le propos, commente : « Si l’on veut bien se conformer à cette conception du débat, d’un stalinisme mâtiné d’ultranationalisme, tout juif, et a fortiori tout juif né en Israël, est sommé de soutenir M. Ariel Sharon et de se taire. Si l’on suivait M. Lanzmann, on ne compterait plus les traîtres - opposants, démocrates, mouvements de la paix - en Israël même. » Aujourd’hui même, invité, avec Roger Cukierman, d’un Arrêt sur images (sur la Cinquième) consacré au traitement par les médias du conflit israélo-palestinien, Rony Brauman critique la politique israélienne. Au moment où il dit : « Je suis juif, ... », alors qu’il va ajouter « mais... », Cukierman lui coupe la parole : « Eh bien, ça ne se voit pas beaucoup ! » (4)

A l’extérieur de la communauté, l’accusation d’antisémitisme fuse envers tous ceux qui osent critiquer la politique israélienne. Les médias français, jugés trop sensibles au malheur des Palestiniens, sont ainsi accusés tout de go d’être « antisémites ». Interrogé sur le sujet dans Le Figaro (3 décembre), Théo Klein répond : « Que certains médias français soutiennent la cause palestinienne, c’est vrai. Mais ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord avec telle ou telle position d’un juif ou de l’Etat juif qu’on est antisémite ! On a le droit de critiquer Israël. Le repli identitaire que manifeste cette phobie de l’antisémitisme me choque. Nous devons nous ouvrir au monde et à la contestation en ayant d’autres arguments à opposer que l’accusation d’antisémitisme. Etre juif, c’est être capable de se poser des questions. »

Dans Le Monde (4 décembre), il critique la politique de son successeur : « Roger Cukierman a fait le choix d’exprimer directement les sentiments qui agitent les militants communautaires. On peut juger aussi que le président du Crif, tout en relayant l’état d’esprit de la communauté, doit y ajouter quelques nuances qui permettent de le resituer dans la réalité. Il n’est pas seulement un porte-parole, il doit inscrire utilement la communauté juive dans la vie publique de ce pays. » Comme le souligne encore Eyal Sivan, « les apprentis sorciers continuent à jouer la carte de la panique en brandissant le spectre de l’antisémitisme. Ils montrent ainsi leur incapacité à sortir d’une vision manichéenne et archaïque des rapports de force. » Théo Klein dit craindre un « complexe du ghetto », comme il l’explique dans son dernier livre (Libérez la Torah, Calmann-Lévy) : « Dès l’instant où l’on voit de l’hostilité partout, on crée cette hostilité. » Il refuse la banalisation de l’antisémitisme : « J’appartiens à une génération qui a connu l’antisémitisme. Et je crains que les jeunes générations ne confondent un peu trop facilement les événements récents avec le véritable antisémitisme. (...) L’antisémitisme, c’est le refus de considérer le juif comme un être normal et égal. C’est une forme aggravée de la xénophobie. C’est aussi une forme d’action politique organisée, dont le but est de mettre les juifs à l’écart, si possible de les éloigner. Ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui dans les banlieues. (...) Je crois qu’avant d’employer le mot antisémitisme, il faut y réfléchir à deux fois. » (5)

Thomas Lemahieu et Mona Chollet

(1) « Les responsables politiques n’ont cessé de prendre la parole pour dire qu’il ne fallait pas assimiler islam et islamisme, alors qu’ils n’ont pas fait d’efforts similaires pour dire que les juifs de France ne devaient pas être tenus pour responsables des avatars de la politique israélienne », dit-il ; on lui fera remarquer que les recommandations des responsables politiques concernant l’islam sont loin d’avoir été suivies à la lettre. Dans Le Monde (22 novembre), Robert Redeker, membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes, a par exemple publié, sous le titre « Le discours de la cécité volontaire », une réponse aux « 113 intellectuels » opposés à la guerre en Afghanistan, qui suintait à chaque ligne la haine de l’islam. Il y avançait l’hypothèse que « l’opprimé musulman du tiers monde » constitue aujourd’hui pour les intellectuels ce que le prolétariat représentait hier : « Dans leur précipitation, les pétitionnaires, nostalgiques d’une fusion holiste entre les intellectuels et les opprimés, ont soigneusement évité de sonder la nature de l’idéologie (l’islam) véhiculée par le substitut de feu le prolétariat » ; ils témoignent d’une « consternante méconnaissance de la logique propre de l’islam » - logique que Redeker, lui, connaît manifestement à la perfection, mais qu’il refuse longtemps de nous révéler, se contentant de fustiger ces « masses musulmanes dont on s’acharne obstinément à ignorer le projet » ou d’accuser les intellectuels de « faire preuve vis-à-vis de cette idéologie [l’islam, on l’aura compris, qui se retrouve bombardé « idéologie »] d’un aveuglement et d’une complaisance délétères pour l’intelligence ». Enfin, il accouche : « Aucune idéologie n’est plus rétrograde que l’islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression rebarbarisante. Le destin des Bouddhas géants d’Afghanistan et celui des Twin Towers de New York s’est révélé semblable : statues et tours étaient les icônes de l’altérité, insupportable à l’islam. » Et d’enchaîner sur une ode délirante aux Twin Towers, qui étaient « de véritables tours de Babel : l’altérité y foisonnait, s’y mélangeant avec la prospérité et la beauté, des humains de toutes les cultures et de tous les niveaux socio-culturels y travaillaient et s’y rencontraient ». Alors que se déroulait cette fête permanente dans le monde merveilleux du capitalisme, dans le reste du monde, « des centaines de millions d’hommes et de femmes, d’enfants, dans tous les pays musulmans, sont effectivement sous le joug de l’oppression. Leur vie est, en premier lieu, écrasée par l’islam. Du dehors, par le biais des structures sociales et politiques souvent ancestrales. Du dedans, par le biais de la colonisation de l’imaginaire et de la paralysie de l’intelligence que cette religion installe au plus intime de chaque croyant ». S’ensuit une théorie philosophique fumeuse : « Dans la vie politique, qui doit bannir l’Absolu, cette matrice du totalitarisme, il s’agit à chaque instant de déterminer des préférables : le capitalisme, parce qu’il permet sans le nécessiter un plus ample développement de la liberté, parce qu’il a créé aussi de la richesse et de la beauté, est préférable à l’islam, tout comme la symbolique des Twin Towers est préférable aux discours proférés dans les mosquées. » A côté de la signature, il est précisé que le dernier livre de Robert Redeker, Le Déshumain, porte sur « les mutations anthropologiques induites par Internet ». Si c’est ça, la pensée d’avant la « mutation », on doit une fière chandelle à Internet.

(2) Le 8 décembre, dans Libération, Dominique Manotti, invitée de la rubrique « mon journal de la semaine », raconte : « En face de l’immeuble du Monde, rue Claude-Bernard, trois graffitis, écrits à la peinture verte : “Védrine = antisémite”, “Le Monde = antisémite”, “Plantu = nazi”. Le choix du lieu n’est pas innocent et cette forme de pression inacceptable. » (On n’essaie pas d’insinuer ici qu’il n’y a que des graffitis faits par des extrémistes juifs dans les rues : un visiteur de l’Institut du monde arabe nous racontait récemment que dans les toilettes, le dérouleur du linge pour se sécher les mains était couvert de graffitis clamant « mort aux juifs ».) Ce qui est cocasse, c’est que Plantu ne dessine pas que dans Le Monde : il a aussi sa page hebdomadaire dans L’Express, qui titre justement cette semaine sur « les chiffres noirs de l’antisémitisme »... Qu’a-t-il dessiné, Plantu, dans ce numéro ? Un Arafat qui tape des deux poings sur la table : « Allez me chercher les terroristes ! » Son lieutenant, qui, debout devant lui, porte sous le bras une énorme bombe, répond en se grattant le menton : « ça ne va pas être simple ! » Il fut un temps où Plantu éditait une cassette vidéo de son dialogue avec Yasser Arafat - ce qui est sans doute pour beaucoup dans les graffitis injurieux sur la façade du Monde. Il est vrai que c’était à l’époque où « Arafat » voulait dire « prix Nobel de la paix », et non « terroriste ». Depuis, Plantu et Arafat ne sont visiblement plus copains.

(3) Seule journaliste israélienne (elle travaille au quotidien Ha’aretz) à vivre en territoires palestiniens, Amira Hass vient de publier en français le recueil de ses reportages couvrant les années de l’après-Oslo : Boire la mer à Gaza, aux éditions La Fabrique. Cette femme qui téléphone avec la même anxiété à ses amis israéliens après les attentats palestiniens qu’à ses amis palestiniens après les attaques israéliennes se défend d’être une militante « pro-palestinienne » et dit faire simplement son travail de journaliste pour informer l’opinion israélienne des agissements de son gouvernement - et militer ainsi pour la paix et l’avenir d’Israël, car elle est convaincue que « le colonialisme n’a pas d’avenir » (interview dans Cosmopolitaine, aujourd’hui, sur France-Inter).

(4) Rony Brauman est cosignataire d’un texte intitulé « En tant que juifs... », publié dans Le Monde du 18 octobre 2000. « Citoyens du pays dans lequel nous vivons et citoyens de la planète, nous n’avons pas de raisons ni pour habitude de nous exprimer en qualité de juifs. Nous combattons le racisme, dont, bien sûr, l’antisémitisme sous toutes ses formes. Nous condamnons les attentats contre les synagogues et les écoles juives qui visent une communauté en tant que telle et ses lieux de culte. Nous refusons l’internationalisation d’une logique communautaire qui se traduit, ici même, par des affrontements entre jeunes d’une même école ou d’un même quartier. Mais, en prétendant parler au nom de tous les juifs du monde, en s’appropriant la mémoire commune, en s’érigeant en représentants de toutes les victimes juives passées, les dirigeants de l’Etat d’Israël s’arrogent aussi le droit de parler, malgré nous, en notre nom. Personne n’a le monopole du judéocide nazi. Nos familles ont eu leur part de déportés, de disparus, de résistants. Aussi le chantage à la solidarité communautaire, servant à légitimer la politique d’union sacrée des gouvernants israéliens, nous est-il intolérable. »

(5) A propos du risque de banaliser un mal que l’on veut voir partout - en l’occurrence l’antisémitisme : on se souvient par exemple qu’Antoine Peillon, journaliste et co-animateur, avec Marc Knobel, de l’association « J’accuse » dénonçant un Internet par essence générateur de haine raciale, avait assimilé dans un document syndical les journalistes précaires aux juifs victimes des nazis. « Mortelle rhétorique », 29 novembre 2000, par Thomas Lemahieu, sur Uzine.

* La revue Esprit vient de lancer une pétition en réaction aux mesures de sécurité adoptées par la loi du 15 novembre 2001. Extrait : « La multiplication de mesures et propositions de circonstance, jointes aux multiples mises en question de l’ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs, aux commentaires excessifs qui ont suivi les incidents du match France-Algérie, aux amalgames récurrents consécutifs aux attentats du 11 septembre, aboutissent à créer un climat de suspicion généralisée à l’égard des “jeunes de banlieue”, principalement de ceux qui sont issus de l’immigration, et dessinent une offensive qui ne peut être ressentie par ceux qu’elle vise que comme une véritable déclaration de guerre. Aujourd’hui, la fracture se creuse avec ceux qu’on renvoie à des images de dangerosité sociale. Si péril il y a, c’est celui d’une stigmatisation injuste de toute une fraction de la jeunesse, signe d’un manque de confiance dans l’avenir et du risque de dérapage que créerait une surenchère électoraliste du thème de la sécurité et des peurs qu’il véhicule. »

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Périphéries, 9 décembre 2001
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